‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 60 sur 83 · CONSULTATION LI · texte numérisé non relu

CONSULTATION LI

A ffection rhumatismale fixée sur lesvoies urinaires , avec soupçon de complication vénérienne.

Après s’être procuré tous les renseignemens nécessaires touchant la maladie de M. le Consultant , et avoir mûrement réfléchi sur la nature des symptômes qui la caractérisent; après avoir examine toutes les circonstances qui ont pu concourir à sa production, le Conseil a pu former son opinion sur la méthode de traitement qui doit lui être appliquée avec le plus d’avantage. 11 estime d’abord que cette affection peut être rapportée à deux principes différées , dont l’un , évident , incontestable, s’accorde avec tous les caractères connus de la maladie, et dont l autre , obscur et caché, ne devient guère présumable que par l’insuffisance des remèdes employés précédemment pour combattre deux maladies vénériennes.

Le premier est le principe rhumatismal , dont 1 existence est suffisamment prouvée par les douleurs vagues , inconstantes , qui occupent successivement

différentes parties du corps; par la marche de ces douleurs, qui se portent le long des organes tendineux, musculaires, et qui roulent quelquefois autour des articulations; par les causes extérieures auxquelles le malade a été longtemps exposé, et qui, telles que l’habitation des lieux humides , ont pu favoriser le développement du principe rhumatismal.

Le second principe qu’on peut soupçonner , mais dont l’existence n'est pas aussi clairement démontrée que celle du précédent, est le virus vénérien. Monsieur a éprouvé, il y a dix ans, deux maladies vénériennes , qui ont été traitées fort légèrement l’une et l’autre. Cependant, depuis la dernière de ces maladies, le Consultant n’a éprouvé aucun symptôme qui appartienne précisément à cette affection ; mais il est devenu sujet à des douleurs rhumatismales qui l’affectent vivement , et qui s’étant fixées sur les voies urinaires, s'ont 'pénibles autant par le sentiment douloureux, qu’elles excitent, que par la crainte où elles jettent le malade sur la dépendance où elles peuvent être du vice vénérien qu’il ne croit pas complètement éteint.

Le malade a commencé l’usage de plusieurs remèdes administrés sans ordre et sans suite ; il a éprouvé , dans l’intervalle de sa maladie actuelle , des accidens qui en ont interrompu ou dérangé l’administration, et l’on ne peut reconnaître rien de fixe ni de réglé dans la manière dont il s’est traité jusqu’à ce jour. En dernier lieu , il a commencé à prendre le rob

de Laffecteur , par îe conseil d’un médecin éclairé , et ce remède nous paraît être le seul qui lui ait été recommandé dans la vue de dissiper la complication vénérienne , en supposant qu’elle existe.

Dans cet état de choses , nous ne pouvons avoir que de faibles présomptions sur la réalité de cette complication ; et le traitement , s’il était dirigé uniquement contre cette affection présumée, pourrait devenir dangereux , surtout s’il était poussé trop loin. Nous croyons utile cependant de ne pas rejeter entièrement les remèdes antisyphilitiques , mais d’adopter au contraire un traitement mixte , qui convienne également et pour l’affection rhumatismale évidemment prouvée chez le malade , et pour l’affection vénérienne qu’on a lieu de soupçonner. Nous croyons pouvoir remplir cette double indication par les remèdes et le régime suivans :

i®. Puisque Monsieur a commencé l’usage du rob antisyphililique de Laffecteur, il continuera de le prendre jusqu’à ce qu’il en ait porté la dose à six pir&es. Il observera les précautions recommandées à ceux qui usent de ce remède , sans y apporter néanmoins une exactitude minutieuse et puérile. Ce n’est pas qu’il ne fut aisé de le remplacer par une composition du meme genre, qui n’aurait pas, comme celle-ci , le désavantage d’être présentée avec l’apparence du mystère et du secret. Mais, en proposant de le continuer , le Conseil n’a d’autre vue que de suivre l’effet d’un remède qu’il croit utile,. et auquel

ii ne peut reprocher que d’être livré à l’empirisme.

2°. Lorsque M. le Consultant aura pris six pintes de rob , il commencera le traitement combiné dans le double but d’attaquer les affections rhumatismale et vénérienne. A cet effet * il se purgera d’abord avec la préparation suivante :

y, Polypode de chêne une once.

Rhubarbe concassée. ..... un gros.

Manne deux onces.

Faites bouillir dans six onces d’eau. Filtrez à travers un Unge; ajoutez une once de sel végétal.

Le malade passera ensuite à l’usage du petit-lait , dont il boira quatre verres par jour , en mêlant au premier verre six onces de sucs de chicorée , de cerfeuil , de pissenlit et de laitue , avec trente grains de terre foliée de tartre. Sur le premier verre de petitlait, Monsieur avalera un bol composé avec

Mercure doux . deux grains.

Soufre doré d’antimoine. . . . trois grains.

Gomme de gayac. dix grains.

On répétera ce bol le soir au moment du coucher; et sur le bol du soir Monsieur boira une émulsion préparée avec les quatre semences froides , la moitié d’une tête de pavot , et six grains de camphre.

5°. Au bout de quinze jours d’un usage soutenu de ces remèdes , Monsieur le Consultant les remplacera

par une boisson sudorifique préparée avec une once

de bois de sassafras , une once de feuilles de grande bardane , et demi-once de tiges fraîches de douceamère , que Ton fera bouillir dans une pinte et demie d'eau jusqu’à réduction d’une pinte, ajoutant à la colature demi-gros d’antimoine cru. On donnera trois verres de cette tisane dans le cours de la journée. En même temps que le malade usera de cette bois son , il prendra chaque matin deux pilules composées de la manière qui suit :

Mercure doux un gros.

Antimoine cru demi-gros.

Résine de gayac deux gros.

Extrait de douce-amère. . . . demi-once.

Mêlez ; faites des pilules de quatre grains. La dose de ces pilules sera augmentée d’une seule tous les cinq jours , jusqu’à ce qu’on ait porté la dose à cinq pilules pour chaque prise.

4°. Dans le même temps on insistera sur les bains domestiques entiers , et sur les bains de siège dans une décoction de feuilles de jusquiame. On donnera tou#s les jours ou tous les deux jours un lavement avec une décoction de camomille camphrée. On pratiquera des frictions sèches sur toute l’habitude du corps , et notamment dans le voisinage des grandes articulations. On essaiera des frictions sur les extré- • mités inférieures avec un linîment volatif animé par la teinture de cantharides. Enfin , on renouvellera l’application des vésicatoires, en les portant de préférence

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sur les parties où le principe rhumatismal était fixé avant que les voies urinaires en fussent particulièrement affectées.

5°. Si , après l’administration soutenue des remèdes prescrits aux numéros 5. et 4* » les douleurs et le besoin fréquent d’uriner se font sentir sans soulagement marqué , on aura des raisons pour croire davantage à la présence d’un reste de virus vénérien, et pour s’en occuper d’une manière plus spéciale. Mais on n’adoptera ce changement dans les moyens curatifs qu’après avoir usé des remèdes précédens au moins l’espace d’un mois entier. Alors , après s’être purgé de nouveau avec la médecine prescrite au commencement de la consultation , le malade devra passer à la tisane de Feltz (Voyez la Consultation XLVI , pag. 297 ) , en diminuant un peu la quantité de sublimé-corrosif qu’elle contient. On en donnera tous les jours pendant un mois trois ou quatre verres.

6*. Après avoir continué cette tisane pendant un mois, on prendra quelques bols formés avec trois grains de mercure doux et un grain d’opium gommeux , qu’on donnera deux fois le jour. Enfin , si les douleurs résistent à cette succession de remèdes, on aura recours aux extraits de plantes vénéneuses , comme l’extrait de jusquiame et celui d’aconit. On pourra, en conséquence, mêler un grain d’extrait d’aconit avec demi - grain d’extrait de jusquiame, et prendre ce mélange le matin à jeun , en augmentant la dose par degrés , et en en surveillant ses effets.

7®. Le malade s’assujétira à un régime léger et de facile digestion; il usera de viandes blanches, de poisson frais, de plantes potagères, de fruits bien mûrs; il fera de petites promenades à pied , et se procurera des distractions capables d’affaiblir les inquiétudes exagérées que sa maladie lui inspire.

Délibéré , etc.

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