‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 61 sur 83 · CONSULTATION LU · texte numérisé non relu

CONSULTATION LU

Phthisie pulmonaire.

Quelque variés et considérables qu’aient été les accidens divers que Madame a éprouvés , il est facile de leur trouver un principe commun dans l’espèce d’irritation inflammatoire et nerveuse qui s’est Axée sur les organes pulmonaires , et qui est elle-même une suite de l’affection déjà ancienne du système des nerfs. Une toux fréquemment répétée , un sentiment de tension dans la cavité de la poitrine , une légère difficulté de respirer , l’expectoration abondante d’une matière jaunâtre, visqueuse, des sueurs copieuses le matin , des mouvemens irréguliers de fièvre , un amai-* grîssement considérable , une diminution notable des forces , tels furent les principaux symptômes que j’eus lieu d’observer chez Madame lorsqu’elle se confia à mes soins. Je n’entrevis aucun signe de phthisie pulmonaire confirmée (1); mais je crus devoir la traiter comme si elle existait , afin d’en arrêter et d’en pré-

(i) On voit, d’après le titre de cette consultation, que M. Dumas ne se faisait pas illusion sur le caractère de la

venir le développement chez une personne qui , par la faiblesse de scs organes , semblait y être naturellement disposée.

Une circonstance importante dans cette maladie, est la suppression du flux menstruel , dont le rétablissement est rendu difficile par la faiblesse de la malade , et surtout par la direction habituelle des mouvemens fluxionnaires vers la poitrine. On s’était peu occupé de cette circonstance , ainsi que de l’affection pulmonaire, dans les méthodes de traitement qui avaient été employées jusqu'au moment où j’ai commencé d’appliquer la mienne; elle est cependant en partie d’accord avec les idées que les derniers médecins de Madame semblent s’êlre formée sur la nature de sa maladie.

La méthode curative que j’ai prescrite a eu constamment pour objet, i°. de calmer l’irritation de tout Je système , et celle des organes pulmonaires en particulier; 2°. de prévenir îa formation des engorgernens tuberculeux , et de résoudre ceux qui pouvaient être déjà établis ; ô°. d’empêcher l’accumulation des humeurs séreuses et muqueuses sur le poumon , et de modérer la lièvre qu’elles produisent ou entretiennent; 4°* de provoquer le retour du flux menstruel , et de suppléer à son défaut.

maladie , et que c’était dans l’intention de ménager le moral de la malade qu’il manifestait des doutes sur l’existence de la phthisie. ( L. 1\. )

Afin de remplir çes quatre objets , Madame a d’abord lait usage des bouillons composés avec le mou de veau, les escargots, la douce-amère, la chicorée et la laitue ; eUe a usé en même temps d’un sirop dans lequel je faisais entrer la racine d’ipécacuanha , le polygala de Virginie , le lichen, l’iris de Florence et le sirop de karabé composé : ce sirop convenait à la fois sous le rapport des spasmes nerveux,, sous celui des engorgemens tuberculeux , et enfin sous celui des congestions muqueuses. C’est aussi pour satisfaire aux deux dernières indications que nous avons insisté longtemps sur l’usage des sels tartareux, en mêlant à des doses convenables la terre foliée de tartre et la crème de tartre soluble. Ces sels tartareux semblent ici d’autant plus appropriés, qu’ils exercent une action diurétique , et qu’ils agissent aussi avec efficacité contre la suppression des règles.

En nous dirigeant toujours d’après les mêmes vues, les bouillons d’escargot ont été remplacés par ceux de tortue, et le sirop précédent par un autre dans lequel le polygala de Virginie entrait seul avec les fleurs et le sirop d’armoise; les bouillons de tortue ont été pris alternativement au nombre d’un ou deux par jour, selon l’effet qu’ils ont paru produire# »

Nous n’avons cessé de combiner ces moyens avec les antispasmodiques directs et les caïmans narcotiques , comme la teinture de castor , la liqueur minérale d’Hoffmann , et les préparations opiatiques mêlées avec une émulsion ou dans une mixture aqueuse.

Nous avons voulu substituer le lait d’ânesse aux bouillons de tortue , mais la malade n’a pu longtemps en supporter l’effet, il a fallu l’abandonner à cause de la tension du ventre, des flatuosités et du sentiment de plénitude qu’il occasionait.

Nous avons essayé l’extrait d’aconit * combiné avec l’opium , les fleurs de soufre et la conserve de rose; mais des circonstances particulières nous ont forcé de suspendre ce mélange ; et lorsque nous avons eu dessein de revenir à l’extrait d’aconit, nous avons préféré les feuilles de cette plante en poudre, dont la malade a continué l’usage jusqu’à présent. Madame a commencé par déux grains de feuilles d’aconit : cette dose , et surtout la forme pulvérulente de ce remèdè , a irrité les organes de la gorge , et je lui ai maintenant substitué des pastilles préparées avec demi-grain de poudre d’aconit seulement , et la gomme arabique. Depuis lors , Madame prend aussi chaque jour quelques cuillerées d’une teinture composée avec le quinquina , la racine d’ipécacuanha et une tête de pavot.

Dans la vue de détourner le mouvement fluxion naire dirigé vers la poitrine , on a fait appliquer un vésicatoire au bras, avec l’intention de le laisser sup- ' purer quelquo temps et de le transporter ensuite sur une autre partie.

* On a tâché de provoquer le flux menstruel, ou du moins de le suppléer par des sangsues placées à la région supérieure et interne des cuisses, et renou-

veîées aux époques où l’éruption des règles aurait dû se faire.

L’effet de ce traitement a décidé des variations al* ternatives de bien et de mal dans l’ensemble de la maladie, mais il paraît qu’au total il a réussi principalement à l’égard de l’affection pulmonaire et de l’irritation nerveuse, qui ont l’une et l’autre perdu quelque chose de leur première intensité. La diminution des symptômes nerveux n’est pas douteuse, non plus que le rétablissement des organes digestifs , et de tous les viscères autres que les poumons; ceux-ci même ont éprouvé un léger soulagement ; la figure est devenue meilleure , le pouls s’est rapproché de l’état naturel , la fièvre a presque entièrement cessé , les crachats rendus dans la journée ne sont plus aussi épais et jaunâtres , ceux de la nuit sont expulsés en quantité moindre , la toux est moins fréquente, moins vive, moins pénible , la tension du thorax n’est plus ni forte, ni douloureuse, les sueurs sont moins abondantes , quoiqu’elles aient tant soit peu augmenté depuis l’impression du printemps et de la chaleur. Ces avantages n’ont paru jusqu’à ce jour balancés par aucun inconvénient , si ce n’est un peu plus d’abattement et de langueur.

Telle qu’elle est aujourd’hui , la maladie de Madame me paraît exiger la continuation du mode de traitement que j’ai exposé , et dont les principaux chefs seront remplis par les mêmes remèdes ou d’autres analogues , sous la direction d’un médecin

éclairé^ qui, en adoptant le fond de cette méthode, saura y apporter toutes les modifications que les circonstances rendront nécessaires.

Je crois que dans la situation actuelle . on a besoin de maintenir le vésicatoire du bras jusqu’à ce que la malade soit arrivée chez elle , et qu’alors il conviendra de changer le lieu de son application , et de le transporter d’abord à l’autre bras, ensuite à l’une et à l’autre cuisse , et plus tard sur la poitrine , selon que le médecin ordinaire jugera utile de multiplier et de varier les points d’irritation.

La poudre de feuilles d’aconit sous forme de pilules doit être employée avec constance , en observant d’augmenter la dose par gradation ménagée : on pourra la pousser jusqu’à deux grains dans l’espace d’un jour; on reviendra en même temps au sirop d’ipécacuanha , de polygala et de lichen , auquel on ajoutera une tête de pavot. On recommencera l’usage des bouillons de tortue; on, insistera de nouveau sur les sels tartarecx, que l’on pourra mêler avec les sucs de cresson, de chicorée et de bourrache; on usera du cresson en grande quantité et de toutes les manières possibles ; on ne perdra jamais de vue la nécessité des antispasmodiques directs, des caïmans et des analeptiques.

Madame boira habituellement une décoction de plantes balsamiques vulnéraires, comme Fhypericum , le tussilage , la pulmonaire , la mille-feuille , etc. , adoucie avec le sirop de lierre terrestre, 11

serait à propos de couper ces décoctions avec une certaine quantité de petit-lait ou même de lait pur , si 1 estomac de la malade peut le supporter. Les fleurs de soufre unies à la conserve de. rose -, les baumes naturels , les eaux sulfureuses, Teau de chaux et le sulfure calcaire, pourront trouver plus tard leur place dans le cours du traitement , si le médecin ordinaire trouve qu'il soit nécessaire d'exciter modérément les organes pulmonaires ; mais il faut , pour autoriser feur emploi, que tous les symptômes d irritation et d’inflammation soient dissipés.

On renouvellera l’application des sangsues vers les époques qui correspondent à celles des règles, et même dans les intervalles de ces époques ; peut être conviendrait- il mieux de les appliquer parfois aux endroits de la poitrine où la malade ressentirait de la douleur ou une gêne particulière.

Il sera sans doute avantageux de tenter encore un essai du lait d’ânesse, en tâchant de prévenir la surcharge des organes digestifs. On parviendra peutêtre à le laire passer plus aisément par l’addition d’une partie égale d’eau , et d’une certaine quantité de miel cuit et écumé. S’il causait de la tension dans le bas-ventre et des gonflemens Haineux , il serait très -utile d’ajouter à chaque prise un peu d’eau de fleurs d’orange ou de canelle simple. On opposera du reste des correctifs appropriés aux diverses dégénérations que le lait pourra subir. On se conduira de la même manière à l’égard des autres espèces de

lait , qui iourniront à Madame une excellente nourriture médicamenteuse.

Si les mouvemens fébriles se reproduisent avec leur force et leur irrégularité première , il faudra recourir sur le champ aux émulsions nitrées avec une petite dose de quinquina , à moins qu9on ne juge plus à propos de mêler un peu de ce fébrifuge aux substances qui entrent dans la composition du sirop incisif et tonique ci-dessus prescrit.

Si les crachats se teignent de sang , avec augmentation de fièvre , de chaleur et de toux , on n’hésitera pas à appliquer les sangsues autour des parties extérieures de la poitrine , et à employer tous les moyens antiphlogistiques.

Si la douleur fixée sous un des seins reparaît et persiste avec une tension considérable dans la cavité thoracique , on soumettra la malade à l’usage d’une potion composée avec le suc de laitue , le sirop de nymphœa et celui de karabé. Le même remède serait utile contre les insomnies, si elles devenaient opiniâtres et prolongées.

S’il survient de la diarrhée , on fera prendre deux fois le jour un gros d’électuaire de diascordium préparé sans opium , et en même temps on donnera une décoction de salicaire et d’aigremoine. Si , au contraire , il survient de la constipation , ce qui pourrait arriver par les fatigues du voyage , il faudra insister sur l’usage des pruneaux et autres fruits laxatifs , prendre un lavement tiède chaque matin , et avaler

de temps en temps à l’heure du coucher un ou deux gros de casse cuite à la fleur d’orange , ou bien douze à quinze grains de pilules écossaises dites à' Anderson* Enfin , si l’été se passe sans orage , et qu’il décide quelques changemens favorables , il faudra redoubler de précautions et de soins à l’approche de l’automne et de l’hiver, qui introduisent pour l’ordinaire dans le corps une révolution désavantageuse aux maladies de la nature de celle-ci. Le régime sera toujours conforme à celui qu’on a jusqu’à présent observé , en s’efforçant de le rendre encore plus complètement végétal. Une autre condition non moins importante que le régime , c’est la tranquillité de l ame et l’exercice salutaire de cette force morale que Madame possède si bien , et dont la puissance a depuis si long- temps heureusement favorisé chez elle les ressources de la nature et de l’art.

Délibéré, etc.

Page 1