‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 62 sur 83 · CONSULTATION LUI · texte numérisé non relu

CONSULTATION LUI

V omissement habituel chez une femme affectée de

chlorose .

Quoique la maladie pour laquelle on nous consulte paraisse avoir une liaison naturelle avec Paffection chlorotique dont madame la Consultante fut tourmentée autrefois , elle a pris maintenant un caractère qui lui est propre, et qui la rend presque indépendante aujourd’hui de l’état particulier de la matrice.

Les vomissemens habituels d’un liquide glaireux et aigre , précédés chez Madame par l’évacuation abondante et irrégulière du flux menstruel , sont entretenus par différentes causes : de ces causes, les unes sont directes et relatives à l’estomac , les autres indirectes et relatives à la matrice qui porte son influence sur les organes de la digestion. Considérés dans leurs rapports avec l’état de l’estomac, les vomissemens de Madame tiennent en même temps à la faiblesse de ce viscère , qui en fait le siège habituel de congestions muqueuses , et décide en partie la production d’une quantité considérable de fluide

DE m/îDE CI i\ F.

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muqueux ou glaireux. L’évacuation excessive et irrégulière des règles qui précéda les premiers vomissemens , a pu introduire dans toute la constitution de Madame un état de débilité et d’énervation dont le système digestif a spécialement ressenti les effets. Cette débilité s’est accrue par îes vomissemens euxmêmes , dont la répétition fréquente a dû nécessairement altérer les forces et l’organisation de ce viscère. Quant h la reproduction constante des sucs muqueux , elle paraît dépendre et de la faiblesse générale imprimée par les mêmes causes , et d’une disposition particulière de la malade à produire cette espèce d’humeur , disposition qui se rencontre souvent chez les personnes du sexe dont les règles ont eu de la peine à s’établir.

Envisagés dans leurs rapports avec la matrice , îes vomissemens de Madame semblent liés encore , quoique d’une manière moins étroite , aux affections de ce dernier organe , puisque l’on a observé qu’ils coïncident de temps en temps d’une manière plus marquée avec le retour des règles , lorsque l’éruption de ce flux est difficile et pénible.

La maladie étant ainsi déterminée , les principes d’une méthode rationeile de traitement doivent avoir pour objet , i°. de fortifier l’estomac et de prévenir l’accumulation des sucs glaireux ; s*°. d’empêcher que ces sucs ne se reproduisent avec trop d’abondance ; 3°. de régulariser les fonctions de la matrice et les jiiouvomens du flux menstruel.

i#* Afin de remplir le premier objet , on aura soin d exciter par intervalles l’estomac avec de petites doses d ipécacuanha , administrées quelquefois de manière à procurer deux ou trois vomissemens. Ainsi, tous les mois , après l’époque des règles, Madame prendra huit ou dix grains d’ipécacuanha en poudre. Les jours suivans , elle soutiendra l’effet de ce remède, en prenant chaque matin deux ou trois cuillerées de la teinture suivante :

% Racine d’ipécacuanha j

Fleurs d’arnica-montana.. . . j

ail demi-gros.

Faites infuser dans huit o.nces d’une décoction bouillante d’une tête de pavot.

L’usage de cette teinture sera alterné avec celui des absorbans , parmi lesquels la magnésie blanche devra être préférée. On pourra donner le matin à jeun trente ou quarante grains de magnésie blanche délayée dans on demi-verre d’eau. Mais un des médicamens qui conviendront le mieux pour atteindre à la fois le double but de fortifier l’es tomate et de prévenir les congestions glaireuses , est le fnélange des toniqu.es , des antispasmodiques directs et des absorbariSj La combinaison suivante tirée de ces trois ordres de médicamens nous paraît propre h remplir cette vue :

Quinquina en poudre. ..... demi-once.

Racine de valériane pulvérisée. . deux gros.

Castoréum un gros.

Opium gommeux. ....... huit grains.

Magnésie blanche deux gros.

Sel d’absynthe un gros.

Mêlez avec suffisante quantité de conserve d’énulacampana , pour un opiat dont la malade prendra un gros matin et soir.

Il sera nécessaire d’entretenir la liberté du ventre, et même de recourir quelquefois à de petites doses de purgatifs toniques et résineux , tels que la rhubarbe, le jalap, etc., ou bien aux sels tartareux , comme la crème et la terre foliée de tartre. Des demi-iavemens préparés avec la valériane, la fleur de camomille et le camphre , pourront^être employés avec efficacité comme antispasmodiques.

Les frictions sur la région épigastrique avec la teinture d’opium, d’assa-fœtida , de feuilles de rhue, seront utiles si les vomissemens deviennent excessifs; alors on appliquera dans le meme dessein la thériaque avec le camphre, les feuilles de ciguë et autres antispasmodiques directs, sous forme d’épithème ou d’embrocations. On combattra aussi la disposition aux vomissemens, quand elle se manifestera avec une certaine intensité , par la potion anti-émétique de Rivière, qui est très-bien appropriée à de telles circonstances.

2°. La partie du traitement prescrite ci-dessus s’applique de même à la seconde indication d’empêcher que les fluides muqueux ne se reproduisent avec trop

d abondance. Les toniques , les absorbans , les émétiques répétés produiront cet effet. On pourra y joindre, si on le juge nécessaire , quelques excîfans directs du système lymphatique , qu’on tirera soit des sels mercuriels , soit des préparations antimoniales , e 011 n administrerr , du reste , qu’à de très-petites doses et avec beaucoup de précaution.

Un régime fortifiant plutôt que très - riche en principes nutritils, sec plut'ôt que succulent, devra concourir avec cet ordre de remèdes. Madame s interdira le poisson , les œufs , les substances grasses et huileuses , les chairs tendres , délicates , les farineux , la pâtisserie, le fromage , et autres alimens ou les principes gélatineux , muqueux , sucrés , prédominent. Les viandes rôties ou grillées, les plantes potagères et quelques fruits bien mûrs devront former sa nourriture habituelle. Madame mêlera une petite quantité de bon vin sec à ses boissons et se permettra même un pe:t de café.

5°. Le troisième chef d’indication n’offre pas, dans 1 état actuel , une circonstance aussi importante que les deux précédens. Les bains de siège , les frictions à la partie interne des cuisses , des ligatures sur les mêmes parties , prépareront l'écoulement des règles tous les mois; et dans le cas où cet écoulement se ferait avec difficulté , on l’aiderait par l’application des sangsues dans le voisinage de la vulve, par des lavemens d’assa-fœtida avec le camphre , par quelques prises d’une mixture emménagogue composée avec.

Teinture de mars apéritive. .

Teinture d’aloès. ,

Teinture aqueuse de canelle.

Sirop d’armoise

Eau d’armoise

deux gros, vingt gouttes.

ail demi-once, six onces.

Si la difficulté des règles se répétait pendant plusieurs mois de suite, on tâcherait de la prévenir en donnant dans l’intervalle d’un mois à l’autre quel» ques petites doses de safran de mars et d’aloès avec la gomme ammoniaque ; mais nous nous flattons que la menstruation sera rendue assez facile par les moyens plus doux que nous avons déjà recommandés, pour qu il ne soit pas nécessaire de recourir à ce dernier remède.

Délibéré , etc.

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