CONSULTATION LVIII
Hydropisie de poitrine .
Le malade pour lequel on me fait l’honneur de me consulter est âgé de 49 ans»‘ il est chargé d’un fort embonpoint, sa constitution est robuste, il n’a éprouvé pendant long - temps que des altératïqns passagères qui formaient plutôt de simples incommodités que des maladies bien décidées. En 1792 , il fut atteint d’une strangurie qui se dissipa bientôt au moyen des bains et des boissons adoucissantes. Le même accident s’étant renouvelé l’année suivante , il en fut délivré promptement par les mêmes secours. Après avoir eu un flux hémorroïdal qui se termina bientôt, M. le Consultant fut saisi, en 1796, d’une douleur accompagnée de démangeaisons aux deux gros orteils : cette douleur fut suivie de gonflement et de rougeurs qui se dissipèrent avec elle au bout de trois jours.
Une nouvelle attaque de strangurie survint, il y a deux ans environ; et quelque temps après M. le Consultant fut affecté d’une difficulté de respirer, avec
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suffocation , qui depuis se fait sentir chaque fois qu’il marche ou qu’il monte un escalier. Aujourd’hui l’oppression a considérablement augmenté ; elle est accompagnée d’une petite toux sèche ; le malade ne peut rester couché ni sur l’un ni sur l’autre côté; ses urines sont rouges et souvent bourbeuses ; elles coulent avec peine et en petite quantité; les extrémités inférieures sont œdématiées ; le pouls est lent, plein , sans intermittence; le malade éprouve constamment une douleur qui se propage depuis la région des lombes jusqu’au milieu des cuisses.
On a employé sans aucun succès marqué la saignée , les bains , les plantes savonneuses , les préparations sciilitiques. L’application d’un cautère au bras n’a pas eu d’effet sensible sur la gêne de la respiration. Les évacuans purgatifs pris dans la classe des hydragogues ont été nuisibles.
En remontant au principe des accidens que le malade a d’abord éprouvés , on a quelque raison de croire que ce principe tenait un peu du caractère rhumatismal et goutteux. Les strangurie* répétées , les douleurs vagues , la démangeaison des gros orteils , l’affection douloureuse établie encore à présent sur la région lombaire , fournissent les seules preuves que nous ayons de l’influence du principe rhumatismal goutteux sur cette maladie ; mais ces preuves ne sont point assez décisives pour que nous soyons fondé à considérer ce principe comme la cause immédiate
d’une affection qui présente aujourd’hui un caractère propre.
li est facile de voir que dans l’état actuel le tissu cellulaire et les membranes qui tapissent l’intérieur de la poitrine contiennent un fluide séreux qui occasione la difficulté de respirer la suffocation et les autres symptômes de l’hydrolhorax, Quelle que soit la cause qui ait amené l’infiltration séreuse des tissus cellulaire et membraneux des organes de la poitrine, il importe aujourd’hui de remédier à cette infiltration et d’en arrêter les progrès.
Dans l’état actuel de la maladie , les indications qui se présentent , consistent à procurer l’évacuation du fluide , en rendant plus active l’action des organes excréteurs; à favoriser sa résorption par des moyens qui excitent l’action absorbante, et à soutenir les forces du malade par des remèdes et un régime convenables,
i°. On insistera sur l’usage des évacuants diurétiques, et l’on donnera soir et matin \ingt ou trente grains de terre foliée de tartre dans un verre de tisane de chicorée et de cerfeuil.
2°. En même temps , on fera prendre dans la jour née plusieurs verres d’une boisson préparée avec une once de polygaia de Virginie et demi-once de racine de garance, que l’on fera bouillir dans une pinte d’eau, en ajoutant à la décoction une once d’esprit dé mindererus, et demi-gros d’antimoine diaphorétique.
5°. L’usage de ces remèdes sera précédé par implication de deux sinapismes aux jambes, dans la vue d’opérer un mouvement de révulsion propre à faciliter le dégorgement de la poitrine. Lorsque les sinapismes auront produit leur effet , on appliquera un vésicatoire sur la partie inférieure de la poitrine , en se rapprochant de la région épigastrique , et Ton transportera successivement cette application sur différens points de la surface du thorax.
On fera aussi des frictions entre les épaules et sur le devant de la poitrine avec un linimenl composé de trois parties d’huile de camomille et d’une partie de teinture de cantharides.
4°. Les évacuans purgatifs ne doivent être employés qu’avec beaucoup de ménagement. Si ce genre d’évacuans devenait nécessaire , il faudrait les choisir parmi ceux qui sont toniques , comme Fipécaeuanha à petite dose , l’infusion de rhubarbe mêlée avec des sels neutres , tels que la crème de tartre , le sel végétal , etc.
5°. Un remède qui convient sous le double point de vue de favoriser les excrétions et de ranimer Faction des vaisseaux absorbans , c’est la digitale pourprée, que Fon s’empressera d’administrer à l’intérieur sous forme de bols , et à l’extérieur sous forme de frictions. Ce remède sera donné conjointement avec ceux qui ont déjà été proposés : on en commencera l’usage en donnant d’abord trois ou quatre grains de cette substance avec autant d’assa -fœ-
tida et de sel de nitre , que l’on divisera en deux ou trois prises qui seront distribuées dans le cours de la journée ; on augmentera graduellement la dose de la digitale jusqu’à ce qu’on l’ait portée à huit ou dix grains par jour; dans le même temps ou alter^ nativement, suivant les effets obtenus, ce médicament sera administré en frictions sur la partie interne des bras , avec une cuillerée environ de teinture alcoolique de digitale.
6°. On opposera quelques applications toniques à Tœdématie des extrémités inférieures. Mais si la fluxion établie sur ces parties soulageait la poitrine , on se contenterait de pratiquer une légère incision aux malléoles pour donner issue au liquide épanché. Dans le cas où cette petite opération serait suivie de douleur et d’inflammation , le malade devra se tenir couché , ou tout au moins donner à ses jambes une situation horizontale, et appliquer sur le lieu de l’incision un cataplasme de mie de pain blanc et de fleurs de sureau , arrosé avec l’eau végéto-minérale.
7°. Si le bon effet des moyens précédons amène un moment favorable pour fortifier la constitution du malade , on aura recours aux toniques apéritifs , tels que le petit-lait vineux , le vin chalibé , les eaux ferrugineuses , les décoctions ameres les infusions
de quinquina , d’année , etc.
Ce traitement sera soutenu par une nourriture acile à digérer , tirée ou de bonnes viandes ou de végétaux non venteux. Les viandes seront données rôties
ou cuites sur le gril; on assaisonnera peu les végétaux; on usera sobrement cPun bon vin généreux; et si les forces le permettent, M. le Consultant fera chaque jour un exercice modéré soit à pied , soit à cheval , soit en voiture.
Délibéré , etc*