CONSULTATION LIX
Mènorrhagie abondante .
Le flux immodéré de sang que Madame éprouve à chaque période de ses règles date de son dernier accouchement , qui fut suivi d’une perte sanguine extrêmement abondante par les lochies. Jusqu’alors Madame avait joui d’une bonne santé ; et quoiqu’elle soit d’une constitution délicate , elle n’a eu d’autre maladie considérable que celle pour laquelle nous sommes consulté.
C’est par degrés que les pertes périodiques de sang se sont établies chez madame la Consultante. Elles sont parvenues maintenant à un état de force et d’abondance qui l’épuisent, et qui , en affaiblissant de plus en plus la mixtion des principes du sang, ajoutent sans cesse aux causes de cet accident. Une faiblesse générale , une décoloration extrême , un relâchement considérable de la peau , un mai de tête habituel , un petit mouvement de fièvre qui augmente après chaque période du flux , sont les symptômes principaux que la malade présente dans ce moment.
La mollesse des gencives , l’état des dents, la cou-
leur de la peau , sur laquelle on aperçoit quelques taches légères, forment un second ordre de symptômes qui indiquent plus spécialement dans le système sanguin une altération analogue à celle du scorbut. Il semble , en effet , que les matériaux constitutifs du sang ont perdu par cette altération la tendance qu’ils avaient à s’unir, et que, faute d’une concrescibilité suffisante , ils ne peuvent être retenus convenablement dans les vaisseaux de la matrice , lorsque ces vaisseaux se trouvent d’ailleurs disposés à permettre l’exhalation du sang aux époques périodiques des règles. Outre l’altération du sang, qui en favorise l’écoulement;, il existe chez Madame une faiblesse du système vascu laire qui se fait particulièrement sentir dans les vaisseaux de la matrice , et qui favorise encore l'espèce d’hémorrhagie passive dont cet organe est le siège chaque mois.
Nous pouvons donc assigner deux élémens ou deux principes à ce flux immodéré et périodique de sang. Le premier consiste dans l’altération de cette humeur analogue à la dégénération scorbutique , jointe à l’atonie générale du système sanguin; l’autre est la faiblesse relative delà matrice et de scs vaisseaux , qui en fait périodiquement le siège d’une fluxion passive et prolongée. Cette faiblesse entretient dans le voisinage de la matrice et dans la matrice même une sorte de malaise et de pesanteur incommodes , accompagnés de chaleur pénible , de tiraîllemens d’estomac et de lassitudes dans les extrémités inférieures. Le
sang étant formé de principes qui ne conservent point entre eux leur liaison naturelle , tend à se dissoudre et à se porter en plus grande abondance dans les vaisseaux de la matrice; en sorte que le système vascuiaire, frappé d’ailleurs d’une atonie générale, est incapable de faire prendre au sang le cours qu’il doit suivre après l'écoulement des règles.
La méthode de traitement que nous conseillons dans cette maladie aura pour objet : i°. de corriger l’altération générale du sang et de relever les forces du système des vaisseaux sanguins; 2°. de fortifier la matrice et d’effacer ainsi la disposition par laquelle elle se prête à l’établissement des fluxions passives , qui, outre Y écoulement immodéré de sang qu’elles oecasionent , sont encore susceptibles de développer dans cet organe une sensibilité vicieuse et un état habitue! d’irritation capable de produire l’altération de son tissu. Nous allons exposer les moyens qui nous semblent les pjus propres à remplir cette double indication.
i°. La malade continuera l’usage de l’eau oxygénée , en augmentant dans une proportion convenable le degré d’oxygénafcion de celte eau, Elle pourra de temps en temps la remplacer par une limonade minérale composée avec les acides sulfurique ou nitrique, dont les doses seront de même graduellement augmentées. Madame prendra tous les matins deux bols composés • chacun avec ,
Extrait de quinquina
huit grains.
Nitre. . .
Camphre
Sulfate de zinc . .
Sirop d’écorce d’orange. . . s
quatre grains, trois grains, un grain, suffis, quant.
Madame prendra pardessus ce bol huit onces de petit-lait nitré , auquel on ajoutera deux onces de suc de cresson. Le soir, vers les cinq heures, on répé tera les mêmes bols* en faisant boire pardessus un verre d’eau de goudron nitrée comme le petit-lait du matin. Madame prendra dans ïe courant de la journée deux prises de quatre onces de sucs de cresson , de cochiéaria et de heccabunga, à des heures qui seront fixées par le médecin ordinaire.
Au moment du coucher, on donnera à'Madame une émulsion dans laquelle on aura fait* dissoudre une quantité médiocre de nitre , une once de sirop de nymphéa et autant de suc de laitue.
2°. Ces remèdes seront continués pendant les quinze premiers jours de chaque mois, Passé ce terme , on substituera journellement aux boissons oxygénées et acidulées précédente^ , quatre verres d’eau de gou-^ dron , dans laquelle on mêlera une légère dissolution d’alun, et quelques gcuttes, sur chaque verre, de teinture de mars tartarisée. Dans cette partie du traitement, on abandonnera les sucs d’herbes, le petitlait et les bols , et l’on fera prendre à leur place , le matin, un bouillon composé avec un quart de chair de tortue, la moitié d’un jeune poulet, une demi-
CONSULTATIO N S
poignée de cresson , et une deini-once d’éimla cam pana. Après ce bouillon , Madame prendra quatre pilules composées de la manière suivante :
y, Extrait de trèfle d’eau une once.
Santal citrin pulvérisé. .... deux gros.
Fi. mart. de sel ammoniac. . . un gros.
Sulfate de zinc un scrupule. *
Mêlez avec suffisante quantité de conserve de roses; faites des pilules de quatre grains. Le même nombre de pilules sera donné le soir à l’heure du coucher ; on en augmentera ensuite graduellement la dose.
5°. Le second objet du traitement de cette maladie se rapporte à la faiblesse relative de la matrice , qui ne peutopposer une résistance suffisante à l’accumulation et à l’effusion immodérée du sang. Dans la vue de corriger cette disposition , Madame , aux approches de ses règles , aura soin de se tenir dans le plus parfait repos ; elle se couchera sur un lit dur, à une température un peu fraîche, ayant les parties inférieures légèrement couvertes et la région des lombes tant soit peu relevée. On essaiera d’appliquer à froid , sur les lombes et le bas-ventre , des linges trempés dans l’eau et le vinaigre , dans l’eau végéto-minérale , dans la dissolution de sulfate de zinc ; et l’on continuera quelque temps ces applications si les forces de Madame le permettent. On pourra encore introduire dans le vagin , jusque vers la matrice , des bourdonnets imbibés d’eau végéto-minéraîe ; on fera sur l’hypogastre des appiica-
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lions toniques et médiocrement astringentes ; on don* nera intérieurement des remèdes capables de fortifier et de resserrer les vaisseaux utérins : on employera dans cette vue la potion suivante :
Sang-dragon dix grains.
Teinture de canelle dix gouttes.
Vitriol de mars six grains.
EaudeRabel. ....... quarante gouttes,
Décoc. de grande consoude. huit onces.
Sirop diacode. . ..... une once.
Madame prendra une cuillerée de cette potion toutes les heures.
Un moyen très-convenable pour fortifier la matrice , serait de porter habituellement une ceinture renfermant des plantes toniques , et appliquée de manière à soutenir convenablement les viscères du bas-ventre.
4°. Madame ne doit user que des nourritures les plus saines et les plus faciles à digérer. Les plantes potagères ? comme la laitue , les épinards , la courge , la carotte , le cresson , l’oseille , les fruits bien mûrs , les gelées un peu acides , comme celle de groseille , formeront une des bases principales de son régime. Madame mangera modérément des vrandes de bœuf, de mouton , de veau , etc. , pourvu qu’elles ne soient pas mêlées avec des assaisonnemens trop épicés; elle se permettra chaque jour dans sa boisson une petite quantité de vin généreux. Enfin , elle regardera les