‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 72 sur 83 · CONSULTATION LX · texte numérisé non relu

CONSULTATION LX

Amaurose survenue à la suite d'un coup reçu sur

l'arcade orbitaire.

Après avoir examiné attentivement l’œil gauche de M. le Consultant , et avoir fait diverses épreuves dans la vue de reconnaître l’espèce de lésion dont il est affecté , le Conseil soussigné n’a pas eu de peine à se convaincre que cet organe ne reçoit plus Fimpres* sion naturelle de la lumière ; ce que confirme d’ailleurs le rapport du malade lui-même ? qui assure que la vision ne s’exerce pas du tout de ce côté.

L’état des humeurs de Fœil n’est presque pas changé; mais celui de Sa pupille indique une altération bien manifeste de la rétine. En effet, la pupille est plus dilatée qu’elle ne doit l’être ordinairement , et au lieu de se contracter elle se dilate sous l’impression des rayons lumineux. Le fond de Fœil paraît altéré dans sa consistance et dans sa couleur; le mouvement qui annonce la sensibilité de la rétine est interverti , et il doit en résulter les mêmes ineonvéniens

qne de son abolition , par rapport à la perception de la lumière.

Si nous recherchons maintenant les causes qui ont pu donner lieu à FafFection pour laquelle on nous consulte, nous verrons que la solution de continuité faite à la partie externe et supérieure du sourcil gauche par un coup de chandelier , a pu déterminer de plusieurs manières une lésion grave de l’œil. i°. Cette solution n’a point été bornée aux parties molles ; elle paraît avoir intéressé les os qui forment l’arcade sourcilière. Il y a eu dans ces os une frac-

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ture dont les effets ont dû être fâcheux , soit à raison de son étendue , soit par l’irritation que les fragmens de l’os brisé entretiennent, a°. Toutes les ramifications du nerf frontal ont pu communiquer sympathiquement l’impression du coup au nerf propre de l’œil. 3°. La commotion vive que le coup a excitée dans tonte la masse du cerveau , a pu suffire pour altérer directement le principe de la sensibilité dans le nerf optique, et pour établir soit dans ce nerf, soit dans la rétine, un état d’irritation ou de faiblesse qui rend ces parties impropres à recevoir l’impression naturelle de la lumière.

On ne s’est point assuré quelle pouvait être l’étendue de la fracture de l’arcade orbitaire. On aurait dû peut-être aggrandir la plaie , retarder la cicatrisation, et faire des recherches sur le progrès de la fracture „ en même temps qu’on aurait favorisé l’exfoliation de l’os brisé. Nous avons aperçu un petit

suintement par la cicatrice imparfaite de la plaie; nous avons même senti la résistance que ferait un fragment d’os ; le malade éprouve à cet endroit une douleur très-vive , il est vraisemblable que l’os est endommagé , et que des esquilles irritent les parties sensibles et contribuent à fatiguer l’œil.

Nous recommandons en premier lieu de faire sur l’œil des applications émollientes , d’employer les bains de vapeur et tous les moyens capables de relâcher les parties , afin de faciliter la sortie des fragmens d’os qui pourraient être renfermés sous la cicatrice. Si ces moyens ne suffisent pas , on rouvrira la plaie , on examinera la fracture , et l’on fera un traitement méthodique de la nouvelle plaie.

La commotion imprimée à la masse du cerveau par le coup ne saurait être douteuse ; l’irritation ou la faiblesse du nerf optique et de la rétine ont pu être les suites de cette commotion. En conséquence, il faut tâcher de fortifier ces parties ou de calmer leur irritation. Les révulsifs excitans et les antispasmodiques directs nous semblent propres à remplir chacune de ces indications sans nuire à l’autre.

Parmi les révulsifs nous conseillons, i°. l’application d’un vésicatoire à la nuque, que l’on remplacera par celle d’un séton à la même partie; a°. l’application d’un vésicatoire sur toute l’étendue delà calotte du crâne ; il serait bon de placer auparavant deux sangsues à chaque tempe , et de n’appliquer le vésicatoire sur le crâne que lorsque les sangsues auront

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produit leur effet; 5°. des bains de pied dans beau tiède où Ton aura fait dissoudre deux fortes poignées de graines de moutarde en poudre; 4°* des frictions sur toute l'habitude du corps ; 5°. après avoir mis en usage ces divers moyens , l’emploi de l’électricité et du galvanisme selon les méthodes connues, et avec la précaution d’en graduer la force d’après les effets qu’on en obtiendra*

Parmi les antispasmodiques directs nous recommandons un mélange d’assa-fœtida , de valériane sauvage et de castoreuui sous forme d’opiat ou de pilules. On fera usage des fleurs d’arnica montana en poudre à la dose de huit à douze grains , en diminuant toutefois cette dose si elle excitait de trop grandes nausées. Enfin , lorsque tout soupçon d’une irritation dominante sera dissipé, et que les signes de faiblesse auront pris le dessus, on pourra tenter de nouveau l’emploi des collyres fortifians que M. Scarpa a recommandés dans sa consultation délivrée à Nice.

Délibéré , etc.

OBSER VATIONS

DE

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