OBSERVATION PREMIÈRE
Céphalalgie nerveuse.
Elisabeth Dumont , ' âgée de vingt-six ans , d'une constitution grêle, d’un tempérament nerveux, éminemment sensible , née sous un climat froid et humide , ayant long-temps vécu dans l'inquiétude et dans la gêne , forcée de travailler à des ouvrages qui exigent beaucoup de patience et d’application , était depuis long-temps sujette à des maux de nerfs que les veilles , le travail , les chagrins et la mauvaise nourriture exaspéraient.
Ses parens exerçaient la profession de tisserand , qui les obligeait à demeurer habituellement dans des lieux bas et humides. Sa mère avait eu plusieurs attaques de maux de nerfs dans le cours de sa vie.
A l’âge de six mois , Elisabeth Dumont fut prise
OBSERVA TIONS
d’accès convulsifs qui revinrent à l’âge d’un an et qui se montrèrent de nouveau dans sa troisième année. A six ans la petite vérole naturelle survint, parcourut ses périodes avec régularité , suppura beaucoup et se termina en laissant une tumeur glanduleuse à l’aisselle et un tremblement presque continuel dans les muscles de la tête et du cou, La tumeur s’abcéda et guérit. Le tremblement dura près d’un mois, et ne se dissipa que lorsque la malade reprit des forces et de l’embonpoint.
Cette jeune personne avait eu plusieurs maladies pendant les premières années de sa vie : à l’âge de boit ans une fièvre scarlatine accompagnée d’angine; depuis onze jusqu’à treize ans une éruption teigneuse sur 3a tête ; à quatorze ans , une fièvre tierce avec des tiraiîlemens spasmodiques d’estomac ; à quinze ans des coliques violentes qui précédèrent chez elle l’éruption des règles. Cette époque critique s’établit avec une grande difficulté; chaque écoulement s’annonçait par de fortes douleurs auxquelles une agitation nerveuse générale et pénible succédait. Une extrême sensibilité qui donnait lieu à des symptômes de vapeurs toutes les fois qu’elle éprouvait des contradictions , fut la seule incommodité que l’on observa chez elle depuis l’apparition des règles jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans. C’est alors que l’afFection actuelle parut se déclarer.
Cette affection était bornée dans le principe à une douleur fixe qui occupait le front et toute la partie
latérale gauche de la tête. Cette douleur était accompagnée d’étourdissemens , de vertiges , de tintemens d’oreilles , et quelquefois de soubresauts convulsifs» Elle revenait tous les deux ou trois jours , quelquefois elle mettait de plus longs intervalles entre ses attaques ; le plus long calme a été de vingt jours.
Il y a près de deux ans que cette affection existe sans qu’elle ait éprouvé le moindre changement; elle augmente sous les températures de l’air froid et humide , elle est plus fréquente et plus forte en hiver et en automne. Elle n’a encore produit aucun dérangement grave dans l’exercice des fonctions des autres organes. On observe cependant quelquefois des vomissemens de matières glaireuses qui l’accompagnent et la suivent. Elle laisse presque toujours après elle un état de stupeur et d’abattement.
La malade a le teint pâle , les yeux lariguissans , la bouche sèche ; la vue et l’ouïe s’exercent bien dans l’intervalle des attaques , mais chaque accès de douleur y porte un trouble manifeste. Les sensations se forment généralement avec une grande vivacité , les moindres causes déterminent des impressions très-violentes.
La pression n’augmente pas la douleur , on ne découvre point les caractères d’une irritation inflammatoire, ni les phénomènes d’un mouvement fluxionnaire vers la tête.
Le pouls est régulier, il devient serré, quelques fois intermittent et convulsif pendant l’attaque de
590 observations
douleur. La chaleur est naturelle , ainsi que la couleur de la peau; il n’y a point d’engorgement glanduleux , les organes digestifs et les autres viscères du bas-ventre n’offrent aucun indice de lésion ; les urines sont claires et aqueuses.
il est évident, d’après cet exposé, que la céphalalgie est entretenue par un seul principe , qui est l’accroissement excessif de la sensibilité. C’est une douleur purement nerveuse, que l’on ne doit combattre que par les calmants directs du système nerveux. Mais comme l’affection est ancienne , les simples caïmans seront peut-être insuffisans , il faudra combattre la douleur par la douleur.
Le 2 o mars on prescrit des bains de Jambes da«s une décoction émolliente , des demi-îavemens avec une infusion de fleurs de valériane et deux grains d’opium; pour boisson, l’eau de poulet, dans laquelle on a fait bouillir une tête de pavot ; chaque soir une émulsion de semences froides adoucie avec le sirop de nymphéa. Ces remèdes sont administrés pendant le temps de calme.
Le 1er avril, accès de douleur très-fort , vertiges , mouvement convulsif des muscles de ia face , pouls serré, vomissement : cette attaque dure trois jours, on la combat par les bains de jambes sinapisés , les fumigations de karabé, les sternuiatoires , et enfin le laudanum liquide , auquel la douleur paraît céder.
Le 4, on continence les bains entiers, on fait raser la tête, on applique sur toute la calotte du
D£ MÉDECINE. 69 î
crâne un large vésicatoire, el l’on administre en même temps l’opium à la dose d’un grain toutes les quatre heures. On continue ce traitement jusqu’au io, époque h laquelle le vésicatoire ne suppurant plus , toute espèce de traitement est suspendue.
Le 12, nouvelle attaque de douleur combattue par les mêmes moyens. Après qu’elle a cessé , nouvelle application de vésicatoires sur la calotte du crâne, bains entiers, opium, lavemens de valériane.
Pendant l’espace de deux mois il y a des alternatives de calme et de douleur , dans lesquelles la douleur se montre irrégulièrement plus ou moins vive. On insiste sur le même traitement , avec la précaution d’appliquer les vésicatoires sur différentes parties autres que la tête , comme la nuque 9 le bras , etc. ; on varie les narcotiques et l’on fait enfin une application sur îe crâne d’un cataplasme composé avec les feuilles de jusquiame blanche et de ciguë macérées dans de l’eau.
L’application d’un vésicatoire au bras , dans le voisinage de l’articulation du coude, détermine une tuméfaction extrêmement douloureuse que la malade compare a la sensation que ferait éprouver une forte compression des parties articulaires. Cette nouvelle douleur paraît avoir un effet avantageux sur la première, qui, depuis cette époque, est allée toujours en diminuant , ensorte que la malade a pu sortir deux mois après de l’hospice dans un état de calme qui lui permettait de se croire entièrement guérie. Je lui ai
ùÿZ OBSERVATIONS
conseillé toutefois de continuer les demi-bains , les lavemens , les boissons tempérantes , d’entretenir une douce transpiration dans les tégumens qui revêtent le crâne , et de revenir à î’opium et aux vésicatoires sitôt qu’elle éprouverait le plus léger ressentiment de sa douleur»
OBSERVATION II
Céphalalgie nerveuse liée aux mouvemens des
régies .
Une femme âgée de trente-quatre ans , d’une constitution faible , d’un tempérament nerveux , est atteinte d’une céphalalgie constante qui a été combattue d’une manière empirique par une multitude de remèdes dont elle n’a pas su nous rendre compte. Cette douleur offre une circonstance particulière , c’est d’être subordonnée aux mouvemens des règles , et d’éprouver un accroissement sensible à chaque période menstruelle.
La malade a perdu de ses forces et de son embonpoint; elle est devenue d’une extrême sensibilité; le bas-ventre est légèrement tuméfié , ce gonflement augmente à l’époque des règles, ainsique la douleur; elle éprouve un malaise général , des inquiétudes vagues , des digestions lentes ; le pouls serré * dur ; la respiration quelquefois entrecoupée, avec palpitations de cœur lorsque la douleur est très-forte. La malade ressent de la pesanteur dans la région des lombes et
si5
OBSERVA T I O N S
du fourmillement le long des cuisses , à l’époque des règles, qui sont toujours difficiles et souvent interrompues.
En étudiant avec soin toutes les circonstances de cette maladie, on ne peut guère y reconnaître qu’une augmentation singulière de la sensibilité nerveuse, qui est excitée et mise en jeu par l’action de la matrice au moment des règles.
D’après cette opinion, le traitement de cette maladie doit avoir pour objet de calmer la sensibilité et de modérer l’influence vicieuse de la matrice.
Le premier jour du traitement, saignée de quatre onces immédiatement après les règles; le lendemain , prescription d’une médecine ordinaire; le troisième jour, boissons tempérantes et bains domestiques , quatre verses de petst-îait et d eau de poulet dans lesquels on fait infuser six feuilles d’oranger et demi-once de valériane. Sur le premier verre de cette boisson la maladé prend un bol composé avec quatre grains de camphre , six grains de castoréum et un grain d’opium gommeux.
Un bain domestique tous les deux jours ; bains de jambes dans l’eau tiède chaque soir; lavement avec des décoctions de camomille et de valériane et quelques gouttes de laudanum tous les deux ou trois jours.
On continue ce traitement pendant l’espace de deux mois , en y associant , pour modérer l’action de la matrice , des frictions sur la partie interne des cuisses pendant les six jours qui précèdent l’époque de la menstruation. Alors on insiste davantage sur les
Dt MÉDECIN h. 3g5
bains de jambes, et l’on fait appliquer deux fais les sangsues à la partie interne et supérieure des cuisses. On donne en même temps tous les jours quatre tasses d’une infusion de fleurs d’armoise , dix gouttes de teinture d’aloës et autant de teinture de mars apéritive.
Les deux mois de traitement écoulés , la malade a ressenti un soulagement très marqué, il y a eu des jours entiers de calme parfait; l’intensité de la douleur a été beaucoup moindre, et les autres symptômes nerveux ont diminué en même proportion.
Cependant la douleur n’est pas complètement dissipée : on continue les bains entiers , les pédiluves, les lavemens , et l’on ajoute comme caïmans directs les pilules suivantes :
QJÏ Valériane en poudre un gros.
Aloës. un scrupule.
Extrait de jusquiame dix grains.
Opium gommeux quatre grains.
Mêlez avec un mucilage; faites des pilules de quatre grains.
On donne trois de ces pilules matin et soir; la dose en est successivement augmentée après les deux premières prises ; mais la douleur de tête ayant cessé avant que la quantité de ces pilules ne lut consom mée, on a discontinué leur usage, et depuis la céphalalgie n’a point reparu.
OBSERVATION III
Douleur irrégulière avec hyperesthésie générale > prenant tantôt la forme de l'épilepsie , tantôt la forme de ls hystérie.
Une jeune femme âgée de vingt-trois ans, d’un tempérament nerveux , sensible et mobile à l’excès d’une constitution délicate, ayant éprouvé beaucoup de difficultés dans la première apparition des règles, eut de longs chagrins , après lesquels toutes les parties de son corps manifestèrent un tel accroissement de sensibilité que le moindre contact y excitait des douleurs intolérables.
Dans 3e principe, cette viciation singulière de la sensibilité ne formait' qu’une disposition générale vague, dans laquelle on n’observait aucune lésion particulière. Les caractères étaient l’inquiétude , le malaise , 1 impossibilité de soutenir une lumière un peu forte , d’entendre des sons aigus ; des soubresauts , des mouvemens convulsifs, la perte de connaissance au moindre bruit, la vivacité extrême de toutes les sensations , l’insomnie , des douleurs variables , que les plus légères causes déterminaient dans différentes parties du corps.
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Cette affection a subsisté dix mois sans affecter aucune forme déterminée; mais depuis quelques mois elle se produit sous deux formes diverses , celle de 1 épilepsie et celle de l’hystérie.
La malade est sujette maintenant à des attaques bien décidées , qui commencent par une vive douleur, à laquelle succèdent après un temps plus ou moins long tantôt les symptômes de l’épilepsie , et tantôt ceux de l’hystérie.
Ces derniers ont lieu le plus fréquemment; ils i épondent alors à une douleur fixée sur la matrice et sur la région du pubis. Cette douleur , qui précède toujours les symptômes hystériques , est bientôt suivie de spasme, du resserrement de la gorge, d’oppression , de cris involontaires , de vomissemcns , de la perle de connaissance , du resserrement des mâchoires , de la contraction des membres , etc.
Lorsque la maladie prend la forme épileptique , les symptômes répondent à la même douleur, établie alors sur l’estomac et l’épigastre , où elle se fait sentir avant que l’attaque d’épilepsie n’ait lieu. Cette douleur qui précédé, amène peu à peu les vertiges, ia roideur des membres , les convulsions générales , la perte de connaissance, la pâleur du visage, les mouvemens convulsifs des muscles de la face et des autres parties du corps.
On ne peut assigner aucun ordre constant dans les retours de I une ou 1 autre de ces deux formes de la maladie.
Dans l’intervalle des accès , la malade conserve une excessive sensibilité; mais, si l’on excepte les fonctions du système nerveux , celles de tous les autres systèmes d’organes s’exercent régulièrement et comme dans l’état le plus sain.
La respiration est quelquefois gênée par une suite de l’affection des nerfs qui se distribuent aux muscles de la poitrine; mais les phénomènes chimiques de cette fonction ne sont en aucune manière dérangés. Les digestions sont bonnes et faciles; la chaleur offre des alternatives irrégulières d’accroissement et de diminution , comme dans les maladies nerveuses.
L'accroissement excessif de la sensibilité est sans contredit le principe essentiel et dominant de celte maladie; mais en troublant l’ordre naturel des fonctions , il a produit dans les organes du sentiment et du mouvement des conditions vicieuses , qui ont déterminé l’irrégularité de leur exercice. Il est résulté de là une anomalie de la sensibilité, qui produit les symptômes de l’hystérie . et une anomalie de la contractilité, qui produit les symptômes des convulsions ou de l’épilepsie. La douleur qui se lie immédiatement à l’accroissement de la sensibilité* est le prélude ordinaire des anomalies que cet accroissement fait naître dans l’exercice des forces sensitives et motrices.
il faut se proposer , en traitant cette maladie , i°. de modérer l’excès de sensibilité dominante; 20. de rétablir l’ordre dans les sensations et les mouvemens des
organes. Le premier point de vue indique l’usage des caïmans directs; le second me paraît réclamer l’emploi alternatif des tempérons et des excitans,
La malade , traitée hors de l’hospice , s’est confiée à mes soins particuliers au commencement de mars 1809. Après l’avoir purgée avec une médecine ordinaire , je prescrivis des bains domestiques de deux heures, deslavemens avec les décoctions d’herbes émollientes, une boisson abondante d’eau de poulet , un verre de petit-lait avec dix grains de poudre tempérante de Stahl le matin , et une émulsion avec le sirop de nymphéa le soir; un régime adoucissant et mucilagineux.
Le 9 mars , douleur intense répondant à la matrice et au pubis ; une heure après , symptômes d’hystérie , attaque complète , resserrement des mâchoires , suffocation , contraction de la gorge , frisson , crispation de tous les membres , perte de connaissance. On n'oppose à cette attaque qu’une potion antispasmodique , des frictions avec une brosse , des fomenta-
lions sur les jambes avec des linges trempés dans une décoction émolliente. L’accès dure neuf heures; il se dissipe tout-à-coup; néanmoins la douleur de la matrice et daj pubis se fait encore sentir, et ne se dissipe •ntièrement que le lendemain.
Le 1 1 , le 1 2 et le 1 5 , bains tièdes de deux heures * lavement émollient, friction relâchante, eau de poulet, petit-lait , émulsion , poudre tempérante de Stahl.
4oo
Le i4 , le i5 et le 16, bains froids, d’une durée proportionnée aux forces : la malade ne peut les supporter au-delà d’un quart-d’heure. Frictions sèches, kvemens à la glace; deux verres d’infusion d’angélique et de fleurs d’armoise matin et soir; une cuillerée de teinture d’aloès le matin à jeun.
L’irritation paraît augmenter, la malade ressent les moindres impressions avec plus de force.
Du 17 au 20, continuation du traitement prescrit du ii au i5. Même irritation , mêmes inquiétudes.
Le 21 , douleur à la matrice et au pubis, symptômes hystériques , perte de connaissance , mais indication bien marquée par les mouvemens que fait la malade d\me douleur violente dans les parties que j7 .i désignées. Les symptômes hystériques ayant une liaison manifeste avec cette douleur dominante , on les combat par les remèdes appropriés à la douleur. On ordonne un demi-grain de jusquiame et un grain d’opium de demi-heure en demi-heure; les symptômes d’hystérie sont bientôt apaisés , l’attaque cesse complètement au bout de trois heures.
Le 2 5 , on revient au traitement méthodique , composé de tempérans et d’excitans, d’après l’ordre alternatif suivi depuis le 11 jusqu’au 20. On insiste jusqu’au 28 sur les bains tièdes, les îavemens émoiliens, les boissons aqueuses et les poudres tempérantes, etc. Aucune diminution dans l’excès de sensibilité.
Le 29 , douieuç violente à l’épigastre et vers l’orifice
de l’estomac.; demi-heure apres, symptômes épileptiques , vertiges , convulsions des muscles de la tace , battemens convulsifs des membres , perte du sentiment et du mouvement. Un grain d’opium et demigrain d'extrait de jusquiame de demi-heure en demiheure. On n’a pas besoin de donner la troisième prise , l’attaque cesse avant que l’heure ne soit écoulée. On avait observé précédemment, dans plusieurs accès , que les symptômes épileptiques se proîon geaient moins que les symptômes hystériques.
Du 5 o mars au 5 avril , suppression de tout remède, aucun changement dans la situation de la
malade. *
Le 4, retour au traitement méthodique; bains froids , iavemens froids , frictions sèches , teinture spiritueuse d’aloès , régime excitant : mêmes remèdes pendant six jours.
Le i3 , moyens tempérans , bains tièdes, iavemens émoi liens , etc. Cette alternative de tempérans et d’excitans , de même activité et de même ordre , est observée rigoureusement pendant le reste du mois d’avril et une partie du mois de mai. On suivait dans cette alternative un ordre tel , que les tempérans étaient donnés pendant six jours , et les excitans pen dant les trois jours qui venaient après.
Dans l'espace d’un mois et demi que dura ce traitement , la sensibilité de la malade continua d’être excessive : elle rendait celle jeune femme suscep-
übie des plus violentes impressions. 1! y eut des attaques décidées ou d'hystérie ou de convulsions épileptiques le J2 , le i5, le 20 et le 29 avril.
Celle du î 2 fut très-légère ; elle prit la forme épileptique ; la douleur de I épigastre et de l’estomac ' ‘l’annonça. Mais ayant eu soin de donner l’extrait de jusquiame et l'opium au moment où la douleur se lit sentir, on arrêta presque le développement de l'attaque. Une seconde dose du même remède , administrée dans les convulsions , les dissipa.
L attaque du i5 fut maïquée par des symptômes hystériques : douleur de la matrice et du pubis , resserrement de la gorge , frisson , perte de connaissance , etc. On donne l’opium et l’extrait de jusquiame dès que la douleur survient; on répète le même mélange pendant l’attaque d’hystérie. Cette attaque dure près de deux heures, et se termine par des sueurs abondantes.
Le 20 , douleur de la matrice et du pubis. On donne sur-le-champ 1 opium et l’extrait de jusquiame ; la douleur ne se calme point, les symptômes d’hystérie se déclarent. On repète la même dose du même remède; 1 accès continue; demi heure après, l’opium et l'extrait de jusquiame sont administrés de nouveau ; eniin l’attaque ne se dissipe complètement que lorsqu’on a fait prendre une quatrième prise du remède.
Le 29, meme douleur de la matrice ci du pubis;
l’extrait de jusquiame et d’opium prescris sur-le-champ rend l’attaque extrêmement légère ; il y a cependant
des symptômes d’hystérie , et notamment une forte oppression de poitrine. Une nouvelle dose de ce mélange résout pleinement l’attaque.
Pendant les vingt premiers jours du mois de mai, il survint trois attaques Lien décidées, le 6 , le 14 et le '20. Dans l’intervalle de ces attaques la sensibilité de la malade parût être toujours au même degré.
Le 6 , douleur de l’épigastre et de l'estomac , vertiges , contorsion des muscles de la face, convulsions, perte de connaissance , état épileptique. On donne l’opium et l’extrait de jusquiame à l’invasion de la douleur; on répète le remède un quart-d’heure après que les mouvemens convulsifs sent décidés : l’attaque cesse en moins d’une heure.
Le i4, attaque d’hystérie précédée par la douleur de îa matrice et du pubis; l’extrait de jusquiame et d’opium donné à temps réduit l’attaque aux symptômes les plus légers; ces symptômes ne durent pas demi-heure.
Le 20 , même douleur dans la région de la matrice . mêmes remèdes ; symptômes hystériques modérés et très-courts.
Le reste du mois de mai et tout le mois de juin furent marqués par différentes attaques , tantôt sous ferme épileptique , tantôt sous forme hystérique, mais elles furent très-légères et de courte durée; on par-
vint même plusieurs fois à les prévenir en donnant 1 opium et 1 extrait de jusquiame, de manière que la douleur , combattue à propos, ne produisait ni l’épiîepsie , ni l’hystérie.
On continua l’usage alternatif des tempérans et des excitans; mais au commencement de juin on adopta une méthode essentiellement tonique. On prescrivit des bains dans la décoction de garance , les eaux ferrugineuses , le vin d’absynthe , l’extrait de quinquina , l’extrait de gentiane et le sel ammoniac, avec la conserve d’énula-campana.
Ces divers traitemens , relatifs soit aux différentes attaques en particulier , soit aux intervalles de ces attaques , eurent bien un effet salutaire par rapport à la formation des accès d’épilepsie et d’hystérie occasion es par la douleur, puisque vers le milieu de juin les accès étaient réduits à un degré si faible qu’ils ne produisaient d’autres symptômes que ceux de la douleur. Mais ces traitemens ne changèrent presque pas la sensibilité excessive et vicieuse de la malade , chez laquelle le système nerveux n’a cessé d’être susceptible des impressions les plus vives et les plus désagréables, par les causes les plus légères. Elle est encore dans cet état de sensibilité pénible , qui fait que le plus léger contact, le moindre bruit, excitent
chez elle des sensations et des terreurs insupportables. La malade s’est retirée à la fin de juin dans une situation évidemment meilleure. J’ai su qu’elle était presque
absolument exempte d’attaques violentes , mais que rien n’avait pu jusqu’à présent diminuer l’excès de sensibilité qui paraît être devenu constitutionnel, et dont elle ne peut espérer de guérir que par le progrès de l’âge.
0 B .SK R V A T I O N S
OBSERVATION IV
Epilepsie.
Marie N.... âgée de 14 ans , d’un tempérament pituiteux sanguin, née dans le département de l’Hérault, issue de parons sains , n avait éprouvé de sa vie aucune affection du genre des maladies convulsives , lorsque vers l’âge 'de douze ans elle tomba dans un puits, d ou elle lut retirée sans connaissance» Jusqu’alors elle avait constamment joui d’une santé florissante. La chute qu elle fit la frappa d’une vive terreur qui a été la cause occasionellc de sa maladie actuelle.
Le jour de sa chute elle fut triste , accablée , taciturne , elle perdit l’appétit et le sommeil , elle ressentit plusieurs fois dans le jour un frisson générai avec tremblement des extrémités supérieures. Le lendemain elle se plaignit de maux de tête , de vertiges , et l’insomnie persista.
Le troisième jour il survint une attaque de convulsions légères avec suffocation , mais il n’y eut point abolition du sentiment et perte de connaissance.
Deux jours, après cette première attaque, la malade
en eut une seconde, qui prit une forme décidément épileptique. Depuis , elle a eu presque chaque jour un accès d’épilepsie bien caractérisé.
Les accès se ressemblent et produisent les mêmes symptômes : ils sont annoncés par le vertige , les bâilleniens , la pâleur de la face , le resserrement de la peau , le mouvement des lèvres , etc. Ges premiers symptômes sont suivis de convulsions générales qui agitent fortement les bras , les jambes et le tronc ; les muscles de la face sont contractés , tous les traits de la figure décomposés ; insensibilité absolue tant que dure l’accès. La malade ne conserve après l’attaque ni connaissance ni souvenir de ce qui s’est passé.
Il y a des accès qui se terminent par des vomissemens considérables; c’est quelquefois une évacuation abondante de matières jaunâtres qui en amènent la solution. On m’a dit que plusieurs avaient fini par l’éruption des règles : j’ai observé une fois cette espèce de terminaison.
Dans le courant de Y année 1804 , Marie N.,.. , était entrée à l’hospice Saint-Eloi , où M. Broussonnet , professeur de clinique interne , prescrivit entr’autres remèdes plusieurs émétiques dans lesquels il faisait entrer principalement la poudre d’ipécacuanha. Voyant l’inutilité de ces remèdes, il jugea que la maladie se terminerait naturellement à l’époque de la puberté , et il cessa toute espèce de traitement.
Le 26 février i8o5 , la malade s’est présentée à
OBSERVAT IONS
4oS
l’hospice clinique de perfectionnement. Après avoir recueilli les renseignemens ci-dessus , on l’examina dans chaque accès , et dans l’intervalle d’un accès à l’autre.
Les symptômes ordinaires de l’épilepsie furent les seuls que l’on put remarquer dans chaque attaque. La seule circonstance particulière était que dans la plus grande intensité des mouvemens convulsifs , la malade portait automatiquement la main vers la région épigastrique, comme si elle ressentait une violente douleur en cet endroit.
Dans l’intervalle des accès , le système nerveux manifestait une sensibilité plus vive que dans l’état naturel. Les sens de l’odorat et de l’ouïe étaient d’une délicatesse extrême.
Aucun changement dans la circulation du sang et la formation de la chaleur; température ordinaire , pouls régulier, couleur naturelle; les vaisseaux lymphatiques et les glandes anaonç aient chez la malade l’état de prédominance où ces organes se trouvent dans les tempéramens pituiteux.
Les muscles grêles, peu relevés, n’exécutaient que des mouvemens de contraction faibles et lents. Ces mouvemens étaient bientôt suivis de lassitudes spontanées.
Les viscères du bas-ventre , et surtout les organes digestifs , exécutaient péniblement leurs fonctions. La malade rapportait à la région de l’épigastre un sen-
de MÉDECINE.
timent de douleur habituelle qui devenait fort incommode au moment de l’attaque.
Les organes sexuels ne jouissaient point encore du degré d’action que la puberté développe. Il y avait eu cependant une effusion de sang par ces organes à la fin de divers accès , mais il n’existait pas de flux périodique et régulier.
La peau était douce , molle ; il n’existait aucune affection de cet organe ni des membranes muqueuses; le tissu cellulaire était bien développé et fourni de
graisse.
En rapprochant toutes les circonstances de cette maladie , on voit qu’elle peut être rapportée , comme la précédent© 9 à îa commotion que la frayeur dut imprimer à tout le système de îa sensibilité et du mouvement. L’effet en a été principalement ressenti dans la région épigastrique. Il ne peut être dissipé que par une modification vitale qui agisse dans une direction opposée. Il est vraisemblable que l’époque de la puberté produira sous ce rapport une révolution salutaire ; mais en attendant qu’elle se déclare il faut combattre cette maladie dans le principe de l’affection qui paraît y dominer.
Les antispasmodiques directs et révulsifs et les moyens perturbateurs ont paru propres à remplir cotte vue. ,
On prescrivit pendant un mois des bains de pieds
observation?
sinapisés » dos frictions ,• des bains entiers et une potion composée avec l’eau de fleurs d’orange , la teinture de castoréum et de valériane.
Au commencement du mois suivant on fit vomir la malade à deux ou trois reprises ; on appliqua des sangsues aux malléoles ; et ce même traitement fut continué , ainsi que le précédent , pendant toute la durée du troisième mois. A cette époque, la jeune malade sertit de l’hospice et retourna dans son village.
Pendant le premier mois du traitement il y eut une diminution notable dans le nombre et la longueur des accès; pendant le deuxième mois ils furent plus courts , plus faibles, mais plus nombreux; ils devinrent plus rares et moins longs vers la fin du troisième. Lorsque la malade sortit de l’hospice il y avait donc une amélioration réelle , quoique la maladie 11e fût pas entièrement guérie. Je n’attendais, comme je l’avais annoncé , une guérison radicale que de la puberté. Nous apprîmes effectivement dans la suite que la malade , après avoir eu des attaques d’épilepsie pendant quelques mois , avait enfin eu les signes d’une menstruation régulière, et que depuis nul accès d’épilepsie ne s'était manifesté.
Dans le commencement de sa maladie , Marie N... avait une sœur plus jeune de deux ans,, qui couchait habituellement avec elle. Quelques mois après l’accident qui occasiona l’affection épileptique de l’aînée ,
DE S JÉDEC I N I, £ j s
on observa également des attaques d’épilepsie chez la cadette ; mais celle-ci , qui ne devait son mal qu’à rinfluence de limitation , en fut délivrée lorsqu’on l’eut séparée de sa sœur.
OBSERVATION V
Epilepsie constitutionnelle accompagnée ^idiotisme.
Pierre N. , de Montpellier , âgé de seize ans , d’un tempérament lymphatique, d’une constitution lâche, figure inanimée , sens obtus , état d’inertie générale , tête large , front avancé , angle facial aigu de soixantequatorze à soixante-quinze degrés, intelligence nulle, taciturne, immobile, incapable de mémoire, ayant tous les caractères de l’idiotisme.
Ce malade a été placé à l’Hôpital -général des Enfans et des Vieillards à l’âge de quatre ou cinq ans. Depuis son entrée dans cet hospice , il a eu presque chaque jour une et même plusieurs attaques d’épilepsie , de huit à neuf minutes.
Pendant ce long intervalle il n’a point éprouvé de maladies aiguës , sa santé n’a souffert aucune altération ; il a toujours conservé beaucoup d’appétit; il s’est montré constamment insensible aux variations de la température de l’air.
Nous le fîmes entrer dans l’hospice de perfectionnement , non pour entreprendre de le traiter , l’incurabilité de sa maladif était évidente; mais nous voulions avoir un exemple de l'épilepsie combinée avec l’idiotisme au degré le plus fort.
Les accès d’'épilepsie étaient fréquens et considérables; ils se remarquaient surtout par une contraction violente des membres supérieurs et inférieurs , une roideur excessive du tronc , des convulsions hor= ribles dans les muscles de la face , des secousses violentes de la tête et du cou , que le malade agitait et portait de tous côtés. La poitrine était fortement oppressée ; il poussait des cris horribles, et tombait enfin dans un abattement stupide.
Chaque accès était fréquemment suivi d’une nouvelle attaque aussi forte que la première ; en sorte que Fon voyait quelquefois trois ou quatre attaques succéder l’une à l'autre presque dans le même moment.
II y avait une circonstance remarquable dans cette espèce d épilepsie , c’est que l’attaque était subitement arrêtée eu prévenue lorsqu’on pouvait saisir fortement le bras ou 1 avant-bras du malade avant qu’elle n’éclatât. Cette attaque se terminait aussi à l’instant lorsqu’on lui serrait les membres avec force.
Les signes d’une constitution débile et ceux d’une abolition complète des facultés intellectuelles étaient permanens. Insensible à toutes les impressions , il vivait d’une manière végétative, et n'exécutait que des mouvemens automatiques. Les organes des sens res™
O B S li R V A T I O N S
taienfc comme engourdis , il ne répondait à aucune question.
Il était bien évident que cette affection , liée à la constitution physique du malade, n’était pas susceptible d’un traitement méthodique et suivi; on ne pouvait en chercher la cause que dans un vice organique et Constitutionnel du cerveau , contre lequel on ne pouvait se flatter d’employer aucun remède efficace. Mais pour convaincre les élèves de Fincurabilité d’une maladie semblable , je prescrivis quelques remèdes énergiques , choisis principalement dans l’ordre des antispasmodiques et des excitans ; je donnai la valériane , le camphre et les fleurs de zinc à trèshaute dose; je tâchai d’exciter l’organe de la peau par des frictions avec la teinture de cantharides ; je donnai plusieurs fois Fémétique pour imprimer une commotion violente à tout le système. Le malade n’éprouva aucune sorte d’impression de tous ces remèdes : quatre grains d’émétique excitaient à peine le vomissement. Nous renonçâmes bientôt à traiter une maladie que toutes les circonstances de sa formation rangeaient parmi les incurables».
Nous eûmes cependant occasion d’observer l’effet avantageux d’un moyen mécanique auquel je fus conduit par la circonstance dont nous avons parlé, que
l’attaque pouvait être arrêtée ou prévenue lorsqu’on saisissait et qu’on serrait fortement les bras du malade. En conséquence, j’imaginai de pratiquer de fortes ligatures depuis l’extrémrté supérieure de Favant-braS
jusqu'au bout des doigts , de serrer graduellement ces ligatures , et d’exercer par leur moyen une forte compression sur les extrémités supérieures : ce procédé
réussit à diminuer le nombre des accès. Nous étions venus à bout de les réduire à un seul accès tous les deux ou trois jours, au lieu de plusieurs attaques que îe malade avait chaque jour dans l’espace d’une heure ; mais dès qu’on enlevait les ligatures et que la compression des bras cessait, les attaques revenaient aussi fréquentes et aussi fortes qu’à Pordinaire. Cette compression mécanique devint même insuffisante pour retarder les attaques ou diminuer leur nombre, aussitôt que les bras du malade y furent accoutumés.
OBSBfiVATIOSS
OBSERVATION VI
Epilepsie terminée heureusement par un mouvement de fièvre et par des selles copieuses .
C. R. , âgé de vingt-huit ans , d’un tempérament pituiteux-sanguin , né dans le département de Tlsère , issu de parens sains , avait joui d’une excellente santé jusqu’à l’âge de vingt ans. Il présentait les signes extérieurs d’une bonne constitution : teint fleuri , physionomie ouverte , peau ferme , cheveux bruns , taille ' élevée , membres bien développés , épaules carrées , pouls fort et plein.
A l’âge de vingt ans il eut une violente péripneumonie , qui détermina le délire et des soubresauts des tendons , et qui se termina par une expectoration abondante. Le malade se rappelle qu’on lui pratiqua alors deux ou trois saignées.
L’année suivante il eut la fièvre des hôpitaux , mais elle se termina heureusement dans l’espace de dix-huit jours. Sa santé reprit alors toute sa vigueur ; et malgré les fatigues de la guerre auxquelles il fut obligé de se
livrer , ses forces et sa constitution naturellement vigoureuses ne souffrirent aucune atteinte.
Il y a trois ou quatre ans qu’étant b l’armée, il vit périr plusieurs de ses camarades par l’explosion d’une mine. Il eut sur-le-champ un tremblement général , et deux heures après une attaque d’épilepsie très-violente. Depuis , les attaques épileptiques se sont manifestées presque constamment tous les jours , à l’heure même où l’explosion de la mine avait eu lieu.
Depuis riuvasion de cette maladie jusqu’au moment où le malade est entré dans l’hospice , cette affection a conservé le caractère qu’elle avait d’abord et qu’elle offre encore aujourd’hui; il n’est du moins survenu aucun changement assez grave pour que le malade ait pu nous ie rapporter.
Chaque accès varie un peu quant aux symptômes et quant à la durée; les plus courts sont de quatre ou cinq minutes , les plus longs d’un quart-d’heure ï ils consistent principalement dans une agitation convulsive et une secousse violente des extrémités supérieures et inférieures , accompagnées de la contraction des muscles de la face , de la perte de connaissance , etc.
Dans l’intervalle des accès la santé du malade n’est pas sensiblement altérée; cependant il se plaint assez habituellement d’un violent mal de tête et d’une douleur assez vive à la région de l'épigastre.
Entré à l’hospice de perfectionnement le 4 mars i8o5, on dressa le tableau suivant de sa maladie : physionomie triste , inquiétudes vagues , soupirs tnvo-
lontaîres, lassitude spontanée, figure blême, sensibilité faible , sens de Fouie délicat, le moindre bruit excite chez le malade un frémissement involontaire; chaleur naturelle, pouls fort , plein , développé; respiration libre , mais quelquefois entrecoupée , comme si le sang avait de la peine à traverser les poumons»
Nulle affection des vaisseaux lymphatiques ni des glandes.
Nous avons observé que le malade éprouve habituellement des douleurs très-intenses à la tête et dans la région épigastrique; Faction musculaire est faible, Fexercice est toujours suivi de fatigue et de lassitude , mais la contractilité se ranime au moment de Faccès , qui donne lieu à un état convulsif très-prononcé du système général des muscles.
L’estomac est souvent dérangé , peu d’appétit , digestion lente, ventre serré. Il paraît cependant que les sécrétions ne sont ni augmentées , ni diminuées , ni troublées.
Les organes sexuels n’ont aucune influence sur cette maladie; ils exercent leurs fonctions comme ils faisaient avant qu’elle existât.
Le malade ne se rappelle pas d’avoir eu de maladies cutanées; il n’est pas sujet aux fluxions catarrhales. Depuis la formation de cette épilepsie , on n’a observé , ni pendant les accès , ni dans leur intervalle , aucune éruption à la peau , aucune excoriation des membranes muqueuses.
On voit , dans les phénomènes de cette épilepsie f
l’effet d’une modification vicieuse de l’influence nerveuse sur les principaux viscères et sur les organes de la contractilité et du mouvement.
Deux méthodes se présentent pour rétablir l’harmonie entre les deux systèmes.
La première consiste à procurer directement le calme du système nerveux en modérant l’influence que l’affection de la tête paraît exercer sur l’ensemble de l’économie, et principalement sur les organes épigastriques : les révulsifs et les caïmans produiront cet effet.
La seconde méthode est d’imprimer à tout le système une secousse violente , qui , par une forte révolution , change le rapport vicieux de la sensibilité et de la contractilité , et rétablisse l’harmonie entre leurs systèmes respectifs. On y parviendra peut-être en employant des moyens perturbateurs, comme l’émétique, les sudorifiques, etc.
On commence par la première méthode. Le 6 mar s i8o5 , bains de pieds sinapisés , saignée du pied, lavemens émolliens , frictions sur toute l’habitude du corps.
Même traitement jusqu’au 10 , moins la saignée. Pendant ces quatre jours , accès d’épilepsie avec les symptômes ordinaires de cette maladie , chaque jour, à midi. Celui du 9 dure un quart-d’heure , et laisse , demi-heure après , un tremblement convulsif de la mâchoire inférieure > comme on l’observe dans le frisson de la fièvre.
Le 1 1 , bains de pieds , lavemens , frictions avec la
4*0 0BSEBVATI0NS
teinture de cantharides , fumigations avec le karabé et le benjoin ; un grain d’opium quatre fois par jour: ce dernier remède nous paraît indiqué à raison des douleurs de tête et d’estomac , qui peuvent bien entretenir l’excitation nerveuse.
Le *3, accès d’épilepsie aussi violent qu’à l’ordinaire* excitation générale, pouls élevé, face rouge, etc, Application de quatre sangsues à la partie interne de chaque cuisse, suppression des fumigations , bains de jambes sinapisés , lavemens , opium à la même dose.
Le 14, accès modéré. Mômes remèdes, excepté l’application des sangsues.
Le i6 , on applique de nouveau ks sangsues et l’on continue le même traitement. Le malade est exempt d attaque. Depuis le 17 jusqu’au a-5, on insiste, sur les bains de jambes sinapisés et les frictions irritantes. On fait prendre quelques bains entiers; on purge deux fois avec le jalap et la rhubarbe. Les accès surviennent chaque jour , à l’exception des 20 et ai , qui furent sans accident. Les accès des autres jours n’ont rien offert de particulier.
Le 26, on adopte un traitement perturbateur. Trois grains de tartre stibié produisent des vomissemens considérables de matières glaireuses ; le soir , on provoque les sueurs par une potion sudorifique. On répète de dernx en deux jours l’émétique et les sudorifiques pour exciter en même temps le vomissement et une abondante transpiration. Chaque dose d’émétique procure de forts vomissemens.
Le 10 avril* nouvelle dose de tarire sîibié ; vomissement bilieux , sueurs abondantes , quoique îe malade n’ait point usé de la potion diaphonique. Le i3, mouvement de fièvre qui dure vingt- quatre heures et se termine par des évacuations également copieuses de matières noirâtres. Depuis cette époque le malade n’a plus éprouvé d’accès de sa maladie; il est resté encore plusieurs mois dans l’hospice , et pendant cet espace assez long il n’en a ressenti aucune atteinte.
OB SERV ATIONS
OBSERVATION VII
Hypocondrie nerveuse , avec irritation des viscères
abdominaux .
M. P. B, âgé de 55 ans , d’un tempérament bilieux, d’une constitution forte, d’un caractère inquiet , livré à des études sérieuses et aux travaux de cabinet, ayant une imagination facile à s’exalter, est depuis quelque temps affligé de tous les maux qui caractérisent l’hypocondrie. Il avait eu précédemment une gonorrhée qui fut pour lui la cause d’une grande terreur : il consulta des médecins qui, après lui avoir fait prendre des remèdes mercuriels et des bassons tempérantes , arrêtèrent l’écoulement avec des pilules de térébenthine.
Après ce traitement, le malade reprit l’habitude de la masturbation, qu’il avait eue dans sa première jeunesse. Il eut aussi commerce avec des femmes , ce qui détermina chez lui une agitation violente , un tiraillement considérable des nerfs , le sifflement des oreilles , un penchant invincible au sommeil , et rappela l’écoulement de Purètre.
Ces incommodités furent exagérées par son imagina-
DE MÉDECINE. 4s5
tion active , il se crut atteint d'une vérole confirmée; inquiétude , agitation continuelle , perte du sommeil , rêves pénibles , préoccupation constante de la même idée , dérangement des fonctions de l’estomac , salivation glaireuse , maux de tête , etc.
Un médecin consulté prononce que le malade a la
vérole , et cette décision ajoute à ses terreurs* Cependant un autre médecin le rassure , et au lieu d’un traitement mercuriel il lui conseille une saignée, un léger purgatif, des boissons mucilagineuses, et l’usage du sirop de fumeterre. Ces remèdes déterminent des évacuations abondantes de matières jaunâtres, et font disparaître l’écoulement de l’urètre ; mais les désordres de la sensibilité et du système nerveux continuent. Douleurs vagues , tantôt sur une partie , tantôt sur l’autre ; crispations , passage alternatif de la chaleur au froid , douleurs de tête , contraction et resserrement de la région épigastrique, anxiété habituelle , formation d’une grande quantité de vents , borborygmes , sentiment de pesanteur et de faiblesse extrême ; constipation qui est telle quelquefois , que le malade reste trois jours sans aller à la garde-robe; les matières qu’il rend sont desséchées en forme de globules,visqueuse$, et de couleur brunâtre. Les urines sont épaisses , grasses et déposent un sédiment qui forme autour du vase une croûte jaunâtre et pierreuse. Le ventre se tuméfie ou se détend , s’élève ou s’abaisse , à mesure que fair extérieur entre dans la poitrine ou qu’il en est rejeté.
4M OBSERVATIONS
On prescrit au malade un traitement tonique et un bon régime; il prend la décoction de quinquina avec le lait , quelques bains froids. Ce traitement » au lieu d’apaiser les symptômes, en augmente l’intensité. C’est alors que le malade entra sous ma direction.
A cette époque les pollutions nocturnes étaient fréquentes , les autres symptômes de l’hypocondrie persistaient.
En comparant les caractères de la maladie exposés dans ce tableau, nous voyons que le plus grand nombre indiquent une action irrégulière de la sensibilité ; la dominance de ce principe est indiquée par l’inquiétude , l’agitation , les douleurs vagues, les crispations , le resserrement de l’épigastre , les sensations insolites de froid et de chaud , etc. Il existe en outre un état d’irritation des viscères abdominaux , qui a pu décider quelques points d’engorgement , et qui doit accroître la disposition vicieuse de la sensibilité dans tout le système. Cet état est dénoté en partie par la constipation habituelle , la formation et la sortie des vents , la consistance et la dureté des matières fécales , le mauvais effet des toniques , etc.
Le traitement adopté a pour objet : i°. de calmer l’irritation et le spasme des viscères du bas-ventre; 2°. de modérer la sensibilité et la mobilité de tout le système, de rétablir le rapport mutuel de leur im fluence , et de les ramener ainsi à l’état normal d’où elles se sont écartées.
DE il K D E C i X K •
On commence le traitement par des bains tiède» pris chaque jour d’abord pendant une heure, et que l’on prolonge ensuite jusqu’à deux ; après chaque bain , frictions sèches sur toute l’habitude du corps. On prescrit une bohsson abondante d’eau de veau et de petit-lait ; on mêle ces boissons avec les infusions de feuilles d’oranger et de fleurs de camomille.
On ne change rien à ce traitement depuis le ier. mars jusqu’au 1 5 ; alors on augmente la durée du bain, qui est de près de trois heures; on substitue au petit-lait les bouillons préparés avec de jeunes poulets et quelques plantes potagères de la saison. On multiplie les frictions sur les reins et la colonne épinière ; on donne tous les cinq jours deux dragmes de marmelade de casse préparée à la manière de Tronchin.
Tous les jours on tait prendre deux demi-lavemens préparés avec les feuilles de mercuriale , de bouillon blanc et de pariétaire. Chaque lavement est précédé d’un lavement d’eau simple à dose complète , et l’on ne donne le second que lorsque le malade a rendu le premier.
Vers la fin du mois de mars, douleurs intestinales, hoquet , formation d’une plus grande quantité de vents, resserrement de l’épigastre et de toute la région abdominale , envies de vomir ; il y a même quelques vomissemens. Application d’un emplâtre en écusson depuis le cartilage xiphoïde jusqu’au nombril : cet emplâtre est composé avec une once de thériaque,
vingt grains de camphre , autant d’opium cru , et suffisante quantité de baume du Pérou. Amendement sensible. On associe à cette médication l’application de six sangsues au bord de l’anus ; on fait prendre des bains de siège; on réitère l’application des sangsues deux jours après la première. Le soulagement se maintient; mais quelques jours après, augmentation subite de tous les symptômes, évanouissement, suffocation , resserrement de l’épigastre. Vingt gouttes de liqueur minérale anodine*d’Hoffmann et d’autant de teinture de castoréum, dans les eaux de camomille et de menthe , dont le malade prend quelques cuillerées , arrêtent cet te attaque sur le champ. On con tinue sans interruption le traitement antispasmodique pendant les mois d’avril et de mai , en n’y apportant d’autres changemens que dans les espèces des remèdes, qu’il est nécessaire de varier, mais que l’on prend toujours dans le même ordre de substances; ce sont le castoréum, l’opium, l’éther, l’assafœtida , etc.
L’amélioration de la santé a lieu d’une manière évidente et progressive pendant la durée de ce traitement. Les remèdes y sont aidés par un régime convenable: nourriture végétale , herbages mucilagineux , peu de vin ^ proscription des viandes salées , noires , des ragoûts épicés , etc.
Les inquiétudes se dissipent ; le ventre devient libre, il reprend son volume naturel; on aperçoit plus de régularité dans l’exercice des sensations et des mouvemens* On cesse alors les remèdes employés jus-
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quTà ce jour; on passe aux toniques et aux fortifians , tels que le vin de quinquina, quelques eaux ferrugineuses ; le malade se livre à divers exercices qui développent ses forces et rétablissent l’ordre dans toutes ses fonctions.