‹ Consultations et observations de médecine de feu C.L.DChapitre 74 sur 83 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Spasme tonique du diaphragme et de /' œsophage

Une femme âgée de trente-deux ans, d’un tempérament nerveux et bilieux , d’une constitution grêle , ayant les fibres serrées , le tissu cellulaire dense , née de parens sains , n’avait eu que des maladies passagères , quand elle fut peu à peu saisie d’une difficulté d’avaler les liquides, d’une suffocation habituelle avec douleur répondant à la région de l'estomac , et accompagnée d’une sorte d’angoisse toutes les fois qu’elle veut rire.

Tout mouvement un peu brusque , la plus légère peine , déterminent une forte oppression de poitrine. L’exercice de la parole et du chant ne peut se faire sans la plus grande difficulté; les inspirations coupées du rire sont toujours suivies d’une souffrance telle , qu’il est impossible à la malade de les supporter. La déglutition des boissons est douloureuse et pénible ; celle des alimens n’est pas aussi difficile. La malade éprouve un sentiment de constriction à l’œsophage et à la gorge , elle est tourmentée par des envies de

vomir impuissantes, et par des digestions laborieuses.

Dans le nombre de ces symptômes , il en est peu qui dénotent autre chose qu’un spasme permanent du diaphragme et de l’œsophage. Il est possible néanmoins qu’il existe déjà une altération de tissu qui s’oppose h ce que le diaphragme et les autres puissances inspiratrices exécutent convenablement leurs fonctions ; mais on est fondé à croire qu’un spasme tonique , dont l’action est entretenue par les impressions que reçoivent les parties où il a son siège , forme le principe le plus essentiel de cette maladie. C’est , du reste , le seul qu’il fût possible de combattre, dans le cas où il existerait d’ailleurs un vice organique de ces parties.

Le spasme tonique du diaphragme et de l’œsophage peut se déduire des circonstances suivantes : la constitution nerveuse irritable et sensible de la malade , la vivacité de ses affections morales , la tournure de son imagination , les peines d’esprit et de cœur qui Font poursuivie » l’effet de la distraction , de l’exercice , du mouvement , des bains pour améliorer son état, les symptômes nerveux qui se développent avec ces attaques , et dont il est impossible de méconnaître le caractère.

Le traitement aura donc pour objet principal de combattre directement le spasme du diaphragme ël de l’œsophage.

L’usage des remèdes internes doit être précédé ici par un long emploi de moyens analogues placés k l’extérieur du corps pour rompre en partie le /pasme.

ot renore plus facile l 'introduction des raérlicamens, h laquelle s opposerait l’état spasmodique des organes de la déglutition.

Pendant quinze jours on prescrit les bains de jambes . dans 1 eau tiède sinapisée; pendant les huit jours qui suivent, des demi-bains jusqu’au nombril , dans une décoction de feuilles de jusquiame et de morelle; les üix jours suivans sont employés à prendre chaque jour un bain entier dans l’eau tiède, dont on diminue un peu chaque jour la température , de manière à ce que vers le cinquième bain la température soit presque froide. Chaque bain est de deux heures. Au sortir du bain , frictions sur toute l’habitude du corps avec un morceau de flanelle, quatre heures après le bain , frictions sur les bras , les cuisses , la colonne épinière et le bas-ventre, avec une teinture antispasmodique composée en faisant dissoudre demi-gros d’opium , un gros de camphre et autant de fleurs de zinc dans une livre et demie de bonne eau-de-vie. Application de linges trempés dans la même teinture sur l’épigastre.

Dans une attaque qui survient après un mois de ce traitement , la malade ressent une douleur et une constriction si fortes de la poitrine , qu’elle est menacée de suffocation. Le siège de ce resserrement, qui répond à l’épigastre , est une preuve que le spasme

affecte Festomac. On calme les accidens de cette

attaque en couvrant toute la région de l’épigastre u’un cataplasme formé avec les feuilles de ciguë et

Page 1