CONSULTATION IL
Eruptions dartre uses ou pourprées ^ attribuées a une dé génération laiteuse .
Quoique la maladie pour laquelle on nous consulte marche à travers une obscurité fâcheuse , on ne peut , en remontant à son origine , s’empêcher de reconnaître qu’elle dépend d’un principe laiteux dégénéré * qui, après avoir subi diverses altérations, se présente sous différentes formes, et affecte plus particulièrement l’organe cutané. De là les éruptions vagues , irrégulières, analogues tantôt à celles du pourpre, tantôt à celles des dartres , qui couvrent de temps à autre le corps de la malade et y déterminent des irritations fort pénibles. Ces éruptions n’ont rien de constant ni d’uniforme dans leur manière de procéder. Les unes, fugitives, passagères, se montrent et disparaissent presqu’au même instant; elles produisent alors des boutons épais, relevés, rouges, qui s’affaissent peuà peu et finissent bientôt par s’appîatir et s’effacer entièrement; les autres, plus fixes, plus durables ,res~
tent quelque temps aux lieux qu’elles occupent; elles déterminent dans ce cas une suite de petits boutons et de plaques rougeâtres qui s’étendent sous la peau et qui offrent les caractères apparens d’une éruption dartreuse, Elles se ressemblent par la démangeaison vive et pénétrante dont elles s’accompagnent également. C’est surtout dans les parties qui avoisinent la tête , que les boutons de la seconde espèce s’établissent; il n’y a d’ailleurs aucune circonstance qui puisse nous faire soupçonner la présence d’un principe psorique ou de quelque autre virus étranger. C’est à tort qu’on a cru trouver la cause de cette affection dans une altération scorbutique, qui ne se manifeste par aucun signe capable de la faire admettre. L’état des gencives est tel qu’on l’observe dans le cours des maladies longues,, où elles ne manquent jamais de s’affecter. Aucun symptôme de scorbut n’existe, et c’est une supposition d’autant plus mal fondée , qu’elle a décide 1 emploi d une méthode de traitement qui eût été insuffisante si le scorbut avait réellement existe, et qui est devenue fatigante, pernicieuse, cette maladie n existant pas. Malgré la dégénération actuelle du principe laiteux auquel nous faisons remonter la source des maux que Madame éprouve depuis neuf ans , l’influence de ce principe a été trop marquée pour ne pas nous en occuper essentiellement dans le choix des méthodes curatives qui conviennent à son état présent. En dirigeant notre attention vers cette cause, nous serons d’ailleurs conduits à * ropo-
ser des moyens qui seraient efficaces sous d’autres rapports , quand ils ne pourraient plus être d’aucun avantage contre elle-même. En effet , le système glanduleux et lymphatique a dû en éprouver l’impression ; il en est résulté une affection de ce système , qui s’annonce aujourd’hui par le développement des glandes , la décoloration de la peau , la surabondance des fluides lymphatiques, etc. Or les affections de ce genre ne peuvent manquer d’être utilement combattues par des remèdes qui seraient appropriés aux maladies que l’on supposerait dépendre d’une dégénération laiteuse. C’est donc sur ce double objet que peuvent portrr toutes les intentions curatives dans cette maladie, pour laquelle la méthode de traitement suivante nous paraît devoir être préférée.
La malade commencera par se purger avec une
médecine ordinaire , et ensuite elle passera à l’usage
des bouillons dépurans , alternés avec les sucs d’herbes et le petit-lait. Ces bouillons seront composés avec la moitié d’un jeune poulet, une poignée de chicorée et de cerfeuil , le cœur d’une laitue et une once de tiges fraîches de douce-amère ; ils seront continués pendant l’espace de quinze jours , après lesquels on les remplacera par les sucs exprimés de chicorée, de cresson , de cerfeuil et de pissenlit. Ces sucs , pris à la dose de huit onces, seront jetés à parties égales dans un verre de petit-lait, auquel on ajoutera 20 gr. de terre foliée détartré, et 10 gr. de soufre doré d’antimoine. On alternera ainsi les bouillons etlessucs d’herbes, de
DE MÉDECINE, s5
quinze en quinze jours, pendant toute la durée du traitement.
2°« En même temps , Madame prendra un certain nombre de bains domestiques , à une température tiède, et elle les soutiendra aussi long- temps que ses forces pourront le lui permettre. Ces bains devront être plus ou moins répétés selon l’effet qu’elle en ressentira. Après avoir usé de ces moyens préparatoires , consistant en bouillons et^en bains, pendant une quinzaine de jours , ce qui répondra au temps où l’on usera des sues et du petit-lait, il faudra aussi employer une boisson sudorifique qui sera composée avec
Racines de salsepareille. . . .
Feuilles de grande bardane. .
Tiges fraîches de douce-amère.
\ eta deux onces.
. . une once.
Faites bouillir dans une pinte et demie d’eau, jusqu’à réduction d’une pinte; ajoutez demi-gros d’antimoine diaphorétique,
3°. Dès lors on combinera avec l’effet de la tisane sudorifique ci-dessus prescrite , celui des pilules antimoniales et sulfureuses préparées comme il suit :
% Gomme de gayac demi-once. >
Extrait de douce-amère. ..... une once.
Soufre doré d’antimoine un gros.
Fleurs de soufre. ......... deux gros.
Mêlez avec suffisante quantité de sirop de fumeterrc ; faites des pilules de quatre grains.
Madame prendra u’abord quatre de ces pilules matin et soir, et elle augmentera la dose de deux pilules chaque fois tous les trois ou quatre jours , jusqu’au nombre de dixpilules. Si l’estomac de la malade ne pouvait les supporter à cette dose, on se contenterait de donner les fleurs de soufre seules ou avec la conserve d’énulacampana; mais alors la dose des fleurs de soufre devra être au moins de 20 à 3o gr. par jour.
4°. Madame aura soin de se purger de temps en temps., soit avec sa médecine ordinaire , soit avec un verre de petit-lait de Weiss , affaibli et modifié comme dans la formule de la Société royale de Paris. On entretiendra la liberté du ventre en prenant de temps en temps une dose convenable de marmelade de casse ou quelques pilules écossaises d’Anderson.
5°. Si au bout de quelques mois ces remèdes, continués avec persévérance n’amènent aucun soulagement, il sera nécessaire de s’élever encore à d’autres médicamens d’une énergie plus grande ; l’extrait des plantes vénéneuses pourra nous en fournir un des mieux appropriés : dans cette vue , on substituera donc aux pilules précédentes un électuaire tel que
celui-ci :
y Rob de sureau. demi-once.
Extrait d’aconit. vingt grains.
Extrait de ciguë. dix gr.
Muriate de mercure oxigéné
(sublimé corrosif) huit gr.
Sirop de fumotcrre deux onces»
On prendra chaque matin demi-gros de ce mélange ; dans la suite on pourra répéter la même dose vers le soir.
6°. Dans la belle saison , Madame reviendra au lait d’ânesse qui lui a déjà bien réussi , et dont elle pourra user en même temps que des eaux minérales sulfureuses.
70. Nos conseils touchant le régime se réduisent à conseiller la continuation de celui que Madame observe depuis long-temps, et sur lèquel if conviendra néanmoins qu’elle se rende plus sévère dans le cours du traitement. Elle préférera les alimens végétaux à tous les autres , et parmi les viandes elle choisira les plus légères et les plus douces, en bannissant celles qui sont échauffantes, fumées et salées; elle tâchera de se maintenir dans un calme parfait. Cette méthode de traitement est de même applicable à l’enfant de Madame, qui, sujet aux mêmes maux ,. demande les mêmes moyens, variés et modifiés, quant au mélange et aux doses , selon son âge et son tempérament; cet -objet appartient à la sagacité de M. le médecin ordinaire.
Délibéré , etc»