CONSULTATION III
Obstruction du Foie avec Hydropisie ascite et
anasarqm .
Le nombre et la variété des élémens qui composent îa maladie de Madame exigent toutes les ressources d’un traitement méthodique et réfléchi. Un principe d’engorgement établi dans les vaisseaux biliaires et peut-être dans le tissu même du foie , un état d’irritation et de spasme fixé sur les organes environnans » et qui donne lieu à des vomissemens , une collection de matières séreuses dans la cavité du bas-ventre et le tissu cellulaire , une douleur habituelle répondant à l’hypocondre droit, l’exaltation singulière du système nerveux , une sensibilité très- active jointe à une extrême mobilité; telles paraissent être les affections élémentaires dont la réunion forme cette maladie compliquée. Il n’y a qu’une persévérance soutenue qui puisse en amener la guérison; sans elle l’effet des remèdes serait nul , et nous donnons à la malade pour premier conseil d’écarter tout sentiment de répugnance ou d’inquiétude à l’égard des remèdes , quand
ils n’agiraient pas d’abord avec une efficacité et une promptitude conformes à son impatience et à nos vœux. Il faut une action suivie et répétée des mêmes moyens pour détruire successivement des causes de maladies multipliées ; et ce serait une chose dangereuse , que de produire un changement trop brusque dans une constitution faible, nerveuse , irritable , qui doit être ménagée. La plus grande difficulté que nous ayons à vaincre dans une affection de cette nature, est l’assemblage des principes , dont certains peuvent être augmentés par les remèdes qui diminuent les autres ; mais une seconde difficulté est d’avoir à traiter un tempérament sensible et mobile , sur lequel les moindres choses excitent de fortes impressions, et qui présente à chaque instant de nouveaux obstacles à combattre ; cette difficulté ne serait pas moins grave que la première , si le bon esprit de la malade ne nous aidait à la surmonter.
Le traitement méthodique de cette maladie doit avoir pour objet d’arrêter ou de modérer les vomissemens , de détruire ou de résoudre les embarras hépatiques , enfki de combattre l’hydropisie. Us consistent dans ^administration suivie et non interrompue d’un certain nombre de remèdes donnés dans l’ordre et de la manière qui suivent.
i°. Dans la vue de modérer les vomissemens , Madame prendra chaque matin, à jeun , un demigros de magnésie blanche dans un demi-verre de décoction de feuilles d’oranger; par la suite on essayera
consultation s
de sqhs^Uuer (à la magnésie une dose de l’anti-émétique{de llmièrc , fait avec le se! d ’ a b sy n t h e e tj ’ ac i de ^sulfurique mis en effervescence dans l’eau de menthe, dm média terne n t après la magn ésie ou l’a n ti-émétiqu e , Madame avalera deux -pilules composées chacune -avec 2;gr. assa-dœtida , 5 gr. castoreum, et demi-grain opium* ies ,mémes pilules seront répétées au moins une fois0dans la journée. Madame pourra user aussi P dans Je même dessein , d’une potion antispasmodique et tQmpéçaple comme celles qui lui ,ont été déjà conseillées.
2°. Afin de .résoudre l’engorgement du foie et de prévenir la formation de l’hydropisie qui en est le produit. Madame Tera un usage habituel des apéritifs et des fondans , qu’on aura soin de graduer ci d’accommoder à la disposition nerveuse :
Terre foliée de tartre. . . . . . un gros. Esprit de nitre dulcifié. ..... deux gros. Fl. mart. de sel ammoniac. . . vingt grains. Oximel scilîitique. deux onces.
Mêlez dans un verre de décoction d’une once de po lygaîa de Virginie et d’autant de racine de garance.
On donnera une cuillerée à bouche de cette mixture toutes les trois heures. Si elle soulevait l’estomac » on placerai!- les prises à de plus grandes distances. On ferait le contraire, c’est-à-dire qu’on en rapprocherait les doses , si elle ne produisait pas d’effet sensible. Si même on venait à bout de maîtriser les
i> E MÉDECINE. $î
ànouvemens de l’estomac et de suspendre les vomissemens , on ajouterait avec avantage à la mixture une petite dose de soufre doré d’antimoine.
3°. On favorisera l’effet de cette mixture , en usant d’une tisane diurétique et légèrement laxative, qui sera préparée avec le chiendent , la racine de fraisier , celle de saponaire , la crème de tartre et le nitre. Ainsi, sur une décoction de deux onces de chacune de ces racines dans deux pintes d’eau , on fera dissoudre deux gros de nitre et une once de crème de tartre rendue soluble par le borax. On prendra un verre de eette tisane dans l’intervalle des prises de la mixture précédente*
4°. Après qu’elle aura continué pendant l’espace de douze à quinze jours cette mixture et la tisane , Madame se purgera avec quelques purgatifs appropriés dans un verre d’infusion de rhubarbe, et pendant quelques jours elle se bornera pour tout remède à prendre chaque matin un peu de cette infusion de rhubarbe avecl addition de 3o ou l^o gouttes de teinture de mars apéritive.
5°. Après cette suspension momentanée de tout remède , Madame reviendra aux pilules d’assa-fœtida, qu elle alternera avec d autres pilules toniques et fondantes, composées comme il suit:
Extrait de douce-amère. . . . demi-once.
Gomme ammoniaque. .... deux gros.
Antimoine diaphorétique . . » demi-gros.
Poudre de scille . vingt grainsc
Safran de mars apéritif. . . . quarante grains.'
Mêlez avec l’extrait de genièvre , faites des piluleè de 5 grains.
On donnera quatre de ces pilules matin et soir. La mixture n0 2 pourra toujours servir pour le reste de la journée.
Une précaution indispensable dans le traitement de cette maladie, est de ne jamais perdre de vue la mobilité nerveuse qui la complique. Il importe donc que les pilules précédentes soient de temps en temps remplacées par celles d’assa-fœtîda , et que l’on tâche de calmer les spasmes habituels par les remèdes tem~ pérans que l’expérience a prouvé être les mieux adaptés à la constitution de la malade.
70. Afin de combattre cette disposition nerveuse , en même temps qu’on achèvera de résoudre les engorgemens viscéraux , il faudra passer par degrés à des fohdans pris dans la classe des plantes vénéneuses et narcotiques. Ainsi, après avoir insisté sur l’usage des pilules n° 5 et sur celui des autres remèdes déjà près» crits, on finira par leur substituer l’extrait de jusquiame blanche, qui semble convenir sous le double rapport de l’affection nerveuse et de l’engorgement. On commencera par un sixième de grain de cet extrait, et par degrés on portera la dose de ce médicament jusqu’à celle de deux grains.
8*. On fera plusieurs fois par jour des frictions sur la région épigastrique avec un liniment huileux
volatil „ animé par la teinture de cantharides , et Ton appliquera sur cette région un emplâtre compose avec
une once.
Thériaque. . . .
Camphre. . . . Opium cru. . .
Baume du Pérou
quant, suff.
On verra si après l’effet de ces frictions il ne conviendrait pas d’y placer un vésicatoire , que l’on transporterait ensuite à l’un des bras.
96. Je ne prescris aucune règle à l’égard du régime » parce que l’habitude et l’expérience ont déjà suffisamment montré quels sont les alimens dont la malade peut tirer sa nourriture avec le plus d’avantages.
Délibéré j etc.
CONStî ltàtions