‹ Conte d'Avril; comédie en quatre actes et six tableaux en versChapitre 28 sur 84 · ACTE II, TABLEAU II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, TABLEAU II, SCENE I

OLIVIA

Vous devriez, pourtant, cousin...

QUIXAPALUS.

Noble cousine.

Je fréquenterais moins la cave et la cuisine Si j'étais plus heureux près de votre beauté ; Mais, hier, vous m'avez encore rebuté... Alors, que vouliez-vous, madame, que je fisse ? Me jeter à la mer, ou passer à l'office? Ou me noyer moi-même, ou noyer mes soucis ? je ne pouvais rester un moment indécis, Car j'ai pour l'eau salée une horreur instinctive, Et, malgré tout, vos yeux m'attachaient à la rive.

OLIVIA

Chaque fois que je veux parler sévèrement, Vous me fermez la bouche avec un compliment,

QUINAPALUS.

0 barbare ! si vous n'en voulez plus entendre, T.aissez-moi boire en paix : je n'ai pas le vin tendre.

MALVOLio, sentencieusemoit .

L'amour est un prétexte à se faire héberger ; La raison véritable est le garde-manger.

QUINAPALUS.

Ah mais !...

Malvolio, O! jetant sur Olivia des regards langoureux.

Quand d'une belle on reconnaît l'empire. On ne boit point, monsieur ; on est grave, on soupire, On est correctement habillé, de façon Que l'on voie...

JACINTA

Avez-vous fini votre leçon ?

Eh quoi ! parce que vous portez visage blême. Ventre de Ouatre-Temps, et gaîté de carême. Que vos mollets, qui n'ont que la peau fur les os. Sont minces, longs et droits ainsi que des fuseaux, Que sous votre pourpoint on compte vos vertèbres. Nous devons être tous blancs, maigres et funèbres ?

MALVOLio, sévère et dédaigneux.

Vous n'êtes point civile et manquez de bon sens.

OLIVIA

Allez vous quereller autre part !

MiVLVOLIO.

J'y consens.

Il sort. Quinapalus va pour le suivre, mais Jacinta l'arrête à la porte.

J.^CI.NTA.

Avez-vous remarque les mots tendres qu'il glisse A Madame, et les yeux qu'il lui darde en coulisse ? Il en est amoureux à her, c'est certain.

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