ACTE II, TABLEAU II, SCÈNE IV
MysiCTieitscnient.
Vous-mcme, qui si bien les dites, j'en suis sûre, Si jamais vous aviez au cœur une blessure, Yous ne traduiriez pas ainsi vos sentiments. Mais vous êtes trop jeune et ces grands yeux charmants Ne se sont pas encor mouillés d'amour, je gage ?
VIOLA, avec une mélancolie pyofonde.
Oh ! l'amour n'attend pas ! il parle son langage Même aux plus jeunes gens; mais, ces tendres secrets. Je ne sais pas comment je les exprimerais... Qu'importe ! car jamais à la personne aimée La peine de mon cn?ur ne doit être exprimée !
OLIVIA, à part.
Comme il m'^iime !
Haut.
Et pourquoi lui cachez-vous ainsi.
Cher jeune homme, ce tendre et glorieux souci ? Pourquoi vous défier à ce point de vous-même ? Pourquoi ne croyez-vous donc pas qu'elle vous aime. Celle à qui, sans oser rien prétendre en retour, Vos seize ans ont offert leurs prémices d'amour ? Parlez-lui, Silvio. — Cette dame, il me semble Que je dois la connaître... et que je lui ressemble. Eh bien, imaginez qu'elle est là, devant vous... Certe, elle-n'aura point d'orgueil ni de courroux. Loin qu'elle s'en indigne et qu'elle la repousse. Une marque d'amour lui serait chère et douce :
Anxieuse, troublée, et le sein palpitant,
Elle est là devant vous qui l'espère... et l'attend.
VIOLA, très embarrassée.
Madame, je soupçonne ici quelque méprise...
OLIVIA, à part.
Xc devine-t-il point ?
VIOLA
Permettez que je brise.
Avant qu'il soit plus tard, cet étrange entretien. Nous parlons, je le vois, sans nous entendre bien; Aussi, je prends congé, madame, et me retire.
OLIVIA, presque suppliante.
Silvio, vous n'avez donc plus rien ù me dire ?...
VIOLA
Rien, madame.
Se ravisant.
Ah ! pardon : Son Altesse voudrait Avoir un souvenir de vous, votre portrait.
OLIVIA
I.e duc ? — Il ne l'aura jamais... que s'il ordonne ! Je ne l'aime pas, lui !
Elle va prendre le portrait sur la l a Ij le, fiévreusement, et, le tendant â Viola.
Tenez... je vous le donne.