ACTE II, TABLEAU II, SCÈNE IV
VIOLA
A moi, madame, ? à moi ?
OLIVIA
Ne vous est-il point doux De l'accepter, non pas pour le duc, mais pour vous ?
VIOLA, avec indignation.
Messager déloyal ?... Assez, je vous en prie !
Quoi!
OLIVIA
VIOLA
Servir de jouet à votre raillerie.
Passe encor, mais voici que d'une trahison Vous me croyez capable, et cela sans raison ! Une pareille insulte était peu méritée !
Oue le dédain est beau sur sa lèvre irritée !
Va, j'aime ta colère et j'aime ton mépris.
Silvio, Silvio, tu n'as donc pas compris ?
En vain se couvre-t-il de nuages sans nombre,
L'amour, c'est le soleil levant qui chasse l'ombre.
L'aveu que je gardais, il s'échappe, indompté.
Plus fort que ma pudeur et que ma volonté...
Ecoute, Silvio ! — Par les plus belles choses,
Par l'cizur, par les lys du printemps, par les roses.
Par la virginité, par l'honneur, par la foi.
Je jure que je t'aime et que je suis à toi !
VIOLA
Et moi, par un amour que nul ne doit connaître,
Par la fidélité que je garde à mon maître.
Par ce cœur où jamais vous n'avez pénétré,
Par tout ce que je sais de pur et de sacré,
Je jure, entendez- vous, que jamais une femme,
Après moi, ne sera maîtresse de mon âme.
Et votre fol amour dût-il vous consumer.
Que je ne pourrais pas encore vous aimer !
OLIVIA, égarée.
Silvio... Silvio... Je me trompais peut-être...
Mais non : tous ces baisers, ces fleurs à ma fenêtre...
Ce n'était pourtant pas un rêve, une vapeur ?
VIOLA
Je ne vous comprends pas, madame, mais j'ai peur...
OLIVIA
Oui, ce matin encor, — car je ne suis point folle, — Cet habit, ce visage... Ah! dis une parole!... C'était toi I... Ma raison s'égare, un feu subtil Me brûle... Attends !
VIOLA
Adieu !
Elle se dirige brusquement vers la porte. An moment de sortir, elle s'arrête avec un siirsaîit. A pari :
Mon frère vivrait-il ?