SCÈNE PREMIÈRE
VIOLA, seule.
Le capitaine est libre — et mon frère est vivant, Et je vais le revoir, l'embrasser comme avant !
Après un silence.
Mais d'où vient qu'à cette heure où Dieu me le renvoie je ne me sente point tout entière à la joie ? Oui, j'aurais cru jadis expirer de bonheur Le jour où je pourrais le presser sur mon cceur... Et voici, malgré moi, qu'en mon âme troublée Une ombre de tristesse à ma joie est mêlée.
I06 CONTE d'avril
Qu'ai-je donc ?... Ce que j'ai : j'aime et c'est sans espoir, J'aime, et mon cher amant ne doit point le savoir; j'aime, il ne m'aime pas; j'aime, et je suis jalouse. Cette femme, demain, si je pars, il l'épouse... Et cependant, avec ce frère désiré, Loin de lui, pour jamais, demain je partirai ! — Ah ! puisque tôt ou tard il faut que je le quitte, Reviens à mon secours, Silvio, reviens vite ! Et tu rappelleras à ta petite sœur Le temps où près de toi tout n'était que douceur, Où, vivant dans le calme et non dans la tourmente, Je n'étais qu'une enfant, et non pas une amante! Elle lîve la tête, inquiète.
Ah ! du bruit ?... Non, personne. — Et ces musiciens Qui m'attendent... — Un mot à dire et je reviens.
Elle sort à gauche.