E) CIASSE BES SCIENCES PHYSIQUES ET MATHÉMATIQUES
Extrait du rapport lu à la séance du il prairial an vi.
« ...Le citoyen Conté, directeur de TÉcole nationale aérostatique de Meudon, vous a lu un mémoire sur un baromètre de son invention et vous a présenté en même temps ce nouvel instrument. Vous avez nommé, pour vous en rendre compte, les citoyens Leroy, Charles et moi.
» C’est en mesurant la hauteur de la colonne de mercure du baromètre que les physiciens ont déterminé jusqu’ici les changements dans le poids de la colonne d’air, lorsqu’on s’élève ou que les modifications de l’atmosphère varient. Le citoyen Conté propose de substituer à la mesure de la colonne de mercure , le poids du mercure même qui sort du tube lorsque le baromètre descend.
» Son mémoire contient diverses tentatives dont il rend compte, et qui l’ont successivement conduit à des résultats qu’il a abandonnés. Le baromètre qu’il a cru propre à remplir ses idées et qu’il vous a présenté, est construit de la manière suivante : Il faut se représenter un tube de fer d’environ 9 décimètres de longueur, cylindrique et bien calibré à sa partie supérieure, dans une étendue de 23 centimètres, dont le diamètre intérieur est de 32 millimètres, et que ce tube va ensuite en se rétrécissant jusqu’en bas, que la partie inférieure en est fermée par une espèce de robinet placé dans le sens de la longueur de ce tube et percé de deux ouvertures latérales. Le tube est aussi percé de deux ouvertures, Time d’un côté, l’autre du côté opposé; l’une, de 9 millimètres de largeur, sert en mênie temps, et à remplir le tube de mercure,
et à le purger d’air; l’autre, d’un diamètre très-petit et un peu au-dessus de l’ouverture précédente, sert aux écoulements lorsque le baromètre descend. La première étant ouverte, la seconde est fermée; enfin le robinet a une troisième position par laquelle les deux ouvertures sont fermées.
» Une cuvette, en partie de fer et en partie de verre, s’adapte au tube en s’y vissant ; la partie de verre sert à éclairer, lorsqu’on veut purger d’air et remplir de mercure le tube barométrique , ou bien à en observer les écoulements.
» Le fond de la cuvette est un piston à l’aide duquel on dilate l’air à mesure qu’on fait entrer du mercure dans le tube,
» Enfin, à la base du piston est un tourne-vis avec lequel on peut ouvrir ou fermer le robinet.
» Lorsqu’on veut remplir le tube de mercure, on renverse l’instrument, on donne passage à l’air en dévissant un peu la cuvette, on tourije le robinet de manière que la plus large ouverture du tube corresponde à celle de ce robinet, et l’on fait aisément passer le mercure de la cuvette dans le tube.
» Lorsque le tube est plein sauf quelques bulles de mercure qui lui manquent encore , on fait jouer le piston et à diverses reprises on fait passer quelques parcelles de mercure, jusqu’à ce que, l’ouverture du tube étant elle-même remplie, il ne sorte plus d’air en faisant jouer le piston ; alors on ferme le robinet.
)) Cette opération finie, on redresse l’instrument et on le suspend dans la position verticale, on ouvre le robinet vers la petite ouverture d’écoulement, le mercure coule et tombe dans la cuvette, jusqu’à ce que le niveau se soit établi dans le tube, à la hauteur que donnerait un baromètre ordinaire. L’écoulement étant cessé, on ferme le robinet, on dévisse la cuvette et on la pèse.
» Si on transporte ensuite ce baromètre dans un lieu élevé et qu’on laisse alors couler le mercure, en pesant de nouveau la cuvette, l’augmentation de son poids fera connaître l’abaissement du mercure dans le tube, et devra être égale au
poids de la colonne d’air entre la première et la seconde station...
» Signé à la minute :
Le Roy, Charles et Lefèvre-Gineaü, rapporteur. »
La classe approuve le rapport et décide que Von fera exécuter ce baromètre.
(F) Arrêté du général en chef Kléber.
Quartier-général du Kaire, le it ventôse an vin.
Article
«Le citoyen Conté, chef de brigade des aérostiers et directeur des ateliers de mécanique, se rendra à Alexandrie avec son établissement , aux fins de contribuer autant que possible aux différents travaux relatifs à l’armement de la flotte et des forts.
Art. 2.
» Le citoyen Conté prendra séance dans la commission d’armement, créée en vertu de l’ordre du 6 pluviôse an ix, il aura voix consultative et délibérative.
«Signé Kléber, général en chef. »
(F bis) Description du télégraphe construit en Egypte.
A mesure que notre armée s’affaiblissait, il devenait plus nécessaire d’être informé rapidement des mouvement^ de l’ennemi. On sentait combien il était utile d’établir des lignes télégraphiques, et Von rejetait presque aussitôt une idée dont l’exécution semblait impossible. Mais c’est en vain que l’on manquait des objets les plus nécessaires ; l’armée possédait dans M. Conté, directeur de l’atelier de mécanique, un homme
dont le génie inventif, déjà si souvent éprouvé, sut encore une fois surmonter tous les obstacles. Il fit en peu de temps d’excellentes lunettes, et construisit un grand nombre de télégraphes sur un modèle nouveau. M. Conté étant mort sans publier la description de son télégraphe, nous avons pensé qu’on serait peut-être très-aise d’en trouver ici une description succincte
Ce télégraphe se compose : 1° d’un mât vertical dont l’extrémité inférieure est fixée d’une manière stable dans la maçonnerie de la plate-forme d’une tour; 2° d’une pièce en bois, de la forme d’un mobile j^, autour d’un boulon horizontal qui fixe sa plus grande branche à l’extrémité supérieure du mât ; 3“ d’une barre de bois qui passe par un anneau placé sur le mât, vers le milieu de sa hauteur. L’extrémité supérieure de cette barre s’attache à la pièce , de manière à la faire tourner dans un pian vertical autour du boulon qui la fixe au sommet du mât. Ce mouvement s’exécute en tirant la barre ou en la poussant à l’aide d’une poignée placée à son extrémité inférieure. Le prolongement de cette manivelle se place successivement dans plusieurs trous pratiqués dans l’épaisseur des planches qui forment un plan vertical au bas du mât : ces trous déterminent pour la pièce L différentes positions qui , par leurs combinaisons , expriment les phrases convenues.
{Foy âge dans l'intérieur du Delta ^ piçr MM. Dubois- Aymé et JoLLOis, Description de V Egypte; Etat mod . , t. II, in-foL, p. 92.)
(G) 4Trêté du généfal en chef iVlEiNluy.
Qiiarlier-géxiéral du Kaiçe, le lO thermidor an vin.
(c Le général en chef, prenant pleine et entière confiance dan| les lumières, le zèle et rattachement à la répubfique.
dont le citoyen Conté ^ membre de Tlnstitut d’Égypte , et chef de brigade du corps des aérostiers ^ a si souvent donné des preuves^ l’a choisi pour être membre du comité administratif établi par le général Kléber...
» Signé Abd. J. Menou^ général en chef. »
Extrait de V ordre du jour du 5 fructidor an viii.
« Le général en chef s’empresse de témoigner sa satisfaction au citoyen Champy^ directeur général des poudres et salpêtres, ainsi qu’au citoyen Conté, chef des ateliers de mécanique et membre du comité administratif, des travaux auxquels ils se sont livrés pour l’établissement de la poudrière dans l’île de Raoudah ; le succès le plus complet a couronné leur entreprise. Il résulte d’un compte rendu officiellement parle général de division Songis, commandant l’artillerie, que la poudre faite dans l’île de Raoudah, et éprouvée d’après les règles prescrites, porte le boulet d’épreuve à toises 1 pied plus loin que la poudre de France. »
» Les deux citoyens nommés ci-dessus ne cessent de s’occuper de tout ce qui peut avoir rapport à l’utilité publique. L’armée leur a les plus grandes obligations. Le général en chef, au nom des troupes françaises actuellement en Égypte, leur vote des remercîments. »
» Signé Abd. J. Menou.»
Au citoyen Conté , chef de brigade.
Quartier-général du Kaire , le 17 fructidor an viii.
«Citoyen, prenant entière confiance en votre zèle, vos lumières et votre attachement à la république française, je
vous ai nommé à une place de conseiller au conseil privé d’É^ypte.
» Signé Abd. J. Menou, général en chef, u
(H) Extrait d'une lettre du général en chef Menou au
ministre de la guerre.
Au quartier-général du Kaire , le 2 vendémiaire an ix.
« Citoyen ministre ,
»... L’Égypte fournirait du salpêtre au monde entier. C’est ici le moment de vous parler de notre manufacture de poudre; elle nous en fournit 1000 livres par jour d’une qualité supérieure. Citoyen ministre, celui qui la régit, le citoyen Cliampy, est un homme des plus précieux, ainsi que le citoyen Conté, chef des aérostiers , qui a été chargé de tout le mécanisme du moulin à poudre. Ces deux hommes méritent de grandes récompenses nationales; ils ont tout sacrifié pour venir ici, ils sont l’âme de tous nos travaux, ils ne connaissent que l’amour de la patrie ; tout ce qu’on leur propose de faire est fait à l’instant.
» Le citoyen Conté va nous établir une ligne télégraphique. Il a fallu , pour y parvenir, tout créer ; il a fait avec ses aérostiers soixante lunettes excellentes.
»I1 établit un moulin à foulon. J’espère que sous peu nous aurons des draps pour habiller nos troupes.
»I1 a établi un atelier de lames de sabres; il fait presque aussi bien que les lames de Perse.
))I1 a établi un martinet et une tannerie. Enfin, citoyen ministre , les citoyens Conté et Champy ne rencontrent jamais aucune difficulté dans ce que je leur propose. Ce sont des hommes étonnants, Ilsj ouïssent l’un et l’autre de toute l’estime
et de la çonsidéraüoa de l’armée. J’ai l’honneur de vous les recommander particulièrement.
» Salut et respect.
» Signé Abd. J. Menou. »
Extrait d’une lettre du général en chef Menou au général
Bonaparte , premier consul de la République française.
Au quartier-général du Kaire, le lo brumaire an ix.
« Citoyen consul ,
a Beaucoup de manufactures s’élèvent : nous faisons de la bière, des draps, de la bougie, du vin, des galons d’or et émargent , des chapeaux ; une très-bonne tannerie a été établie. Les citoyens Conté et Champy, hommes que je ne saurais trop louer, font ici les choses les plus extraordinaires. Citoyen consul, ils méritent toute votre bienveillance ; je sollicite pour eux une grande récompense nationale.
» Salut et respect.
«Signé Abd. J. Menou. »
(Pièces diverses imprimées par ordre du Tribunal, messidor an ix.)
(1) Le ministre de la guerre au citoyen Conté , chef
de brigade.
Paris, Ig 2^ iiivôse an ix.
« Les témoignages de satisfaction que le général en chef de l’armée d’Orient a transmis à votre sujet, citoyen, au gou-
vprnement français, lui ont prouvé qu’il n’était point de bornes à Yotre zèle et à vos ressources , et que vous saviez même surpasser la haute idée qq’il en avait conçue. Le dévouement et les talents que vous ne cessez de manifester vous
donnent une part glorieuse au succès de la colonisation de l’Égypte , et vous assurent les droits les plus sacrés à la reconnaissance du gouvernement, dont je me plais à être Finterprète à votre égard.
» Signé Al. Berthier ^ ministre de la guerre. »
Envoi du général en chef Menou.
« C’est avec une véritable satisfaction citoyen, que je vous adresse la lettre du ministre. Il vous rend, au pom du gouvernement, la justice qui vous est due, et il commence à vous payer le tribut de reconnaissance qui vous est dû par l’armée d’ Orient.
Signé Abd. J. Menou.
Voyez ci-dessus (page 39), la lettre écrite par Chaptal, par ordre du premier consul , le 21 nivôse an ix.
(K) Ju citoyen Conté , chef de brigade.
Qtiartieç-géïiéral du, Kaire , 20 ventôse an ix.
«Je pars, mon cher Conté, pour aller combattre les Anglais. Vous savez la confiance que j’ai en vous : veillez de tous vos moyens à la conservation de tous nos établissements. J’ai donné ordre d’envoyer à l’Institut pour vous garder les soixante-douze jeunes gens qui composent l’école de mathématiques; ils sont courageux et bien armés. Je compte également sur votre compagnie d’aérostiers. Vous aurez, moyennant cela, à peu près cent hommes pour votre garde. Je laisse, d’ailleurs, suffisamment de troupes pour la garde de la ville. J’espère vous revoir bientôt : la fortune de Bonaparte ne nous abandonnera pas.
«Signé Abd. J. Menou, général en chef « '
Au citoyen Conté, chef de brigade.
Quartier-général du Kaire , 30 germinal an ix.
«Vous êtes un brave , mon clier Conté ; vous êtes resté à votre poste , ainsi que devait le faire un homme attaché à l’honneur et à sa patrie. Recevez-en mes témoignages de satisfaction , ainsi que le citoyen Coutelle et les aérostiers qui sont sous vos ordres. La république saura reconnaître votre dévouement et le leur. Je mande aux généraux Belliard et Robin de vous employer militairement, ainsi que ceux qui sont sous vos ordres. Gagnons du temps, et nous nous tirerons d’atfaire. Voyez le général Robin, il vous fera connaître les nouvelles.
» Signé Abd. J. Menou, général en chef. »
(L) Extrait de la préface historique de la Descr. de l’Égypte ,
page A9.
«L’application des théories mécanique et chimique avait fait au Kaire des progrès remarquables. On avait rassemblé dans l’enceinte même des grands édifices destinés aux sciences, tous les éléments qui pouvaient favoriser le développement de l’industrie. Cet établissement était dirigé par un chef respectable, que les sciences et la patrie ont perdu il y a quelques années : il joignait au zèle le plus désintéressé , un talent ingénieux et fécond qui lui suggérait des ressources inattendues. Il avait déjà enrichi la France de plusieurs inventions , il donna bientôt à l’Égypte quelques-uns des arts les plus importants de l’Europe. On construisit des machines hydrauliques; on fabriqua des aciers, des armes, des draps, des instruments de mathématiques et d’optique ; enfin , ces grands ateliers fournirent, pendant le cours de l’expédition, une multitude d’objets propres à contribuer au succès de la guerre et aux jouissances de la paix. Les indigènes ne tar-
dèrent point à participer aux avantages qui résultaient de ces travaux; on observa leurs manufactures; on perfectionna les procédés dont ils faisaient usage. Ils considéraient attentivement les productions de l’industrie française et s’exercaient à les imiter.
wFourier.»
(M) Monument en r honneur de Conté.