VILLE DE SÉEZ
Délibération du conseil municipal.
Les amis des sciences doivent des actions de grâces à M. le maire actuel de Séez, M. Piclion-Prémeslé^ pour avoir provoqué la délibération dont on va rapporter le texte. On voit par l’initiative qu’il a prise, il y a quatre ans, du projet de monument^ que cette honorable famille protège aujourd’hui la mémoire de Conté, comme jadis elle protégea son enfance et sa jeunesse. Onpeut regarder en effet madame de Prémeslé , la supérieure del’Hôtel-Dieu deSéez, comme le premier auteur de la fortune scientifique de Conté.
Extrait du registre des délibérations du conseil municipal.
« Aujourd’hui douze février mil huit cent quarante-cinq....
» Le conseil municipal de la ville de Séez, dûment convoqué par M. le maire, s’est réuni dans une des salles de l’Hôtel-de-Yille pour continuer les travaux de la session ordinaire dudit mois.
» Étaient présents :
» MM. Delangle , maire ; Fouquet et Rocher-Stanislas , adjoints ; Gautry, Ragaigne, Courtois, Pichon-Prémeslé, Levesque, Boitard, Camus, Lesueur, Guérot, Moloré de Fresneaux, Besnard, Dufourmarin , Ledoyen , Prodhomme , Lefrançois et Roger, conseillers.
» Un membre ( M. Pichoii-Prémeslé ) demande la parole pour soumettre au conseil une proposition qui lui est personnelle, et en donne lecture :
» Messieurs,
» Dans toutes les villes de France qui ont eu l’avantage de voir naître dans leur sein des hommes qui se sont iliustrés par de grandes actions ou par l’élévation de leur génie, nous voyons les administrations de ces villes, aidées de leurs concitoyens les plus honorables, élever des statues à ces hommes de bien ou de génie.
» C’est un honneur justement envié, pour une contrée, d’avoir donné naissance à un homme dont le nom est rangé à tout jamais parmi ceux des savants les plus distingués.
» Notre pays, messieurs, n’est point déshérité de cet honneur.
» A une lieue de distance de cette cité, la commune d’Au< nou-sur-Orne a vu naître le grand Conté. C’est dans la ville de Séez que son génie s’est fait jour et a grandi.
» Né de parents obscurs et sans fortune. Conté, jeune encore, s’ocfcupant uniquement de modestes pratiques de jardinage dans un étabiissement de bienfaisance de cette ville, se sentit inspiré à la vue d’un peintre traçant quelques tableaux dans la chapelle. «J’en ferais bien autant! » s’écria-
t-il, En effet, saisissant les pinceaux, dès les premières
séances il surpassa le maître, et bientôt, avançant à grands pas dans cet art de la peinture, il exécuta, sans avoir pris les leçons des maîtres, nombre de tableaux et de portraits admirables. Dans combien de maisons de cette ville, messieurs, ne montre-t-on pas avec orgueil quelque œuvre du peintre !
» Nous ignorons jusqu’où il aurait porté cet art si difficile de la peinture, si son génie, qu’un art seul ne pouvait captiver, ne l’avait dirigé vers la chimie, où il excella. Je n’ai pas l’intention dans cette circonstance de vous retracer ,
messieurs, tous les titres de ce grand homme. Vous savez qu’il a inventé ces crayons si parfaits et si supérieurs à tous ceux qu’on connaissait jusqu’alors , crayons qui portent son nom , et qui sont répandus dans tout l’univers civilisé.
» Pour avancer, je vous rappellerai, messieurs, que le général Bonaparte , partant pour sa brillante mais périlleuse expédition d’Égypte, voulut s’entourer d’hommes de génie; lui qui savait si bien juger les hommes , choisit Conté.
» Le général en chef eut bientôt à se féliciter , pendant sa glorieuse campagne, d’avoir associé Conté à son entreprise; la conquête d’Égypte fut constamment environnée de périls et de difficultés de tout genre. Le génie de Conté, si fertile en ressources , indiqua toujours les moyens de les vaincre ; il alla jusqu’à sauver l’armée des horreurs de la famine.
» C’est assez vous en dire , messieurs , pour vous rappeler combien l’homme savant qui nous occupe honore le pays qui l’a vu naître , et combien il a de droits à la reconnaissance de ses concitoyens.
)) Je propose , messieurs , qu’il soit élevé sur une des places de cette ville une statue à Conté, qui rappelle les traits de cet homme de génie et les principaux faits de sa vie,
» Je demande qu’il soit nommé une commission de trois membres. Cette commission sera chargée de rechercher les moyens d’atteindre le but que le conseil municipal doit se proposer.
» Présenté en session ordinaire le 12 février 18à5.
» Signé PiGHON-PRÉMESLÉ. »
Le conseil, à l’unanimité, exprime sa reconnaissance à IVL Pichon-Prémeslé pour l’initiative qu’il a prise d’une proposition qui ne peut qu’honorer la ville de Séez , adopte sa proposition, et nomme une commission d'exécution composée de MM. Prodhomme , Pichon-Prémeslé et Moloré de Fresneaux »