‹ Contemplations scientifiquesChapitre 14 sur 49 · UN ARCHIPEL D'ÎLES CÉLESTES · texte numérisé non relu

UN ARCHIPEL D'ÎLES CÉLESTES

On vient de découvrir (août 1886) la 260« petite planète du groupe d'îles flottantes qui circulent entre Mars et Jupiter, à une centaine de milliqjjs de lieues d'ici, en moyenne. Deux cent soixante^ pldnètes! Si jamais association de quatre mots eût été capable de faire bondir jusqu'aux nues Ptolémée, Aristote, le roi de Gastille et Tycho-Brahé, c'est assurément celle-ci. Deux cent soixante planètes nouvelles! il y eût eu là de quoi renverser toutes les anciennes théories astronomiques, astrologiques et théologiques du moyen âge et des temps modernes, depuis saint Paul, qui fut enlevé au troisième ciel, jusqu'à Bossuet, qui croyait encore que c'est le Soleil qui tourne autour du roi pontifical de la Terre. Il n'y a pourtant là que l'expression d'un simple fait.

La première de ces planètes modernes a été trouvée le premier jour de ce siècle, le 4" janvier 1801, par Piazzi. Passionné pour le ciel, cet astronome, observant à Palerme les petites étoiles de la constellation du Taureau, notait exactement leurs positions, lorsqu'il en remarqua une qu'il n'avait jamais vue.

Le lendemain, il dirigea de nouveau sa lunette vers la même région du ciel, et remarqua que l'étoile n'était plus au point où il l'avait vue la veille. Elle rétrograda jusqu'au 12, s'arrêta et marcha ensuite dans le sens direct, c'est-à-dire de l'ouest à l'est. Quelle était cette étoile mobile? L'idée qu'elle pouvait être une planète ne vint pas immédiatement à l'esprit de l'observateur, et il la prit pour une comète, comme William Herschel avait fait en 1781 lorsqu'il découvrit Uranus. Le système planétaire paraissait complètement connu quant à ses membres essentiels; ajouter une planète nouvelle eût été une affaire de haute importance, tandis qu'ajouter une ou plusieurs comètes était sans grande conséquence.

Cependant c'était bien une vraie planète, et elle venait justement combler un vide signalé depuis deux cents ans entre Mars et Jupiter. Mais le plus curieux, c'est que l'année suivante un autre astronome, Olbers, en trouva une seconde, qu'en 1804 on en trouva une troisième, puis une quatrième. Trente-huit années s'écoulèrent ensuite sans amener aucune découverte dans ces parages, et ce n'est qu'en 1845 que la cinquième fut aperçue par un amateur d'astronomie, maître de poste à Berlin, qui s'amusait à construire des cartes d'étoiles. La raison principale de cette lacune doit être attribuée précis sèment au manque de bonnes cartes célestes.

Ces petites planètes sont toutes télescopiques, invisibles à l'œil nu, à l'exception de Vesta et quelquefois de Cérès, que de bonnes vues parviennent quelquefois à distinguer; elles sont de 7e,.8%9% 10«, lie grandeur, et même encore plus petites, et c'est

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