Voy. J. Girard, Les soulèvements et dépressions du soL
Le mouvement de la côte des Landes se poursuit jusqu'à l'Espagne. La baie de Saint-Jean-de-Luz, sûre pour les navires pendant le moyen âge, est devenue dangereuse au commencement du siècle. Les rochers d'Arta, qui défendaient la baie, disparaissant progressivement, n'ont plus protégé ce port naturel, d'où il résulta que les flots allèrent jusqu'à la ville livrer des assauts assez forts pour bouleverser les maisons. L'envahissement de la mer est très-sensible à Saint-Jean-de-J^uz. La ville s'étendait davantage au nord; à son extrémité était un couvent de Bénédictins; il est aujourd'hui détruit par la mer. Deux puits, seuls restes de ce monastère, s'élèvent du sein des eaux, et leur maçonnerie, qui a résisté, permet de toujours y puiser de l'eau douce. En 4873, la haute mer est venue battre le pied des murailles des maisons; quand la mer est forte, la vague déferle jusque dans la grande rue. Pendant le siècle dernier, la mer a avancé de 140 mètres ; et, depuis 1863, vingt mètres de la j^age ont disparu. Une série d'études poursuivies par M. Bouquet de la Grye, a permis de constater que cet effet d'envahissement de la mer est plus particulièrement dû aux courants.
Le littoral du golfe du Lion, depuis Collioure jusqu'à la Grau, est dans un état d'incessante transfbrmation ; sur presque tout ce parcours, la mer a perdu de son domaine, et il faut quelquefois remonter de plusieurs lieues vers le nord pour retrouver, au pied des falaises du terrain tertiaire supérieur, le rivage des anciennes mers des âges préhistoriques. La gracieuse ville d'Argelès, située naguère sur le bord même de la mer, en est séparée maintenant de
près de deux kilomètres. Entre la petite ville d'Elne et un village écarté de trois kilomètres, la Tour-Bas- Elnej s'ét^dait autrefois la ville antique d'RliheriSf florissante et peuplée, où Tannée d'Annibal a campé. Presque toutes les villes littorales des régions marécageuses ont dû dans l'origine être construites sur pilotis ^ét ressembler, par leurs dispositions fondamentales, à ces cj^és lacustres dont nous retrouvons aujourd'hui les curieux vestiges dans les lacs de l'Helvétie. Pijfe la pierre et même le marbre ont remplacé le bois et le chaume.
La cité \i'Illiberis avait été fondée par les Ibères sur l'emplacement de la ville de Pyrène, qui déjà était en déclin aux premiers temps historiques, et à son tour Illiberis céda sa place à une ville nouvelle fondée piar Constantin, sous le nom de sa mère Hélène, — lequel est devenu Elne, — aujourd'hui simple commune du département des Pyrénées- Orientales, d'une population de 2,800 habitants. C'est la premiers des villes mortes que l'on rencontre sur le littoral du golfe du Lion, anciennes capitales qui ne sont plus aujourd'hui que des bourgades presque désertes, que le voyageur et le touriste saluent à peipe d'un regard indifférent, mais qui intéressent au plus haut degré l'archéologue, le géographe, l'historien et le philosophe K
Entre Perpignan et le Canet, une tour isolée, haute d'une vingtaine de mètres, se dresse au milieu db la plaine; à côté sont les débris informes d'une ancienne chapelle, et Ton peut encore découvrir quelques pans de murs écroulés, presque enfouis ' ■■*.