LAME DE LA PLANTE
La nature et ses mystères. I«a Tle Tégétale. Beauté particulière des plantes. La sensibilité dans le règne végétal . L'âme de Thomme ; l'âme de l'animal ; l'âme de la plante.
Élevons-nous insensiblement du minéral à la plante, et de la vie latente de la planète à la vie individuelle des êtres qui l'embellissent.
Elle n'est pas assez connue, pas assez aimée, cette belle nature, dont nos goûts superficiels semblent nous éloigner de plus en plus ; elle nous devient chaque jour plus étrangère, comme si la science, dont le but véritable est d'en approfondir les secrets, n'avait de valeur réelle que dans ses applications à l'industrie ou à l'agrément de la curiosité humaine. Cependant, c'est de notre communication plus intime avec la nature que dépendent les progrès de notre intelligence, et peut-être aussi ceux de notre cœur; c'est de la connaissance de son action universelle que dépend l'élévation scientifique de notre esprit ; plus nous nous éloignerons d'elle, plus nous nous en isolerons, et plus aussi nous perdrons en valeur intellectuelle ; plus nous nous en rapprocherons, mieux
nous la comprendrons, et plus nous grandirons dans le savoir et dans la valeur.
La grandeur et la beauté de la nature peuvent être étudiées dans toutes ses œuvres, car elles se manifestent jusque dans ses productions en apparence les plus insignifiantes. Sans doute, le spectacle imposant des révolutions célestes et des forces formidables qui sont en action dans le gouvernement des mondes nous étonne par son étendue et par la puissance des actions qu'il nous révèle ; mais la surprise qui naît en nous à la vue des grandeurs célestes tient plutôt à la supériorité comparative de celles-ci sur les pensées habituelles de notre esprit. X'Auteur de la nature n'est pas plus grand dans la direction d'un soleil à travers les campagnes étoilées que dans la germination d'une plante ou dans* la génération d'un être vivant; pour lui, semer des étoiles par milliers dans les sillons du ciel ou répandre les semences légères des fleurs terrestres sur le sol humide sont des œuvres également dignes d'attention et qui révèlent également l'action d'une intelligence infinie : soustraire un globe rayonnant de vie au vol embrasé des comètes échevelées, ou fermer la corolle tremblante à l'approche de la bise ou du brouillard ; épanouir dans l'espace une nébuleuse riche de soleils ou décorer dans nos jardins nos arbres aux fleurs purpurines ; présider à la formation des couches successives de l'écorce protozoïque d'un monde ou présider à celle d'un fruit mûrissant ; ce sont là des œuvres divines, et ce titre ne connaît pas de degrés en plus ou en moins.
Contempler la nature dans ses fleurs ou dans ses étoiles, c'est donc s'élever à la notion du vrai par
L*AME DE tA PtANTfi 6Ô
des voies diverses, c'est s'initier aux mystères de Tinfini par des expressions différentes, c'est étudier le monde sous des aspects variés, c'est s'instruire dans la science de la nature par deux maîtres distincts, mais de la môme école.
La plus modeste d'entre les plantes, la fleur des champs qui se cache sous l'herbe épaisse, et celles, plus inconnues encore, qui appartiennent au monde microscopique, sont tout aussi merveilleuses que les splendides orchidées, les cèdres séculaires, les tremblantes sensitives, les arbres empoisonnés. Mais ici, comme en toutes choses, notre qualification se rapporte à nos impressions particulières. Par un effet de l'inertie de notre esprit, l'habitude a le doja d'émousser notre sensibilité et de rendre moins vives les impressions qui se renouvellent fréquemment, de sorte que les objets qui, au premier abord, captivent le plus vivement notre attention et nous jettent dans la suiprise la plus protonde, parviennent à la longue à passer inaperçus et ne réveillent plus notre attention endormie. C'est ce qui constitue pour nous le degré apparent du merveilleux. L'inconnu, 1er nouveau, nous frappera toujours et nous attirera sans cesse ; à mesure que les choses deviennent plus connues, plus lamilières, elles perdent le don de nous émerveiller. Cependant, au point de vue de l'absolu, deux objets d'égale valeur ne sauraient évidemment subir de modification réelle, suivant qu'ils deviennent plus ou moins accessibles à Tobservation humaine.
Si l'un de nous arrivait aujourd'hui pour la première fois sur la Terre, revenant d'un monde étranger au nôtre, quelle ne serait pas sa surprise, à son
réveil, de voir se manifester autour de lui toutes ces actions nombreuses qui constituent l'ensemble de Tœuvre naturelle I A Taurore de Tannée comme à l'aurore d'un beau jour, le printemps joyeux réveille les forces latentes et décore d'une nouvelle parure le monde dépouillé par la main de l'hiver; le ciel renaît, son azur baigne au loin l'horizon transparent, la brise aérienne caresse les bourgeons naissants des plantes, le soleil verse du haut du ciel son rayonnement fécond, la verdure renaît, arbres et fleurs tressaillent sous le frémissement de la vie nouvelle, et depuis les dernières zones de la végétation sur les montagnes, jusqu'aux plaines • verdoyantes, la joie et la lumière célèbrent en tous lieux la renaissance de la vie. Quelle merveilleuse transformation s'est opérée I Ces arbres de nos vergers, ces forêts entières, qui n'offraient, il y a quelques mois à peine, que des troncs décharnés, des tiges dénudées, des objets immobiles et inertes, que la mort semblait avoir exilés pour jamais du cercle de la vie, les voilà qui reverdissent, se revêtent de feuilles nouvelles, et bientôt répandront leur ombre et leur paix sur l'asile profond des retraites champêtres. L'habitude de voir chaque année renouveler la même merveille nous empêche de l'apprécier dans sa grandeur et de reconnaître en elle la manifestation des forces prodigieuses qui meuvent le monde.
Que serait-ce si, à la contemplation générale du grand mouvement printanier et estival, nous faisions succéder l'observation spéciale de chaque espèce de végétaux? Que serait-ce si nous nous appliquions à suivre dans son mouvement individuel chacune