‹ Contemplations scientifiquesChapitre 5 sur 49 · L^AME DE LA PLANTB · texte numérisé non relu

L^AME DE LA PLANTB

de ces plantes si diverses qui embellissent la surface du globe? Deux espèces diflférentes n'agissent pas de la même manière, et, depuis la naissance des premières feuilles jusqu'à la maturité de leurs fruits, elles offrent chacune un spectacle différent. Telles plantes portent humblement leurs fleurs cachées à tous les regards et semblent oser à peine laisser voir leur tige et leurs feuilles ; d'autres au contraire ne paraissent nées que pour l'éclat et la lumière, et déploient aux regards éblouis la parure étincelante de leur richesse et de leur magnificence ; d'autres encore semblent posséder un caractère plus sérieux et, dédaigneuses de la frivolité de leurs compagnes, ne révèlent leur existence qu'à l'époque où les fruits mûrs consacrent leur utihté. Ici, l'œil s'étonne de la vigueur séculaire d'un chêne immortel qui, du temps de nos pères, a vu passer le collège des druides sous l'avenue sombre des forêts et méconnaît le nombre des hivers ; les vents et les tempêtes ne sauraient ébranler le colosse aux racines profondes. Là, c'est à peine si la main peut se permettre de légères caresses, et le baiser d'un petit oiseau brillant sur le front de la sensitive trouble sa timidité offensée. Mais nous n'avons pas encore ouvert le monde merveilleux des couleurs I Quel pinceau reproduira ces nuances variées qui sont la parure des fleurs splendides? Quoil nous foulons aux pieds dans les prairies les petites fleurs qui se cachent dans l'herbe; sur les bords du ruisseau dont le murmure nous attire, les corolles purpurines se penchent ; au pied des grands arbres protecteurs se cachent ces petites violettes au parfum si doux ; mais toutes les beautés du monde des plantes res-

Ôâ CONTEMPLATIONS SCIENTIFIQUES

tent inaperçues ; nous passons auprès de la blancheur du lis superbe sans « Thonorer » de notre attention, et les charmants petits boutons de rose qui vont s'entr'ouvrir s'éveilleront à la vie sans qu'un regard humain soit là pour les contempler I Cependant les œuvres des hommes, dans leur expression la plus glorieuse, offriront-elles jamais des beautés comparables aux plus modestes beautés de la nature?

Mais les jeux splendides de la lumière solaire sur le tissu des plantes, qui constituent leurs couleurs et leurs nuances harmonieuses, ne sont-ils pas surpassés encore par la richesse des parfums dont les fleurs gardent en leur sein les riches trésors? Ne semble-t-il pas ici que les fleurs sont les plus opulentes des créatures, que la nature s'est plu à les enrichir de ses dons les plus admirables, et qu'elle les aime avec prédilection? Brises embaumées du soir, qui descendez des coteaux en fleurs, souffles parfumés qui tombez des bois, de quelles propriétés êtes-vous donc dépositaires, et quelle est votre influence sur l'âme agitée par les troubles du monde? Il semble que vous n'appartenez plus à la matière et qu'il y a en vous certaine vertu spirituelle qui nous fait songer au ciel. N'êtes-vous pas inaccessibles, en effet, aux grossières observations de notre industrie? Quels poids et quelles mesures pourrait-on appliquer à votre essence, et de quelle feçon nos sens poun'aient-ils reconnaître votre nature?

Ces êtres, d'un aspect si gracieux ou si imposant, parés de couleurs éblouissantes, embaumant l'air des plus suaves parfums, ont-ils été déshérités de toutes les facultés qu'on accorde aux animaux? Il y a deux écoles qui, à ce sujet, ont également exagéré

leurs prétentions : Tune s'est complue à trop élever l'essence intime des végétaux, l'autre à la dégrader. •L'antiquité nous offre des exemples du premier excès. Empédocle n'hésitait pas à accorder aux plantes des facultés d'élite, et quelques-uns des successeurs du philosophe d'Agrigente l'ont même dépassé à cet égard. La merveilleuse mandragore passait parmi eux pour être douée de la plus singu^ lière sensibilité : à la moindre blessure, la plante aux formes humaines poussait de lamentables gémissements; et ceux qui avaient l'audace de la cueillir, pour n'en être point terrifiés et braver ses maléfices, devaient employer certaines précautions I Les hypothèses de la crédule antiquité se sont reproduites ; on les a même dépassées de notre temps. Adanson, savant audacieux s'il en fut, répartit largement les âmes parmi les plantes ; une ne lui suffisait pas pour chacune d'elles : il leur en accorde plusieurs. Hedwig, botaniste profond. Bonnet, philoso' phe érudit et savant, et surtout Ed. Schmith, accordaient aussi aux végétaux une sensibilité exquise, et même des sensations assez élevées.

Ces idées ont encore trouvé de nos jours d'ardents défenseurs, tels que Martius et Fechner. Ceux-ci considèrent la plante comme un être sentant et doué d'une âme individuelle ; et le dernier pousse même la témérité jusqu'à fonder une sorte de psychologie végétale. Dans un charmant petit livre, Camille Debans fait au système de ces deux botanistes une allusion pleine de poésie et de fraîcheur. 11 peint une rose tellement affaiblie et languissante, que le moindre souffle de l'air, aussi léger que le soupir d'une vierge, en arrache successivement les pétaleâ

souffrants et fanés. Et quand sa meurtrière haleine a enfin tué la fleur, naguère si belle et si parfumée, les gnomes tout en larmes emportent son âme en paradis sur leurs ailes diaphanes!...

Le génie de Descartes avait été assez puissant pour faire admettre que les animaux ne représentaient que de simples automates montés pour accomplir un certain nombre d'actes. A plus forte raison certains savants se crurent-ils en droit de ne considérer les plantes que comme des êtres régis exclusivement par les forces matérielles. Mais, ni les témérités des cartésiens, ni les hypothèses des animistes, ne trouvent aujourd'hui aucun asile dans le sévère domaine des sciences. On ne peut assimiler les phénomènes de la vie végétale ni à de simples actes physico- chimiques, ni à une suprême direction intellectuelle. Il est évident que ceux-ci sont régis par une force vitale qui enchaîne tous les organes. Les végétaux jouissent d'une vie tout aussi active que beaucoup d'animaux, et possèdent des vestiges de sensibilité et de contractilité. Bichat, dans son important ouvrage sur « la vie et la mort», l'admet sans hésitation. De nombreuses expériences attestent qu'il y a évidemment, dans les plantes, des vestiges de sensibilité analogue à la sensibilité animale. L'électricité les foudroie, les narcotiques les paralysent ou les tuent. En arrosant des sensitives avec de l'opium, on les a endormies profondément. L'acide prussique empoisonne les plantes avec autant de rapidité que les animaux.

Divorçons donc avec toutes ces vieilles idées sur la vie végétale, observons directement les phénomènes, et nous arriverons à des conclusions qui nous éton-

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