L. Jacolliot
temps nié ces progrès, comme on a longtemps nié cette intelligence elle-même. Cependant il y a des faits qui paraissent témoigner en faveur de ces progrès, pour tout esprit observateur qui étudie la nature sans idée préconçue.
La Terre, ensuivantson cours dans Tespace, s'élève de siècle en siècle vers une destinée supérieure. En vain, les apôtres du passé ont-ils prétendu créer le monde parfait et le faire ensuite tomber dans la déchéance : la vérité naturelle est qu'à leur origine les planètes préparèrent pendant de longues périodes rétablissement de la vie à leur surface, que les premières plantes étaient sans feuilles et sans fleurs, que les premiers animaux étaient informes et dépourvus des sens qui ne furent produits que plus tard , et que Thumanité elle-même , aujourd'hui presque adolescente, vécut pendant des siècles à l'état barbare de l'animalité inconsciente.
Il est évident que le genre de vie de certains animaux, loin d'être stable, s'est, au contraire, transformé avec les diverses phases de la Terre, et que les mœurs de beaucoup d'entre eux ne sont pas aujourd'hui ce qu'elles étaient il y a quelques siècles; il en est même qui, en ce moment, sont en voie de faire subir de notables modifications à leurs constructions.
Il y a quelques années, mon savant ami, le docteur Pouchet, le regretté directeur du Muséum de Rouen, a appelé l'attention* scientifique et philosophique sur un fait extrêmement curieux : c'est que certaines espèces d'oiseaux, et les hirondelles en particulier, sont actuellement occupées à modifier l'architecture de leurs demeures, comme nous l'avons fait et le faisons nous-mêmes.
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Voici en effet les circonstances surprenantes (surprenantes pour nos idées habituelles) signalées par le savant naturaliste.
Remarquons d'abord que certains oiseaux, qui ne travaillent maintenant qu'avec les produits de nos usines, emplo^ient nécessairement d'autres matériaux avant que celles-ci fussent montées. Actuellement, c'est avec des bouts de fil ou avec de la ficelle que le loriot d'Europe coud son nid sous les branches des arbres. Il suivait nécessairement un autre procédé avant que l'industrie de l'homme lui eût offert ses produits.
Depuis plusieurs siècles, nous savons que les hirondelles de fenêtre se plaisent au milieu de nos populeuses cités; c'est parmi les dentelles.de nos ogives gothiques, ou à la corniche de nos palais ou de nos habitations qu'elles viennent presque constamment maçonner leurs nids : elles construisent leurs demeures sur les nôtres. L'hirondelle de cheminée, encore plus familière et plus audacieuse, s'installe souvent à leur intérieur, et même dans nos usines, sans s'effrayer ni du bruit des machines, ni des feux des fourneaux, ni du mouvement des ouvriers. Assurément, les mœurs de ces oiseaux sont absolument différentes aujourd'hui de ce qu'elles étaient lors des longs siècles d'abrutissement qui précédèrent l'éclat de la civilisation actuelle. Durant les époques préhistori(pies, lorsque' nous menionsune existence sauvage, errant sans vêtements au milieu des forêts, et n'ayant aucune habitation pour nous abriter, il fallait bien que les hirondelles nidifiassent toutes dans d'autres lieux qu'à présent. Et, plus tard, elles ne s'intallèrent ni dans nos villages
lacustres, ni dans d'autres monuments mégalithiques, de telles demeures ne leur offrant aucune sécurité, aucun abri convenable : toutes bâtissaient alors dans les rochers, ce que plusieurs familles continuent de faire de père en fils.
On peut en dire autant des cigogngs, nidifiant familièrement aujourd'hui au milieu des cités les plus populeuses, sur les toits, sur les cheminées, dans des abris que leur prépare la sympathie des habitants et oïl elles s'installent avec confiance. Ces oiseaux ne sont pas restés immobiles; ils ont avancé en même temps que la civilisation. A leurs primitives demeures, moins commodes, ils ont préféré celles que leur offrait l'homme.
Ces changements dans Tindustrie ou les mœurs des oiseaux sont peut-être même beaucoup plus rapides qu'on ne le suppose généralement. Des observations qu'il a faites sur la nidification de l'hirondelle de fenêtre, M. Pouchet tire la con- . clusion que, durant la première moitié du siècle actuel, celle-ci y a introduit de notables perfectionnements.
« M'étant fait apporter des nids de cette hirondelle pour les dessiner, dit-il, je fus tout étonné de voir qu'ils ne ressemblaient nullement à ceux que j'avais autrefois collectés. C'était à peine si je pouvais y croire; je n'y ai cru qu'en en ayant des preuves ma- ' térielles sous les yeux, et 4l| comparant entre eux des nids anciennement enlevés par moi sur nos vieux monuments et conservés depuis environ quarante ans au Muséum de Rouen, et des nids tout récemment construits dans les nouveaux quartiers de cette ville, puis en comparant enfin les derniers aux figu-
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res et aux descriptions que l'on trouve dans les œuvres des naturalistes.
« Ainsi, je pus constater que les architectes d'aujourd'hui avaient notablement changé le mode de construction de leurs pères, et qu'en ce moment il se produisait une grande révolution architectonique dans les travaux de cette espèce, un véritable perfectionnement.
« Bien que cette comparaison des nids anciennement déposés au Muséum avec les nids récemment desséchés me parût établir péremptoirement ce que j'avance, je me mis à visiter nos monuments et nos rochers, une lunette à la main, pour apprécier jusqu*à quel point cette révolution s'étendait. Sur les nids qui peuplent les arceaux du portail de nos églises, je vis que beaucoup d'entre eux offraient encore l'ancienne structure, soit qu'ils ne fussent que de vieilles constructions réparées par leurs habitants, soit qu'ils se trouvassent récemment édifiés par des architecles arriérés, ce qui était difficile à débrouiller; puis, de . place en place, on trouvait des nids de forme nouvelle, mêlés à ceux de l'ancienne construction.
« Au contraire, dans les rues toutes nouvelles percées à Rouen , les hirondelles ont partout bâti sur • leur nouveau modèle.
« C'est cette double observation qui me fait seule-, ment dire que les hirondelles sont en voie de trans- ;,, * former l'architecture cBÇieurs habitations, car^ dans • '. l'état de la question, on ne peut pas assurer que toutes construisent sur le nouveau modèle et qu'il n'existe plus de retardataires qui suivent encore les vieux errements. »
Quoique cette comparaison des nids recueillis il y
a quarante ans avec ceux qui sont récoltés nouvellement soit péremptoire, pour compléter la preuve du progrès, Tobservateur ajoute qu'il a eu recours aux descriptions ou aux figures que les auteurs donnent du nid de Thirondelle de fenêtre. Toutes se rapportent à l'ancienne construction ; aucune d'elles n'indique la forme nouvelle. Tous les naturalistes disent, en effet, que le nid de l'hirondelle de fenêtre est globuleux ou présente un segment de sphéroïde, avec une très petite ouverture arrondie, donnant à peine passage au couple qui l'habite. L^s figures données par les ornithologistes ne se rapportent aussi qu'à la figure ancienne.
Les anciens nids, dans leur largeur, représentent les deux tiers d'une section de sphère, et offrent une entrée située vers le haut, qui n'est qu'un petit trou arrondi, de 2 à 3 centimètres de diamètre, et qui, ainsi que le dit textuellement Spallanzani, n'excède pas le volume du corps de l'oiseau.
. Les nouveaux nids au contraire, au lieu de se rapprocher de la forme globuleuse, représentent le quart d'un demi-ovoïde creux, ayant les pôles fort allongés et dont les trois sections adhèrent totalement aux murailles des édifices, à l'exception de celle d*en haut, où se trouve pratiquée l'entrée. Cette entrée des nouveaux nids, au lieu d'être un simple trou arrondi, comme dans l'ancienne construction, est une très lonc^ fente transversale y formée en bas par une échancrure du bord de la section, et en haut par l'édifice auquel adhère le nid; cette ouverture horizontale, dont les extrémités sont arrondies, offre une longueur de 9 à 10 centimètres, sur une hauteur de 2 seulement.
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Ces nids, étant fort déprimés, ressemblent exactement à une section de coupe antique qu'on aurait appliquée contre une paroi de muraille et dont on aurait simplement échancré le bord pour en pratiquer rentrée.
Il y a donc, entre ces deux sortes de nids, une différence fondamentale dans leur forme générale et surtout dans la disposition de l'entrée.
Assurément, le nouveau système de construction qu'affectent les hirondelles est un progrès sur l'ancien. Le plancher qu'il offre à la famille possède plus d'étendue pour ses ébats, et les petits s'y trouvent moins tassés les uns sur les autres. Cette longue ouverture permet aussi aux jeunes hirondelles de mettre leurs tètes dehors, pour respirer Tair pur ou se familiariser avec le monde extérieur ; c'est pour elles un véritable balcon, dont l'ampleur est telle, qu'on y voit souvent deux petits en même temps, sans que leur présence gêne les allées et venues de leurs parents, qui entrent et sortent sans les déranger ; ce qui ne pouvait avoir lieu lorsque l'entrée du nid ne consistait qu'en un simple trou. Le père et la mère ne se sont réservé que la plus étroite entrée possible. En effet, on voit que, en arrivant à leur demeure, souvent ils commencent par s'accrocher à ses parois, et qu'ils ne se fourrent qu'avec difficulté dans son intérieur; ainsi, le nid est mieux protégé contre la pluie, le froid et les ennemis du dehors.
Voilà donc les oiseaux qui font mieux leurs nids aujourd'hui que dans le temps. Peut-être, d'ailleurs, tandis que certaines espèces animales manifestent actuellement un progrès dans leurs œuvres, en estil d'autres qui ne progressent plus, parce que leur
temps est passé et qu'elles dépérissent, tandis que d'autres, plus jeunes, ne font pas encore usage de leur raison et de leur jugement.
Ce sont là des faits dont l'observation méthodique est du plus haut intérêt. Ils nous apprennent que Yesprit des animaux est aussi bien perfectible que celui de Thomme, ce qui modifie nos étroites et vaniteuses idées d'autrefois, et agrandit notre connaissance de la nature.
Tout indifférents et indolents qu'ils paraissent, les poissons nous tiennent le même langage.
Comment refuser aux animaux une intelligence de même ordre que la nôtre, — nous ne disons pas de même degré, — en présence des changements que, traqués par les pêcheurs, les morses ont opérés dans leurs habitudes?
Dans les premiers temps de la pêche, on en prenait autant qu'on voulait sans beaucoup de peine. Non seulement ils nageaient sans crainte autour des navires , mais à terre ils ne craignaient pas de s'aventurer assez loin du rivage, et c'est alors que les matelots en faisaient les plus grands massacres. Aussitôt débarqués, les matelots se rangeaient de manière à couper la retraite à leurs victimes.
Le morse voyait tranquillement ces dispositions, et ne songeait à fuir qu'après avoir été attaqué et quand nombre des siens gisaient déjà sur le sol. Les assaillants, formant alors une sorte de retranchement avec les animaux tués, assommaient facilement ceux qui, pour gagner la mer, cherchaient à le franchir. On en tuait de cette manière quelquefois près d'un millier en une seule attaque.
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Tout cela est bien changé aujourd'hui. Le phoque fuit les pécheurs, forme rarement de grandes bandes à terre ou sur les glaces, ne se couche jamais que très près de la mer. se tient continuellement sur ses gardes, et, notons bien cette dernière circonstance, ne se livre au sommeil qu'après avoir placé une sentinelle qui ne manque pas d'avertir la bande de rapproche de l'ennemi .
Ainsi, voilà un animal qui, sous la pression des circonstances nouvelles, a inventé le guet! L'homme eût-il pu mieux faire?
Il n'est pas jusqu'au crapaud qui ne donne des signes certains d'intelligence et de raisonnement. Voici, par exemple, une observation rapportée il y a quelques années par un naturaliste autrichien.
Un maître d'école de Pichelsdorf a observé pendant plusieurs années un cas parlicuHer d'intelligence d*un crapaud. Cet animal, si utile au laboureur par la consommation qu'il fait des hannetons et des insectes, possède, paraît-il, une prédilection toute particulière pour les abeilles et le miel. Il y a dix ou douze ans, le maître d'école remarqua un beau matin devant sa ruche un gros crapaud gris occupé à avaler des abeilles; il prend une bêche et lance le crapaud au loin.
Le lendemain, un crapaud se trouvait devant la ruche. Il vient en pensée au maître d'école que ce pourrait bien être le crapaud d'hier ; pour s'en assurer, il le prend et lui attache à la patte de derrière un fil bleu, puis il le fait jeter dans un ruisseau éloigné. Le deuxième jour, le crapaud se trouvait de nouveau devant la ruche. Cette fois, il le fait trans-
portera un endroit très éloigné : deux jours après, l'animal avait retrouvé le chemin de la ruche à travers les champs et les prairies.
Le maître d'école le porte lui-même alors à une distance de plusieurs lieues. Huit jours après environ, le crapaud était de nouveau devant la ruche occupé à attraper des abeilles. Il cessa alors de le chasser, d'autant plus qu'il remarqua que « l'animal ne dévorait que les abeilles malades ». Cette observation dura plusieurs années, jusqu'à ce qu'un jour le crapaud tomba sous la dent d'un putois.
Certes, l'intelligence des animaux a ses degrés, bien différents suivant les espèces : celle du crapaud est sans aucun doute incomparablement au-dessous de celle de la fourmi, de l'abeille, du cheval, du singe, de l'éléphant ou du chien. Avez-vous jamais observé dans une prairie le langage antennal des /bwrmis? Nous y avons déjà fait allusion plus haut. Par quel mystère ces intéressantes petites bêtes peuvent-elles s'aventurer loin de l'habitation, à des distances relativement énormes, et ne jamais hésiter sur la route à tenir lorsqu'il s'agit de revenir sur leurs pas? C'est vraiment une question difficile; les savants qui s'en sont occupés attribuent cette faculté à l'acide formique que dégage l'insecte pendant sa marche et qui lui sert exactement comme au renard ou au chien à retrouver sa route.
c( Un jour, écrit mon savant ami J. Levallois, je suivais depuis assez longtemps une de mes fourmis. Elle s'était fort éloignée de la fourmilière et ne semblait pas disposée à y revenir de sitôt. Au beau milieu de l'allée, elle vint à rencontrer le cadavre d'un
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gros limaçon. Elle commença par en faire le tour, puis monta sur le dos du vilain animal, le parcourut, et, après ce complet examen, au lieu de poursuivre sa course en avant, reprit immédiatement la direction de la fourmilière.
« A moitié chemin, elle trouva une de ses compagnes. Aller à elle, choquer ou plutôt frotter antennes contre antennes avec une extraordinaire animation, fut fait en un clin d*œil. Autant en arriva pour une seconde, pour une troisième. A mesure que la première fourmi les abandonnait, elles se dirigeaient en toute hâte vers l'endroit où gisait le limaçon. Bientôt elle entra dans l'habitation, et je la perdis de vue: mais il est à croire qu'elle y continua le même travail d'avertissement et d'excitation, car une interminable file de gaillardes très disposées à prendre leur part du festin ne tarda pas à se diriger du côté de la proie indiquée. Dix minutes après, le limaçon disparaissait sous une foule jaunâtre et grouillante; le soir, il n'en restait plus trace. »
Chacun peut renouveler des observations semblables. D'ailleurs, il n'y a plus à prouver l'existence du langage antennal, qui, depuis un demi-siècle, est une vérité acquise à la science; mais ce qui est intéressant, ce qui importe au philosophe et doit éveiMer son attention, c'est de déterminer la portée de ce langage, d'en reconnaître les bornes et de chercher quelles conséquences s'en peuvent déduire. Consiste-t-il en un simple frottement des antennes? On serait porté à le croire. Cependant récemment un professeur d'histoire naturelle de la Prusse rhénane, M. Langlois, a annoncé que les fourmis sont pourvues d'un appareil résonnant qui ressemble à
celui de la guêpe. Il y aurait donc de faibles sons produits, des sons faits pour des oreilles de fot>rmis ! A vérifier. t
Personne ne doute plus aujourd'hui que les bêtes n'aient parfois beaucoup d'esprit, et ne prouvent même leur sentiment en ^certaines? circonstances. Je me souviens d'avoir reçu dans le temps à la revue scientifique le Cosmos, l'observation fort intéressante d'un naturaliste sur un ménage de perroquets. La voici en quel queâ lignes :
Deux perroquets avaient vécu ensemble quatre années ; la femelle tomba en langueur, ses jambes enflèrent; c'étaient les symptômes de la goutte. Il lui devint impossible de prendre sa nourriture comme autrefois; mais le mâle la lui portait dans son bec. Il la nourrit ainsi pendant quatre mois, au bout desquels ses infirmités avaient tellement augmenté que ne pouvant plus se tenir sur ses pattes elle r^ait accroupie au fond de sa cage, faisant d'infructueux efforts pour se hisser sur son bâton.
Le mâle, toujours près d'elle, secondait de toutes ses forces sa chère moitié. Saisissant la malade par le bec ou par la partie supérieure de Faile, il cherchait à la soulever. Sa contenance, ses gestes, sa soilicitude, tout en cet oiseau indiquait l'ardent désir de soulager la faiblesse et les souffrances de la malade. Où la scène devint plus intéressante encore, c'est lorsque cette femelle fut sur le point d'expirer. Les assidui' tés et les tendres soins de son compagnon redoublèrent. Il cherchait à lui ouvrir le bec pour y glisser quelque nourriture; il allait et venait autour d'elle
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sans relâche. Il courait à elle et s'en retournaÉi d'un air agité.
Souvent, les yeux fixés sur la moribonde, ^itgar- • dait un morne silence, interrompu de teftîps en temps par des cris plaintifs. Enfin sa compagne rendit le dernier soupir. Dès ce moment, il ne fit que languir, et peu de semaines après il mourut.
Nul ne saurait contester qu'il n'y ait là une série d'actes dictés par le sentiment.
Voici sur la même espèce d'animaux (qui ne passe pas en général pour avoir beaucoup d'initiative) une autre série d'observations non moins authentiques que la précédente et plus curieuses encore :
« J'ai, depuis quatre ans, écrit M. l'abbé Henri Gras dans le Cosmos, un perroquet gris du Gabon, qui mérite de fixer l'attention des savants, soit à cause de sa mémoire^ soit à cause de son articula^ tion parfaite et de ses à^propos. Je n'ai rencontré, jusqu'à présent, personne qui ait vu un perroquet qui puisse lui être comparé sous ces trois points de vue. ^
« Je ne prétends point résoudre la grande question du degré d'intelligence et de sentiment des bêtes, mais seulement fournir, pour la solution de cette question, de nouvelles observations dont je garantis l'authenticité. Les philosophes qui regardent les animaux comme de simples machines ne les ont jamais observés, ou n'ont jamais vécu avec eux. Les animaux apprécient les bonnes ou mauvaises intentions, et se confient ou se défient suivant les g'ens. Ils ont la reconnaissance et sont susceptibles de dévouement. Ils ont de l'attachement et meurent quelquefois de chagrin de la perte de leur maître.
FtAMÈARlON. — CONTEMP. SCIENT. II. H
«Mon perroquet, que j'appelle Coco-Gris, m'a été donné par un ami en mars 1878. Il était extrêmement sauvage, timide et délicat, au point que, désespérant de l'apprivoiser, j'allais le rendre, lorsque je remarquai en lui plus de confiance, et le gardai. Un ami me donna encore une perruche verte du Brésil que j'appelai Cocotte et qui était apprivoisée. Elle m'a servi à rendre familier Coco-Gris. Mes perroquets déjeunent, dînent et soupent avec moi, sur leur perchoir. Le reste du temps, ils sont sur mon balcon, dans leur cage. Voilà la manière de vivre de mes oiseaux.
« Je m'aperçus bientôt que Coco-Gris sifflait et répétait quelques mots. Je m'appliquai alors à lui dire la phrase consacrée : « Jacquot, as-tu bien déjeuné? » qu'il sut bientôt tout entière. Depuis lors, il s'établit entre le maître et l'élève des rapports familiers qui n'ont point cessé. Coco-Gris sur mon épaule me demande souvent sa leçon. Quand il sait ce que je lui répète, un claquement de bec me l'annonce. J'ai d©nc un élève désireux d'apprendre. Je dois dire que, de son côté, il retenait des choses que je ne lui apprenais pas. C'est ainsi que s'est formé son savoir. Il dit avec une perfection inimitable plus de cinquante phrases très ingénieuses et dont je fais grâce au lecteur, qui les a sans doute entendu répéter par d'autres émules de Vert-Vert.
€ Inutile d'ajouter que Coco-Gris chante et siffle à ravir la plupart des airs connus; mais ce qu'il y a de plus remarquable dans le langage de cet oiseau, c'est que les phrases qu'il prononce viennent, non pas au hasard, mais très souvent fort à propos; ainsi quand on le met en cage, il dit : « On va à la cage».
Quand on donne des graines : « Voilà du bon. » Quand il se balance : « Coco-Gris se balance. » Quand Cocotte crie : « Allons, Cocotte, il ne faut pas crier. Chante. » Si elle chante : « Tu chantes bien, oh! très bien. » Coco et Cocotte se promenant dans la salle à manger, Cocotte se met à chanter. Coco dit : « On chante. » On lui demande : « Qu'est-ce qui chante? » Il répond : « C'est Cocotte. » Cocotte étant passée sous le buffet, CocoJ en courbant la tête, lui dit : « Que fais-tu là, Cocotte? » Quand je parle un peu vivement à ma bonne, Coco, se mêlant à la conversation, dit : « Comment, quoi, vous ne comprenez pas? »
ce Avant le repas, je sors mes oiseaux de laçage, et je les mets sur leur perchoir. Je vais dans mon cabinet attendre qu'on ait servi. Cocotte, descendant du perchoir pour me suivre, Coco lui dit : « Que fais-tu, Cocotte, tout à l'heure on va donner du bon. » Cocotte étant venue me trouver, Coco la suit, et s'arrêtant à la porte du cabinet, il nous dit : « Mais que faites-vous là? » Cette scène s'est reproduite plusieurs fois.
« Le 9 août 1882, j'avais Coco avec moi en chemin de fer, et nous marchions depuis quelques heures, lorsque, m'approchant de sa cage, Coco me dit tout effrayé : « Mais qu'est-ce qu'on fait? » Il m'a répété cette question et n'a guère prononcé que ces paroles. Arrivé au château de la R., comme il ne mangeait pas, il répondit aux reproches que nous lui faisions, ma bonne et moi : « Je n'ai pas faim. »
« On sera tenté démettre en doute ce que j'avance^ surtout quant à ces propos. Je répète que c'est la plus exacte vérité, quelque invraisemblable qu'elle
soit. J'ai de nombreux témoins qui peuvent joindre leur afBrmation à la mienne.
« Maintenant, comment peut-on s'expliquer l'étendue de la mémoire de cet oiseau? Comment peut-on s'expliquer cette articulation, et cette intonation de la parole humaine qui ne laisse rien à désirer? Gomment ces deux mandibules qui composent son bec peuvent -elles rendre les labiales sans lèvres, les dentales sans dents, les gutturales sans un larynx comme le nôtre? Toutes ces questions peuvent exercer la sagacité d'un acousticien. Et l'intonation, qui reproduit des sons graves avec un bec qui n'a qu'un ou deux centimètres cubes de capacité, comment se l'expliquer? Encore une fois, ces phénomènes nous démontrent que notre science est toujours courte par quelque endroit. »
Les chiens nous offrent plus souvent que les oiseaux ces témoignages d'affection, de sympathie ou de reconnaissance. Remarquons quelques faits entre mille.
Il y a quelques années, un fait assez curieux s'est passé sur le quai du Louvre, à Paris.
Depuis huit ou neuf mois, un vieillard venait sur les bords de la Seine, toujours à la même heure, avec un gros chien dont le poil de la robe dénotait une maladie de la peau.
Un vétérinaire, que le propriétaire de la bête avait consulté, avait ordonné qu'elle fût frottée chaque jour avec une certaine pommade, puis qu'immédiatement on lui fît prendre un grand bain.
Ce traitement assidu n'ayant procuré aucun soulagement apparent à l'animal, le maître se décida,
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bien à regret, à le laisser mourir, ou plutôt à hâter sa mort, et chargea quelqu'un de cette pénible corvée; mais lui n'eut pas le courage de voir exécuter sa décision, et s'en retourna chez lui, après avoir recommandé de le noyer rapidement avec le moins de souffrance possible.
La personne qui avait été chargée de faire mourir le malheureux chien était celle qui, journellement, le pommadait et lui faisait prendre son bain ; l'animal était par conséquent déjà familiarisé avec elle; aussi ne se doutait-il pas de ce qui l'attendait...
Le jeune homme, qui s'était muni d'une lourde pierre et qui d'abord l'avait attachée à une corde, voulut, tout en jouant avec l'animal, lui passer l'engin autour du cou, mais lui-même s'embarrassa les jambes dans la corde, roula le long du talus de pierres en se contusionnant le corps et... disparut dans le fleuve.
Resté seul sur le chemin de halage, le chien se mit à aboyer, puis, après avoir attentivement observé le courant de l'eau , il revit le submergé. Alors il s'élance vers lui, nage quelque peu, le saisit par ses vêtements et le ramène sur le bord de la rive, non pas là où il était tombé, mais à l'endroit où il avait l'habitude d'être frictionné et de prendre son bain.
Sans l'animal, l'homme eût infailliblement péri, car il ne savait pas nager.
M. P..., correcteur d'imprimerie, demeurant cité Talma, témoin de ce sauvetage, demanda à emmener le chien avec lui et à s'en faire un ami. Le chien, se doutant peut-être un peu de l'ingratitude de son ancien maître, s'attacha à l'imprimeur et devint son meilleur ami.
Voici un autre fait dans lequel rhomme ne joue pas non plus le beau rôle.
Un habitant de Pantin^ ne voulant pas payer l'impôt pour son vieux chien, se décide à le tuer; il s'arme d'une houe et, frappant à coups redoublés, le perce ensuite à coups de fourche. Quand il croit n'avoir plus qu'un cadavre, il creuse un trou et le recouvre de terre. Cependant le pauvre animal n'était pas tout à fait mort. Ses forces se raniment ; il pousse quelques gémissements. Ils sont entendus d'un autre chien, qui s'empresse de gratter la terre et de le délivrer ainsi de son tombeau.
Clopin-clopant, le malheureux se traîna à la maison de son maître, bien étonné d'une telle résurrection. Cette fois, son cœur fut accessible à la pitié ; il pansa les blessures de la victime et la soigna de son mieux.
Les journaux rapportaient dernièrement qu'un commerçant demeurant rue de Montreuil, à Paris, a été sauvé d'un vol par son épagneul, et cela dans une circonstance qui met spécialement en évidence le raisonnement d'un chien.
Le maître de la maison était absent. Son garçon de magasin dormait profondément, car c'était au milieu de la nuit, quand, violemment secoué par le hras^ il finit par s'éveiller. De sourds grondements qu'il entendit lui causèrent d'abord le plus grand effroi ; mais il ne tarda pas à comprendre qu'ils étaient poussés par Faraud, qui cherchait par tous les moyens possibles à attirer son attention.
Pierre F... aperçut alors dans la boutique une faible lueur et distingua un bruit semblable à celui d'une serrure que l'on cherche à forcer. Inutile
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d'ajouter que le voleur fut dérangé dans son opération et confié au poste voisin avec tous les égards dus à son rang.
Les aboiements de Fépagneul, entendus par les voisins, n'avaient pu rompre le robuste sommeil du jeune homme. L'intelligent animal avait alors employé, pour l'avertir, un moyen plus efficace.
Les faits de ce genre, attestant le merveilleux instinct de la race canine, ne sont pas absolument rares. Dans ses Mémoires, Benvenuto Cellini en cite un qui lui arriva à lui-même.
Un voleur s'était introduit nuitamment dans son atelier. Le chien de l'artiste essaya d'abord de lutter contre le larron, armé d'une épée ; puis, courant à la chambre des ouvriers, il les éveilla en tirant les couvertures de leurs lits et les secouant alternativement par le bras.
Ne comprenant pas la cause de ces importunités, les ouvriers chassèrent l'animal de la chambre, dont ils fermèrent la porte à clef. Le chien se remit alors à la poursuite du voleur, qui avait gagné la rue, et le saisit par son manteau ; mais le larron eut la présence d'esprit de crier : « Au chien enragé ! » ce qui amena quelques personnes à son secours, en sorte que, pour cette fois, il échappa à la punition.
Longtemps après, comme Cellini se promenait un jour sur une des places de Rome, son chien s'élança tout à coup sur un jeune homme et, malgré les èpées et les bâtons des assistants, s'acharna contre lui. On parvint enfin à lui faire lâcher prise, et le jeune homme se retirait précipitamment lorsqu'il laissa tomber de dessous son manteau plusieurs pe-
tits objets, dans Tun deMyels Gellini reconnut une bague qui lui appartenait.
— Oh ! s'écria-t-il, c'est le mécréant qui s'est introduit la nuit dans ma boutique, et mon chien le reconnaîtl
En disant ces mots, il lâcha de nouveau l'animal ; mais le voleur se hâta de demander grâce et d'avouer son crime.
Que dirions-nous d'un chien qui, ayant eu la patte remise par un chirurgien, amènerait vers son sauveur ses frères auxquels le même accident serait arrivé? C'est pourtant ce qu'on a observé.
Le peintre Doyen avait été chargé par le duc de Choiseul de restaurer ou plutôt de refaire presque en entier les peintures d'une partie de la coupole des Invalides, exécutées par Boullogne et complètement dégradées.
Un jour, Doyen, monté sur son échafaud, voulut juger de l'effet d'une figure qu'il venait d'esquisser : il se recula et arriva insensiblement à l'extrémité de la plate-forme. Là, manquant de point d'appui, il tomba d'une hauteur assez considérable et se fracassa une côte.
Il fut soigné et logé à l'hôtel des Invalides. Sa petite chienne, intelligente et affectueuse, ne quittait pas le bord de son lit. Une fois cependant, elle s'absenta et revint la patte cassée. Doyen pria le chirurgien qui le soignait de soigner aussi sa chienne ; celui-ci y consentit de bonne grâce. Au bout de quelques jours, l'animal était guéri.
Or un jour la petite chienne resta en promenade plus longtemps que d'habitude. Lorsqu'elle revint, elle courut immédiatement h l'appartement de
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Doyen, le caressa, puis se jiiit à japper d'une façon singulière en se tournant et en allant vers la porte. Le peintre, surpris, la suit et aperçoit alors une autre chienne qui avait la patte cassée. Il comprit sans peine ce que les deux bêtes désiraient.
Le chirurgien fut encore mandé et prié d'entreprendre cette nouvelle cure.
— Je le veux bien, dit-il en riant, mais ce sera la
dernière; car, si vous connaissiez comme moi Tins- * tinct de la race canine, vous sauriez que votre chienne est capable d'amener ici tous les chiens estropiés qu'elle rencontrerait dans Paris.
Nous n'en finirions pas, si nous voulions rapporter ici toutes les observations qui témoignent des facultés intellectuelles et morales chez les animaux. Nous terminerons en ajoutant qu'il y a plusieurs exemples avérés de chiens morts de chagrin. L'un des plus authentiques a été présenté par M. Henri Giraud, président du tribunal civil de Niort et de la Société centrale d'agriculture du département des Deux-Sèvres, à la Société protectrice des animaux. Il y signale le fait d'un chien mort de chagrin par suite du décès de son maître. « Ce fait, dit-il, est à ma connaissance personnelle et s'est passé sous mes yeux, dans ma famille. y>
Le bulletin de la même Société a publié aussi le touchant récit du fait suivant, arrivé rue Notre-Damedes-Champs, dans le quartier de l'Observatoire.
Bien que Finot ne fût qu'un chien, il était aimé de tous et méritait de l'être. Depuis plus de deux ans, il habitait le quartier. Finot appartenait à M. Charles Brencard, un jeune artiste peintre auquel la fortune n'avait point encore souri. Gomme chez son maître
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la chère était loin d'être exquise, le chien demandait sa pitance aux voisins. Finot était philosophe et se contentait de peu. A sept heures, le soir, il venait s'installer devant la porte du logis, et il attendait son maître, qui souvent avait moins bien dîné que lui.
Un jour, le malheur entra tout à fait chez l'artiste; le maître de Finot fut atteint d'une pleurésie. On dut le transporter à l'hôpital de la Charité, où il mourut le surlendemain.
Finot resta seul; il avait §uivi le brancard sur lequel on emportait son maître, mais, on le devine, il avait dû s'arrêter devant la porte de l'hôpital. Il était revenu au logis le soir. Là, refusant l'hospitalité que lui offrait le concierge, il avait attendu toute la nuit dans la rue.
Et ce fut, pour lui, le même manège cinq jours durant. Finot demeurait planté devant la Charité, ne mangeant pFus, buvant dans le ruisseau quand la soif le pressait par trop ; le soir, il revenait se coucher à la porte de la maison où avait demeuré son maître.
Le sixième jour, on trouva Finot étendu sans vie sur le trottoir. La pauvre bête était morte de faim et de froid, attendant toujours le retour de celui qu'elle aimait tant.
Combien d'hommes offrent de pareils exemples d'attachement sans bornes?
Terminons, à propos de l'intelligence des chiens, par les observations suivantes, publiées dans le journal la Nature :
« Pendant un récent séjour à Londres, j'ai eu l'occasion d'examiner de près les talents d'une troupe
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de chiens savants que l'on exhibe actuellement dans la capitale de la Grande-Bretagne. Le sujet en luimême paraîtra un peu puéril au premier abord, mais il touche cependant à des considérations très sérieuses sur l'intelligence des animaux et sur les rapports de l'homme avec ses frères dans la création, que Descartes considérait aveuglément comme des mécaniques. Il ne nous a pas paru indigne de l'attention de nos lecteurs.
« Les chiens dont nous parlons se composent de trois caniches et d'un lévrier. Le lévrier est remarquable par son agilité ; sur le moindre geste de son maître, il se tient en équilibre, comme les clowns, sur le dos de deux chaises. Il saute par-dessus la tête d'un homme; il traverse des ronds de papier : c'est assurément un artiste très habile; mais les talents des caniches ses confrères sont incomparablement supérieurs. Gomme tous les animaux de leur race, ils font le beau, marchent sur leui^ pattes de derrière; mais, ce qui est moins commun, non seulement ils jouent aux dominos et à l'écarté, mais, à la façon du. chien Minos que l'on a vu à Paris, ils savent reconnaître les portraits photographiques. J'avais déjà cherché à observer à Paris la façon dont s'exécutait ce tour curieux; il m'a été donné de pouvoir l'étudier de plus près de l'autre côté de la Manche.
« Voici en quoi consiste cette remarquable expérience. Le montreur de chiens savants étale sur un tapis une trentaine de portraits-cartes photographiques, représentant les souverains, les grands personnages, les hommes célèbres de l'Europe. Il demande à l'un des assistants de nommer tout haut
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le nom d'un de ces personnages. Je m'offris à cet effet. J'avais sous les yeux les portraits de la reine d'Angleterre, du czar, de l'empereur d'Allemagne, de Bismark, de M. Thiers et d'autres personnages. Je désignai à haute voix M. de Bismark.
« Le montreur de chiens appela un de ses caniches, qui s'approcha de son maître, le regarda fixement et avec une attention soutenue.
« — Mon ami, lui dit-il, tu as entendu le nom que vient de prononcer monsieur?
« Le chien inclina la tête.
« — Fais bien attention, continua son maître, regarde bien tous les portraits, et apporte-moi M. de Bismark.
ce Le caniche s'avança vers le tapis; il regarda une à une les trente photographies, puis il s'arrêta à celle qui représentait le grand chancelier d'Allemagne : il le prit dans sa gueule et l'apporta à son maître.
« L'expérience, renouvelée un grand nombre de fois, réussit toujoure aussi bien.
« Je demandai après la séance,.au propriétaire des chiens savants, comment il faisait cette expérience. Il m'affirma que le chien entendait le nom prononcé et qu'il savait reconnaître, d'après l'intonation, la carte qu'il devait prendre. Les photographies étaient toujours placés dans le même ordre. Le caniche ne reconnaissait pas les portraits ; mais je crois que, suivant l'intonation de la voix de son maître, il savait qu'il fallait prendre la première, la deuxième ou la cinquième photographie, etc. Pendant l'expérience, le maître ne faisait aucun geste, aucun mouvement, aucun signe; il se contentait de répéter très distinc-
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ternent le nom du personnage désigné, et le caniche soulevait parfois les oreilles comme pour mieux entendre. J'ai cru intéressant de signaler ce fait à ceux qui ont médité sur Tintelligence des animaux. Si extraordinaire qu'il puisse paraître, il est d'accord avec d'autres faits de même genre, que des observateurs dignes de foi ont constatés. Le caniche a un grand pouvoir d'observation ; rien ne lui échappe : il arrive à comprendre non seulement la parole, mais encore les gestes et les regards de son maître. »
Ce sont là des faits sur lesquels le philosophe peut méditer. Ils sont de la plus haute valeur pour notre connaissance générale de la nature. Nous pourrions facilement les multiplier; mais l'étendue de notre cadre nous oblige à la discrétion et à la variété. Nos lecteurs trouveront à la fin du volume, sous le titre de Cyrusj une histoire touchante, qui couronne dignement les précédentes, due à la plume élégante d'une observatrice de grand cœur, et que nous avons reproduit fidèlement, en lui laissant toute la saveur de sa fraîche simplicité.
Toutes les sciences anthropologiques s'unissent unanimement pour affirmer que le genre humain descend d'une série de divers ancêtres mammifères. Quel a été son précurseur immédiat? Aucune des races humaines inférieures actuelles ni aucune des races de singes actuelles n'a pu l'être. Mais à coup sûr les orangs, les chimpanzés, les gorilles sont nos plus proches parents. Les premiers hommes, sauvages bruts, grossiers, sans langage, sans famille^ sans traditions, les hommes du commencement de l'âge de pierre, étaient encore des singes, des anthropoïdes; mais leur race n'a pas survécu. Des races beaucoup plus récentes, historiques, les Charmas, les Caraïbes, les anciens Californiens, ont disparu. Le dernier des Tasmaniens vient de mourir. Les Australiens, les Esquimaux, les Polynésiens vont bientôt disparaître à leur tour. La terre tourne, et le progrès transforme le monde.
Les singes offrent, comme chacun sait, une grande variété de formes et se répartissent en un certain nombre de groupes, que Buffon le premier a su ranger en deux catégories correspondant exactement
à la distribution géographique de ces animaux. Plus tard, Geoffroy Saint-Hilaire désigna la première de ces familles, celle qui renferme les singes de l'ancien continent, sous le nom de Catarrhiniy c'est-à-dire de • linges qui ont les narines rapprochées et séparées par une cloison très mince, tandis qu'il a nommé Platyrrhini les singes du nouveau continent, qui au contraire ont une cloison nasale très épaisse. A ces caractères s'en joignent d'autres également faciles à constater : ainsi les singes de l'ancien continent ont seulement deux prémolaires à chaque mâchoire et n'ont jamais la queue préhensible, tandis que les singes du nouveau continent ont une prémolaire de plus à la mâchoire supérieure et possèdent une queue longue et préhensible qui leur sert pour ainsi dire de cinquième main. Enfin les Catarrhiniens ont souvent les joues dilatées en manière de poches, dans lesquelles ils peuvent renfermer des aliments et qu'on appelle des abajoues. Parmi les singes de l'ancien monde, deux types ressortent immédiatement. Les uns en effet ressemblent vaguement à l'espèce humaine, dont ils sont pour ainsi dire la caricature; les autres au contraire rappellent nos chiens par leur allure quadrupède et par l'allongement de leur région faciale; les premiers ont reçu le nom de singes anthropomorphes^ c'est-à-dire de singes à forme humaine, et les autres celui de Cynopithéciens, c'est-à-dire de singes à figure de chien.
Les anthropomorphes ont les membres antérieurs beaucoup plus longs que les membres postérieurs, le sternum large, et n'offrent pas trace de queue. Ils ressemblent à l'homme, surtout dans le jeune âge; mais en vieillissant ils se dégradent pour ainsi dire.
leur face se développant beaucoup plus que leur crâne, et les parties de la tête qui donneiît attache aux muscles de la face s'élevant de manière à former de véritables crêtes. Cette tribu, qui renferme iQp singes les plus grands que l'on connaisse^ le Go\;* rille, le Chimpanzé, TOrang et les Gibbons, a, dans .^ ces derniers temps, particulièrement attiré l'atten-. *. tion des naturalistes, qui ont cherché et trouvé dans l'étude des anthropomorphes des arguments pour .'' soutenir ou pour combattre là théorie darwinienne.
Jusqu'à présent, les recherches des naturalistes . n'ont porté que sur un nombre assez restreint de . spécimens et n'ont pu, conséquemment, donner , , des résultats entièrement satisfaisants. Les anthropomorphes en effet, vivant retirés dans des forêts d'un accès difficile, ou protégés par les superstitions des indigènes, sont encore fort rares dans les collections, plus rares' encore dans les ménageries, où l'on ne parvient à les conserver, au prix des plus grands efforts, que pendant un temps extrêmement court, durant quelques années au plus, et souvent pendant quelques mois seulement. Jamais, pour ainsi dire, on n'a eu l'occasion de les observer à l'état dç nature, dans toutes les phases de leur existence, et les renseignements que nous fournissent les voyageurs sur le développement, les mœurs et le genre de vie de ces cousins (germains?) de l'espèce humaine sont des plus contradictoires.
Le Gorille, le plus grand de tous les anthropomorphes, n'est connu que depuis une trentaine d'années : il a été découvert par un missionnaire américain, Savage, qui vers 1847 explorait les bords du fleuve du Gabon. Se trouvant chez un de ses col-
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lègues, nommé Wilson, ce voyageur eut l'occasiort d'examiner des crânes d'une grande espèce de singe qu'il fut tenté d'abord de considérer comme une sorte d'Orang. Mais bientôt, grâce aux renseignements fournis par les nègres de la tribu de Mpongwe, il put se convaincre qu'il y avait dans .cette région, couverte de forêts, deux grands singes anthropomorphes, que les naturels distinguaient sous le nom de Engé-cka et de Engé-ena^ et dont l'un, vivant dans le voisinage de la côte, n'était autre que le chimpanzé, connu depuis longtemps, tandis que l'autre, retiré dans l'intérieur du pays, n'avait jusqu'alors été signalé par aucun naturaliste, si ce n'est peut-être par Bowdich. Un naturaliste américain, le docteur Wyman, s'empressa de faire connaître sous le nom de Troglodytes gorilla le grand quadrumane découvert par Savage, et quelques mois plus tard, en Angleterre, Owen décrivit la même espèce sous le nom de Troglodytes Savagei. En vertu de la loi de priorité, le nom spécifique qui a été proposé par le docteur Wyman, et dont nous expliquerons plus loin l'étymologie, a été seul conservé.
A l'état adulte, le Gorille atteint des dimensions considérables, et le magnifique spécimen qui figure dans les galeries de notre Muséum d'histoire naturelle et qui a été rapporté du Gabon par le docteur Franquet, chirurgien de la marine, ne mesure pas moins de 1 m. 67 de haut. Son corps, extrêmement massif, n'a pas de « taille » pour ainsi dire, les dernières côtes arrivant presque en contact avec le bassin ; il est entièrement couvert , sauf sur les mains, de poils qui dans la région dorsale sont for-
tement usés, Tanimal ayant l'habitude de s'appuyer contre un tronc d'arbre pour dormir. Ces poils sont en général d'un noir assez foncé, mais présentent parfois une coloration grise ou brunâtre, ce qui a fait admettre à certains auteurs l'existence de plusieurs espèces ou tout au moins de plusieurs races de Gorilles.
Du Ghaillu, voyageur français d'origine, qui s'est fait naturaliser Américain et qui a séjourné longtemps au Gabon, a consacré, dans le récit de ses voyages, de nombreuses pages au géant des quadrumanes. « Le gorille, dit-il, habite les parties les plus sombres et les plus solitaires de l'Afrique occidentale, entre la rivière Danger et le Gabon, du 1" au 15e degré de latitude ; il se tient dans les vallées couvertes d'épaisses forêts, soit sur les hauteurs escarpées; en général, cependant, il préfère le voisinage de l'eau. Il ne vit pas, comme on l'a prétendu, en troupes plus ou moins nombreuses, placées sous la conduite d'un chef; il ne construit pas de cabanes; il ne marche pas en s' aidant d'un bâton ; il ne s'embusque pas sur les arbres pour guetter les voyageurs et les emporter dans sa retraite; enfin il n'essaye jamais d'enlever des femmes dans les villages, comme l'ont affirmé ceux qui ont eu confiance dans les récits des indigènes. C'est un animal essentiellement frugivore, qui se nourrit de jeunes pousses, ainsi que de graines, de fruits et de noix qu'il brise facilement entre ses puissantes mâchoires. Gomme il est naturellement gros mangeur, et que les aliments qu'il préfère sont peu volumineux, il est souvent obligé de changer de résidence pour assouvir sa faim. Le gorille vit presque constamment à terre.
car le poids de son corps ne lai permet pas de grimper avec agilité sur les arbres ; les femelles cependant montent parfois sur les premières branches avec leui's petits, qu'elles essayent ainsi de mettre à Tabri des dangers qui les menaceraient sur le sol. On ne trouve ordinairement réunis qu'un mâle et une femelle et leur famille ; cependant il arrive fréquemment que les vieux mâles se retirent dans quelque recoin de la forêt, où ils deviennent d'une épouvantable férocité, tandis que les jeunes, beaucoup plus sociables, se réunissent par bandes de cinq ou six individus.
« Quand un gorille se trouve serré de trop près, il ne craint pas de faire face à l'ennemi et s'avance même contre lui en faisant les grimaces les plus terribles, en lançant des regards fulgurants, en redressant comme un cimier les poils qui garnissent le sommet de sa tête, en frappant h coups redoublés sa poitrine, dont les parois résonnent comme un tambour, et en poussant des rugissements comparables aux roulements lointains du tonnerre. S'il n'est pas blessé à mort, il se rue sur le chasseur, et, avec l'adresse d'un boxeur émérite, il lui porte au ventre un coup de pied presque toujours mortel. »
Lorsqu'on parvient à se rendre maître d'un de ces animaux, on ne peut, même par de bons traitements, triompher de sa férocité native; le gorille mord et déchire tous ceux qui l'approchent et périt de rage s'il ne parvient à s'échapper. Du Ghaillu avait espéré que des jeunes seraient plus faciles à apprivoiser que des adultes, et il avait recommandé à plusieurs reprises aux gens de sa suite de lui pro-
curer un de ces singes en bas âge. Un jour enfin, les indigènes parvinrent à prendre vivant un gorille âgé de deux ou trois ans dont ils avaient tué la mère. En voyant tomber celle-ci sous les coups des chasseurs, le jeune gorille s'était jeté sur son corps et l'avait embrassé avec une telle ardeur, qu'on n'avait pu l'en arracher qu'en lui passant une fourche autour du cou. Ce singe ne mesurait que 0™,81 de haut, et il était couvert de poils d'un gris de fer, tirant au noir sur les bras. Il ne voulut d'abord toucher à aucun des aliments qui lui furent présentés, et dès le quatrième jour il parvint à briser un des barreaux de sa cage et à se réfugier sous le lit du voyageur, d'où l'on ne put le faire sortir qu'en lui jetant un filet. Bientôt après, il s'évada de nouveau et gagna la forêt voisine; cette fois encore, on le reprit, non sans beaucoup de peine, et on le ramena enchaîné au village voisin, mais au bout de quelques jours il mourut subitement, sans doute de rage de se sentir captif. Du Ghaillu ne fut pas plus heureux avec un autra gorille en bas âge, auquel il ne put fournir l'alimentation qui lui eût été nécessaire. Un individu de la même espèce qui fut adressé en 1859 à la Société zoologique de Londres mourut également avant d'avoir atteint les côtes d'Angleterre. Le spécimen qui a été acheté sur la côte de Loango par le docteur Falkenstein et qui a été cédé, au mois de juin 1876, pour la somme de 50,000 francs, à l'Aquarium de Berlin, est le premier gorille qui soit parvenu vivant en Europe ; au moment de son arrivée, il pesait de 14 à 18- kilogr. et mesurait près de 65 centimètres dans la posture verticale.
Quelques auteurs, et entre autres Bureau de Lamalle, s'appuyant sur un passage du Périple d'Hannon^ ont soutenu que les anciens avaient déjà eu connaissance du gorille. On sait en effet que le suffète Hannon fut chargé par les Carthaginois de fonder des colonies sur la côte occidentale de l'Afrique, qu'il partit avec soixante vaisseaux et trente mille hommes, et qu'après s'être avancé jusqu'à un point qu'il est difficile de préciser, il fut obligé de regagner sa patrie sans avoir pleinement réussi dans son entreprise. Dans la relation de son voyage qui nous a été conservée, et qui a vivement excité la sagacité des savants, Hannon rapporte qu'après avoir passé en vue d'un pays qui semblait tout en feu, et dont les torrents roulaient des flammes (des laves?), il parvint dans un golfe nommé la Corne du Sud.
« Dans le fond de ce golfe, dit-il, était une île qui avait un lac, et dans ce lac était une autre île remplie d'hommes sauvages. En beaucoup plus grand nombre étaient les femmes velues, que nos interprètes appelaient gorilles; nous les poursuivîmes, mais nous ne pûmes prendre les hommes; tous nous échappèrent par leur grande agilité, étant cremnohates (c'est-à-dire grimpant sur les rochers les plus escarpés et les troncs d'arbres les plus droits) et se défendant en nous lançant des pierres. Nous ne prîmes que trois femmes, qui, mordant et déchirant ceux qui les emmenaient, ne voulurent pas les suivre. On fut forcé de les tuer. Nous les écorchâmes et nous portâmes leurs peaux à Garthage, car nous ne naviguâmes pas plus avant, les vivres nous ayant manqué. » Hannon déposa son rapport officiel dans le temple de Saturne et (suivant le témoignage de
Pline) les dépouilles des gorilles dans le temple de Junon Astarté, où elles restèrent jusqu'à la prise de Garthage, c'est-à-dire pendant trois cent iquarantecinq ans, de 510 à 146 avarft Jésus-Christ. Il est évident, tout d'abord, que les gorilles mentionnés par Hannon ne pouvaient être des femmes; en effet, les Carthaginois étaient un peuple beaucoup trop avancé en civilisation pour écorcher des êtres humains, après les avoir mis à mort, et pour conserver leurs peaux en guise de trophées. Le général nous apprend d'ailleurs que ces hommes sauvages avaient le corps entièrement couvert de poils, et ce détail seul nous montre qu'il s'agit d'une grande espèce de singe. Mais de quelle espèce? C'est ce qu'il est assez difficile de dire.
Le chimpanzé, qui habite à peu près les mêmes régions que le gorille, est connu depuis une époque assez reculée ; mais on ignore absolument l'étymologie du nom qu'il porte actuellement et qui paraît être une corruption du mot quinyréze, par lequel le naturaliste Brosse l'a désigné jadis. Dans le voyage de Pigafetta, publié vers 1598, nous lisons que « dans le pays de Songan (Fung?), sur les rives du Zaïre, il y a une multitude de singes qui procurent aux seigneurs les plus grandes distractions, en imitant les gestes de l'homme, d Et nous trouvons une figure, exécutée par les frères de Bry, qui représente un singe sans queue, aux bras fort allongés, et d'une taille égale à celle du chimpanzé. Vers 1699, l'anatomiste Tyon publia une bonne description d'un jeune chimpanzé qui provenait d'Angola, et dont le squelette a été trouvé récemment en Angleterre par le docteur Gray. Au siècle suivant, BuflFon étudia les
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moeurs d'un individu de la même espèce, qu'il conserva quelque temps en captivité; mais, dans sa des- ^jjticai 4^'}pcko, il fit malheureusement entrer certains traits emprunté? à l'histoire de l'orang-outang. Enfin, dans ces dernières années, grâce aux récits des voyageurs et aux nombreux spécimens qui sont parvenus en Europe, le chimpanzé a pu être décrit d'une manière complète et introduit définitivement dans les classifications zoologiques sous le nom de Troglodytes niger, à côté du Troglodytes gorilla.
Le chimpanzé est notablement plus petit que le gorille, car, même lorsqu'il est parvenu au terme de sa croissance, il ne dépasse pas 1 m. 55; il offre aussi un aspect moins bestial. Les crêtes qui hérissent la surface de son crâne sont moins prononcées, ses canines moins développées, son nez plus petit, ses bras plus courts et terminés par des mains plus effilées. Celles-ci, qui sont particulièrement employées a saisir les branches, acquièrent à la longue une forme spéciale et sont plus ou moins contractées; aussi l'animal, lorsqu'il progresse sur le sol, s'appuie-t-il constamment sur la face supérieure des doigts, et non sur la paume de la main, comme d'autres quadrupèdes. A l'exception de la face, qui est nue, mais encadrée par des sortes de favoris, et de la partie interne des pieds et des mains, qui est complètement glabre, tout le corps est revêtu de poils longs, raides et grossiers, qui sont d'abord de couleur noire, mais qui passent ensuite au brun et au gris.
La haute et la basse Guinée sont la véritable patrie des chimpanzés. C'est là qu'ils vivent dans
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les grandes forêts voisines de* la nit^r et des fK'iiriïs, soit isolément ou par couples, comme Fa écrit Du Ghaillu, soit, comme le prétende! it d'autres voyageurs, en troupes plus oufhoins minilnvuse??, corC* duites par un vieux mâle chargé de veiller au salut commun. Quand ils sont poursuivis, tous ces ani- , maux se sauvent sur les arbres voisins, en poussant des sortes d'aboiements, et, malgi^é la vigueur dont la nature les a doués, ne tiennent tête au chasseur que lorsqu'ils sont blessés et se sentent acculés. Dans ce cas, ils se défendent principalement avec leurs mains et avec leurs dents, et n'ont pas l'idée de se munir d'un bâton pour parer les coups de leur adversaire.
A diverses reprises, on a amené en Europe de jeunes individus de cette espèce, qui malheureusement n'ont pu supporter longtemps les rigueurs de notre chmat. Pendant les quelques mois qu'ils ont vécu en captivité, soit chez des particuliers, soit dans les ménageries de nos jardins publics, à Anvers, à Londres, à Berlin et à Paris, ces animaux ont fait preuve d'une grande docilité et d'une intelligence relativement fort développée. Le capitaine Grandprêt raconte par exemple qu'une femelle qui se trouvait à bord d'un navire en route pour l'Amérique savait fort bien faire chauffer le four et avertissait le boulanger lorsque la température était convenable pour opérer la cuisson; qu'elle hissait le câble de l'ancre et carguait les voiles, comme un vrai matelot. Brosse rapporte aussi que de jeunes chimpanzés qu'il avait ramenés en Europe mangeaient de tout, se servaient de couteaux, de cuillers et de fourchettes, et buvaient dans des verres du vin
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et de Teau-de-vie, pour lesquels ils manifestaient un goût prononcé. L'un d'eux, étant tombé malade, se laissa docilemeftit soigner par le médecin, et depuis lors lui tendit le bras toutes les fois qu'il se sentit indisposé. Notre grand naturaliste Buffon a élevé également un chimpanzé qui avait pris l'habitude de se tenir presque constamment debout et dont la démarche était pleine de gravité. Il obéissait au moindre signe de son maître, ofifrait le bras aux dames, s'asseyait à table en déployant sa serviette, s'essuyait la bouche chaque fois qu'il avait bu, débouchait les bouteilles et offrait du vin à ses voisins, versait le café et y mettait du sucre, enfin se conduisait en toutes choses comme un être bien élevé. Il était très sensible aux caresses et se montrait reconnaissant des friandises que chacun se plaisait à lui apporter. Malheureusement, au bout d'un an, ce serviteur si intelligent fut enlevé par la phthisie. La jeune femelle qui, en 4876, a vécu au Jardin des Plantes, et à laquelle on avait donné le nom de Bettina, ne le cédait point à ses devanciers sous le rapport de la gentillesse. Elle s'était singulièrement attachée à son gardien, écrit M. Oustalet, et, à la moindre alerte, venait se réfugier dans ses bras. Plus docile que beaucoup d'enfants, elle se laissait laver, peigner et brosser plusieurs fois par jour, et revêtait sans résistance l'habit qu'on lui avait confectionné pour la préserver contre le froid. Elle avait appris à boire dans une tasse; mais, chose digne de remarque, elle saisissait l'anse du vase avec quatre doigts seulement, le pouce ne venant pas s'opposer aux autres doigts; enfin, quand elle marchait, elle s'appuyait presque toujours sur les
membres antérieurs; jamais pour ainsi dire, elle ne prenait une position oblique, et la position verticale lui était rigoureusement interdite.
La troisième espèce de singes anthropomorphes, l'orang-outang, est certainement la plus célèbre. Elle paraît avoir été déjà connue des auteurs anciens, car Pline nous apprend qu'on trouve sur les montagnes de l'Inde « des satyres, animaux très méchants, à face humaine, marchant tantôt debout, tantôt à quatre pattes, et que la grande rapidité de leur course empêche d'être pris autrement que lorsqu'ils sont malades ou très vieux ». Sans remonter aussi loin, nous trouvons dans l'ouvrage de Tulpius, médecin hollandais du xvii® siècle, une figure, très bonne pour l'époque, de l'orang-outang, sous le nom de satyrus indicus, « Cet animal, dit Tulpius, est aussi grand qu'un enfant de trois ans, aussi fort qu'un enfant de six ans, et son dos est couvert de poils noirs. » Peu de temps après Tulpius, un autre médecin, Rontius, qui avait vécu dans l'île de Java, publia des observations plus complètes sur cette même espèce, dont il avait eu l'occasion d'étudier plusieura individus; malheureusement les voyageurs qui écrivirent après ces deux auteurs, voulant sans doute donner plus de piquant à leurs récits, travestirent les récits de Tulpius et de Rontius de telle façon que c'est de nos jours seulement qu'on est parvenu à démêler les caractères essentiels et les traits principaux de l'histoire de l'orang-outang. Ce grand singe asiatique, que l'on désigne aussi sous le nom de ponga, diffère notablement du gorille et du chimpanzé, et a été placé avec raison par les naturalistes dans un genre spécial, le genre Simia. Il a en
effet les membres antérieurs beaucoup plus allongés et descendant jusqu'au niveau des chevilles, la tête de forme plus conique, le front plus élevé, les orbites plus obliques, les oreilles beaucoup moins saillantes, la cage thoracique composée de douze paires de côtes au lieu de treize, ce qui dessine déjà audessus du bas^-un léger rétrécissement, une sorte de taille. Chez lui, d'ailleurs, la portion carpienne, au lieu de se composer de huit os seulement comme chez l'homme, le gorille et le chimpanzé, présente en outre un os supplémentaire, comme chez la plupart des singes, et les métacarpiens, de même que les phalanges, sont arqués et permettent à la main de se mouler en quelque sorte sur les branches et de les saisir vigoureusement ; cette disposition est encore plus marquée dans le membre postérieur, où la plante du pied est fortement bombée.
L'orang, qu'on a souvent représenté comme un singe gigantesque, n'atteint pas, au moins en hauteur, les proportions de l'espèce humaine. Un voyageur digne de toute confiance, M. Wallace, ayant en effet mesuré un de ces animaux, le plus grand de ceux qu'il eût jamais vus, a constaté qu'il avait 1 m. 27 de hauteur verticale, 2 m. 40 avec les bras étendus, et 1 m. 10 de tour de taille. La femelle, toujours plus petite que le mâle, ne mesure en général que 1 m. 10 de haut. Chez l'orang, comme chez le gorille et le chimpanzé, la face est nue, de même que la paume de la main, et présente, au moins chez les vieux mâles, un aspect encore plus hideux, grâce aux développements de protubérances sur les côtés de la tête; les yeux sont petits, le nez aplati, et la mâchoire inférieure proéminente ; les lèvres sont
tuméfiées, et la peau du cou offre en avant un grand nombre de plis, comme si elle avait été distendue; elle recouvre en effet de gi*andes poches laryn^ giennes qui, h la volonté de l'animal, peuvent se gonfler d'air et constituer un organe de résonance, mais qui, dans l'état ordinaire, sont flasques et affaissées sur elles-mêmes. Les brftff f^nt très longs, comme nous l'avons dit, et se terminent par des mains effilées, pourvues d'ongles aplatis ; ils sont recouverts, de même que le corps, de poils allongés d'un rouge brunâtre, tirant parfois au noirâtre. Ces poils sont toutefois beaucoup plus clairsemés sur le dos et sur la poitrine que sur les flancs et le tour des joues, où ils forment un collier de barbe.
Ce grand singe paraît être confiné dans les parties basses et marécageuses de l'île de Bornéo, où les indigènes le désignent sous les noms de oranghoutan {homme des hois)^ de pandakh (homme nain), de kahico, de keoji, de mias^ etc. Il a pour domaine d'immenses forêts, dont les arbres, serrés les uns contre les autres, enchevêtrent leurs rameaux à une grande hauteur au-dessus du sol.
Aussi, pour changer de canton, n'a-t-il nul besoin de descendre à terre; il chemine gravement sur le^ maîtresses branches qui forment entre les arbres voisins une série de ponts naturels. Grâce à cette vie aérienne, l'orang échappe facilement aux pouçsuites de l'homme comme aux attaques des grands carnassiers, et il trouve à sa portée les fruits, les feuilles et les bourgeons qui constituent la nourriture.
L'un des premiers que Ton ait vu en Europe était une jeune femelle qui vécut pendant un mois
environ au château de la Malmaison en 1808, et qui fournit à Frédéric Guvier le sujet d'observations intéressantes. Cet orang grimpait facilement aux arbres, dont il saisissait le tronc avec les mains et les pieds, sans employer les bras et les cuisses comme le font les acrobates : à terre, ses mouvements étaient pénible^^ car il marchait en s'appuyant sur la face dorsale des doigts et sur le côté externe des pieds et s'avançait comme un cul-de-jatte, en faisant passer ses membres postérieurs entre ses membres antérieui*s. Pour porter ses aliments à sa bouche il se servait de ses mains avec assez d'adresse et avait appris à boire dans un verre, que pourtant il ne savait remplir lui-môme. Il mangeait indistinctement des fruits, des légumes, du lait et de la viande, mais ne manquait jamais de s'assurer préalablement par l'odorat de la nature des mets qui hii étaient offerts. Généralement doux et même affectueux, il donnait cependant parfois des signes d'impatience et se roulait par terre en poussant des cris gutturaux. C'est surtout envers les enfants qu'il montrait de l'irritation, cherchant môme aies mordre ou à les frapper avec la main. Pendant la traversée de Bornéo en Europe, le jeune orang s'était tellement attaché à son premier maître, M. Decaen, qu'il était pris d'accès de désespoir quand il demeurait quelque temps sans le voir. A bord, il témoignait beaucoup d'affection à de petits chats qu'il prenait souvent dans ses bras, ou qu'il mettait sur sa tête, sans s'inquiéter des coups de griffes. La solitude lui faisait horreur : aussi lorsqu'il se trouvait enfermé dans une chambre, il savait fort bien monter sur une chaise, qu'il approchait au besoin de la porte potir
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faire jouer le pêne de la serrure et aller rejoindre son maître au salon . Quand il avait froid, il s'enveloppait de couvertures, et dérobait parfois aux matelots leurs vêtements pour les mettre dans son lit.
Un autre orang que le docteur Clark-Abel ramena en Europe à bord du navire le César montrait plus d'agilité que celui de M. Decaen : il grimpait aux mâts et courait de cordage en cordage, en semblant déSer les matelots, avec lesquels il jouait volontiers; mais il restait indifférent aux agaceries des singes de plus petite taille qui se trouvaient sur le navire, et qui, à plusieurs reprises, essayèrent délier société avec lui.
Parmi les Cynopithéciens c'est-à-dire parmi les singes à tête de chien, les Cynocéphales sont incontestablement ceux qui présentent au plus haut degré cette saillie des mâchoires, cette proéminence du museau qui est presque toujours un indice de passions brutales. Sous le rapport de la taille et de la force musculaire, ils se placent immédiatement après les Anthropomorphes, et par leur dentition ils rappellent beaucoup les carnassiers, ayant comme ces derniers des canines aiguës et tranchantes en arrière. Un corps trapu, porté sur des membres robustes, une tête lourde, massive, boursouflée et profondément sillonnée dans la région faciale, un nez saillant, des lèvres mobiles, des oreilles petites, des yeux perçants abrités sous des crêtes sourcilières extrêmement prononcées, leur donnent un aspect à la fois hideux et terrible. Leur pelage est tantôt lisse, tantôt touffu, de couleur grise, jaunâtre ou verdâtre: leur queue est tantôt assez longue, tantôt fort
réduite, et leur nuque est parfois ornée d'une riche crinière ; enfin les parties nues et les callosités offrent les teintes les plus vives : rouges, bleues ou jaunes. Ces horribles singes habitent la plus grande partie du continent africain et les contrées de l'Arabie baignées par le golfe Persique. On en compte trois espèces en Abyssinie, deux au Cap, deux dans l'Afrique occidentale, etc. A l'opposé des autres animaux de la même famille, ils ne vivent pas dans les forêts et ne grimpent pas volontiers sur les arbres, mais se tiennent d'ordinaire sur les rochers des montagnes, à une altitude moyenne de 1 000 à 2000 mètres et parfois près de la limite des neiges perpétuelles. Leur nourriture consiste principalement en oignons, en tubercules, en herbes succulentes, en insectes et en araignées ; mais ils se montrent aussi très friands d'œufs et de petits oiseaux. Le vignoble ou le jardin qu'ils visitent est ravagé en un clin d'œil. On a prétendu que lorsqu'ils sont en train de dévaster un verger, ils font la chaîne, se passent les fruits de main en main pour les remiser en lieu sûr ; que des sentinelles sont postées pour les avertir du moindre danger, et sont impitoyablement massa* crées lorsqu'elles se sont laissé surprendre. Mais il ne faut pas avoir une confiance trop absolue dans ces récits faits par les indigènes. Ce qui est certain, c'est que les Cynocéphales sont des animaux extrêmement redoutables, auxquels le lion et le léopard lui-même hésitent à s'attaquer, et dont une meute de chiens courageux et bien dressés ne vient pas toujours à bout. Mais, chose curieuse, ces mêmes singes, si hardis et si vigoureux, ont une terreur extrême des reptiles les plus petits, et ne manquent
jamais, lorsqu'ils cherchent leur nourriture, de retourner les pierres avec précaution pour voir si elles ne recouvrent pas quelque serpent.
D'après ce que nous venons de dire, on comprend que les Cynocéphales sont très difficiles à capturer; pour s'en rendre maîtres, les nègres recourent dans quelques districts de l'Afrique à un curieux stratagème. Connaissant le goût de ces singes pour les liqueurs fortes, ils mettent à leur portée des vases remplis de boissons spiritueuses, et quand toute la troupe est dans un état complet d'ébriété, ils s'en emparent facilement, matant au besoin les individus les plus récalcitrants avec quelques coups de bâton et les garrottant facilement. C'est de cette façon que sont pris les Cynocéphales que Ton voit entre les mains des bateleurs en Egypte, en Abyssinie et au cap de Bonne-Espérance. Dans l'Afrique australe, on emploie, dit-on, ces animaux pour trouver de Teau dans les plaines désertes : après leur avoir donné à manger quelque chose de fortement salé, on les attache pendant une couple d'heures; puis on leur rend la liberté, en ayant soin de ne pas les perdre de vue, et au bout de peu de temps on les voit avec satisfaction humer Tair, s'orienter, puis fouiller le sable avec frénésie, et finalement mettre au jour une source profondément cachée.
Dans les montagnes de la Nubie méridionale et de TAbyssinie, il n'est pas rare de rencontrer des troupeaux d'une centaine de ces monstres, conduits par une douzaine de vieux mâles, d'une épouvantable laideur. La rencontre n'est pas des plus agréables, surtout si l'on n'est pas bien armé. En général, les Cynocéphales s'enfuient à l'approche de l'homme, les
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jeunes formant la tête de la colonne et les vieux protégeant la retraite ; mais lorsqu'ils se voient serrés de trop près, ils n'hésitent pas à faire face à Tennemi. Ils ont la peau si dure que le plomb ne leur cause pas grand mal, et les blessures ne font qu'augmenter leur colère. Aussi la chasse des Hamadryas doit-elle être considérée comme plus dangereuse que celle du léopard, puisqu'on n'a pas affaire à un individu isolé, mais à une bande d'animaux furieux. Quand une meute de chiens est lancée sur un troupeau d'Hamadryas, la mêlée est vraiment terrible ; tandis que les vieux Cynocéphales cherchent à saisir les chiens à la gorge et à les rouler sur le sol, les chiens à leur tour s'efforcent d'écarter quelques-uns de leurs adversaires du reste du troupeau afin d'en venir plus facilement à bout. La lutte reste longtemps indécise, et se termine quelquefois à l'avantage des Hamadryas, qui s'éloignent en poussant des cris de victoire.
Quand ils ne sont pas troublés dans leurs habitudes, les Cynocéphales reviennent chaque soir aux mêmes gîtes. Lorsque le temps est à la pluie, ils restent dans leur camp, tapis dans des anfractuosités de rochers et serrés les uns contre les autres; mais quand le temps est beau, ils descendent dans la plaine. Malheur alors aux vergers et aux champs de sorgho qui se trouvent sur leur passage ! Majestueusement assis au soleil, la tête enfoncée dans les épaules, les mâles se tiennent immobiles au soleil, tandis que les femelles surveillent leurs petits, qui se disputent comme des enfants turbulents. Une fois repus, ils vont tous ensemble boire au cours d'eau voisin et regagnent ensuite leurs repaires.
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Visitant récemment les gorges de la Chiffa, noji loin de Biidah, en Algérie, M. Charles Grad raconte" son séjour « à l'hôtel des singes », près du bois habité par ces êtres : « Derrière l'hôtel, au delà du jardin, le vallon devient fort boisé et la forêt fait disparaître le'ruisseau sous la verdure. Attention I Ne remarquez-vous pas un mouvement dans les arbres? des branches qui remuent? Pas de bruit, chut ! les singes sont là, tout près. En voilà un que je tiens au bout de ma lunette. C'est un gros bon vieux chef de famille. Il parait assis gravement sur un micoconiller, occupé de sa toilette matinale, et guettant dans les poils de sa fourrure je ne sais quoi d'imperceptible pour nous, et que le sérieux Bertrand met entre ses dents, après prise, d'un air bien satisfait. Si vous avez bonne vue, vous avez déjà laperçu la société qui tient compagnie à ce personnage. Sans doute ses petits. Ils sont quatre, six, dix et plus, toute une bande. Ils grimpent aux arbres les plus élevés, courent à quatre pattes, lestes et agiles, se suspendent aux branches, les uns les autres, formant chapelet, gambadent, cabriolent, jouent et folâtrent. Par moments, les malicieux tirent le nez ou l'oreille du papa. Le papa leur répond par un coup de patte ou de main. A côté, une mère serre son petit nourrisson sur sa poitrine. Tout ce que les singes peuvent faire, vous le voyez ici. Je taquine Mohammed, le domestique arabe de l'hôtel, en soutenant que ces singes sont apprivoisés et lâchés sur les arbres du jardin pour attirer les touristes. Apprivoisés ou non, ils demeurent dans la vallée par centaines. Moi, je ne suis pas fâché de ma visite. »
Dans la Kabylie, les singes pullulent au point de
constituer une plaie pour le pays. Vous les voyez se nourrir non seulement de pommes de pin^ de glands doux et de figues de Barbarie, mais aussi de melons et de pastèques qu'ils volent dans les jardins, malgré tous les soins des propriétaires pour les écarter. Pendant qu'ils commettent leurs vols, deux ou trois d'entre les maraudeurs montent sur la cime der arbres et sur les rochers environnants pour faire sentinelle. Dès que celles-ci aperçoivent quelqu'un ou qu'elles entendent quelque bruit, elles poussent un cri d'alarme. Aussitôt toute la troupe de prendre la fuite, en emportant ce qu'elle a pu enlever. Un ancien préjugé populaire les représente comme les descendants déchus d'une race antique d'hommes qui aurait été privée de la parole et ainsi enlaidie par Dieu en punition de ses méfaits. On les redoute, mais sans les détruire.
Le type anthropomorphe était déjà représenté sur la surface du globe pendant la période tertiaire. Le Pliopithèque découvert par M. Lartet dans la colline de Sansan est en effet un véritable gibbon par la dentition, et le Dryopithèque de Saint- Gaudens, décrit par le même auteur, de même que l'Oreopithèque de Monte-Bamboli doivent être classés éga^ lement parmi les singes supérieurs.
L'ancêtre de l'homme n'est pas encore découvert; mais il ressemblait certainement aux singes anthropomorphes;