‹ Contes à ma filleChapitre 22 sur 43 · V. Ceci est mon testament · texte numérisé non relu

V. Ceci est mon testament

Son indiscrétion fut excitée par ce titre solennel; et, s'imaginant qu'elle allait découvrir les pensées les plus secrètes de son père , elle continua de lire ce qui suit :

(t Étant du devoir de tout honnête homme d'avouer la vérité avant de paraître devant Dieu , je déclare et j'atteste , au nom de l'honneur et des larmes que j'ai tant de fois versées ^ que Zélia n'est point ma fille ni celle de mon épouse » A la vue de ces caractères sacrés , Zélia , interdite , tremblante et se soutenant à peine , achève de lire le fatal écrit. Elle y apprend qu'en effet M. Dartus, que la nature sem'blait avoir condamné à n'être jamais père , avait été privé du septième enfant qu'il avait eu de sa seconde épouse ; que , ne voulant pas instruire de la mort de cet enfant sa tendre mère , dont la vie était en ce moment même dans le plus grand danger , il avait , à force d'or, obtenu de la nourrice l'aveu de substituer à sa fille , que le sort lui ravissait , une

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poiiyre petite orphelioe , dont la mère indigente venait de mourir en lui donnant le jour. Elle apprend , par cet écrit , que M. Dartus lui ayait donné, en l'adoptant, le nom de Zélia, et qu'elle (ut présentée quelque temps après à madame 0artus comme sa propre fille.-. Enfin elle apprend dans ce testament que M» Dartus lui as$ur^ la moitié de sa fortune; mais que , voulant respecter les droits sacrés du sang , il léguait l'autre moitié aux parens les plus pau- , Yres de sa famille.

La révélation de ce terrible mystère et la généreuse bonté de M. Dartus firent sur la jeune personne une si forte impression , qu'elle put à peine sortir de l'appartement et rega-* gner sa chambre. Là , se livrant à tout son dés* espoir , elle tomba dans une espèce Se délire , au milieu duquel elle prononçait , avec l'accent

le plus déchirant : « Je ne suis pas sa fille !

moi qui étais si heureuse et si fière de l'être ! . . . . je ne serais qu'une pauvre orpheline !«.... et je n'ai plus de parens ! »

En proférant ces mots, qu'interrompaient mille sanglots et lei larmes les plus amères,

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Zélia tomba sans mouvement sur un canapé ,• où elle resta plus d'une heure , comme si elle eût été privée de la vie ; mais enfin , reprenant ses esprits et ranimant ses forces , elle forma le projet de taire cette cruelle découverte et de renfermer dans son cœur le tourment <iui la dévorait.

Depuis quelque temps M. et madame Dartus remarquaient sur la figure de Zélia une tristesse dont ils ne pouvaient deviner la cause. Chaque fois que la malheureuse regardait l'un ou l'autre, ses yeux se mouillaient de larmes. Elle ne pouvait prononcer le nom de père ou de mère sans que sa voix fut altérée. Ce qui surtout augmentait sa douleur , c'étaient les égards , les prévenances qu'on avait pour elle , coomie fille unique de la maison. Cependant, au milieu de toutes les cruelles sensations qu'elle éprouvait , elle fut tourmentée du désir de savoir le véritable nom de ceux à qui elle devait le jour, u Ma mère , se disait-elle , est morte en me donnant la vie ; mais peut-être mon père existe-t-il encore., peut-être est-il dans la misère? tandis. que moi, entourée de tout ce que

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peut inventer l'opulence.. 11 faut absolument sortir de cette affreuse incertitude. »

' Un jour donc qu'elle se trouvait seule avec sa vieille nourrice, elle entama ainsi l'entretien : (( Sais-tu , ma bonne Stemick , que je ne re3semble aucunement à mon père ni à ma mère? — Fous bastruver, mon pédite? -r- En. vérité, si je n'avais pas été élevée par toi , je croirais qu'on m'a changée en nourrice. — Moi bas gabable, répondit la vieille tout interdite..— Si c'eût été, reprit la jeune personne^ pour obliger un homme respectable , pour sauver la vie à son épouse expirante, enfin pour faire le bonheur d'une pauvre orpheline de la Suisse et de ton voisinage , loin de commettre un crime , bonne Sternick, tu n'aurais fait qu'une action trèS'-louable ! ^ Men got! s'écria involontairement la bonne nourrice, fous avre abris tut lé histoire ! — Oui , reprit Zélia , fondant en larmes et se jetant dans son sein : ne crains pas que j'en rougisse ; mais , si je te suis chère , apprends-moi , je t'en supplie , à qui je dois le jour, et crois que ma tendresse pour toi pourra seule égaler ma reconn.'^^ssance. »

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La boQiie Sternick, comraincae qae ZéKâ était instruite du secret qu'on lui avait tant CAché , lui avoua que c'était elle qui l'avait indiquée à M. Dartus an moment où il perdit son .dernier enfant. Elle lui apprit que son père n'existait déjà plus lorsque sa mère la mit au monde , que sans cela elle n'eût jamais porté un autre nom que celui de Fritz , qu'avait son père, brave soldat, couvert de blessures; mais que , se trouvant , à la mort de ce père , sans appui , exposée à être conduite à Zurich , dans la maison des Orphelins, on n'avait pas balancé , dans le canton y à confier sa destinée à celui qui depuis son enfanee s'était en effet montré son véritable père. Cette bonne femme termina cette révélation importante en priant Zélia de garder à son tour le plus grand secret , de crainte d'indisposer contre elle le bon M. Dartos, et surtout de porter un coup mortel à sa digne épouse^ en lui apprenant que sa fille véritable était morte peu de jours après sa naissance.

Zéfia , qui portait h madame Dartus l'amour tendire et soumis de sa fiiie vérîtalièe, se garda

tx TimAxmn^ tes

bîfa, malgré tonte sa Mvffrmee^ de lui Uàfë soupçonner là nMÛidre chose àe cet impôt tant mystère ;'idak combmi elle eût il «o«ffrîr dé son 9àeticeL*»0é Chaïqne foi^ (ftie mddaflié Dav-^ tus la pressait daod ^0 bra»^ e» la tiommaRt sa fille, sa cMre allé, ea la désignait examine TespQ«t et Id «ansolatioa de ^ vieillieése^ la jetme iftfoirtiiiié«treis»ailiait ma%ré elle, sf'effôreaft de reumr «n torrent de krme» préffed à eonler. M. ftiftiM, à Yœîà ob^rrateuf de ({ut rien n'éebiqppsdt^ reMafquaffr la seuffrance aecrdte de Zéfia , sttf^aft toua ^es mouveaieiiis , et me tarda pas à être convaincu que la jeune orpheNae comiamait le secret de aa naissance. La vieilie oeurvicé ,. qu'il interrogea secrètemem à ce sujet, lui «voua de qui; s'était passé ewtlre efle et ZéBa , et hnxpprh toui le chagrin qui déroraîi cette jeune îvfortimée.

Cet bottiine généreux et sensiUe sfempressa ^aToir ai^ee Zélia un* entretien particulier, dans le^el il apprit par quel stfogufier hasard elle avait ceisfiix son origine. Il la consola , lui prouva 4e noufi^efaii tonte sa tendresse, et lui reeomaïaMta , crainte de plîas grandis ma(>

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