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heliH , de ne jamais divulguer ce secret impoitant. u Je vous le promets , lui dît Zélia , baisant ses mains avec respect et les arrosant de ses pleurs; mais sans ma coupable indiscrétion , je vous croirais encore mon père. »
Cette promesse de la jeune orpheline, quoique gravée dans son cœur, fut souvent comba^ tue par des secousses sans cesse renaissantes oill là jetait sa pénible situation. Un événement inattendu , auquel Zélia ne fut pas assez forte pour résister , déchira le voile dont elle s'efforçait de«e couvHÎr, et causa l'événement le plus funeste.
M. Dartus avait une terre considérable à quelques milles de Chàlons sur les bords de la grande route de Strasbourg. Les armées françaises venaient d'obtenir en Allemagne des victoires éclatantes ; un grand nombre de prisonniers autrichiens se rendaient en cette ville par détachemens. Deux cent soixante dé ces prisonniers , en passant devant la grille du château de M. Dartus , s'arrêtèrent pour faire halte et se reposer. La plupart d'entre eux voulurent se désaltérer à une fontaine qui
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coulait tout près de là. 11 faisait à cette époque une chaleur excessive ; la fatigue de ces pauvres voyageurs, la poussière dont ils étaient couverts , la sueur qui coulait sur leurs visages abattus, tout fit sur madame Dartus et Zélia, qui se trouvaient en ce moment à la porte de la grille , l'impression la plus vive. tt Ces malheureux me font grande pitié , dit cette dame bienfaisante : arrêtez , braves gens, s'écria-t-elle , l'eau de cette fontaine est trop froide ; elle glacerait vos sens agités par
la marche pénible que vous venez de faire
Va , ma fille , dit-elle à Zélia , va dire aux gens qu'ils apportent quelques douzaines de bouteilles de vin pour réconforter ces bons Allemands. » Zélia obéit avec la rapidité de l'éclair. Bientôt les domestiques et M. Dartus lui-même vinrent offrir aux prisonniers voyageurs les rafraichissemens dont ils avaient si grand besoin. Zélia , muni à son tour d'une bouteille et d'un verre, offrit une rasade à l'un d'eux, remarquable par ses cheveux blancs et les nombreuses cicatrices dont il était couvert, u Monsieur le miUtaire, lui
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dît-elle en yersAiit une seconde rasade, etl^îi Hongrois ou Atttpîchfen ? — Mot , Svnsse , ré^ pondit le vieux pmcMunet ; èlre à la zerrice de remberetrrf Allemagne, depuis pU de trente ans ^ mais être né: natif di canton dî Zurich et appeler moi Cixillaume Fritz. — Fritz \ s'écria inTo}ontaire!Bike!n>t Zélia : c'est le nom de non père ! — Qae dJskftu , wâ fille ? s'éeria à sentoar madame Dartos.» — Oiiî , c^est le nof& de mea père /reprit Zélkt d'une voix phtë forte et sans entendre madamte Dâfrtasr; il était , ainsi qae vous , soldat àa eantoo de Zorieb , et se nonn Bi»t GecH*ges( Frîtz. ^-^ C'étre mon nefea, reprît le vietEz Suisse, le fils dr ma penaCre fxbn Geoifgea..#. : si fovls élre son filfe , être bettte nièce à fotre serfitur...... » En adiievant cev
■Mts, il prelee dan» ses bras Zélîa^ émue et tremblante.' Hadame Dartns ,. dont l'étenrax^ment acrgmentaît à clnqne mot , et surtout es voyant le» s^nc» que son mari faisait h . ZéHa , demande ^ exige Texplication de ce cruel mystère : elle fait venir la nowrrice ^ la presse de questions.; et,, apfMrenant enfisr ce qu'on avait pris tant de smd de lin cadier dcH
pitUf lodg-'tmnpfr, dte potiMé on en, dtefairait et tombe évanouie dans Um bniê de son mari^ Celui-ci , regardant Zélia qai dana ce moment s'aperçoit du coup terrible maie inrolontaire qu'elle a porté dans Tame de sa bienfaitrice, lui dit arec la plus touchante expression t « Qu'os^to fait ^ chère et intéressante orpheline! Ofal que ton indiscrétion noos causera de maux ! » A peine avait-il proféré ces paroles, que ZélIa s'élance vers madame Dartus^ la couvre de tout son eorps ; la ramine en l'ap*pelant à grands cris sa mère , sa tendre mère, et parvient enfin à lui faire reprendre ses sens; mais la commotion que reçut cette femme sensible fut si forte ^ qu'il fallut l'em-' porter au château. Les yeux sans cesse atta-« ebés sur Zélia , elle répétait avec l'aeeeflt du désespoir : « Quoi ! tu i/es pas ma fille ! quoi f
je n'ai plus d'enfant « >* M. Dartns chercha
▼aioement à calmer sa douleur ^ et ne la quitta pas de toute la nuit. Zélia, qui avait oh* tenu de l'officier qui conduisait les prisonniers^, que son vieil oncle restât au château , joignit 9t9 soins à ceux de M. Dartus , et donna h sa
170 COlfTBS A HA FULI.
digne épouée toutes les preuves de son amour et de sa reconnaissance. Le vieux Guillaume , tout heureux et fier qu'il était d'avoir trouvé ime ' sefmblable niète , partagea la douleur qu'avait répandue dans le château l'état désespéré de madame Dartus. Le coup qu'elle avait reçu était au-dessus de ses forces. En vain les secours de l'art , les vœux de M. Dartus, de Zélia et de tous les heureux qu'elle avait faits dans les environs , la rappelaient-ils à la vie , la nature fut sourde à leurs cris ; cette dame adorée expira dans les bras de son époux et de sa fille adoptive , qui ne cessait de répéter avec l'accent le plus déchirant : u C'est moi qui l'ai tuée.... Sans mon impardonnable indiscrétion elle vivrait encore ; je la presserais dans mes bras..... ; je l'appellerais ma mère... Ah! je le sens à ma douleur, rien ne
peut me rendre excusable n Le désespoir de
Zélia fut tel, qu'on craignit pendant quelques jours que sa raison ne s'aliénât. M. Dartus fut lui-même contraint de se distraire de sa douleur profonde pour consoler cette infortunée. Il exigea d'elle que jamais elle ne se séparerait
LE TBSTAHEIIT. 171
de lui ; il obtint par ses protections l'échange du vieux prisonnier Guillaume, qui trouva dans sa petite-nièce tous les soins et tous les égards de la plus tendre fille. L'éducation qu'avait reçue Zélia et les charmes de sa figure la firent souvent rechercher ; mais elle ne souffrit jamais qu'on lui donnât d'autre nom que celui de Zélia-Fritz : elle ne voulut avoir auprès de M. Dartus que . le titre d'une orpheline dont il avait secouru l'indigence, soigné l'éducation ; et lorsque cet homme célèbre , la nommant toujours sa fille, l'accablait de caresses et de nouveaux bienfaits > Zélia ne les recevait plus qu'avec respect 5 ses yeux char mans se baignaient de larmes , et à travers les sanglots qui étouffaient sa voix elle lui disait : (t Sans ma cruelle faute , madame vivrait encore , et je me croirais votre fille ! Ah ! je l'éprouve , mais trop tard , une seule indiscrétion suffît pour nous priver du bonheur de toute notre vie. »
LES DEUY GAGES.
La richesse et l'élégance sont souvent moins propices aji bonheur que l'obscure simplicité ; et, comme le dit très-bien l'aimable Gollind'Harleville dans sa comédie intitulée h Viensf Célibataire j
.... Souyent dans la loge on rit plus qu'au premier.
Charlotte, fille de madanie Darlemont, se plaisait à élever et à soigner des oiseaux de toute espèce; elle y donnait toiit son temps , y n^ett^t tout son plaisir* Aimant le luxe et trèsrecherchée dans tout ce qu'elle faisait, elle avait fait construire une cage magnifique , dont les bois étaient dorés, les butons en acajou, et les vases de porcelaine : chacun admirait ce petit chef-d'œuvre. Charlotte , fière et satisfaite de toutes les félicitations qu'eue recevait, et,
UEB DIVX CAftBS. 173
voulant que celte bdie cage ne fut occupée que par dès oiseaux digues d'un aussi beau séjour, n'y admettait que les plus rares , tels que les serins des Canaries , ks bouvreuils dn Canada, les fauvettes de Cayenne, ks linottes du Brésil, enfin tout ce qui pouvait étonner et coûter le plus. La cnanie du maître derîefit souvent celle des gens attachés k son serviee* Leur ordonne-t-il une chose nouvelle, ils s'em*pressent de la co^uer pour eux ; leur demandet-ii quelque chose, ils ne la donnent januiis qu'après en avoir pri« le aoMKlèk ; en un mot , rinféiieur est presque toujours k singe de son supérieur.
Anne, l'une des filles du ptdrtw de Thôlel, ^i souvent avait été témoin de la manie de s« jetitte dialtresse, avait iaaensibkmcnt pris les mêmes goàts, mai«, ne pmivant donner dans k faste, elle se oanteiitait d'une fiiNrte ^OQe d'osier, dont les JbàlOns de «ureau et ks petits pots de terre bmte faisMcot tout l'orna ment. £lle y réunîaitait ks oiseanx ks plus cooamuns , tels que pierrots, chardonnerets, linottes et awlres de cette espèce.
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a? 4 CONTES A MA FIIXE.
Nos deux jeunes naturalistes trouvaient , chacune dans son genre , des plaisirs qui d'abord les captivèrent long -temps, et prirent tous leurs instans de loisir; mais bientôt le manque de soins apporta une grande différence dans le sort et la prospérité des deux volières. Charlotte, entraînée continuellement dans le tourbillon du grand monde, y passant quelquefois une partie de la nuit, et par conséquent ne pouvant se lever que très-tard , négligea la famille infortunée que renfermait sa -cage riche et brillante. Peu à peu les oiseaux les pfus rares périrent , presque tous tombèrent d'inanition sur les beaux vases de porcelaine , qui la plupart du temps ne contenaient que de l'eau corrompue et des graines avariées. Jamais aucune espèce n'avait pu s'accoupler; jamais Charlotte n'avait eu la jouissance de voir dans cette belle cage se former un nid, couver des œufs, éclore des petits : on eût dit que l'élégance et la richesse de cette su^ perbe prison en avaient chassé le bonheur et la fécondité.
Anne , au contraire , qui dès Taube du jour
LES DEUX CAGib* 175
prodiguait aux faabitans de la simple cage d*o* sier les soins les plus tendres et les plus multipliés , les voyait chaque matin plus beaux et plus joyeux : leurs chants variés retentissaient dans tout Th^l. Chaque printemps elle voyait se former plusieurs nichées qui , toutes fécon«T des, avaient tellement augmenté la grande famille, qu'Anne avait été obligée d'agrandir leur demeure , en adaptant une seconde cage d'osier à la première , ce qui formait un espace assez grand pour contenir plu$ de vingt cou-^ pies assortis dé différons oiseaux. On y remar* quait surtout deux des serins de Charlotte, qu'Anne lui avait demandés lorsqu'ils étaient expirans. La beauté de leur plumage et l'ivresse de leur gazouillement annonçaient qu'ils étaient plus heureux sur des bâtons de sureau et dans la simple loge du portier que dans le riche appartement du premier, sous le grillage doré et sur les bâtons d'acajou , oii ils man^ quaient presque toujours d'eau , d'air et de nourriture.
Charlotte, jalouse de ce que la volière de la jeune Anne prospérait autant que la sienno
tlê COmU A MA FI tu.
^'appanvrifléatt, se plaignît un jour à sa môre du bruil que faisaient , dès l'aube du jour, les «ombreux oiseaux de la fille do portier» Elle Toulut même exiger qu'on la séparât de son heureuse famille. » Puisqu'elle trouble votre repos, lui dit madame Darlemont qui pénétrait le motif de sa fille , il est juste qu'elle transfère ailleurs sa peuplade chérie. Mais , comme les soins qu'elle lui prodigue ont fixé mon attention , et que sa volière fait les seules dé^ lîces de sa vie, je vais faire préparer dans les greniers de Th^tclvun lieu commode et asseï spacieux pour contenir non-seulement tous les oiseaux qu'elle possède , mais encore ceux qtit dans votre riche et superbe volière périssent faute de soin. »
Dès le lendemain tout fât exécuté ; l'heureuse et sensible Anne se trouva h la tète d'une volière nombreuse , oà bientét chaque espèce , se re-* nouTelant et trouvant une nourriture analogue Il sea goûts , offrit la réunion la plus riche et la plus variée.
Charlotte , convaincue alors que le faste et l'étalage étaient loin de valoir les soins et la
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prévoyance , avoua que sa mère avait bien fait de conGer le reste de ses oiseaux les plus rares è la jeune Anne ; et , loin de se laisser entraîner à des mouvemens jaloux , elle voulut partager les soins de la jeune portière , et faire avec elle l'apprentissage de la patience et du travail qu'exigeait une pareille entreprise.
Mais son genre de vie et ses occupations ne lui permirent pas d'exécuter ce plan; la volière , pour ainsi dire recréée , se trouvait soignée par Anne, lors même que Charlotte sonmieillait encore. Aussi était-elle loin d'avoir les mêmes jouissances que la fille du portier. ]>ès qu'elle entrait dans la volière, tous les oiseaux fuyaient ejGfarés , se cachaient partout où ils trouvaient place ; à leurs chants joyeux succédaient les cris de la frayeur : chaque couple se désunissait , et Charlotte éprouvait jusqu'à la douleur de voir les mères sortir de leurs nids et abandonner leurs œufs. Dès qu'au contraire Anne paraissait au milieu de ces nombreuses familles , chaque couple voltigeait autour d'elle , venait se poser sur ses épaules, sur sa tête, la becquetait en battant
des ailes ^ et lui exprimait par ses chants sa joie et sa reconnaissance.
Charlotte, qui souvent avait été témoin de ce délicieux spectacle, résolut d'en éprouver les charmes. Un jour elle substitua le simple vêtement d'Anne au riche et élégant négligé dont elle se parait le matin ; et sous cet heu* reux déguisement , imitant la douce voix de la jeune fille, elle s'introduisit dès le lever du soleil dans la volière; là, remplissant avec exactitude et fidélité l'emploi de celle dont elle avait emprunté le costume , elle vit tous les oiseaux s'habituer peu à peu à sa vue , finir par voltiger avec plaisir autour d'elle , et la couvrir à son tour de leurs caresses.
La joie qu'éprouva Charlotte fut inexprimable; elle lui inspira l'irrévocable résolution de ne confier jamais à d'autres le sdin de sa vo^ lîère , et , pour se convaincre de toute la crainte, de toute la frayeur qu'inspiraient à ses oiseaux les riches habits sous lesquels elle les avait négligés si long*temps ; elle en revêtit un jour Anne , exigeant qu'elle l'accompagnât ainsi déguisée. Dès qu'elle parut, chaque famille se
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sauva comme à Taspect d'an oiseau de proie ; eu vain la jeune fille appelait-elle ses chers petits avec sa voix douce et carressante , tous la fuyaient, tous s'éloignaient avec frayeur. «Oh! si jamais, dit -elle à Charlotte, tous me faites reparaître ici sous cet épouvantail ! Reprenez, reprenez votre chapeau de satin, votre riche collerette , votre robe brodée garnie de dentelle ; et laissez-moi mon petit corset de nankin et ma jupe de toile de coton : ils m'ont produit eux seuls plus de bonheur que ne pourrait jamais m'en procurer le plus riche
accoutrement » Eu achevant ces mots,
Anne quitta les habits de Charlotte , et reparut tout-à-coup sous sa forme accoutumée. Aussitôt tous les habitans de la volière vinrent fondre sur elle , et semblaient , par leurs ten-« dres gazouillemens , expier leur méprise et la venger de leur erreur.
Dès cet instant Charlotte s'associa pour toujours aux travaux de la bonne Anne. Chaque matin elles venaient ensemble soigner la volière , qui devint aussi nombreuse que variée. Plus de bâtons d'acajou , plus de vases de por^
lAO CORtSS A HA FILLt.
oebine : un feuillage disposé avec âoin , une eau pure et renoureiée chaque matin, des graines de toute espèce et de longues gerbes de millet, furent le seul ornement de cette riche collection d'oiseaux. On la citait dans tout le voisinage, et Charlotte en recevait sans cesse des éloges qu'elle préférait aux fastidieuses adulations d'un cercle brillant , aux applaudissemens donnés à une gavotte ou à une sonate de piano. Enfin elle fit l'expérience que le bonheur le plus durable est celui qu'on se fait soi-même, et qui par-là se trouve à l'abri de tons les événemens.
Anne seconda Charlotte dans , cet heureux système ; elle passa près d'elle toute sa vie ; leur attachement , fondé sur le plaisir qu'embellissait la bienfaisance , ne fut jamais altéré. Tontes les deux , réunies dans la volière sons un humble vêtement, se traitèrent insensiblement comme deux sceurs. Anne ^ à qui la nature avait prodigué tons ses dons* prit dans cet heureux commerce le ton et les manières de Charlotte; elle a'instrui«t peu à peu, se ftorma par ses leçons, par ses conseils, etlnen-