‹ Contes à ma filleChapitre 30 sur 43 · LES ROSES , ETC · texte numérisé non relu

LES ROSES , ETC

ble. — €*én est pourtant assez , reprit la jeune fille en pleurant, pour me déshonorer dans tout IVillage. — Comment cela? — Mathûrinla- Treille, c' maudit ivrogne, Fespion de la jeunesse , m'a vue cueillir c'te rose qui'm'avait tenlée si fort : il a répandu ça parmi tous les garçons ; et v'ià qu'au moment oii j' suis arrivée à la danse , comptant bien m'en donner comme de coutume , j' n'avons pu trouver un

seul danseur I z'ont décidé, tout d'une

voix, que de l'année je n' s'rais reçue dans vot' bosquet. Ma marraine a eu beau prier pour moi , tous m'ont condamnée , jusqu'à

Guillôt lui-même.... Guillot! Vous sentez

ben , Monseigneur , qu' s'il faut que j'soyons un an sans danser , j'sommes perdue d'réputatîon; Guillot h' voudra plus d'moi, et j'resterai fille toute ma vie. — La punition serait trop grande pour une faute aussi légère , reprit M. de Malesherbes , cachant son émotion : rester fille pour une rose ! Rassurez-vous , ma belle enfant , je veux moi-même implorer votre grâce. Venez, donnez -moi votre bras.... Je me fis toujours un devoir de défendre les accusés »

14 GORTU ▲ HA mil.

lis arrivent tous les deux au lieu du rendez* vous. L'éloquent naturaliste plaida la cause de la jeune réprouvée , avec toute Témotion que lui inspiraient ces débats si doux pour son cœur ; et ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu*il obtint son pardon. Afin qu'il ne restât aucune trace de la réprobation qu'avait encourue la jeune fille 9 il la présenta lui-même à Guillot y l'engagea de danser avec elle , et lui promit de doter sa prétendue. Suxette Bertrand 9 jolie laitière qui la première avait fait connaître à ce ministre la tendre vénération qu'on lui portait , eut une dot semblable, qu'elle partagea bien vite avec un des plus beaux garçons du village. Les deux heureux couples furent unis; leurs noces se firent le même jour au château. M. de Malesherbes voulut que l'une et l'autre mariée fût parée ce jour-là de^ fleurs de ses rosiers. Il fit arrêter, par la jeunesse de Yemeuil , que dorénavant toute fille qui se marierait dans la saison des fleurs , aurait le droit de cueillir à la grotte si respectée un bouquet de roses blanches. « Elles seront « disait-il aux jeunes villageoises qui l'entou-

vu RosBSy ne. u

raient , elles seront rembléme de vos soins et de ma reconnaissance : quand je ne serai plus , elles vous rappelleront votre ami ; vous me croirez là , et je pourrai , grâce à votre souvenir , assister encore au plus beau jour de votre vie. »

Cet usage, ou, pour mieux dire^ cette touchante commémoration existe toujours dans le village de y emeuil. Aucun couple ne s'unit sans aller former un bouquet à la grotte , dont on rê* nonvelle chaque année Fhonorable inscription* Depnis la mort cruelle et prématurée de cet homme célèbre, on n*a pas cessé de cultiver le bosquet que planta sa main bienfaisante ^ et c'est encore à qui respectera le$ rôé$9 d« 3/« de Mùlenherhéê.

\i LB DIAMANT FA17X.

Si la franchise et la bonne foi nous environnent de jouissances qui se renouvellent à chaque instant de la vie , le mensonge et la fausseté nous causent t6t ou tard des chagrins d'autant plus cuisans , que souvent il n'est pas en notre pouvoir de les adoucir.

M; de Lucival , riche manufacturier de soieries , partageait , ainsi que son épouse » sa tendresse et ses soins entre leurs deux filles, Clémence et Félicie. Elles étaient nées le même jour , et déjà parvenues à cet Âge heureux qui , en ornant leur sexe des charmes de la beauté , est en même temps l'époque oii le caractère se forme , oii le cœur est susceptible d'impressions qui ne s'effacent jamais.

Ces deux sœurs jumelles , citées par l'attache-

IM DIAHAIIT FAUX. 17

ment qu*elles se portaient et par leur parfaite ressemblance, différaient néamoins de goût et de penchans. L'atnée , simple et naïve , ne cherchant jamais à déguiser sa pensée, à cacher les fautes les plus légères , ni même les étourderies de son Âge, répétait fidèlement tout ce qu'elle avait vu ou entendu , avouait sans détour ce qu'elle avait bien ou mal fait ; et jamais , sous aucun prétexte , elle n'avait su déguiser la vérité.

Là cadette , au contraire , dissimulée et pré- > tendant à la perfection^, ne convenait jamais des torts qu'elle avait eus , ni des fautes qu'elle avait pu commettre. Elle niait avec assurance et obstination jusqu'à l'évidence même , et , se faisant un jeu du mensonge , elle s'en servait h. chaque instant pour se disculper , pour s'ar^ roger mille qualités , qu'elle n'avait pas ; en un mot , pour se montrer supérieure à toutes les jeunes personnes de son Âge et de sa société.

Ni les remontrances de M. de Lucival , ni les tendres conseils de son épouse n'avaient pu dompter chez Bélicie cette funeste habitude du mensonge , qui lui gâtait l'esprit et dégradait

TOHS II. 3

son corar. Chaque jour, à toute miniite^ ta jolie bouche était souillée d'une imposture qm semblait altérer la fraîcheur de ses Iftvres de roses, et jeter dans ses yeux charnums une fausseté qui en détruisiût toute iVitprettton» Comme il n'est pas de mémoire assex forte pour suivre la marche tortueuse du mensonge, et surtout pour résister à toutes les précautions qu'il exige, Félicie , en déguisant sans cesse la vérité, se trouvait souvent embarrassée ^ inter* dite , démentie par mille riens qu'elle n'avait pu prévoir, et presque toujours convmnouè d'imposture*

S'amusait-elle dans le salon à des bagaulles , elle assurait à sa mère , occupée duns une pièce voisine , qu'elle étudiait la géographie ; mais une glace , qui la trahissait , la représen* tait à madame de Lucival, noumit un niban, ou chiffonnant un chapeau. Prétendait -elle n'avoir pas touché, dansl'ofllce, à plasienR restes du dessert de la veille , à Tinstant même , en tirant un mouchoir de son ridicule , elle fiûsait rouler sur le parquet des morceaux de nougat , plusieurs pommés d*apis et des gnôns

IB UABART VAUX* 19

de raUin «ec. ATait-^Ue répandu on eiicri^ sur le bureau et les papiers de son père , c'était le pelit carlin qui était monté dessus et avait causé tout ce d^àt. Avait»elle déchiré sa robe, c'était un passant qui Tayait heurtée; dépensait-^lleson mois en friandises, elle disait en avoir fait l'auméne; voulait-elle se dispenser de prendre sa leçon de piano , de faire des visites avec sa m^e > d'assister à un diner de cérémonie, qu'elle présumait devoir être ennuyeux, elle se disait incommodée , polissait à son gré , feignait de se trouver mal et de tomber sans connaissance. En un mot, la vérité, quelle qu'elle fât , semblait être pour elle un poison corrupteur qu'elle écartait sans cesse de ses actions et de ses paroles.

Tant de fausseté révoltait tout le monde. Elle affligeait profondément M. de Lucival, qui ne devait qu'à sa franchise, )i sa bonne foi , la fortune et la haute considération dont il jouissait dans le commerce. Souvent il avait essayé de dompter cette habitude du men* songe, qui détruisait chaque jour les aimables qualitéfl de sa fille; mais, ni les avis de la ten^

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dresse, ni les menaces de Tantoritê paternelle , n'avaient pu opérer dans Félicie le moindre changement : occupée sans relâche à controuver chaque fait, à nier tout ce qui présentait la plus forte évidence^ elle s'ouhliait au point de compromettre souvent la confiance et la simplicité de sa sœur, soit en lui faisant accroire des choses ridicules, soit en lui déguisant tout ce qui pouvait l'intéresser ou lui plaire.

Monsieur et madame de Lucival, fatigués par tant d'obstination , projetèrent d'employer un moyen qui ne laissa pas de produire une assez forte impression sur l'esprit de Félicie. Us prirent la résolution , et donnèrent à tous leurs gens l'ordre le plus précis de faire con* stamment l'inverse de tout ce que dirait, ferait, désirerait , ou ordonnerait la menteuse opiniàtre. Venait-elle avertir la femme-de-chambre que sa mère avait besoin d'elle, celle-ci, sans bouger, la regardait fixement , et lui soutenait que madame de Lucival ne la demandait pas. Se plaignait-elle d'avoir froid, le laquais , ouvrait à l'instant même les croisées qui donnaient au nord, en lui disant qu'il était

LI DLUIAlfT FAUX, 31

sAr qu'elle, étouffait de chaleur, et qu'elle avait besoin de respirer le grand air. Offrait-elle à sa sœur quelques. bpnbons, Clémence les jetait aussitôt par la fenêtre, certaine, lui disait-{elle, que ce n'était qu'une attrape. Enfin .Félicie assurait-elle à sa mère, qu'elle se portait à ravir, aussitôt madame de Lucival la faisait monter dans sa chambre , la mettait à la diète , et répandait dans toute la maison que sa fille était malade; celle-ci annonçait -elle , au contraire, que sa santé était dérangée , M. de Lucival affectait alors une entière sécurité , faisait: remarquer à tout le monde la fraîcheur, et l'embonpoint de sa fille. Un jour entr'autres (c'était la veille d'un grand diner), Félicie se trouva réellement attaquée de la fièvre , et fut contrainte de se mettre au lit. M. de Lucival feignit de n'en rien croire , et défendit . qu'on fût avertir le médecin , parce qu'à coup sur , disait-il, ce n'était qu'un nouveau, détour de sa fille pour ne pas assister au diner. Félicie avait beau protester qu'elle souffrait beaucoup , on lui soutenait qu'elle se portait à merveille , et le diner n'en eut pas moins lieu. Gepepdant

2t CêtnU A HA MLUi,

le ilépil 60 hk màlàd» augmcnla son nal mi point qu'oft fat obligé de lui porter les soeovn do Fart. « N*ost-eo pas, disait eo sonnant M. do Lncival an médecin , cpie ma fiUo n'a point do flèrro, ot qu'elle se joue encore de notre crédulité ? — Détrompos^Tous , r^pon-* dit le docteur d'un ton grave et sentencienz; Mademoiselle est malade, et mémo trds-sériev* sèment. — Ma foi , reprit M. de Lucival , elle nous en impose si sourent, que j'ai em que ce n'était qu'un jeu. Voyez pourtant ce que c'est que la prévention : nous aurions pn la laisser souffrir long-temps, peut-être même la voir expirer dans nos bras, sans nous donter qu'elle pût oourir le moindre danger. » ,

Ces derniers mots firent sur Félieie tout l'effet qu'en attendait son père. La violente secousse quVlle éprouva lui fit fiure sur ellemême un retour sérieux. Pendant tout le temps que dura sa maladie , elle ne cessa de répéter -qu'elle renonçait ponr jamais à cette habitude du mensonge , qui causait bien plus <le pelnesqn'elle ne procurait de jeuissanoes, et qui forçait d'être contmuetlement en garde.

et dVme eiroonspeotiûii qu'on n'était pa» tou<» jours en état d'dbserrer avec succès.

M OBsienr et madame de Luciral , croyant que cette leçon suffirait pour guérir radicalement Féticie, redoublèrent auprès d'elle de soins et d'attachement , et lui prouTèrent que, malgré tous les touitnens que leur avaient censés ses mensonges sans nombre, elle leur était toujours chère, £lle dcTÎna sans peine qne la fausse indifférence qu'on lui avait témoignée pendant sa maladie, n'était qu'un moyen concerté pour la corriger; mais, soit que l'é* prtuTe ne fût pas encore assez forte , soit que les habitudes de Tenfance se détruisent diffîci* lementy Félicie, une fois rétablie, reprit insensiblement son funeste penchant ; et , sans abuser teut-à-fait de la crédulité , de la confiance de Mê parens , elle se livrait souvent à mille superchênes qui tèt ou tard auraient pu la ramener à ee vice si dai^ereux dont on s'était flatté de la gn^r.

Mais un événement assez remarquable vint au secours de monsèeur et madame de Lucival , et porta dans Tame de Félicie une secousse h

24 COHTBS A KA FILLS.

violente , qu*il en arracha pour jamais le germe de l'imposture et de la fausseté.

: Les deux sœurs jumelles, également aimées de leurs parens , et se ressemblant à tel point que souvent on * prenait Tune .pour l'autre , n'avaient cessé dès leur enfance de porter des vétemens semblables. Madame, de Lucival , qui se faisait un plaisir des fréquentes méprises qu'elles occasionnaient , prenait le . plus grand soin à ce qu'elles fussent toutes les. deux vé* tues , coiffées et chaussées de la même manière. Clémence n'avait pas un seul chiffon, pas un bijou , pas même un simple anneau, sans que Félicie n'eût la même chose; et, comme elles s'amusaient de leur côté à seconder les intentions de leurs parens, elles convenaient chaque matin de mettre le même chapeau, la même chaussure, le même fichu, en un mot de se ressembler dans leur, mise, et jusque dans leur maintien , comme elles se . ressemblaient par le son de la voix et les traits du visage.

. Leur fête de naissance arriva. M. de Lucival avait coutume^ ce jour-là de leur faire un ca-

LB BUHANT F&VX. 2S

deaii. Il remit donc à chacune de ses filles un collier de perles , au milieu desquelles était un diamant d'une assez grande valeur. Celui de Clémence était un peu moins gros que celui de Félicié; mais, en revanche, il , paraissait jeter plus de feu et briller davantage, a Malgré Fenvie que j'avais , leur dit-il , de vous offrir deux diamans tout-à-fait semblables, je. n'ai pu les mieux assortir pour le moment, ichez mon joaillier ; mais il m'a bien . promis de m'en trouver un second qui soit entièrement pareil au premier. En attendant , parez-vous de ceux-ci, et fêtons ce beau jour où , en recevant la vie l'une et l'autre, vous m'avez fait le plus heureux des pères. ».

Clémence et Félicie , se jM^ipitant dans les bras de M. de Lucival , lui exprimèrent de nouveau toute leur tendresse ^ le remercièrent du riche cadeau qu'il venait de leur faire , et dont chacune d'elles s'empressa de se parer.

; Parmi les nombreux ouvriers qui .travaillaient à. la manufacture, de M. de Lucival était un ancien soldat, vieillard, encore vert, qui par son travail et son intelligence était devenu

Si GOimS A HA fILCBi

rmi des prendera db^s d'atelier* Ce bnve homme avait pluti^irs cnfiiiit: Fun d'eox, nommé Joseph, était depuis quelque temps garçoa de oaisse de M. de Ludval , qui. Tayaut vu uaitre , lui.aocordait toute sa confiance. Un joQr ee jeune homme , revenant de recette et se disposant à verser à la caisse les dtfiérentes sommes qu'il avait touchées dans sa tournée^ se trouve avoir de moins un rocdeau de cinquante louis qu'il avait reçu chez un banquier. Il se fouiUe, cherche et recherche dans sa sacoche, dans sa ceinture, pâlit, se tnMd^le, et déclare qu'il a perdu ce rouleau. Clémence et Félidie, qui par hasard se trouvaient au moment même dans le cabinet du caisder de leur père , éprouvèrent chacune une impression différente. Clémence , partageant la peine du pauvre Joseph et se fiant à son aveu, le plaignait de toute son ame , et cherchait à le consoler» Féticie , au contraire , toujours dis» posée à prêter aux autres la fausseté de son caractère , s*imagîna que le récit de ce jeune homme n'était qu'une imposture. Elle s'ouhlia même jusqu'à le lui faire sentir. « Àh ! Made^

moiieUe, 8*6cria le pauvre Joseph en laiMâot échapper quelques larmes , c'est hied assex de la peine que j'éprouve , sans m'accahler encore par un sottpçon aussi cruel. Si mon père vous entendait, ajouta- 1- il avec Taccent le plus pénétrant , tous causeries sa mort et peut-être la mienne. Vous connaissez sa vivacité, son austère vertu. «-* Ansn, reprit vivement €lé^ menée , il fiamt qu'il ignore ce fbneste accident. Nous vous promettons, ma sœur et moi, de giffder un profond silence sur cet événement.. •» H Le caissier fit la même promesse, «t Joseph se retira pour fiiire ses recherches dans les différons quartiers quHl avait parcourus. « Oui, s-écria ce jeune homme en regardant de nouveau Fétide, dussé*je enchaîner ma liberté et vendre le peo que je peeaàde , aous trois jours les cinquante fouis seront remis à la caisse. )i

CSet accent de l'honneur outragé pénétra jusqu'au fond du cœur de son imprudente accusatrice , et lui fit sentir que le jdus grand des tourmens que fait éprouver ^habitudedu mensonge , c'est de ne pouvoir m fier à per-

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sonné , et de taxer tous les antres d*imposture.

Cependant' Joseph rentra le soir, et annonça ' que , n*ayant pu obtenir le moindre indice , il avait fait afiicher dans tout Paris , la perle du rouleau de cinquante louis , avec promesse de le partager avec la personne qui le rapporterait chez M.' de: Lucival. En cela il n'avait eu principalement en vue que de sauver son honneur, et surtout de se laver des soupçons outrageans de Félicie.

Clémence, qui jugeait des autres par ellemême, loin de soupçonner Joseph, ne songeait qu'à lui^ offinr les moyens de réparer la perte qu'il avait faite. Son obligeance lui suggéra une idée qu'elle s'empressa de communiquer à sa sœur. Ce fut de vendre , à Tinsçu de tout le monde , le diamant que chacune d'elles avait reçu de leur père, et .qui, d'après l'évaluation qu'elle en avait entendu fiedre , pourraient tous deux former les cinquante louis en question, Félicie, chez qui le mensionge n'avait pas encore entièrement détruit les qualités du cœur,' saisit avec avidité le projet de ^lépiènce, et dès le lendemain i de grand ma-

m KAKlIft ffAVX. 29

ttt^ YètÊe^ tvès-sîn^lement , elles s'échappèrent de la maison et allèrent se présenter chez un riche joaillier du <piai des Orfèvres , à qui elles proposèrent d'acheter leurs deux colliers.

Ce joaillier, homme probe et délicat , voyant deux jeunes filles de quatorze à quinze ans entrer furtivement dans sa boutique au moment oij Ton venait de l'ouvrir, et les entendant s'informer avec avidité du prix auquel pouvaient monter les colliers qu'elles présentaient , ne put s'empêcher de concevoir quelques soupçons , et leur fit à eet égard plusieurs questions que hii dictait H prudence. Elles parurent troubler les deux jeunes inconnues dont il était loin d'apprécier la démarche. Examinant d'abord le collier de clémence , il jugea que le diamant valait trente louis. « Je ne vous en demande que vingt-cinq, lui dit la jeune personne : donnez-en autant k ma sœur pour le sien , et e^est une affaire terminée. — Oh ! cela ne va passai vite que vous le pensez , reprit le joaillier; il faut d'abord que je sache d'où vous tenez ees bijoux , et qqi vous a chargées de les vendre. — Us sont à nous, reprit fièrement TOMB n. 4

80 CORtlS A HA FILM.

Félicie ; nous ne sommes pas faites pour vendre les diamans de qui que ce soit. — J'aime à le croire ; mais votre jeunesse , votre empressement, et, s'il faut vous l'avouer, l'embarras et la rougeur qu'on remarque sur vos figures, tout semble vous accuser. — Quoi! Monsieur, nous prendriez-vous pour des voleuses? reprit Clémence d'une voix altérée. — £b bien, ma sœur^ allons-nous-en dans une autre boutique , reprit vivement Félicie ; tout le monde ne sera pas aussi difficile que Monsieur. — J'en suis bien fàcbé. Mesdemoiselles, reprit le joaillier, qui tenait toujours en main le collier de Clémence; mais mon devoir et les réglemens de police m'ordonnent de retenir ces bijoux jusqu'à ce que je sache à qui ils appartiennent. — Je vous assure, je vous proteste qu'ils sont à nous, répéta Clémence; c'est notre père qui nous les a donnés , il y a

quinze jours à -peu -près pour célébrer

notre fête de naissance Nous sommes sceucs

jumelles. Il est de ces momens dans la vie où l'on est forcé de renoncer à ce qu'on a de plus cher Jamais, Monsieur, vous pouvez m'en

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