‹ Contes à ma filleChapitre 32 sur 43 · FdMS O'OB · texte numérisé non relu

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ce» Btol», Ui de Marrai et sa famille enttôrent daB« le riche magasin de Jacquet et GuiHamne ^ où 0tt ne tarda pas à leui^ sei*vir un dîner èplendide^ qui fiit embelli dea accèas de la joie là plus vive et de ceux de la reconnaissance*

Après le diner , iacqnes et Guillaume se mirent à danser un pas d'Auvergne » qu'ils accom*^ pagnèreàt de chatiSons où ils exprimèrent de nouveau tout le bonheur qu'ils ressentaient de posséder leurs ehe^s bienfaiteurs. Comme ils se livraient à toute leur joie, on entendit crier au feu dans la foire de Guibrai , et tout-'à-ooup un tumulte effroyable* Ils sortent aussitôt , et •perçoivent les flammes qui s'élevaient de la boutique d'un riche fabricant de Lyon« Cet homme respectable et père de plusieurs enfans^ voulant sauver de l'incendie cks marchandise! considérables, s'était élancé au fond de son magasin. Ses deux fiUes, qui l'avaient acoomr pagné à Guibrai, témoignaient la plus grande frayeur ftur le sort de leur père , et remplissaient l'air de léiirs cris^ quand tolit-à^coup Jacques et Guillaume pénètjreitf au travers des flammes 9 s'exposent h une mort certaiaet et

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peu d'instans après reparaissent , aux. acclamations de toi|S les assistans , portant sur leurs bras le fabricant de Lyon^ qui ne cessait de les désigner, et de les remercier comme ses libérateurs. Le feu se trouvant éteint par les secours nombreux qui furent apportés, Jacques et Guillaume proposèrent à M. Blondel, c'était le nom de ce riche fabricant , de transporter dans leur magasin ses marchandises qu'on avait sauvées des flammes. , et de s'y établir pour tout le reste de la foire. Le fabricant accepta ; suivi d'Angélique et de Louise , ses deux filles, il entra dans le magasin de Jacques et Guillaume , qui lui annoncèrent que , afin d'éviter tout autre dérangement , ils se procureraient à coucber dans quelque auberge de la ville , et que pendant le jour ils feraient société commune. M. Blondel , en acceptant ces offres , faites avec toute l'effusion de la franchise , leur avoua que , bien que l'accident qui venait de lui arriver ne put porter aucun échec à sa fortune , il éprouvait néanmoins le chagrin momentané de ne pouvmr répondre à des engagemens qu'il avait con-

LA PIÈCE d'oK. si

tractés pour l^époque de la foire de Guibrai, et que, pour la. première fois de sa vie, il se voyait forcé de retarder ses paieitieiis. » Re- , tarder vos paiemens! vous, M. Blondel? s'é* cria Jacques; non, nous ne souffrirons pas qu*un des premiers fabricans de Lyon compromette en la moindre chose le crédit qu'il s'est acquis par cinquante ans de travaux et de pro^ bité ; en vous offrant de partager notre loge^ notre magasin,' nous vous offrons en même temps de partager notre bourse. — Oui , ajouta Guillaume , tous vos mandats seront acquittés , et vous nous en remettrez le montant quand vous le jugerez à propos. Lorsque, il y a cinq ans , nous nous présentâmes chez vous , à Lyon, le sac sur le dos, vous nous confiâtes des marchandises , vous nous aidâtes de votre crédit; eh bien! c'est aujourd'hui notre tour; oui , c'est un devoir que nous sommes heureux

et fiers de remplir » Cet élan de Jacques

et Guillaume pénétra le respectable M. Biondel de joie et'd'attendristsement : il les pressait tour^à-tour sur sonî sein ; Angélique et Louise ne pouvaient de même s'empêcher, de se livrer

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à toute leur émotion , et par là n*en paraissaient encore que plus jolies. M. de Hurval , qui pendant cette scône touchante avait gardé Le silence , ainsi que sa fille et son gendre , se félicitât plus que jamais d'avoir, avec une simple pièce d'or, produit dans la société deux hom^mes aussi probes, deux négocians aussi estimables. Après avoir passé le reste de la journée avec tous ces braves gens , il les quitta , en leur faisant promettre que , sitôt la foire de Guibrai terminée , ils viendraient tous passer quelques jours à la terre de son gendre , qui n'était qu'à deux petites lieues de la ville. On se sépara donc ; et , sitôt le souper fini , Jacques et Guillaume laissèrent dans leur loge M. Blondel et ses deux filles, pour se livrer au sommeil dont ils avaient si grand besoin.

Le lendemain et j^urs suivans , M. Blondel fut occupé à remettre et| ordre ses affaires, interrompues par Tincendie , et à payer , avec les fonds de Jacques et Guillaume, tons les mandats et tontes les lettres de change qui lui fuient présepté^» Enfin, k foire de Gfulnrai étant finie , il* se rendirent tous les cinq , selon

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leur promesse, à la terre qu'habitait M. de Murval. Ils y furent accueillis avec une disttnction toute particulière. M, Blondel ne ces~ sait de faire Téloge de Jacques et Guillaume, qui lui ayaiei||^ avancé jusqu'à près de quatre-vingt mille francs pour remplir ses obligations : <t Je veux , disait le respectable fabricant , répandre partout ce généreux dévouement; et, s'ils ont contribué à me conserver l'honneur^ j'espère contribuer à augmenter leur crédit et leur réputation. ^^ Non , ajoute Angélique aveo l'éolat de la plus vive reconnaissance , jamais je n'oublierai ce que MM. Jacques et Guillaume ont fait pour nous. — Mon père aura beau fiaire, dit à soi| tour Louise, il ne pourra jamais s'acquitter envers eux. ^- Il n'est qu'uii seul moyen , reprit M. de Murval ? — Lequel ? demanda vivement M. Blondel. — N'aves-voua pas, ajouta M. de Murval, l'intention d'éta^ blir mesdemoiselles vos filles ? Qui , mieux que Jacques et Guillaume, pourraient leur offrir la ee»titnde du bonheur ? — Ah ! Mensieur, que dîtes?vous là? reprit Jacques en Tinterrompant ; la distance est toop grande ; ces demoiselle» TOMi II. s

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méritent et obtiendront sans peine des partis fort au-dessus de nous. — De quelle distance parlez-vous? répondit M. Blondel : vous êtes négocians comme moi; avec le temps TOtre fortune peut égaler ou même surpasser la mienne. Vous réunissez ce que je prise le plus dans les hommes , un bon cœur, une probité sans tache , et surtout lliabitude du travail : si mes deux filles pensent comme moi, elles sont à vous. » Â ces mots^ Angélique et Louise baissèrent les yeux et gardèrent un profond silence. « Prenez-y garde, leur dit Guillaume avec Teffusion d'une franche gaieté : nous nV vons pas encore eu le temps d'aimer et de faire un choix ; mais nous serions capables de vous prendre au mot, et d^oser devenir vos deux gendres si nous étions jugés, par vos deux charmantes demoiselles, avec toute l'indulgence dont mon frère et moi avons si grand besoin. — Quant à moi, ajouta Jacques avec une sensibilité profonde, je crains bien de payer du repos de ma vie le bonheur d'avoir sauvé celle de M. Blondel. Le peu de jo^prs que nous avons passés auprès de ces Demoi*

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selles m'a fait éprouver ce que je n'avais pas encore eu le temps de connaître ; et si je regrette de n'avoir pas les dehors brilians d'une éducation soignée^ c'est bien en ce moment. — Que font les dehors brilians, lui répond Angélique , comparés à ce que vous avez fait pour nous? — Les bienfaiteurs de notre père , ajouta Louise avec émotion , ^ ont-ils besoin d'autres titres à nos yeux ? »

Le consentement formel de Louise et d'Angélique mit le comble à la joie et au bonheur de Jacques et de Guillaume, qui, se jetant à leurs genoux ,1 leur offrirent l'assurance d'un bonheur inaltérable : puis , se retournant vers M. de Murval et sa fille , ils s'écriaient : « Oh ! nos dignes amis, jouissez de vos bienfaits! ce

nouveau bonheur est encore votre ouvrage

Et vous , qu'il nous est maintenant permis d'appeler notre père , dirent-ils à M. Blondel , combien nous rendons grâces au hasard qui nous a procuré l'avantage de vous offrir quelques secours ! »

Le bon vieillard était si ému , qu'il ne pouvait répondre à ses deux gendres que par ses

M GORTM A Mk rau.

embrassemeiiB. La joîe brillait sur tous les ti* Mges , «t M. de Murral f aia»i qu'Euphresine , Touliireat qu6 oette double alliance fât eélébrée au château.

Oa 8e procura dodc en p^u de jours les papiers nécessaires : la {ailiîUe de Mé Blondel ne tiurda pas à venir de Ly<m. Eafîn le jour beo* reux arriva. Jacques épousa Angélique ^ et Guillaume épousa Louise. Leur aasOciation ne fut jamais altérée par le tnoindre démêlé \ leur double union , par le pltis petit nuagje* Us devinrent les premiers négocions de France ; mab ni leurs succès , ni leurs riehesses ne leur firent jamais oublier M. de Murval et sa fille « qui né cessaient de répéter que le peu de bien que Ton fait n*est jainais perdu pour le bonheur.

Angélique et Louise furent aussi heureuses que l'avait prévu leur respectable père. Jamais leurs époust , quels que fussent leur crédit et leur opuleboé , ne prirent d'autres noms que ceux de Jacques et Guillaume, Dans toutes les foires qu'ils parcouraient , ainsi que sur tous les magasins qu'ils établirent eb France et dans l'étranger^ ils prirent constammeni pour enseigne : tt A la pièce cTor.n

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