‹ Contes à ma filleChapitre 34 sur 43 · LA SONATE · texte numérisé non relu

LA SONATE

Mossmim de Vorang»,^ To» <ks» agim» de change les phn aoeréd^és ëe P«îs , empivfail uns partie de sa îartoBÊt à donner \ ses àmtok ffies, Blanebeet Célestkie, une i^mtkûm qai devait assurer leur bonheur et fiiire le cfaanne de&rarcxnteace« Ânx anrantagee de la aeiepee et d'nne mstraetba selide H. arak joint ceii3| des tahns les pèaa agréables. Nuadie suptaul faîsvt de rapides pregrâ» snr la harpe* Exeilée pmt le désir* d* r^noadie ohk sacrifices eC ««■ tendres soins de ses pareaa, eile: ne perdail pas une Msmite. Leréé dès six heures du MSr tin^ elle se livrait d'abord à tantes» les éludes sérieuses; et, sitAt qu'elle panvait s'y déroher^^oa reostendait s'exercer sw ht fanrpe^ s'h*hituer, pendant des ieuresientiètea^ aux pa»» Ton n. s

78 CONTES A MA flLLE.

«âges les plus difficiles , aux gammes les plus fastidieuses; en un mot, tout annonçait en elle que Famour du travail égalait la bonté du coeur.

Célèstine ne se piquait aucunement d*ètre l'émule de sa sœur. Jolie et coquette, elle était, pour les talens, d'une nonchalance et d'un mépris qui ne lui permettaient pas de faire les moindres progrès. Levée à peine à neuf heures , elle en employait encore deux à faire ce qu'elle appelait sa toilette du matin ; de sorte que le déjeuner arrivait sans qu'elle eût fait autre chose que descendre et offrir à ses père et mère le bonjour d'usage. Après le déjeûner, tandis que Blanche se livrait de nouveau à l'étude approfondie de la musique, l'indolente Gélestine, étendue mollement sur un sofa, s'occupait à orner un chapeau d'un nouveau ruban, à préparer une élégante garniture de robe , ou bien , ce qui lui arrivait le plus souvent , à s'ennuyer de ne rien faire.

En vain lui faisait-on à cet égard de sérieuses représentations, rien ne pouvait dompter sa mollesse et son indifférence; et, lorsque

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Blanche lui en faisait sentir les inconyéniens et lui donnait les conseils de la plus. tendre amie , celle-ci lui répondait que , lorsqu'on était riche et jolie , on avait toujours assez de talens. « On dirait , ajoutait-elle avec un sourire ironique , on dirait , ma sœur , en te voyant travailler avec tant d'obstination , que tu n'as pas de quoi vivre, et que tu veux devenir maîtresse de harpe. 11 est bon d'avoir un joli talent de société ; mais être d*une force d'artiste^ cela s^it le bourgeois , et n'est fait que pour les gens du commun. »'

Blanche haussait les épaules à de pareils propos. Elle soutenait que la médiocrité en toute chose annonçait toujours peu de goût et de caractère , et , que lorsqu'on s'adonnait à l'étude d'un art, c'était une erreur et presque toujours une duperie de ne pas y acquérir toute la force que nous permettaient nos facultés. (( Oh ! les belles phras^es et les grands raisonnemens! répliquait Célestine en riant aux éclats; je te vois déjà annoncée dans les concerts comme l'une des plus grandes harpistes de Paris, te présenter tremblante et plus d'à

conns ▲ mk fuu.

I de pe«r dfviiic élx «eilM ^Mdii^ Bet qdi Imites te critt^pMrottt $ éi , pour prix d'aa pareil supplice , et de tfs longuet études, t'ftppeiieroiii Btanêke^Ja-f^iriuoêe c le «beeu ««mon ! Quel bonheur de trembler cA de se ■ettre ieut en eau peur «muser Messîeiirs et Mesdames qui se moquent de vous! Courage, Blauebe , eoumge C travaiite sans reliclie f refuse-toi la plus petite réoréalîon ; rendo-tet digne d'être eoutinuellement aux ordres de ehaque maîtresse de maison , de toute personne qui se croira quelque talent; prodigue^toi eottement à tout le monde : je le souhaite gloire et plaisir. •

Blanche , dont le désir de posséder un talent rentable ne ponrait être ralenti par le tableau ridicule que lui fiiisait Célestine , ne se lirra qn'ayec plus de zèle et d'obstination à l'étude de la musique, et devint, au bout de quelque temps , aussi forte sur la harpe qu*elle l'était dans les sciences et les différentes langues. On la citait partout; on la reehêrchsit dans les sociétés les mieux choisies ; et , tandis qu'elle y recueillait les félicitations et les ap-

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pl^udÎMenens kt MÎeuk laérités , Cifesline , reléguée dans un coia, éUût à peine reneiH- 4piée, el commen^t à eentir qu'une jolie figu^ et toutes les minauderies de la coquetterie ne sufieent pas toufours pour s'attirer le» hoaunages et les égards, aiais que tout cède à Fempire des telens« n ,

• Un événement remarquable et malheureusement trop fréquent Tint confirmer à la jeune indigente cette vérité qui ne fiûsait qoe germer dans son cœur. Les événemens politiques , dont eherchent toujours à profiter les ennemis de l'État, causèrent un si grmd boule- Tei*sement à la Bourse de Paris , qu'un grand «Mubre d'agens de dbangese trouvèrent comme frappés de la foudre , et entraînés , malgré leur prévoyance et leur probité reconnue, dans un désastre qui occasionna la perte totale de leur fortune.

M. de Voranges, qui était loin de ressembler à ces spéculateurs avides , à ces intrigans déboutés qui préfèrent la fortune à l'honneur , ne voulut pas faire perdre la moindre chose auK honnêtes capitalistes qui lui avaient confié

$2 CONTBS A MA FILLE.

leurs fonds : il vendit tout ce qu*il possédait , son mobilier, riche et considérable , une bibliothèque nombreuse et choisie , que' regretta surtout la pauvre Blanche. Madame de Yoranges vendit également ce qui était à son usage : ses diamans , ses dentelles , ses cachemires , presque toute sa garde-robe, une partie de celle de ses filles, et jusqu'à la riche harpe de Blanche, tout fut employé à combler le déficit qui se trouvait dans la caisse de M. de Yoranges, dont tous les engagemens furent remplis. N'ayant plus la force de continuer un état où il faut des avances considérables , et craignant de ne pouvoir retrouver son crédit que lui avait fait perdre la suspension momen* tanée de ses paiemens , il renonça pour jamais à reparaître à la Bourse , et chercha une modique place de commis ou de caissier, avec laquelle il pût faire subsister sa famille.

Ses recherches furent vaines. Le malheur, qui souvent nous ferme tout accès , et qui semble éloigner de nous jusqu'à ceux que nous croyions nos meilleurs amis , accabla M. de Yoranges au point qu'il fut obligé de renoncer

LA flORATI. S3

au séjour de Paris. Il loua une petite maisonnette daus un village de la vallée de Montmorency : il mit Célestine chez une marchande liogère , ce qui humilia fortement son amourpropre ; et Blanche fut placée chez un des premiers facteurs de harpes, qui long-temps avait été son maître. Celui-ci, ne voulant pas que le talent qu'elle possédait lui fàt inutile , offrit de la prendre chez lui pour veiller à son magasin, et donner des leçons à ses plus jeunes élèves, afin de pouvoir par la suite faire dans Paris plusieurs écoliers qu'il se proposait de lui procurer.

Monsieur et madame de Voranges , ayant ainsi placé leurs deux filles , se retirèrent au village de Saint-Gratien , pauvres, à la vérité, mais riches d'honneur et à l'afori de tout reproche , par les grands sacrifices qu'ils avaient faits. Madame de Voranges , qui avait tenu dans Paris un état de maison brillant et recherché, se trouvait réduite à faire elle-même sa cuisine et son petit ménage. Vêtue d'une simple robe de bure , d'un gros fichu de perkale et d'un grand chapeau de paille commune,

8é CORTIS A mjL riLLE.

«11« «yail mas cesse chereher le pain , àdieter le Idit ^ la irimde; 4iti un mot, elle retnpUssait les fonctions d'une simple geavernante. Pendant ce temps-là, M^ de Toranges, encore dans la forée de Tige, s'occupait à scier et à fondre du bois, à cultirer et arroser un petit jardin qui, par son travail et ses soins , eomtnençatt à lenr produire une partie des cfaimes nécessaires à leur existence. Cet homme aimable, qu'on ayait vu si brillant, protéger les arts et recevoir chez lui tous ceux qui s'y distinguaient, était vêtu d'une veste et d'un pantalon de cou* til , formant autrefois un habit de chasse ; et se livrait aux travaux les plus rudes , laissant néanmoins apercevoir, à travers la sombre tristesse répandue sur tous ses traits , la sérénité d'tm honnête homme.

Un an s'était écoulé : Célestine, accablée du changement cruel qui s'était opéré dans son sort, ne se livrait qu'avec répugnance aux travaux de la lingerie. Sa nonchalance accoutumée , jointe il la soufirnace qu'elle réprimait dans son coeur , ne lui avait pas permis de faire dans son nouvel état des progrès sufisans pour

lA «tiiAn. «s

la «ettfe •■ igêûUB du hemntt. BOm 9e. ttoiÊf$i% humiliée é» ùàre eft de défiôfe ke baUoU de ittarchtediaes , d'être ea rang parmi de jeuÉttS oatiièred à qoi , use «nuée aupererant, elle aral coaamaiidé piiasicitfa cki&as. Elle était surtoiit au euppUoe loraqnedee personnes qu'elle arait ruée fréquenter la maison de sou père, Tenaient aci^ler quelque chose 3i la boutifiie où elle causait hunddemeDEt de la toile. Sa rougeur subite et ses yeuxhasssés an^oonçaîefit toute ea confusion. £Ue ae fât déci^ dée à mourir plutôt que d'être reconnue, et son «nbarras ne faisait alore qu'augmenter soa inexpérience au comtptoir, ce qni déplai* «ait forlement à la maîtresse lii^ère« et lui attiraît les reproches les plus mérités*

Blanche, au contraire, désirant sortir de la gène crbelle ou elle ae trouvait ainn que sa scsur, et surtout être en état d'offirir , àaes parons les secours et les consolations dimt ils aTaientei grand besoin , se livrait, avec tout l'élan d'une ame à4a'^îs sensible et fiôre , aux travaux qui lui étaient confiés par l'excellent faonune qui l'avait recueillie chez lui. Oéjà

se COHTIS A. MA FULB.

plus d*à moitié formée aux usages du commerce 9 elle dirigeait tous les ouvriers du magasin , domiait des leçons de harpe à plusieurs jeunes^élèvesy et par cet exercice , qu'elle répétait à chaque instant du jour, elle fut bientôt de la plus grande force sur ce bel instrument ; en un mot, elle devint aussi utile par ses talehs, qu'elle était estimée et chérie pour toutes les qualités de son cœur. Au bout de quelque temps elle éprouva le bonheur inexprimable de faire partager aux pauvres solitaires de Saint-Gratien le fruit de ses travaux et de ses veilles. Monsieur et madame de Yoranges, grâces aux secours nombreux que Blanche leur avait fait parvenir, furent en état de prendre une gouvernante , et commençaient à retrouver dans leur obscure retraite des plaisirs moins brillans, à la vérité, mais plus vrais peut-être que tous ceux dont ils n'avaient cessé d'être environnés dans leurs somptueux appartemens de Paris. Célestine elle-même se ressentit de l'effet des talens de sa soeur; et, son amour-propre souffrant moins, elle commençait à s'armer de courage , à gagner de

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quoi subvenir à ses besoins , et surtout à une mise agréable , ce qu'elle ambitionnait le plus. En un mot,. cette famille infortunée, bravant les coups du sort dont elle avait été si fortement accablée , retrouvait , par son travail et sa résignation , le peu de bonheur qui lui était réservé.

Il ne fut pas de longue durée. Madame de Voranges n'avait pu , sans une souffirance inexprimable, passer aussi rapidement de Topulence à un état précaire. La Couleur qu'elle avait eu soin de cacher à son mari , pour ne pas augmenter ce qu'il ressentait , avait tellement altéré ses organes et allumé son sang, que, cédant aux chagrins secrets qui la minaient depuis long-temps , elle tomba malade , et fut en peu de jours, dans le plus grand danger. Blanche vole aussitôt au secours de sa tendre mère ; elle seconde de toutes ses forces , de tous ses moyens , M. de Voranges dans les soins qu'il prodigue à la fidèle compagne de sa vie. Gélestine obtint, de son cÀté^ la permission de venir remplir les devoirs que lui imposait la piété filiale. Madame de Voranges , secou-

M coifTig A m mu.

me avee tant de zàk «i de twiJimt, féml« c— me pÊÊt MrMle aux nuiiix qa'^crcndaraifc, et UcntÂt ae> joars fnrtnt ea sArieeté.

Gélestiiie rtlooni& auastftAt il Btm. «ompCm pour y repftndre ses tra?a«x qu'elle s*était propoaÊ de suivre avec succès. Bbnebc ebdae sans peine du généreux facteur de harpes in peroiîaniNa de rester quelques instan» encore à Saini*€ffalicft, pour soîj^eraa nèrs, dmit la eonvaleseenee demi être longue, et h qui H restait des attaques de aerlky qui souvent devenaient dangureuees et retardaient Une gnérisoQ parMte»

. Blanche ttétaàt apevçoe qtw la nnsique tttvont CCS aceidens làcfaeux et les readaitmc»» fréquens. Ette eu fit part' a« médecin , qui laî oomeilla de pincer la Inrpe d'aèerd dane me pièce vokineiy pour ne pas fetiguer les orgSK née aflbiUb de nadans de Toningee, et de paevenir par gradation au peint d'eséeuler en sa ptéaancei les jaetceaux les plus biejane^ Hhndks: fiel sussilèt k Paria pvendre mm ne- ' gasitt jfàhaipe accoutuMéc , et suivit de point en peint œ ifa^avait présent le doeteue.

LA SOIlJkTi* «9

c«t iiistriVBWl: ne lui avail été 9mm dier , puisqu'il devait acheter de «aurer «ae mère ado* rée. EUe se mit donc à pincer, d'dberd le pins l^èrement pesûbte, oet hsarmonieuK instniment dont lea sons, e& caressant ForeiUe, ^por^ tent jiisi|ii'att fond de Tame une énotîeii délicieuse* « Oh l qudyte douce el sfpréaUe siopnse ! dit madame de Yerengee d'une twc tràe^lûble à 400 mari qui était h aes cÀtée ; il y a si loiig*tempa qns je a'aw» entenda BlaDehe sur lab«rpe!..«Elle nae rend la m....«*B Ces mots touclMM % qu'eotendiût la jeune virtuose , DdouilUrent êes yeux de douces kriues , eé don< n^r«ut e «ou talent plue de Corée! eneûve. Elle centinipA k &ire résoun^ sur rinstrum«it ke airs les plus teadrea, ausquala elle dosuiaît i'expressidtt €fiÊ» lui inspirait une situation aussi délicieuse. Elle exécuta surtout avec une rare perfi^tiea ^el airdMfSiaQt, de fa Piété fUkUe, et l'embeUt de variations m toodtfotaa, que M» de Yerangee » ému à ssa tenr de cet hcsi^ raiii VpvepQa,u«ek )^«« toub-àrecK^, entas dans la etwimbm s^rée ou as Itemaift sn fitte^ et» lu» Vendant k» hraa^a'éciie aieftiranspaii

C0HTI8 A MA FIUB*

«c O ma Blanche ! on ne peut plus se plaindre du sort quand on a le bonheur d*ètrtf ton

père Viens jouir de ton ouvrage, viens

contempler ta mère : le sourire est révenu sur ses lèvres décolorées ; des pleurs mouillent enfin ses paupières desséchées ; elle te bénît, elle te nomme sa libératrice, son ange tutélaire. Viens, créature céleste, viens recevoir ta juste récompense!.... » En achevant ces mots, M. de Voranges conduit Blanche au lit da sa mère , qui la presse contre * son sein : ils s'enlacent tous les trois ; leurs visages se confondent au milieu d'un torrent de baisers et de larmes. Aucun d'eux ne peut parler ; mais leur silence éloquent semble dire que les affections de l'ame sont les premiers de tous les biens , et le seul que ne puissent nous ravir les coups du sort.

Depuis cet heureux moment , qui contribua si efficacement à la guérison de nnidame de Voranges, il ne se passait pas de jour que Blanche ne renouvelât dans le cœur de sa mère les douces émotions que son talent y faisait naître , et bientôt il lui fîit permis par le méde-

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cin de pincer la harpe dans la chambre de la malade 9 et même d'y jouer tous les morceaux qu*il lui plairait.

Aussitôt Blanche exécute sur ce bel instrument tantôt une riche symphonie de Kromholz^ tantôt un savant concerto de Pétrini, tantôt enfin un œuvre tout entier d'Haydt»; ayant toujours soin de varier le genre des morceaux , afin de procurer à sa mère plus de plaisir et de surprise.

Un soir 9 c'était vers la mi-septembre, le temps était serein, la lune commençait à éclairer la campagne , et sa douce clarté semblait ajouter au calme imposant qui régnait sur toute la nature : Blanche était auprès de madame de Yoranges , dont la chambre avait une croisée qui donnait sur le grand chemin. Elle exécutait sur la harpe une brillante sonate de Nadermann, et s'abandonnait à tout son. talent. Ses accens mélodieux retentissaient dans le village; une partie des habitans s'était réunie devant la maisonnette , et prêtait à la jeune harpiste une attention.qui n'était interrompue que par de fréquens applaudissèmens ; car tel

M G01TTB8 A MA 9ÏL1X.

«It Vemfke éa vrai talent^ qu'il cBptire jos-» 4|ii'«ux êtres nèflie krt plus dnenrs. L'aoriiâssadeur de Russie , <iui séjournaît pendant la belle l^mêOuk la campagne^ et «tait looé un cfaàuieu dans la vallée de Montaiorencjr^Tiiit à passer dam sa Toîtnre etec sa fbUBie et sa fiUe unique qui entrait dans sa quKÎèaae année» « ie reconnais cette sonate ^ s'éeria la jeune jprinoesse i je Tai entenda exécvte^ dans les dernières fêtes qu'il y a eu à la cour. — ie me la n^ppeUe en effet, dit Tanihassadenr , surpris autant que vm d'entendre une sonate aussi savanmaent e&éeutée. — C'est une de celles de Nadermann que j'ai le plus eourent exécutées t dit à son tour l'aiBbassadrice en pré* tant de même une oreille attentive. •»*• » On s'infonne du nom de la virtuose, et l'on apl^ead que c'est une jeune demoîseUe , nommée Blanche de Vorailges, qui, peur achever de sauver la vie à sa mère , fait tous les soirs de la musique dans son appartements L'attibassadrioe, dont la curiosité fut excitée partons oes reQseîgn<»aQe&s, se promit de ceniudtre cette jeui»e Blanche que tout k village

&A SOHATB.

bldt honorer $ et lu jeune Variiika, ta filte, témoigna de son €6té le plaa TÎf désir de voir et d'entendre celle qui avait eu le bonheur d'employer ses taiens à conserver sa mère^

Dè$ le lendemain i à peine les habitans du village se furent41s retirés , que Tambassadeur et m £uniUe, après être descendus de calèche, à l'entrée de Saint -Grutien» revîûreat , sans siûte, se {riaoer au bàs de la croisée de madame de Voranges* Blanche exéOutait en ce moment les phis riches variations du Pag russe; ce qui lit tressaillir cette honorable famille , en même t^nps qu'il augmenta l'intérêt qu'inspirait d'avance la jewie virtuose. Lorsque Blanche se fut livrée à toute la richesse de «on talent , et qu'elle n'eut plus entendu les applaudissemens accoutumés , certaine que les villageois avaient regagné leurs demeures » elle mit un instant la tète à la fenêtre pour respirer l'air , et aussitôt elle entendit ces mots que prononçiit une jeune voix avec la plus touchante expressicin i « Sauver sa mère et posséder un pareil talent I oh! qu'elle doit être heureusçt n Bhmche, attirée par le

94 CORTU k HA PILLE.

charme de ces paroles, s'avance toaUà-fait à la croisée, cherchant des yeux qui pouvait parler ainsi , lorsqu'une seconde voix, beaucoup plus forte que la première, lui adresse ces mots : « Ne soyez pas surprise , Mademoiselle , que chacun envie votre sort , et s'arrête pour vous entendre. Daignez agréer les félicitations de l'ambassadeur de Russie et celles de sa famille. » Blanche , étonnée et confuse , se retire aussitôt et ne sait que répondre. M. de Yoranges , qui se trouvait près de sa femme , se lève précipitamment, et, prenant sa fille par la main, l'oblige à paraître encore à la croisée, pour répondre ce que l'usage dictait en pareille circonstance, lorsqu'une troisième voix, ' remarquable par un accent étranger , proféra ces mots avec douceur et dignité : u Si vous ^' êtes la plus heureuse des filles, celle que vous avez sauvée doit être la plus heureuse des mères. » Blanche répondit, en balbutiant, qu'elle était cotffuse d'aussi honorables félicitations , mais qu'elle n'avait fait que remplir son devoir. La conversation commençait à engager, lorsque M. de Voranges, descen-

LA 80R4TK. 9S

dantsans rien dire -à sa fille, ouvre la porte de sa maisonnelte et. invite l'ambassadeur et sa famille à daigner se reposer un instant. On accepte ; Blanche parait à la voix de son père , qui la présente d'abord à l'ambassadrice. Celleci lui. présente à son tour Varinka, dont la figure charmante , la grâce et le maintien séduisaient au premier coup-d'œil, et commandaient le respect et l'intérêt le plus tendre. M., dé Voranges n'hésita point à faire un récit fidèle de ses malheurs et l'éloge de sa chère Blanche. Pendant cet entretien, Varinka ne cessait d'attacher, sur elle ses regards. L'ambassadrice lui dit qu'elle osait se flatter qu'il .lui serait permis de profiter d'un si heureux voisinage, et qu'elle lisait dans les yeux de Varinka tout le plaisir qu'elle aurait à se lier avec, une personne aussi digne d'attachement que de considération. M. de Voranges et sa fille répondirent avec tous les égards dus à tant de prévenances^ et promirent d'aller , dès le lendemain, dîner chez l'ambassadeur. La réception qu'on leur fit n'était point celle des grands envers leurs protégés , mais la preuve

f« coirm A SA nLLs.

tMchafttede rettime et de Fkitérèt que Biattche înipîrttt à tous oe«x qui pouTfttéiit la counattrt^ La société, fMiur ne pas ifitimider la jeuBe pcrsODOe, était œ joar4à peu aoittbreiièe, nais dioisie el eompoaée d'iumê des arta« L'ambassadrice, qid cultirait êgaleoieiit la musique, exécuta sur le pâane la même eMMte de Nadermana, et dit à Blanche i « Dès ^'en TOUS a entendue l'exéculer, Mademoieelle, cette sonate deytait chère, et je Tai envoyé prendre ce matin chez son auteur, pour TOUS en fidre hommage à mon tour, et

vous la faire entendre » Yàrinka, qui

joîgnaiit à la Toix la plus belle et la plus étendue un goût particulier et la plus briHante méthode , chanta plusieurs airs italiens. Blandie, charmée autant que surprise, offrit à la jeune personne de l'accompagner sur la harpe. Yarinka, excitée par le beau talent de Blanche, fut plus expressive que jamais, et ravit tout l'auditoire* Cooune elle recueillait des appiandissemens mérités, elle dit, en portant ht main de Blanche contre son cœur : m II est si avantagciux d'être accompagnée de la sorte!

(Al ^ve je ferais dé piN^grèt «ifavaU ié bon*" keiir d'avoir teaè les jours mi parai guide ! — Je ydtis ofl&^ de.bCNi bte«ir tous met soint , i^ pondit filaadbe^ foft éitlue; oui, pendant le tedipe qa'îl Bie reste encore à pataer auprès "de na oiâte ^ je m'engage à Tenir aooompagner la jeune princesse dont les talefis > j'ose le prédire , ne tardaront pas à égaler la beauté. ^^ Je n'osais pns ¥otts le demander» liii dit l'ambassadrice : la ixmiraleseettoe de madame voire mère allant de mîelix en mieux , 3*11111 moi-même lui de^ mander la |;ràce qne tous tovIcé bien accorder à ma iUe ; et j'entreTois déjà que je tous de* Traî» Mademoiselle , la perfisction de ses tslens , et «elle de soUooeuT. »

Ces projets forent suÎTis aVeo exactitude. Blancke attait tous les matins au cbftteau de l'ambaisadeur de Russie 1 et le soir la jeune princesse la ramenait en calècbe auprès de madame de Voranges. Souvent elle partageait avec oUe tons les soins qu'elle donnait à m mèxe* On conçoit que oe doux partage des de^ voivs et de l'étude établit entra les deux jeunes porsonnes un «tlacbetnent q^ devint d*autant

9S courts A SA riLLB.

p]i|8 fort, qa*il était fondé sur une mutuelle estime. Varinka ne pouTait plus se passer de Bknche, et celle-ci oubliait auprès d'eUeles mfilheurs de sa famille. Enfin l'époque à laquelle Blanche devait quitter Saint-Gratien arriya. Sa mère était entièrement rétablie^ et le célèbre facteur de harpes réclamait sa chère élève. Blanche fut, avec son père, foire ses adieux au château de l'ambassadeur. Une altération pénible se remarquait sur son aimable figure ; elle ne pouvait surtout regarder Varinka sans qu-aussitét ses yeux se remplissent de larmes. Enfin , pressée de questions , elle avoua le motif de sa visite , et annonça que le soir même elle retournait à Paris, u Nous séparer! s*écria Varinka en s'enlaçant avec elle; non , Blanche , non , mon amie ! Vous m'avei fiiit connaître et chérir la vertu ; je vous dois tout le talent que je possède y et surtout cet amour des arts qui fait le charme de la vie : .vous m'avez donné de l'amitié une habitnde, un besoin , que nulle autre que vous ne pourrait remplacer dans mon cœur. Blanche , nous sommes insépai;ables* » M. de Vorangea, qui,

Là flORATI. 03

de son cité , cherchait à cacher son émotion ; allégua les engagemens de sa fille avec Thonnéte facteur de harpes, son appui, son hienfaiteur, et Tunique source des secours et des consolations qu'ils avaient trouvés dans leur désastre, u Non , non , ajouta Blanche avec force et résignation , je ne puis manquer à la reconnaissance que je lui dois. — S^l est aussi bon , aussi généreux que vous le dites , reprit vivement l'ambassadeur de Russie ^ il ne peut s'opposer à votre bonheur. Restez auprès dé Varinka; soyez son guide ^ son aînie. Je vous r^;arde dès ce moment comme, ma seconde fille, et c'est vous-même, dit-il, Mademoiselle , que je chargerai du sort de vos respectables parens. ^ — Le prince est l'interprète dé mes sentimens ^ dit à son tour l'ambassadrice : non, tant de qualités réunies ne doivent point être victimes des caprices du sort. Je conduirai moi-même Mademoiselle chez le facteur de harpes , et j'espère le déterminer à céder à nos instances. Ce* n'est point en qualité de harpiste, ni d'institutrice, que Mademoiselle ha* bitera parmi lious , mais comme le modèle de

100 xoiiTBo A mk mu.

toiilea les Ttrtus , cMome m tiéiorJqpie'le Cid nous a &H découvrir pour le bonheor dr Ta* nnka. Restes , atmahle Blandbe , resletf , poursunraît VaBdba«sadri<aK , en la preoeani dnâffieo bras ; soyez ans» ma «ecoade fille. )»

M. de Yerangea œ put résisixv à de» offres si tonchantea. & ne pouvait troanntp d'expre»* siona peur peindre sa joie et ^ reeennainanee. Il eounil anssitét aiwoiicer à sa fieema le be» heur de leur fiUa^ et s'en £âieiler avec die. Pendant ce teoqpa, raanhassadnce fut ette- Blâme à Paria^ avea Uancha et Varinka.^ cbes rbooaète facteur de harpes » qui sauscanrit au sort avaatageui de son élève chérie, meâs ter HmgQft ttéanmoiaft tous les regrets qu'il mnài de s'ea séparer* Madame de Vorsogea , à fii eet heureux événemenl. saaik reod» danoifr* velles forcés, fui en état de m reudre an ch^ teau de l'aBAbassadeur. Li| joie fut générale^ tout ce qui eon^^iesait la auilft de ce. prince sa ftUcitait de voir nue jeunn p^nonne aussi ac^ compUe iuifiaUée pacw eun $ et depnia est heurei» îour persnwaeL un fiijl; troni^ dans l'espoir qu'ai nvaîfc comeit* L'anhasanienr ^

LJi MITATI. WA

son épouse n'eurent qu'à s*ii|iplandir de ee qnUls avaient Mi. 11$ luisurèrent à Blanche un '«ort digne de ses tsiens et 4e ses rares qualités. Afonsieur et madame de Yoranges retrouvèrent enfin l'aisance et le bonheur ; mais ils ne voulurent jamais quitter leur maisonnette , quelques instances qu'on leur fit de s'établir au château de l'ambassadeur. Blanche et Varinka devinrent plus intimes que jamais ; et, comme elles éprouvaîentehaque jourle besoin qu'elles avaient l'une de l'autre , elles se promirent de ne se séparer qu'à la mort.

Quant à Célestine , elle continua son état de iingère, oii bientôt les dons multipliés de sa sœur et la haute protection ' de l'ambassadrice de Russie la mirent à même de prendre à son compte un magasin qui devint en très-grande vogue dans Paris. Blanche allait souvent la voir; et, quoique parvenue à un sort très-brillant , elle prenait les plus grandes précautions pour ménager l'amour-propre de sa sœur.

Celle-ci, qui lui devait l'aisance dont elle jouissait , la conservation de sa mère et l'oubli de leurs malheurs , reconnut enfin que jamais

101 GOHTBS A HA nUB.

"on ne doit perdre respéranee; et que , malgré les coups les plus cruels du sort , on n!e8t jamais sans ressource quand 0 reste celle des talens.

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