I.A PETITE BIBLIOTHÈQUE VIVANTE
S'n est quelque défaut qui , tout en nous ridiculisant, nous entoure d'ennemis irréconciliables^ c'est la pédanterie. Rien dans le monde qui soit aussi fatigant, aussi dangereux , que ^ette manie de citer à tout propos , que cette prétention de tout savoir , que cette habitude choquante de trancher sur tout , et de s'ériger en censeur des nouvelles -productions, soit d'art ou de littérature. Si ce défaut déplait dans les hommes , même les plus instruits, il devient insupportable et révoltant dans une femme : il détruit sa modestie , gâte son esprit , altère sa douceur , et la conduit insensiblement à une emphase et à une boursouflure qui la rendent le jouet de tous les vrais savans , la fable et le fléau de la société.
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Mélanie, fille de M. de Saint-Lambert, homme de lettres , connu par plusieurs ouvrages couronnés de quelques succès , était douée de la mémoire la plus étonnante. Il lui sufi&sait de lire deux ou trois fois un livre pour en dter les passages les plus difficiles , indiquer la page oii ils se trouvaient , en désigner les errata. Elle n'avait besoin que de parcourir une histanre, un cours d'études, un traité scientifique, pour se les rappeler avee exactitude. Allaitelle «u spectacle , 6lle répétait, en rentrant ohes son père , des vers nombreux , des tirades entières. Assistait-dle à ime séance académi- <|iie , elle analysait avec nne fîicilité surprenante tout ce qui avait été lu , dit et disonté. Mélanie , en un mot ^ quoique fort jeune encore , était une espèce de petite bibliothèque vivante qu'on trouvait rarement en défaut , et qui long-temps fit les délices de son p^. Celui-ci, distrait par caract^e , et souvent manquant de mémoire par excès de travail , n'avait pas de plus grand plaisir que de consulter sa fille sur telle ou tdle époque historique , sur tel ou tel passage des auteurs anciens
xA Pinm BniuoT]|]fcQ«s 9 etc. là5
et modernes. Il se livrait à cet usage iyec d^autant plus de channea , que , par ee moyen , il s^îmagîiiait enricbir la mémoire et former le goàt de sa fille chérie.
Mélànie^ de son oèté , s'étudiait à satisfaire les désirs de ion père , qu'elle regardait comme le premier de tous ses ririsux dans la carrière des lettres. Elle^||it «es ouvrages comine autant de chefs-mlnvre , soutenait qu'on ne pouvait y remarquer le moindre défaut ; et , si quelquefois elle' se trouvait au spectacle à cÀté de certain critique judicieux qui relevait quel- «pies fiEiiites échappées à M. de Saint-Lamhert , et que le public avait laissées passer , Mélanie dbputait avec chaleur, soutenait que la criti* que était injuste, et s'oubliait au point de traiter d'ignorant l'homme de goût qui avait acheté à la porte le droit d'émettre son opi<nion.
Si Mélanie se fût bornée à défendre les pro* ductions de M. de Saint^Lambert , qui souvent reconnaissait lui-même la justesse des obser * vatîons qu'il avait entendu faire sur ses ouvrages , et s'empressait d'en profiter , on n'eût
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TU dans tout cela que l'élan de l'amour filial , que l'effet de l'aveuglement d'une jeune fille sans expérience , pour un père adoré ; mais la jeune savante poussait la présomption jusqu'à vouloir persuader que personne ne faisait rien de bon; que tous les succès nouveaux étaient le fruit d'une cabale stipendiée ,- qu'Us ne pourraient jamais se soutenir ; qu'enfin il n'y avait que les ouvrages de son père qui pussent honorer le siècle et soutenir la gloire de là scène française.
Ces ridicules jactances, que Mélanie avait grand soin de ne faire jamais en présence de M. de Saint-Lambert , éloignèrent insensiblement de lui jusqu'à ses plus fidèles amis. Vainement son caractère franc et modeste était-il connu, on ne pouvait croire que toutes les observations mordantes que faisait' Mélanie sur une pièce nouvelle fussent l'effet de sa pédanterie et de sa superstition ; chacun croyait iqu'elle ne faisait que répéter les jugemens qu'elle avait entendu prononcer ^ son père : et, attribuant à celui-ci les critiques amères dont Mélanie n'était que trop prodigue , on le
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traitait d'homme faux et jaloux ; on s'imaginait que sa modestie et sa franchise n'étaient qu'un masque adroit qui couvrait un amourpropre excessif et le désir «oupable d'humilier tous ses rivaux.
M. de Saint-Lambert était loin de s'imaginer qu'il perdait chaque jour ce qu'il avait de plus cher, l'estime et l'amitié de ceux qui comme lui cultivaient Tes lettres. Il ne savait à quoi attribuer le refroidissement qu'il remarquait en eux , et crut d'abord en trouver la cause dans plusieurs succès de suite qu'il avait eu le bonheur d'obtenir. Mais bientôt il reconnut qu'un motif secret et plus puissant éloignait de lui toiis ceux qui , peu de temps auparavant , recherchaient ses conseils et son intimité. Jaloux de se concilier ses confrères , dont il croyait toujours mériter l'estime , il ne put supporter plus long-temps leur indifférence , et s'en plaignit à plusieurs d'entre eux. Les uns persistèrent avec adresse à lui en cacher le véritable motif; les autres , par prudence où par calcul , feignirent de lui rendre toute leur amitié : un seul eut le courage de lui dire que c'était
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Mébmie , qu'on regardait comme son écho fi^ dèlCy qui lui idiénait chaque jour tons les ocDurs , en critiquant avec outrance et déchirant sans ménagement les ouvrages nouveaux qui paraissaient.
Surpris autant qu'affligé d'une pareille découverte 9 M. de Saint*Lambert redoubla d'at^ tachement et de considération pour l'homme franc et loyal qui lui avait révélé cet important mystère. Il résolut de détruire le penchant funeste de Mélanie , mais avec adresse , et surtout en évitant de lui faire le moindre reproche* Cet homme de lettres ^ qui sentait toute la dignité de sa profession, et qui voulait en même temps remplir les devoirs sacrés d'un instituteur et d'un pore , n'employait jamais ces maximes scolastiques , ces remontrances austères qui fatiguent l'élève et détruisent sa confiance. Il commença donc par s'imposer l'obligation de ne jamais se séparer de Mélanie lorsqu'elle irait au spectacle ou dans quelque réunion* Là, se tenant toujours iiuprès d'elle, il était le prepiier à applaudir tout ce qui était bien, à excuser tout ce qui était mal. En peu
LA Flim BIUIQTSfelIfS, STC< ID»
de temps îl amena se fille à èette 'leléranee qpiî eeole déveleppe te génie et perfectionne le taie»!, il lui fît sentir que , avant de blàm»r un cuvrage, on doit considérer la peine et le travasl quHl a dû co^er à Fautettr; et que sonvent la réflexion loue et htàt par adnnrer ce quNin jugement précipité avait semblé condamner an premier aspect.
Une aventure ; jMresque inévitable pour tout .famnme qui se livre à la camère périlleuse du théâtre , vint ajouter Fexemple au précepte , et donner, pour la première fois, èi Méhinie, 1» preuve convaincante que Thomme le plus expérimenté peut s*égarer dans sa marche, et que personne n'est kifailHble.
M. de Saint-Lambert était à la veille de faire jouer au Théâtre -Français un ouvrage en cinq actes et en vers , sur lequel il fondait l'espoir d'un grand succès , et l'un de ses phis beaux droits à la célébrité. C'était une comédie de caractère , où il avait réuni tous les efforts de son imagination. Le sujet lui en avait été donné par Mélanie qui Tavait puisé dans un vieux recueil d'anecdotes. La pièce avait été reçue
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par acclamation : les comédiens lui avai^it accordé un tour de fayeur ; les répétitions araient réuni de nouveau les suffrages; en un mot, tout oflfirait le présage le plus flatteur. Mêlanie voyait déjà son père couronné publiquement et membre de TAcadémie ; sa joie et sa fierté brillaient dans tous ses mouvemens , dans toutes ses paroles. Enfin ce grand jour arriva : les amis de M. de Saint-Lambert , ou du moins ceux qui se disaient tels , vinrent en foule , dès le matin, réclamer des billets d'autieur , pour soutenir, la pièce nouvelle , et la défendre des atteintes de la cabale , toujours apostée par l'envie pour disputer à Thomme , quel que soit son mérite , le fruit de ses travaux et sa plus douce récompense. Mélanie , qui regardait comme certain le triomphe de son père, fit elle-même la distribution des billets aux différens officieux qui se présentaient ; et, loin de les inviter à défendre l'ouvrage , elle semblait leur dire qu'ils n'auraient que des applaudissemens à mêler à ceux du public. M. de Saint-Lambert, malgré toutes les apparences qui le flattaient, était loin de parla-
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ger la sécurité de sa fille. Il savait , par expérience, que ce public, sur lequel on compte, est souvent inexorable sur les fautes qui nous échappent; et que le moindre défaut peut, au théâtre , détruire tout*à*coup les beautés fondamentales de l'ouvrage le plus soigné.
Six heures étant sonnées , Mélaaie se rendit avec son père au Théâtre-Français. L'élégance de sa toilette, l'hilarité répandue sur sa jolie figure , sa contenance et sa démarche assurée, tout annonçait qu'elle était sûre d'un succès. Elle eut même l'imprudence de se mettre sur le devant de la loge qui lui était réservée , et de faire briller aux yeux du parterre toute sa joie et sa sécurité. Enfin la toile se lève. Le premier acte , qui offrait une exposition claire et intéressante , réunit tous les suffrages. Le second acte, quoique moins fort de détails et d'action, le soutint avec le même avantage. M. de Saint-Lambert, qui avait l'habitude de ne jamais se séparer dé ses acteurs en pareil cas, se livrait, malgré toute sa modestie, à l'espoir le plus doux. Mélanie, ivre de bonheur , s'avançait le plus possible sur le
us COimM A MA tlUMk
derant^sa loge, a^tail avec ^kx , un bouquet dkarraam ifa'«tte teaaîi 4 Ul attin. Son haU éiait entendu de tontes les persemes q«i renvirontiaîent : <eUe «e nommait tout haut fa fille de l'andeur, se iglorifiait dWw fonnule sujet du eheM'œuFre qu'on rejf»rés«Alait, eîtatt «yec adresse plusîe«r« vers de nos poètes le» plus célèbres^ et faîsnt p«ra<]k d'înstnic* taon, d'esprit et de jactance. Le tiH>isîèine acte conaMnça. Cétaît le pliM grand écueii à francbif .: c'est ordîoaîremeat lie «oeud fondamental d^n ouvrage en cinq actes ; •celnt^oî jw fut pas aussi lienreux que rayaient anomiDé les deux premiers. D'abord les appiâudissemens cessèrent et.ûtvnt place «an silence 1« plus im^ posant , qui bientôt ait suân de quelques murmnires, lesquels furent aceovpagnés du brait décbirant des sîilsls. Le quatrième acte ial plus orageux encore» An milieu du cincpiièHie oa fut obligé de baiftsejr ia ioile^, et la pièce \opba daos tojutes les règles.
Mélauie croyait rêver. Elle cria d'abord à rignopsènee, à l'ûiîttsttGe ^ au scandale; nuôs, foroée de céder à l'iapraiMrtiaa d^m grand
LA Pintt B1IK.I9TlibQflm, ETC. Ï14
ndHAre'de geb$ hntruk^ -qui ï^enlbumietit , elle se rèAigia an fond de sa i«g«9 pâl«, sHetooieuse , efieuillanrt pftr dîstf action le beàtt bott^ quet «qai sen^lait ise fkirer dans «es mains. QiKind tout le nKAiÂe fttt sorti ée la salie , elle rejoignît «on père au Ibyer ^des acteurs , et s'élaneant dans seîs bras , les yeux monillés de larmes amères , *elle s'écria : « Vit- on jamais ime pareille cabale? — l'*en isd isemarqué une^ en effet , assez opîniAtre , répondit M. de Satnt^ Lambert avec ealme et résignation ; c\st ceHe qtn a roalu défendre un mauvais ouvrage contre «»i ptMie éclèôré qui eti a fisit justice »
Mélanîe, cétotbndue et ne trouvant plus itioyen de défendre la pièce d'après tm aveu si formel , se retira avec son père , réfléchissant sur ce eruel événement , et comrâençant à se conv^iMcre que sotivent ^opinion , qui nous earesse le plit^, est loin/dè mérîtet l'appi^ation générale. Cependant Pardeur que Mélanie n'avait cessé de rtiontrei» pôwr l'étude , «et ses prétentions & devenir lin jour àiftetrr elle-même , ne f^tim, <qo'aeéro!tre sa manié des i^itattions , et ootflinuèrent de plus -en plus à lui attirer f e
TOHC II. 11
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surnom de la PeNie Bibliothèque vivante. Un antre évtoement assez remarquable, et malheureusement très-rare parmi les gens de lettres , vint porter une nouvelle atteinte à la fierté de la jeune demoiselle, et lui prouver que le premier des talens est de savoir s'apprécier soi-même. La mort d'un auteur célèbre rendit vacante une place à l'Académie française ; un grand nombre de littérateurs et de savans se mirent sur les rangs pour l'obtenir. Ceux-mèmes qui n'étaient connus que par de légers opéra , par quelques bouquets à Ghloris , et même par de simples bouts-rimés; osèrent se mettre sur les rangs. On les vojait parcourir dès le matin toutes les rues de Paris y assiéger la porte de tous les membres de l'Institut de France , se glisser dans les cercles, se faire admettre dans les diners oii ils pourraient les rencontrer. D'autres, aussi présomptueux et moins délicats , intercédaient auprès des académiciens , par tout ce que l'intrigue peut suggérer ; d'autres enfin , se targuant de leur opulence et de leurs titres, s'imaginaient ache. ter des suffrages ,à force d'or , ou les com-
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mander par autorité. C'était, en un mot, une agitation continuelle dans toute la république des lettres. M. de Saint-Lambert, malgré les droits qu'il pouvait avoir à cet honorable choix, ne voulut faire aucune démarche. Le mauvais sort de son dernier ouvrage était trop récent. Il savait, en homme instruit, que la dernière impression du public Tempéche souvent d'indemniser l'auteur d'une chute, par l'énumération de ses anciens succès : il crut donc ne devoir point se mettre sur la liste des aspirans. Mélanie ne cessait de lui faire , à cet égard , les plus vives représentations : « Quoi ! disaitelle , quand on a comme toi des succès nombreux et soutenus , lorsqu'on a brillé dans plus d'un genre ; tu pourrais hésiter à réclamer le juste prix de tes travaux ! Si toujours il me fut si doux d'être ta ûlle, pourquoi me refuserais-tu le bonheur d'en être fière? » fille ne manquait pas d'accompagner ces reproches de citations que lui fournissait son heureuse mémoire, et prouvait à son père que de tout temps les hommes les plus célèbres avaient brigué l'honneur d'être membres de l'Acadé- .
11« Cm%VA 4 mS VILLE»
mie. Usi$ pi les reprociies to^chaiu^, «i les nombreuses citations de kk Petite £itbît(4hàqMfi vivante ae purent déterminer M. de ^a^al- Lamber^ à £sâre aucune déniarche pour ^vî« Instruit , peu de temps après , qi^e celui de sc^^ confrères qui lui avait ouvert les yeux, sur l'im^ prudente jactance de sa QUe , et qui , comme lui, était honoré de succès nombreux^ désirait la place enviée par tant de p^mde ^ sachant en outre que les honoraires de cetfe place étaient nécessaires à Texistence d^ ce digne ami , M. de» SainV-L^mbert mit tout en oeMn'e^ invoqua tous ses partisans , tontes ses protections en faveur de cet homme e^tipdçj^le ^ et il eut le bonheur de contribuer à sa nomination. Ce trait géiiéreux concilia tous le$ cœurs à VI, de Saint-i^ambert,, et le fît citer partout comme le modèle des littérateurs <^t d^a amis. Le nouvel académicien lui voua pour la vie Testime la plus profonde et l'attaobeineat 1* plus inviolable. Mélanie seule regrettait» mais en silence, que son père ne se fût pas in^rit au rang des candidats. Sa présomptioni lu^ lai* sait croire qu'il eût réuni tous los su&(l«;«!S«
lA mSTI BIBMOJHJbQCS 9 ETC. 11,7
Q^y plw#ir i^ur eUe de le yoip ce^^t 4êi Iau-t rÎ0r sM^dtoique ! Quel droh R*auraU-^He {)«$ e« d'tteellr^ le<»l bmvt «a p«»«§e, de ori^i^ev à ftQB gfé » de pvevcmeer tu? ^«|e« kfi produc-i tJMM Kltémreft! U Stte d'^Oe «ead^nnîcien t qui j«iDM8 eit eeé le coaftredîre?>.., Atai^ U &11^| eéd^ i^ le jiueté^e rifevreote que $on ptee e'élftk M», à )ir}«>aiéme, et: femdte d'^^pr prouver la wmm^o^ de 9«a sm.
Jifi jqur o« eet 9LW Cul reçu i^r YAcs^dfym fir^oeise, M:^ de Saiutnjiaïuben e^nauça k oMin à sa i^Ue qu'il suçait dew biUe|$ , et qu'il «ureiUe plai^ÎB de la e«8tdi»1re i^ celte nuposaute cérémonie. Mélanie , pouff quî tQiUe f^h^M de ce g[eiire ^teH u^ Hiwvea» w^yeu d'exercer ses haulei pi^fceiilians }k le «eieaee, et de ae faire pe^verquer p^ le^^ uembreusee citâ^tiens do»t elle aveit opoé ssi mftqioipe ^ ecoepU avec en)pr e$sçq^ent l'offre do seii p^re , et se diqfms(| ^ raooompag&er. J[sim(âs sa p^uteirie u'^^yèit été plus peiï^rquahle* Elle n'ouvrait la bou^ çlp^ que pour T^it^p td pe^î^age des auteur» ^LDQÎe^^» tel fragwjent de» plwî beaui^ poèmes.. (Ile poMsseil m^medi^puis ^el^ii^ loivp^ e^^^lfi
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ridicule manie jusqu'à réciter des vers d'J7orace et de Virgihj dont elle avait étudié, comparé, commenté la traduetion française; et, quoiqu'elle ne sût aucunement le latin, elle en prononçait souvent quelques phrases , afin de persuader aux personnes qui ne la connaissaient pas particulièrement, que rien ne lui était étranger. Lorsque M. de Saint-Lambert faisait avec ses amis quelques citations latines devant sa fille, celle-ci avait toujours le plus grand soin de s'en faire donner la traduction ; et quelquefois elle faisait par la suite une heureuse application du texte, tant sa mémoire était heureuse !
M. de Sain^Lambe^t, qui jusqu*alor8 n'avait pris aucune précaution pour citer devant sa fille des passages latins , et qui surtout était loin de penser qu'elle en fit un recueil aussi fidèle, ne fut pas peu surpris d'entendre, à la séance académique , Mélanie répéter plusieurs vers d^ Horace avec un aplomb et une justesse qui firent croire à tous ceux qui l'entouraient, qu'elle était versée dans les langues anciennes. Le feu qui brillait en ce moment dans les yeux
LA PITITB BnUOTHÈQVB, BTC. 119
de to PeUtB BMùahèque vivante, la noble fierté de son maintien et la gravité tout-à-*fait plaisante avec . laquelle elle s'exprimait , causèrent à M. de Saint-Lambert une telle surprise, qu'il fut lui-même presque tenté de croire un instant que c'était une savante véritable ; mais réprimant , non sans beaucoup de peine , plusieurs éclats de rire que lui inspirait le caquet pédantesque de sa fille qu'il feignait de ne pas entendre , il se promit bien de la guérir de cette extravagance , et de la ramener dans les limites dHine femme modeste et sensée.
L'occasion se présenta le jour même. En sortant de la réception du nouvel académicien, qui fut approuvée par les applaudissemens d'un public nombreux et choisi , M. de Saint-Lambert rentra chez lui avec Mélanie ,^ encore tout électrisée des difiërens morceaux littéraires qu'elle venait d'entendre , et surtout du discours éloquent du récipiendaire. Ce. discours, en effet ,i avait produit la plus vive impression, et Mélanie en avait retenu plusieurs citations latines dont elle demanda
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Ift traductîoft à son père, tt» traient se reiicitè ^èlque^ heures après died le noiiTea» m&m* fore de l'A««détme, «[ui ies «vast «tiTiOls au grand diner d'usage^ Ce dtaer plaisut d*«tt^ tant }phBi^ à A» Pei^ BUikothè^ idv&taè^ qu'elle étah bievi sâre d*y Mneontrer des homutmes <célèbr«ë qui iie mampieraient fÊ» d'eu- 1er leurs Tichesses^ étdelsrire de naaabreiscs citalâoiis , 'detatt elle espérait grossir «on recueils Mb de Saint-iiambert , ^ui lisait dans le cceor de sa fille miieux ^qu'elle me le ^ensbit, se mil à jaser arec elle sur la «éanee Àupésanfee k la* quelle ils venaient d'assister. Il énuméra «tsc eitiphase toutes les préregaiives de 4a sdence, soutint qu'elle élevait ThMiiifie le plés sin^pk, 4e plus obscur en apparence ^ tni^dessus des gêné les plus punssané. Mélatiie^ qui creyait que son p^ se livrait à DeiMe la haiiftettr dfe son mérite ^ à liout l'éla^de sa ptiosëe^ déferait, TecueMait chaque mot q« ewrtwl <de la boudhe de M« de Saint-LaMiiei^. damiBsil né lui aftait paru plus profond, wfilvs éloquent : u ^ui , ma €llè , s'écria44l'M||îestMabernent ^ k savoir et le taiea* dialing»eai aeuls
LA PETM lintt^OtHÈ^tÈ^, ETC. lit
les homiile^..i... , tt tHftàm^ dit t)itèh>h......
dàn^ son Afi poêimm.,. Mais j'onbtle qae tu ne sais pas le latià. — Qu*i<Dpoite ? dis t<HijoR«rs, ificm ipèrè ; j'aiihe à ^mier ma mémoire 4e tous ces passages èés gfkHék hdmmé^ de l'antiquité. '-^ Eh biéËl reprit M^ de SjHUt-Laiabi^^ Où céfDfo disait! tttSiTii/lift g>i0^ êerêiitfuh.^.^i* Ce qui yetit dire eh ^raii^àië : La ieiéhte dmne le droit de rire de foui. — Oh ! que c'est iniefi dit! s'écria Méldiiie, f^ répt§taQt : Laêdmèe cfoUTte iédrùU de tire dé i(mt.,i £ki effet, con- -tmoa la jeune pédante-, ette noas met telleinent àu-dessds des imtt^es, elle établit «ne si "gk^iide distancé , qu'on pecft rire à leurs dépéiid, bans ihème qu'ils s'en ^donteot. ie ne suis i^los sut-prise que Ton èite ànssi so«iVeiA 'Cicéf:on. Répète-ifùdi , je t'en supplie^ répèteinoi ce pas^ge làtin Une sente fois ^encore , et je te promets dé le iretenîr bien €dâleme»t. *^ u Stulta eufn detidiculay i> i^épétà bien distmctémént M. de Saint-Lambert d'uh toti {fk^Ve et sëtftendeiix. u Sh»Ua , la seience , suiH , donne, éuiit , le droit, deUdi^ de rire detoiÉt. ^ -^'Gek lëë suffit, répondit Mélanie;