‹ Contes à ma filleChapitre 36 sur 43 · TOME n · texte numérisé non relu

TOME n

un GOHTBS A Hà riLLB.

c'est une vérité trop beUe pour que je Toublie jamais ; et si tu me permets d'apprendre le latin, ainsi que je te l'ai déjà demandé plusieurs fois, je me promets bien de savoir par cœur et de pouvoir réciter en entier YArtpoé-: tique de Cicéron, — Mais il est près de cinq heures., reprit M. de Saint-Lambert ; voici l'heure où Ton se réunit chez notre ami ; ne nous faisons pas attendre. » Mélanîe . partît donc avec son père, qui lui donnait le bras, et pendant toute la route elle ne faisait que répéter tout bas le beau passage de Ctcéron^ ainsi que la traduction qui lui en avait été donnée. Arrivés chez le nouvel académicien, ils trouvèrent en effet l'assemblée la plus imposante. C'était l'élite des hommes les plus marquans et les plus aimables. Plusieurs femmes, belles et modestes , avaient été également invitées pour égayer et embellir cette fête , une des plus intéressantes qu'on eût données depuis long-temps. Mélanie , 'qui comptait bien Êôie une ample collection de mots heureux et de citations, se plaça eptre deux vieillards vénérables qui paraissaient jouir d'une haute celé-

là rirm BiBUontQOB , ne. ist

brîté. L'un , rif ^ enjoué , et conservant encore toute la fraîcheur de ses jeunes années , était à la droite de ia Petite Biblidkèque vivante; l'autre , plus sérieux , assez brusque et taciturne , était à sa gauche. Après les propos et les compUmens d'usage , Mélanie , excitée par le plaisir de se trouver entre deux savans aussi respectables, donna insensiblement essor à ses prétentions littéraires et à sa manie des citations : ce qui surprit d'abord les deux vieillards qui l'entouraient , et leur fit croire qu'elle était d'une érudition profonde ; mais bientôt Mélanie , entraînée par le désir de se faire passer pour savante , séduite par l'étonnement de ceux qui Técoutaient, enivrée par leurs éloges et leurs félicitations , s'égara insensiblement dans la route difficile qu'elle avait entreprise, et finit par citer des passages tellement faux et ridicules , qu'on s'aperçut aisément que tout son mérite n'était que dans sa mémoire ; que son caquet brillant n*était que Vécho de ce qu'elle avait entendu ; qu'en un mot ce n'était qu'une jeune pédante , dont il était facile de mettre l'adresse en défiiut.

Vwmkh yi^lkrd pl%9il ^ sa 4)P0itc» rofuM la 9lm^r deaatteiata» qu'on lui postait de tuotea parts, Femp^h0i)d^ètBet»|ouetdela Ki^«il»ro«s« société qui $e trouvait rémm iwùs «ip[ siguo que fit à propos M. do SainJhLaviliovt , % Tius^ u do sa fille , aunonça que noQ-sfttkmeat ilrne ^noaivait pas Hiawiraîa q»'On s'amusàlaux dépenode kk Pêiih Mibli0tkèptéifwamt09 nais que mèmt il désûrait qu'on Ini dounM la leçon que méiîtaîl soD extraTog^té p*6tentiii«^

Le vieux saTaufc qui étail h la ganthe de Mékoie , détirant sécoiidei^ les ûitentiions do M. 4e Saint-Laitobèrt , feignit d'adndvor lavasle éruditioB de la laus^ savante , et lui Si à spn tour fes phrases les pkis osatoires , les plus mattendues. Mélaaie s^ûsissail tout a?eo avidité ; et, croyant que son esprit vaste ol bfilT lant avait seul dérid6 le front de ee vieiH^vd austère, ell^ redoubla de babil et de c^tation^^ Elle pftrta TaveugleBient et la présomptioa jusqu'à ce point qu'elle osa laueer i^uaieofs passages latins que souvent elle estropiait^ Quûs avec lesquels elle s'inaginait ravir et aurprai^ dre tous les auditeurs. Faisant enfin tombe» la

ç(tf^Y«arsftMo^ «ur. \^ a?^f|t;«0e8. 4e la ^«W9<9, ell^ rép^t^ t^s gi^a94^$ maxignça ^'elle ^jajf, ev^f ^4^ p;pp6^w i so^ père , p<;, ^t a^ vieilr

smrjuri§, que riçci ^'é^it con^paj-^Wp a^f^vqjfr,

IcQUS les ^i^tçp»;, « E^, oonunç le # tr^s^él^n g^emipent CicérçR, aJQma-Hlle ^yçij eutbPH-i

tpii^ i^S gçqs i«s^TUit^^ qui as^içit^çnt ftii (j^n^ la

r^^^^^^% w éçl#t 4e we , gaç4p. ^i s^lepc^ ^q ^f^Tm pireeid ci[i.çw^ ppMT l'ç%li dç r^dBpirfition au'çUe ÎAsp^rç, « Yo^^ f^y^ ^u ce p^s-» filge 4#p^ Çipér^? lui dit Iç ft^^Yt^Rt pla()^ ^ ^ g^iic)^^. TTT- Oi^i, Mo^8iei^r> 4an^ Ciç^o»* —: Ç^ ciH çf^, Vil yoM$ p^i^lt? -^ Q£|ds SQfi 4it<

i)U0 tpwt l€i H^w4e, ttP MMVpI ^çWt.4«i rWr

Aiç d'i^ t^a gr^y^ et rfpçtofial î PWi , îl WieiW, (^ pa«s9g^ es|. 4^ (^tcéf^, et £|it p^i^^ie 4» $0111 ^f4 f^tiqnç, ^ r«tt4roi^ o^ , fais^i|t Xél9«^ 4(9 \^ «i^e9fi#9 il 4it : u i'fuftii |ff«^ f^^

ise colins a ■▲ ntiB,

diàuia n ...• La sctetuse donne lé dr&U de rire de iaui. — Etes-Tous bien sûre /Mademoiselle , lui dit le sayant aimable , souriant malgré lui , que ce soit la traduction de l'adage latin que vous venez de citer! — Très-éùre, Monsieur, répondit Mélanie avec assurance , et je vais vous le traduire : Stulta, la science, sum donne, culay le droit, deridi, de rire de tout.... » Les convives, et jusqu'à M. de Saint- Lambert lui-même , ne purent en ce moment s'empêcher de rire aux éclats ; ce qui commençait à faire croire à Mélanie qu'elle s'était trompée ; et la voilà qui recommence et répète mot à\mot la traduction du passage latin , et chacun de recommencer à rire de la jeune pédante. « Je ne vois pas , réprit-etle encore, ce que peut avoir de risible la belle maxime de Cicèron : quant à moi , je la prends pour devise, et jure de n'en jamais changer. — Ce se- ' rait bien dommage , lui dit affectueuaiement le vieillard qu'elle avait à sa droite. — Je le crains pour vous, lui dit brusquement l'autre vieillard. Eh ! ne voyez- vous pas que depuis une demi-heure on rit à vos dépens. Vous ne corn-

LA rirm BIBUOTRftQVI, BTC. 137.

prenei pas, je le vois bien , ce que signifie votre Siulia 9um deridicuia ; je vais, moi, vous en donner l'exacte traduction : écoutez bien..*. iSWffft^ je suis, stuHa^ une sotte, deridicula, très-ridicule.. •• — Qu'entends-je ! et me serais-je en ejQTet abusée à ce point ? dit Mélanie d'une voix altérée. — Oui , Mademoiselle , cela veut dire : Je suis une sotte très-ridicule. Demandez plutôt à tous ceux qui savent le latin. J'avais bien raison de vous dire , reprit doucement l'autre» vieillard, qu'il serait dommage que ce fût là votre devise. — Quoi ! mon père , balbutia Mélanie , en portant sur M. de Saint- Lambert des yeux égarés , serait-il bien possible?.... — On vous a dît la vérité, ma fille, répondit-il avec fermeté , en portant à son tour sur elle le regard le plus sévère. » Mélanie comprit, à cette réponse foudroyante , que son père avait eu l'intention formelle de la corriger d'un ridicule qui blessait à-la-fois sa modestie et la tendresse qu'il lui portait. Elle sentit que les prétentions littéraires , et surtout la manie des citations, sont impardonnables dans une femme; et que, lorsque ses goûts

119 GOIlfl À HA riHl'

OU un pABôhaot irré^ttibl^ m ont fyi% um a^ Taate vérit^dd^, loin d'^n f«ire fmrude, sm premicp devoir, «oa plus grand iM>in dût être de le caober à tCMit k «lond^.

^efjrtsnr

Ifi ifJUJ^qojH |»s VïWBRiqsfu

Si lapFOcle^ et ^ pipétei|tioa4ép)8|i8eiM^ ism Wiç fe|I^ne , Viffipr^J^ice et la )>i;u«iuerij^ 4cm( eocora plus réyplt^at^. i^s^ Qatjvffe a 4onp6 ^ chaque ses;* Ws 4tl;ri]^ta qifi lui CKWvie|Ma#«^« Piç a traïf^ ^^ seiitief qu'il 6Mâ|^ pecipia %< çhncuu de pr^dpe , i^t, marqua la, limUç qu'il ne pfi)4t d^paaser.

1^9 p^s bel oruepient de la gvào^ et de la h9^ul[( , ç'e<l| la décefice qui ^u double touA lea çbignaea) la tiaudjiléi]Qièa)e.s^iiil4e èti^euQatlmt io^épar^ible de radoleaceppe,

VL deFp^B^f^l, ^ucien» 99^m dagdaie, ^9^ ipeuifl^ en^ Fr^iupe «prèii de lopga voyagea d'ou^ra-iMev 9 qui l'i^Yaienl ipetecm aép^ de ^ f^oiQJie pe^dptat |i^u«( de dûi: sm^ H babitf4t , dfifnjs p^u d? tenap^, un^ b^ «mon

ISO C01ITI8 A Hà riLLB.

ie campagne , située près le château de Yincennes ; il jouissait en paix d'une honnête fortune , prix de ses longs services , et cherchait à réparer les yices d'éducation dans Comélie , sa fille unique , qui se trouvait loin d'être digne du nom respectable qu'elle portait. Privée de sa mère peu de temps après le départ de M. de Francastel , et alors âgée à peine de quatre ans , elle avait été confiée aux soins d'une ancienne femme de diarge , épouse d'un des gardiens du château de Yincennes. Elevée pour ainsi dire jusqu'à l'âge de quatorze ans dans un corps-de-garde, et au milieu des jurons itfilitaires, elle fut, dès l'enfance, accoutumée à une brusquerie si prononcée , à dès expressions si étranges, que, malgré .tous les soins qu'avait pu prendre depuis son retour M. de Francastel, il ne pouvait efiacer la trace des premières impressions de sa fille, ni la corriger de toutes les escapades auxquelles elle ^tait accoutumée. On la voyait sans cesse porter des fardeaux pesans, se disputer avec les enfans du village, les colleter , les terrasser, et rentrer chez elle sans coilBiire, les cheveux en

LB BIAGOR OB TlHGBRIfBS. 131

désordre , sa robe crottée et son fichu en lambeaux. Tantôt elle gravissait sur les collines les plus escarpées, grimpait les murailles et sur les arbres les plus élevés , afin d'y dérober des fruits sauvages ou les nids des oi^ seaux; tantôt elle s'occupait dans la basse-cour à charger du terreau, à le porter dans les jardins, où, la bêche à la main, eUe piochait, arrachait et culbutait tout ce qui s'ofirait à sa vue. Tantôt elle entrait aux écuries, préparait elle-même la litière , vannait l'avoine , tourmentait les chevaux , les montait à cru , et les conduisait ensuite au galop dans tous les environs , jurant par-ci, riant par-là. Enfin elle s'était fait uQe telle réputation, qu'on ne l'appelait plus que le Dragon de P^i§icennesn

A travers cette brusquerie et tant d'extrafvagances on remarquait dans Cornélie les premier resqualités du cœur , qui souvent faisaient excu • ser la rudesse et l'impétuosité de son caractère;. S'élevait-il dans le village quelque dispute, aussitôt elle s'y mêlait , se mettait du côté du plus faible et par sa hardiesse et la vivacité de ses expresisions elle parvenait presque toujours à

132 courts A tA rttùs.

une réëbûciKàtion dômplète. Quelque miiBiettreux ^eiâît-il inalride, estlropi^, hMs d*éllll4e travailler , Cornélîe allaft auprèè de liii , |)^^ tant tout ce qui Itii était nécessaires et plilÉ d'une fois bh là vit se tj^ouiller de s^ prè^^^ vétemefis pouf* en fëtë^ rihdigëàèë , tm^an^ ser qiielqne blessure. Si , diâs 'èës ^in^s-^ tju'ellè faisait pre^cfue toujôni^ vêtue Ht homme on en amazone , nn fusfl de eiiàsse k la inain, la carnassière "saf le dos, 4^ie IMcontràitune Voiture engagée dàins tiiîfe î^rniéft ptbfdnde , elle -poussait à la ¥oiïfe , dît risque "êb se brotteir de Ta'eétè stùk "(iiëdë , de V-êcorche^ lés iàaîns et de se fouTe)^ iiii iiS^». 6i ^p^Iqttè jeune pâtre avait -pétdii dMtts l*niiinMlM befe de Yincennes une ^éffî^ê bu quelijtùès tàtm" tons tonfiés à sa gaîtle , «Hé èe joignait à lui, pârcdiiralt toutes les issues du bois, ^'èlle connaissait thieux ^dé penonité^ ^ ne renWit qu'après atoir rècbMuit à T^tâble ranittal dotithipé¥te ttiihnèbtMëe \àyaît èaùsé tant de chagrin. En ûh mot, c-êtiiit un inélatige inconcevable de doucet^^tHè ftrtts^uérie, de patience et dé ViVaettë. Alitant èés -màaièfes

et sm langage repoussaieal w preniier abovd , au^nt |sa|3konté^ Hqb déyouement et aa Ivan* chUe ]ui ccmeili^i^nt tous les owurs* Sa figupe , ipoique h^ume par Ub. rayonsi du aoleil et les marebea forcées qu'elle faisait chaque jour, était d'une régularité renuirquable, et surtout d!une expressiau dont le c(«ur ae pouvait e^e défepdre. S^ t^iUe était iiyelte et 0^iestueuse , .sou maintien noble et imposant, L'exemee poptinuel qu'elle faisait avait tellement augr meqté les forces qu'elle ayait reçues de la allure, que 9 h peine parvenue il l'adoleicence , elle parnissait être dans la force de TAge^

M. de Francastel employait vaiaemeiit. fous le^ moyens imaginables pour dompter le jçaraçtère étrange de sa fille , si peu compatible avec son sexe. La mettait-il dims \e$ metlleuxe$ maisons d'éducation 9 bientôt elle escaladait les murs des jardins , et revenait à Yincennes. Prenait^il chez lui quelque institutrice aimable et imposante 3 Comélie se moquait d'elle , et troi^vait toujours le moyen de se soustraire ^ sa yigilanee. La faisait-on suivre par quel- /que domestique, elle s^ plaisait i^ l'égarer

TOHE II. 13

1S4 C01ITB8 A SA riLlI. '

dans les bois y et lui faisait faire des marchés si longues, qu'il était forcé de s'arrêter, et la perdait de vue aussitôt. Chasser^ bêcher, courir, charger des bétés de sçmme, et se porter partout oi^ l'appelait la bien&isance, telles étaient les uniques occupations du Z>neigon de F^irtcennes. Le ti'avail de l'aiguille, les instrumens , la danse , et surtout la moindre étude, tout cela n'était qu'un -fléau insupportable, auquel Cornélie ne pouvait s'assujettir. Aussi, quoiqu'un moment d'atteindre à sa quinzième année; elle était de. l'ignorance la plus absolue , et ne savait mèine jpàs lire.

M. de Francastel, après avoir usé de toutes les remontrances , et lui avoir donné tous les avis qu'avait pu lui inspirer l'amour paternel, résolut d'attendre tout du temps et de la réflexion. Il feignit de livrer Cornélie à ellemême, et de rire tout le premier des èspiè^eries sans nombre et des escapades de celle qu'il appelait lui-même ie Dragon de P^incennes,

Le destin, qui souvent nous sert mieu^ que les projets le- plus habilement préparés , vint au secours de ce tendre père , et lai procura

U DIAQOH OB VlffCUrilM. 1S5

roccasion de combattre avec succès les habitudes soldatesques . de sa 011e. Depuis plusieurs mois le château de Yinceqnes était redevenu prisoa d'Étatv Placé au miliau d'une plaine inmiense et fertile , attenant une espèce de forêt entourée , des plus riches, villages, il offrait aux infortunés que les grands intérêts de FÉtat priv^ent de leur liberté, un air piir, un vaste horizon,. un. aspect vivifiant , en un mot tout ce qui peut diminuer les tourmens de la captivité.

Un soir que Gornélie revenait de chasser dans le bois de Vincennes, portant dans sa carnassière un levraut, six cailles et < deux perdrix, elle aperçut, en passant au pied de la grande tour du château . un petit panier de jonc qui descendait à travers les barreaux d'un des œils-de-bœuf , le long de la muraille , au moyen de plusieurs bandelettes de toile nouées les unes aux autres. Elle s'arrête , attend que le panier soit à sa portée , regarde dedans , et aperçoit un billet dont elle se saisit avec avidité. «Sans doute, se dit-elle, c'est un service pressé qu'on réclame , ou peut-être . un

aris important qu'on Toudrâit faire dminer à

quelqu'un...;.. MoAleu! faiit^ii que je ne

•acke pas lire!*.;... à mon âge, moi là &^t d'un ancien capitaine du géme ! Oh ! c'^st bit^tt en ce moment que je maudis ma paresst^^t ma

mauvaise tète'. Et peut-être le malheureux

prisonnier qui réclame mon assistance, n'a-t^t qu'une minute ^ qu'cm seul insliAnt....» Morbteu! Àut-il que je ne sache pas Ureu.» I »

Entrainée par la singularité de cette aventure , et plus encore par son penchant nattirel à obliger, Comélie, réfléchissant, nial|g[ré sbn étourdérie, qu'il serait dangereux de coibitteitre la inoindre indiscrétion dàus une pareiUe circonstance, résolut de ne réT^êler son secHA et de ne fair« lire l'écrit qu'à son père. £ll« se rend donc à la hâte auprès de M , et r«6onte ee qui vient dé ^e passer. M. ée ^ralateastel prend le billet des mains de sa fille , et lit ces mots : « Un ancien officier général p«at-il espérer que vous aurez le co«n*agé de bn rendre un service important? — Oui, parUeH! j'aurai ee courage-là , s'écria ComéUe "av^e la plus vive tmpt^ssion» -^itépondiftz-mofi, de

£K VUM&K M mwaWWKS, tST

gHtoe, au bas de oe billet: et, )M>ur s%»ai^ ti*« rei: doucement le panier qui tne remonlera vol»^ réponse. — £h! vite, mon pare, écris en mon nom : u Comptes sur mùi. » -^ Un «ornent, ma fille: -secourir lès malheureux est «m devoir ^acré saés danle^ mais favoriser un prisonnier d'Ctat, sanii le eonnallre, sans savoir ce qu'il prbjette, «e qu'il exige.jk«. — Et qu'importe ? reprit Carnélie plus vivement encQi^.; îi dit qa'il a besoin dé moî^ qu'il s'aig^t d'im Iserviee irnivortant t cotaunent résnteir à cela? £t puis il se dit un vieillard; c'est ai respectable ! Figllre^oi , mon père , être à la plâeé de eteft officier géoértd : ne serais-tu pas affligé d'un reAis aussi dur, mtÊBÊà désespérant? N'empêche pas que ta fille fasse une bonne action. Réponds vite , je t'en sup* plie. Ah ! que ne puisrjé le &ire moi-mémie !... Ventrebleu ! &«t4i que je ne sache ni lire ni écrire ! »

M. de Franeastel, ïséduit par l'élan généreux du Drégfm de P^ifHfènnes , et méditant^u projet qui pourrait faire sur sa fille la plus forte impression, ae détermina donc à tracer

1S8 coifTBs k là mu.

au-bas du billet ce que désirait Cornélie , qiii retourna à toutes jambes au bas de la grande tour , et suivit ponctueltement ce qu'avait indiqué le prisonnier.

Le petit panier remonte aussitôt, et peu d'instanis après il redescend de la même manière, contenant un paquet sous cachet volant , que Cornélie porte de nouveau à son père. Sur le dessus, ces mots venaient d'être tracés au crayon: «Lisez, et que le Ciel vous récompense ! » M. de Francastel défait à l'instant le paquet, qui contenait le portrait en miniature d'un vieillard respectable , en uniforme de général ; à ce portrait était jointe une lettre conçue en ces termes :

u Ma cbèrs villk ,

» Un de nos prisonniers vient d'acbever ce » portrait , que je comptais te remettre à notre n première entrevue ; mais ta longue maladie ï» m'ayant jusqu'aujourd'hui privé de ce bon- » heur 9 j'ai voulu qu'il te fût remis pour l'an- » nîversaire de ta naissance. Puissé-je n'être » pas trompé dans mon espoir! Les moyens

LB »aA601f M VIHCBRIIBS. 1»«

» que j'ai employés tiacment dii prodige : queln que impénétrable que soit' la forteresse où je )» suis enfermé , il r.6de quelquefois des anges » protecteurs des malheureux , et c'est un de )> ces anges<4à qui veut bien être auprès de toi » mon interprète. Bénis-ie ,, comme je Ici fais; » baise mille fois ton vieux .père dans ce por- » trait, aime-le toujours; prends courage , et ». crois que sous un njionarque équUs(ble, l'in- » noc^nce triomphe tôt ou tard de la calomnie.

-î» Le général S***. »

Au bas était écrit, par post-scriptum : » Je » manque de livres , et n'ai plus ni fleurs ni

» fruits » L'adresse était : u A madame

» la comtesse de*** , rue Saint-Dominique, » n*», 14. »

(c Je monte à cheval , et j'y cours , dit aussitôt Cornélie. — Doucement, ma fille; n'oubliez pas qu'une seule imprudence pourrait perdre votre protégé et nous deux avec lui. Je connais votre étourderie; cette comtesse, dont nous ignorons encore le nom , exige qu'on l'aborde avec précaution, qu'on ménage sod

1A9 «Mim ê. HA vn.u;

état et M Mmifotlké : t'est Hiei wenaA cpn ftnî le ttvesMge. -^ Je te recatmais Mèii là, réfM»'dit Gomélie, eu le courraDt de baiaers. Ya^ ttoA bob père , va rendre te hoftàmur et la yie à la ûlYt de iin»i drer pinsonbler ; kttioi , pen^ dant ce temp^-tà, je yias kri portertout^^qiil hii est nécessaire, n

A peine M. de FranéasDél fnk-il parti seul pour Paris, que X^om^ie te>ill«Qt è la Mte cneiUir les plus belleii fleurs ^ les ^nèiUeai^ fruits, au»iuels die joignit plusieurs livres qu'elle fy% prendre dans la bibliothèque de s<m père 9 et s'empressa d'afler retttettre le tout an prisionnier, qui, descendant à plusieurs reprises le petit panier, se trouva amplement potâTU de tout ce qu'il désirait ; mais coninié rignorance du Dragon de F'incennes égalait ta bovH:é de son cœur, le pauvre reclus ne trouva dans les Hvres qui lut étaient offerts pour cbarniet* ses loisirs , que le Ttàùé dhi Blason , VAhnanach royal et ha Comptes-fa^ es Ba¥hne. La jeune étourdie avait pris hidistihctëment les premiers v'olmnes qui s'étaient thmvés sètos sa Mjiain. Le prisonnier ne pou-

LB .MABON 91 T1IIGBII1IB8. t4l

Yâîl revetiir dé i» sorpiiae; il cnit d'aboéd qu'an Toukdt leplaitmter^ et coininençaît & craindre d'avoir md placé sa cenfiaUce^ €epeil* dant, lorsqu'il «dosidérait la beauté des fruits ^ le ehoix des fleurs (qui aceompaguaient cette étrange colteetien , il ne pouvait doutnr du zèle et de rintérét qu'il avait inspirés.

ComéUe, s'imagifeiaht avoir rempli tous les voàux de son eh^ prisonnier ^ était i^atrée dbez elle heureme déee qutelle venait de faire. M. de Francastsl ne tarda pas à revenir de Paris ^ et fit parlajg^ à sa fille toute l'ivresse <)u'il avait reaséntte dans osn mMsage ^ toutes les bénédictions dont on l'atait eoad>léé II étnt porteur d'une lettre pour le vwuk gênérai , que Cornélie se chargea de lui porter le leadeuiain an soir v k l'henrè aceoutuovée , se promettant bien d'accompagner ce trésor de fimits choisis et de fieilrs nouvelles.

M. ëe<Frakicastel^ qin , pendant son absence ^ afnit réfléchi JBur le projet qu'il formait d'a-p Mener Gemélie à la douceur et à la décence ^ qui sont l'apanage et le preeÉîer onKéownt di^ son sete^ ne a'ooonpa phis qu*à acûvrè àan

141 CORTM A HA fILU.

plan. Admis , comme ancien militaire distingué , dans la société du gouverneur de Vincennes , il profita du temps que Gornélie passait au pied de la grande tour , pour aller se concerter arec ce gouverneur, et le prier de seconder ses desseins. De quels efforts , de quels sacrifices n*est pas capable le cœur d*un père !

Gornélie , après avoir fait ses offrandes , et remis dans le panier la lettre que son père loi avait donnée, rentra plus joyeuse et plus folle que jamais , portant sous ses bras cinq à six volumes que luiavait descendus le prisonnier, et auxquels était joint ce petit billet, que lut M. de Francastel :

« Je vous rends les livres que vous m'avex i> donnés à lire. Je suis trop vieux pour m*in- )> struire dans le blason , et n'ai point de com^ i » tes^ rendre. »

Cette énigme fut bientôt éclaircie par M. de Francastel , qui , examinant les différens volumes que Gornélie rapportait en triomphe, ne put retenir plusieurs éclats de rire , et lai fit connaître combien était ridicule la lecture qu'elle avait procurée à son respectable |m«-

LB DRAGON DK VHVCSKNIS. 148

tégé. « Quoi ! disait Gornélie , rouge de dépit et de honte, j'ai pu ofifrir à cet honorable vieillard un Almanach et les Comptée de Barème! il aura dû croire que je voulais insulter à son malheur. Morbleu! faut-il que je ne sache pas lire! — Ce n'est pas ma faute, répondit M. de Francastel d'un ton très-marqué ; j'ai employé tout ce que la patience et la tendresse paternelle peuvent inventer pour t'arracher à l'ignorance , et te soustraire au néant oii tu te plonges à jamais. — Oh! reprit Gornélie , ne te fâche pas , mon bon petit père ; on sait 'bien que tu n'as aucun reproche à te faire de mon défaut d'éducation. Il est pénible pour toi , il est révoltant pour tout le 'monde : je commence à m'en apercevoir. Ôh! si je pouvais réparer le temps perdu! si' mon coeur pouvait une fois commander à' ma • tète.', i • . . ! » Ces paroles prononcées avec tout l'élan de» la franchise et du repeptir, furent pour M. de Francastel d'un heureux présage, et le firent persister plus encore dans la grande entreprise qu'il avait mé<tttée. •

Le lendemain, en> déjeûnant avec sa fille.

144 CORTM A K4 IfLUI.

i) s'entretenait de TaTenture de la veille, et déjà ila commenoftieiit à di^^ourîr tous les deux sur les jouissances que procure une édi»eation soigna , et surtout sur les qualités les plus e^entielles dans pne femnie lorsque le gouverneur du château, entrant d'un air sfMubre et mystérieux , demanda à leur parler en particulier.

Dès qu'on eut fermé toutes les portes, le gpUYerneur leur annonça que c'était avec regret qu'il leur communiquait les ordres qu'il venait de recevoir. Tirant alors un papier de dessous sa veste» il le remit \ M. de Francastel , qui , jouant à son tour le trouble et la confusion y lut ce qui suit z

K D'après les renseigneniens qui iiuu« ont « été donnés sur la conduite de l'ancien ca- » pitaine du génie, le sieur de Fvancastel, }» qui, au mépris de l'ordre, communique n secrètement avec les prisonniers d'Etat de » Vincennes , se charge de lettres secri^tes pour n Paris, en fait remettre les réponses par la )> demoiselle Comélie de Francastel , sa fille , V qui notamment à été vue, hier au soir, dé-

lE Bfeàaôii iK vnicsmiis. 14s

» ]posant plusieurs effists dans un panier qo'oD

n bissait au haut de la grande tour , ordounons

» au gouremeur de Yindennes de s'assurer de

» la personne des sieur et demoiselle de Fran-*

>» castel , de les déposer dans ladite forteresse ,

)» et de les y tenir au secret jusqu'à plus am*

» pie information.

» .L$ Ministre de h Guerre. »

tt Est-ce donc un crime , s*écpia Gornélie , ayec des yeux étincelans, de secourir un vieillard vénérable , de proléger une victime de la

calomnie? D*ailleurs je suis seule coupa*

ble 9 et mon père ne doit pas être puni de ce q[ue jVi fait, de ce que je suis prête à (aire encore. — A quoi sert de nier que je suis ton complice ? répondit M. de Francastel , jouant la résignation. Rien n'écbappe à r<3eil vigilant du Gouvernement. Il n'est que trop vrai que j'ai porté moi-même à Paris la lettre et le portrait; et, comme ancien militaire , j'ai commis une faute dont je saurai supporter le châtiment avec courage. M. le gouverneur , je suis prêt h vous suivre. — Toi, en prison, mon père!

146 CONTBS A HA VILLE. .

et je le souffrirais ! Ventrebleu! si je prends une arme! — Point de violence, Mademoiselle j reprît le gouverneur , ou je me verrais contraint d'employer la force ^ et de faire une esclandre que je viens vous proposer d'éviter. -^ Comment cela? lui dit M. de Francastel. — Il vous sera facile , reprit le gouverneur , de prétexter un voyage que vous avez ordre de faire pour visiter plusieurs places fortes de la France : vous ajouterez que vous emmenez Mademoiselle avec vous. Vous partirez en effet aux yeux de tout Vincennes; vous vous arrêterez à Paris , et cette nuit , à onze heures précises , vous vous rendrez au château, oiî je vous attends tous les deux. Je compte assez sur votre loyauté , M. de Francastel, pour vou^ faire , jusqu'à ce moment mon prisonnier sur parole. — Croyez , reprit le capitaine en lui serrant la main , que je serai fidèle à la remplir; et recevez tous mes remerciemens de l'intérêt et du zèle que vous me témoignez en cette circonstance. — Ainsi donc, à onze heures précises! ajouta le gouverneur en sortant. Je me trouverai moi-même au pre-

LK DBAOOlf Bl ▼IKCSlflIXS. 117

mier guichet de la forteresse, et yoas conduirai, sans qu'on sache qui vous êtes, dans Tappartement qui vous sera préparé. »

Gornélie ,' se trouyant seule avec son père , ne put s'empêcher de se livrer à tout son désespoir. « Et c'est moi, lui disait-elle, qui, pour prix de ta tendresse et de tes soins , te prive de ta liberté , t'arrache de cette habitation délicieuse , à tes habitudes chéries ; c'est moi qui te réduis à un esclavage qui peut- être abrégera tes jours ! Je me suis retenue de pleurer devant ce maudit gouverneur, pour lui prouver que j'ai, comme toi, de la force et du courage ; mais je sens mon cœur qui s'oppresse ; des larmes s'échappent malgré moi de mes yeux ; le remords , la surprise et

la rage Oh ! mon père, mon bon père, ce

que je souffre est inexprimable. — Il faut bien se soumettre aux coups du sort , lui répondit M. de Francastel, en déguisant tout ce qui se passait dans son cœur. J'étais loin de m'attendre en effet qu'à soixante et un ans passés , après mes longs et honorables services , je serais confondu parmi ceux qui trahissent leur

ut C6ffT)l9 A «A nUK.

prince «tlflpatrîew... Maif écarton$ ces idée« déchirantes , et ne song^oœ qu'irnx préparatifs de notre départ* ».

Cornélie , baignée de pleurs , réunit à la hâte tout ce qui lui était nécesswe. M# de Francastel, qui suivait tous les mouvemens de sa fille , fit , de son c6té , préparer la vache de sa VcHtttre de voyage , conuaanda des chevaux de poste , annonça à ^s gens et dans tout le voisinage quHl allait visiter un grand nbnAne dé places fortes , iainrî qu'il en était imnvenu avec le gouverneur ; et le soir, à l'heure indiquée , il .revint au dliàteau de Vinoennes avec Cornélie. EUe passa la première nuit de sa captivité dans la plu^ cruelle agitÂtion, M reprochant sans cesae TeniprisiDnne^ ment de son père, qu'elle «e pnnnit tnen de âe pas quitler un seul instimt.

Le lendemain matin ^ dès que M« de Franéâstel Ait éveillé, il s^approcha du lîl dl» sa filte, qui n*avait pas fermé raùl de la mil « etcherthà à calmei^sa d<Hilear et les resuNrds. dont elle paraissait accablée. « Non^ s'écâriaît Cornélie , je né me eensolerai jamais d'àroir

prÎTé »<m <|îg«apdre àb 9a liberté. — H ne tient qu'à toi, jBM fille, ée m*en dêdomniager iHilpifffiMiil;, et de me iisû^e J>énîr mon eselftvege. I^aUse^moi t'i^niicher à rigaèniiice éVFimg^ où tu «« restée jueqtt^auJouFd'liiil : empleyons à l*ét«sde tout le tempe que iioits pâMseroiw daaâ eette fortenesse $ et je te fNro>- Pftetft qu'eu «îlifiu de joes lépaÎMev murieulèes nous Ù^ouTeroBB xles pkisil» vrais , et un an» j^ edenekseoieiit amx «oups dont le sort vient de nous frapper. — Tu piaévieiw «ses désirs les ]^l]MdBers, «éfH>n<itt .€ofttélse en l'ettibrassànt natte fois ; dès aujourd'hui je stm ton Geôlière sMmuaest sabéîssante; oui, je veux nét)afér teus wess torts, éevenir digne d'être ta fille, et té rendM , au sein teèt||6 de la eaptivièë , le pies heureux dies pôces. »

OoraéSie remplit fidèlemeat «à pronwslBe; les/ifieriUs»^ km vmtrèbieitt^, et autres expitea^ sioni cehliUakles, qui lui ëiefaïqppQweet à tmit nomenl , ne vmréÉt pl«« sottiilel^ ses lèl^es dé rase. Ses lud>ite dllommfe , et JHsqu^à ceM diamazene, furent «empilacés pair une ii^ise décente eCiansiegue à son sexe. £n moins 4e

180 GOHTU A HA WlllE.

trois mois elle apprit à lire et à écrire; et bientôt après , se livrant à Tétude de l'histoire , de la langue et de la mythologie , elle y fit des progrès d'autant plus rapides, qu'à chaque instant elle y découvrait de nouvelles jouissances dont elle avait été privée. Peu à peu son maintien devint noble et modeste, ses manières gracieuses, sa voix douce et insinuante. Enfin, en six mois de temps elle agrandit son ame, orna son esprit, et se trouva pour ainsi dire créée une seconde fois.

Cependant le gouverneur ayant annoncé qu'il avait ordre d'adoucir, autant que possible, la captivité de monsieur et de mademoiselle de Francastel, leur procurait les distractions les plus agréables, tantôt en leur accordant la liberté de se promener dans les jardins du château, tantôt en les admettant dans les réunions brillantes qui souvent avaient lieu dans son pavillon et dans lesquelles Cornélie prenait insensiblement l'usage et les manières du grand monde. Ce qui surtout la flatta le plus c'est que , à force d'instances , elle eut le bonheur de voir et de connaître le res-

LB DlAOOlf OB VUrCBlIlfBS. 151

pectable prisonnier à qui elle avait prodigué tous ses soins. Celui-ci, convaincu qu'il était la cause de la détention de Comélie et de celle de son digne père^ ne pouvait trouver d'ex* pressions pour leur témoigner son chagrin et sa reconnaissance. Ce qui l'étonnait surtout, c'est que , pour un seul billet et l'envoi d'un simple portrait^ on eût aussi mal récompensé l'élan généreux de la jeune perâK>nne, et fait rejaillir sur son vénérable père l'effet d'une action qui, selon lui , n'avait rien de blâmable , et dont le souvenir resterait toujours gravé dans son cœur.

Le gouverneur ne répondait à toutes ces plaintes que par le silence , et par un sourire qu'il réprimait aussitôt. Il laissait le général de S**"*" communiquer tous les jours avec monsieur et mademoiselle de Francastel. L'instruction profonde et l'amabilité de ce vieillard secondèrent les soins de M. de Francastel , et contribuèrent beaucoup à perfectionner Comélie , que le général appelait sa chère vietimé ; il ne cessait de lui prodiguer toutes les marques du plus tendre attachement. Enfin,

153 covns A mk «lU*

au béni de quelques mois eocore, rimuHifBoe de eet «ficîer général fiK. reconnue par le chef •uprème de TEtat, ainsi. qu'il Tavait prédit « et le fponyernenr vint annoncer avec .jme à eet -lioaihraUe TÎetUacd la lîberlié quW Uâ avant orda«né de lui rendre aiir- le- «basip* M Croyez , laes bmis aaus^ dit le général d^ ^*** i monsieur et mademoiselle die Fraaeastel, croyez bien que le premier usage que je Tais faire de la justice qui.m'eat rendue, cent de aeUîciter en yoUne Careur et dVibtemr v^tre déirvraaoe. — On a pfévenu Tea désirs^ Im répondit le gouverneur : j'ai également l'ordre de ne {dus retenir ici monsseur «t mademoiselle de Francastel. < — Qu'eatends^e ? s'écna €omélié; inon'hon pore Un serait plus privé de «a liberté ! > — il ne le fiMCjamàis , ne* prit le genvnnieur^ c'iést Isa tendresse pour vous qui i'a fait moupriseMinier. Certain qu'il ne pourrait jamak dompter votre isaraèlère et détruire tes fàchenses impressiulis de votre enfance tant que vous seriez dans lesionde, il profiu de votre aventuÉ*e avec le général poar prétexter, de concert aiwc moi , nn mén

11 WM^iî w viseniirEs. iss

«ipltiéo^ ; et renonçant ^ tôtitéê lès délices de im 6ell» habitation , au comàieféé de ses aUftia , t iotk etîstéâêe tout entière , ii a eu le eoung^ de r^it «^enférmei* ftvee Vous, poui^ développer ie» heureuses qualités de votre att<6 , et Vous rendre digne du nom que vous

portes. wA peine le gouverneur avait -il

fait fïette éoottliante révélation , que Gornélie , éperdue dé lOiisîssement et d'admiration, tombé dans ieé bras de son père, respirant à peine , et ne pouvant prononèèr que ees mots entrecoupés : « A ton âge! supporter pour moi

un pareil eselavttge ! O mon père!

mon àini !..... 6 mon dieu tutélâirel que ne te dois-je pas ! — J'ai le prix de totis mes Sacrifices , s'écriait M. de Francastél , en la convTant de seé baisers et dé ses larmes : j'ai vaincu les habitudes de ton enfance , je t'ai ramenée aux vertus aimables qui caractérisent ton sexe; j'ai développé les qualités que tu avais reçues de la nature ; en un mot je suis maintenant heureux et fier d'être ton père. Crois-moi , ma Cornélie , cette année d'esclavage est la plus belle de ma vie. »

154 coims A MA mu.

Le général de S*"*"* joignit ses félicitations à celles du gouyerneur , et se promit de citer partout cette preuve mémorable et touchante de Famour paternel. Il voua pour jamais la plus tendre amitié à M. de Francastel , et lui offrit pour gendre son fils unique , déjà trèsayancé dajcis la carrière des armes. Comélie , chaque jour plus émue de ce que son p^re ayait fait pour elle , se livrait, avec tout l'élan de la reconnaissance , à Tétude des sciences et des arts. Le gouverneur s'applaudit d'avoir secondé M. de Francastel dans une aussi heureuse. entreprise , et fut son ami jusqu'à la mort. Enfin ce digne et excellent père recueillait partout les plus douces félicitations ; et entendant citer Comélie conmie un modèle de grâce et de douceur, il disait; en attachant sur elle ses regards satisfaits! u Qui croirait que c'était là le dragon^ Fincennes ! n

LE GimETIERE DE VILLAGE.

Monsieur de Yandermont , Fun des juges les phis distingués des tribunaux de Paris , unissait aux qualités d'un magistrat intègre et éclairé des talens littéraires qui le faisaient honorer et chérir. De toutes les faveurs dont rayait comblé la fortuné , la plus douce et la plus chère était le fruit d'une heureuse union qui faisait le charme de sa vie. Nisa joignait ^ux. attraits de sa mère , dont elle était l'image fidèle , le son de voix pénétrant , l'égalité dé caractère, et surtout la séduisante urbanité qu'on remarquait dans M. de Yandermont.

Tant de qualités naturelles se trouvaient embellies dans Nisa par tous lés avantages d'une éducation brillante et soignée. Enfin tout *en elle semblait réuni pour faire approuver à

156 CONTES A MA VIUB.

ceux qui la voyaient une seule fois , le tendre attachement que lui portait son père.

Nisa avait été passer, avec sa mère, une partie du printemps à Dijon , auprès d*un oncle de M. de Yandennont, savant respectable, chez lequel se réunissaient chaque jour les gens les plus instruits de cette ville , si féconde en grands hommes. Dans cette société , composée de sages et de sophistes « 11 s'éleviiit de fréquentes discussions sur l'immortalité de l'ame. Slies frappèreqt rwAgin^tion ardente de Nisa, qui, n'étant p)|i< spun l'égide paternelle t acheva d'égarer soa esprit {>aF la lecture de plusieurs livres qu'elle prenait indistincte- 0ient dans la riche bibUothôque de son grand* oncle*

Lorsqu'elle fut de retour à Paria, M. de Yandermont crut s'apercevoir que sa fille était devenue systématique , et qu'elle faisait l'eaprit fort4 11 dissimula quelque temps, et voi|» lut d'abord s'assurer de ce changement étrange.

Un jour qu'ils ^e promenutent enseo^e dans les environs de Paris , M* de Yandennont 0t adrpilement tomber la oonversetbn sur la

LB CUmltll «B TILtAQB. 1S7

Aéeâssilé de yivre dons ce monde de manière à retrouver le bonheur daB« un autre. NiéÀ, tout^à*faift égarée par les fausaes impresftionè qu'elle avait reçues, avoua franchement à 6on père qu'elle croyait que tout périssait aveô nous : qu'il ne restait rien de cet être y ^hef<d'ceuvre du Créateur ^ et que^ d'après cette vérité , on était bien dupe de s'imposer des privations » de èraindre , dans un autre monde , la punition du mal, on d'espérer la récofiipensc du bien qu*on avait fait dans celui-d. Enfin ) la jeune philosophe se déclara matérialiste,

M* de Yandernpiont) renfermant avec pru* dence dans son sein tout le mal que lui faisait sa fille par une semblable erreur, conuneaça par lui citer mille et mille faits pris dans la nature , consacrés par l'histoire , et l'apportés par les hommes les plus éclairée de chaque siècle; il lui fit envisager ensuite tous les malheurs et le bouleversement de rèrdrè social que produirait un pareil système ; et sans emprunter à cet égard les armes que lui donnaient la morale et la religion , il se borna à retrâtéir TOHE u. is

16» C0HTB8 A KA FllLB* .

à Nisa la sécurité de Tinnoceiit qui pérît injustement , la patience et la résignation du malheureux qui souffre, l'espoir consolateur de rejoindre, après la mort, ce que nous ayons tant aimé sur la terre; enfin -cette douce et inappréciable récompense de nos vertus , cette assurance de jouir dans une autre vie du souvenir honorable que nous laissons après nous. « Crois-tu, ma Nisa, disait M; de Vandermoioit , que si quelque jour tu pouvais dire : « Mom père fut, un magistrat irréprochable) il êut rMs^ ter à Vor de. V opulence , aux menaces de F homme puissant y je me glorifie d'être sa fille,,.. » Croistu que ces mots ne retentiraient pas jusqu'au fond de ma tombe , et ne feraient pas tressaillir mes mânes satisfaits ? Tout notre être ne pérît

donc pas » ,•■..•-.

Comme ils discouraient ainsi, leur promenade les conduisit devant le cimetière d*un village , qu'ils jugèrent , à son aspect , devoir être entretenu avec un soin particulier. Les murs étaient recrépis à neuf ; au-dessus s'élevaient des cimes de cyprès et de saules pleureurs. L'entrée était ornée d'un bas-relief en

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