‹ Contes à ma voisineChapitre 6 sur 23 · Le Lutrin, chant I · texte numérisé non relu

Le Lutrin, chant I

à tour la montre et la tabatière qu’il avait entre les mains :

« Monsieur, n’allez-vous pas, dit-il, offrir la main à Mme de Coulanges? »

Réveillé comme en sursaut le distrait llrancas, par un mouvement rapide et spontané jeta la montre de Corbinelli dans la cheminée et plongea la tabatière de Mme Bouvillon dans la poche la plus profonde de son pourpoint.

« Ma montre !! mugit M. de Corbinelli, en se précipitant vers l’âtre incandescent de la cheminée, où par miracle le précieux bijou ne s’était pas brisé.

— Eh! monsieur, ma tabatière!! murmura l’hôtesse stupéfaite d’une si terrible inadvertance.

— Ah! mon Dieu! fit M. de Brancas rappelé à la conscience de l’acte qu’il venait de commettre par le cri du propriétaire de la montre, je vous demande pardon, madame; voici votre objet. N’ai-je que cela à vous?

— Absolument, monsieur.

— En ce cas nous sommes quittes. »

Et sans plus se soucier de Corbinelli, qui examinait avec anxiété le mécanisme de son chronomètre pour savoir si rien n’y était dérangé, M. de Brancas tendit galamment et comme si de rien était sa main à Mme de Coulanges, qui l’accepta non sans réprimer une violente envie de rire.

« Voilà le pendant de l’aventure de la perruque à

Versailles, dit tout bas M. de La Trousse à Mme de Sévigné1.

— Monsieur de Corbinelli, dit Mme de Grignan, je confie Montgobert à vos soins particuliers. C’est peut-être risquer un peu que de confier à un mystique du diable * la conduite d’une jeune personne? Le démon est votre valet de pied.

— Oh! madame, riposta Corbinelli sur le même ton, il ne peut rien arriver de fâcheux à celui que vous honorez du titre de mystique du diable. Quand on a échappé à une distraction de M. de Brancas, on peut tout espérer de la fortune. »

M. de Corbinelli redonna son bras à Mlle de Montgobert, près de laquelle il s’excusa de sa désertion, causée par la chute foudroyante de son précieux chronomètre, et la bande élégante, dont l’hilarité contrastait avec le morne silence de Mmes de Sévigné et de Grignan , prit le chemin de la forêt.

Quant aux deux dames elles montèrent, guidées par l’hôtesse, dans la chambre qui avait été déjà plus d’une fois le témoin de leurs adieux. Mais, loin de s’abandonner au repos, elles se livrèrent à un

1. Voir dans La Bruyère cette aventure racontée d’une manière si originale et si comique.

2. C’était le surnom que Mme de Grignan avait donné à M. de Corbinelli, à cause de ses méditations et de ses élucubrations tantôt sceptiques et hardiment philosophiques, tantôt catholiques et apocalyptiques.

186 LES ADIEUX DE FONTAINEBLEAU, de ces entretiens constellés de recommandations et de pleurs qui faisaient tout à la fois, dans ces heures d’affliction périodique, le désespoir et la consolation de la trop sensible mère de Mme de Grignan.

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La Fontaine, ce moraliste profond, qui cachait sous les grâces négligées de l’apologue, la critique des vices et des travers de l’humanité avait admirablement saisi le caractère de Mme de Grignan, lorsque lui adressant la délicieuse fable du Lion amoureux, il lui disait :

Sévigné de qui les attraits Servent aux Grâces de modèle,

Et qui naquîtes toute belle A votre indifférence près

Cette indifférence qui était le cachet de l’égoïsme à l’état nubile chez Mlle de Sévigné, prit des proportions considérables lorsque la docte toute belle devint comtesse de Grignan et gouvernante de Pro-

t. Le Lion amoureux, fable 1” du IV* livre.

vence. A travers les idolâtries de l’incomparable mère, on voit que la marquise de Sévigné avait souvent à souffrir des rigidités orgueilleuses, des inflexibles philosophies, de l’humeur acariâtre et toujours disgracieuse de Mme de Grignan, dans le têle-à-tête du foyer domestique. Aussi que de fois les solitudes des Rochers i 2 3, les échos de l’hôtel Carnavalet* retentirent-ils des cris et des plaintes de ces deux femmes auxquelles il fallait la poésie de l’absence pour reconquérir une tendresse mutuelle, qui d’un côté au moins ne vivait que de fiction. Un jour M. de Corbinelli, témoin d’une de ces scènes ardentes entre la mère et la fille, scènes où l’épigramme, d’une part, atteignait jusqu’à la satire, où les reproches et les récriminations de l’autre, dépassaient les bornes d’une modération armée, jugea prudent de sortir sans prendre congé. Près de franchir le seuil de la porte cochère, il se trouva face à face avec Despréaux qui venait rendre visite à la marquise. « Gardez-vous bien d’entrer, dit-il au poète, Mme de Sévigné est sortie, et vous ne trouveriez dans la maison que la fée Mélusine avec sa lille Agalia*. »

1. Domaine considérable que la marquise de Sévigné possédait en Bretagne.

2. L’hôtel qu’habitait Mme de Sévigné à Paris, rue Culture Sainte-Catherine. La porte de cet hôtel était et est encore remarquable par d’admirables bas-reliefs de Jean Goujon.

3. Mélusine, selon la légende populaire, était une fée dont les cris et les fureurs se manifestaient dans l’un des manoirs de

Mais les premières heures après le retour et les dernières heures avant le départ étaient affranchies de ces combats intellectuels, de ces tracasseries pitoyables où la tendresse de la mère pour la fille et de la fille pour la mère, sans rester précisément sur le champ de bataille, recevait des atteintes assez graves pour blesser profondément la délicatesse du sentiment filial et le respect dû à la sollicitude maternelle. Des brusqueries platoniciennes, des bouffées de mignardise irascible échappaient pourtant encore, dans ces instants fugitifs, à l’égoïsme orgueilleux de Mme de Grignan.

l’illustre famille des Lusignan, en Provence. Selon l’histoire , Mélusine était la veuve d’un de ces braves Lusignan dont un fut roi de Jérusalem. Cette Mélusine avait assisté à la mort de son époux, au déshonneur et au massacre de ses enfants , lors de la prise d'assaut, par les troupes du sultan Saladin, de la ville d’Ascalon. Elle devint folle et fut ramenée en France avec Agalia, la seule de ses filles qui eût échappé aux opprobres de la prise d’Ascalon. Dans ses instants lucides l'infortunée comtesse était douce, bonne, bienfaisante et accessible aux plus humbles de ses vassaux. Mais quand les funèbres et âcres accès de sa folie la prenaient, elle parcourait, un poignard d’une main et une torche dans l’autre, les tours et les terrasses de son château , et faisait retentir les airs de ses gémissements et de ses imprécations contre Saladin. Souvent Agalia, qui avait aussi, à un degré moindre, la maladie de sa mère, s’associait à ses courses nocturnes et à ses cris effroyables, qui se terminaient trop souvent par une lutte impie entre ces deux malheureuses femmes. Le peuple a bâti là-dessus tout un poème héroïque oû les maléfices et les bienfaits de la fée Mélusine se mêlent aux épisodes les plus pathétiques et aux combats les plus furieux des deux premières croisades.

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A peine en possession de la chambre retirée et silencieuse où elles avaient coutume de se reposer, l’une et l’autre, étendues tout habillées sur les lits jumeaux d’une sombre et vaste alcôve, Mme de Sévigné commença le chapitre, toujours inépuisable pour elle, des recommandations pour le salut, l’éclat et la conservation de la santé de sa chère tille.

La gouvernante de Provence avait d’abord écouté avec assez de résignation les prolégomènes de cette éternelle homélie; mais, quand elle s’aperçut que sa mère allait s’embarquer cette fois dans les méandres de considérations et d’observations d’un autre ordre, elle interrompit brusquement la marquise.

« Pour Dieu, ma mère, dit-elle, n’allongez pas outre mesure les litanies ordinaires de vos conseils : je les sais par cœur. Dans vos lettres je les accepte avec plaisir et avec reconnaissance, parce que le tour que vous leur donnez est constamment ingénieux et original ; mais, de vive voix et dans le prosaïsme du tête à tête, ces avis me causent d’insupportables vapeurs.

— C’est-à-dire, ma chère enfant, répondit Mme de Sévigné, que vous prétendez m’interdire jusqu’à la triste satisfaction de croire que votre stoïque tendresse prend en pitié ma trop expansive affection.

— Je ne dis pas cela, ma mère, mais enfin il y a des bornes à tout....

— Même au respect que l’on doit à une mère trop sensible, interjeta la marquise.

— Oh ! tenez, ma mère, vous avez toujours l’esprit « comme celui d’un vieil avocat, » tourné au formalisme et au pointillage. Votre cousin Bussi-Rabutin n’a-t-il donc pas eu quelque raison de dire, dans le portrait qu’il fit jadis de vous* : Mme de Sévigné est inégale jusques aux prunelles des yeux et jusques aux paupières.

— M’abreuvez-vous assez d’amertume, ma fille ; et faut-il que votre cruel esprits’exerceà me trouver des défauts ou des ridicules aujourd’hui ? Je supporte patiemment les traits de votre incurable malice, de vo tre humeur atrabilaire, à Paris, en Bretagne, en Provence.... mais ici à ce Fontainbleau où nous allons nous quitter 1 peu d’heures avant notre séparation!... Ah! mon enfant, si vous avez la puissance de l’esprit, vous ne possédez pas lagénérositéducœur. »

La trop tendre mère avait prononcé ces timides reproches avec un calme apparent, mais son pauvre cœur était bien gros, et elle se faisait une violence extrême pour retenir ses larmes.

« Vraiment, ma mère, reprit l’impassible Mme de Grignan, vous prenez tout au sérieux, je pourrais

1. Le comte de Bussi-Rabutin, aussi brave militaire qu’écrivain distingué , a fait , dans son célèbre ouvrage des Amours des (jaules, un portrait fort peu flatté et très-peu fidèle de son admirable cousine.

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ajouter tout au tragique. Si l’on en croyait votre doctrine, il faudrait que les amitiés les plus vives se manifestassent sans relâche par des prosternations sans fin ou des encensements éternels. »

A bout de mansuétude et d’indulgence, peut-être Mme de Sévigné allait-elle, par une réplique fulgurante forcer son altière fille à courber la tête sous cet amour maternel si immensément païen et si indignement méconnu par celle qui en était l’objet.... Peut-être aussi l’entretien aurait-il tourné de l’aigre à la fureur, si un incident étrange ne fût venu suspendre les hostilités entre la mère et la fille. On frappa rudement à la porte de la chambre.

« Qui ose venir ainsi troubler notre repos, ma mère, s’écria Mme de Grignan en se jetant à bas du lit, et que font nos femmes pour permettre à des insolents de pénétrer jusqu’à nous ? »

On frappa de nouveau, et plus fort encore, à la porte.

« Qui va là ! fit Mme de Sévigné, qui, à l’exemple de sa fille, s’était hâtée de descendre de son lit et de glisser son pied mignon dans ses mules de voyage.

— C’est moi, c’est moi, ma belle cousine ! répondit une voix haletante.

— Ouvrez, ma mère, fit Mme de Grignan, c’est M. de Coulanges.

— Oui, c’est notre cousin, s’écria la marquise en se hâtant d’ouvrir la porte. Eh ! M. de Coulanges,

par quel miracle vous trouvez-vous ici ? J’aurais gagé qu’à pareille heure vous étiez à table chez le grand prieur du Temple.

— J’y étais en effet invité, répondit M. de Coulanges, mais l’homme propose et Dieu dispose.

— Mais qu’avez-vous donc, mon cousin? dit Mme de Grignan presque effrayée de l’altération des traits et du désordre de toute la personne du pauvre marquis.

— Voilà qui vous en apprendra plus que je ne saurais vous en dire, balbutia M. de Coulanges en se jetant dans un fauteuil et en tirant de la poche de sa veste une lettre qu’il présenta à Mme de Sévigné; lisez, ma cousine. »

Mme de Sévigné prit la lettre et lut à haute voix ce qui suit :

« Vous n’avez jamais passé, mon cher marquis, pour un mari jaloux. Mais les bienséances exigent cependant que vous ne fermiez pas les yeux sur certaines démarches de votre femme, qui doit avoir passé l’àge des légèretés pardonnables. Mme de Coulanges, sous prétexte d’aller passer quelques jours auprès de Mme de la Trousse à Nemours, est partie avec Mmes de Sévigné et de Grignan pour Fontainebleau avec plusieurs cavaliers de leurs amis, dont quelques-uns — c’est le bruit du monde — ne sont pas indifférents à votre vive et impressionnable 375 13

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épouse. Prenez-y garde, marquis, le rôle d’épicurien que vous avez adopté à la cour, et que vous soutenez si bien par votre esprit et par vos talents, vous sied à merveille; mais celui de Sganarelleou d’Amphitryon vous conviendrait beaucoup moins, et vous couvrirait d’un ridicule dont il serait difficile de vous relever et blesserait autant votre honneur que votre esprit.

« Profitez de l’avis qu’on vous donne, et usez de cet éclaircissement en homme de sens et de courage. Méditez surtout les conséquences fâcheuses que pourrait avoir pour vous un incurable aveuglement. C’est l’amitié qui vous offre ce conseil et qui l’abandonne à votre prudence et à votre sagacité. »

« Qu’en dites-vous, ma belle cousine? dit M. de Coulanges lorsque Mme de Sévigné eut terminé sa lecture.

— Je dis, répliqua la marquise, que cette lettre n’est point signée, qu’elle est par cela même l’œuvre d’un méchant ou d’un calomniateur, et que voila le cas qu’on doit faire d’un écrit anonyme. »

Et Mme de Sévigné déchira la missive en mille morceaux.

« Que faites-vous donc là, ma cousine?

— Ce que vous auriez déjà dû faire vous-même, mon cher cousin, si vous eussiez eu dans votre petite cervelle un peu de ce gros bon sens qui vaut, en

mille circonstances de la vie, beaucoup mieux que l’esprit le plus futé et le plus aimable.

— Vous croyez donc, ma belle cousine, qu’il n’y a absolument rien de condamnable dans la conduite de Mme de Coulanges? fit le marquis en respirant comme un homme qui se sent soulagé d’un grand poids.

— Non, mon cher cousin, non, il n’y a point de mal. Votre femme a conservé du bel âge les élans inconsidérés, les saillies d’un caractère trop vif, les allures d’une sensibilité trop expansive, mais ces taches de conduite ne constituent pas des crimes. Et, s’il faut parler franc, mon cher Dolabella1, je pense que dans les torts du ménage, c’est vous qui avez la plus grosse part. N’êtes-vous pas, dites-moi, un petit dissipateur, un petit mutin et un petit joconde de bonnes tables? Ah ! prenez donc votre cœur par autrui, et, si vous êtes si jaloux de votre indépendance, laissez aussi un peu de liberté à votre femme, et ne pensez pas, surtout d’après des dénonciations perfides, qu’elle en abuse au détriment de votre honneur et de votre tranquillité.

— Ma belle cousine, s’il vous prenait fantaisie de me faire Turc, je le deviendrais; je n’ai jamais pu

1. Dolabella était un personnage consulaire , gendre de Cicéron et de très-petite stature. M. de Coulanges était d’une taille fort exiguë , et c’était pour cela que Mme de Sévigné lui avait donné le sobriquet de Dolabella.

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résister à vos discours, et vous avez l’art de me charmer et de me convaincre. En un mot, vous êtes une magicienne dont on ne brave pas impunément la baguette. Toutefois, en m’inclinant devant vos décisions, permettez-moi d’éclaircir, par mes yeux, ce que je trouve d’incompréhensible et d’obscur dans la conduite de ma femme. Dites-moi où se trouve Mme de Coulanges?

— Mme de Coulanges est allée avec Mlle de Montgobert se promener dans la forêt. Elles sont accompagnées de MM. de Corbinelli, de la Trousse, de Brancas, de Rochester et de Luceville, répondit Mme de Grignan.

— Allez les retrouver, interjeta Mme *de Sévi gné.

— C’est ce que je vais faire; je veux avoir le cœur net de tout ceci, reprit M. de Coulanges en se levant et en saisissant son chapeau avec un petit mouvement fébrile.

— Oui, oui, allez-y, mon cousin, et je n’ai pas besoin d’ajouter, inventez un motif plausible pour expliquer votre venue : avec un homme d’esprit tel que vous, les recommandations puériles sont superflues. Vous aborderez la compagnie ni en Barbe- Bleue ni en spadassin : vous vous montrerez sémillant, spirituel, dégagé de toutes préoccupations comme de coutume. Puis, sans paraître pressé le moins du monde, et sous un prétexte frivole, vous

tirerez Corbinelli à part et vous lui confierez le grotesque motif de votre équipée. Corbinelli, vous le savez, mon petit cousin, est un homme à tête froide, à jugement sain, à conseils salutaires; il est votre ami comme le mien; il achèvera ce que j’ai essayé de commencer; il remettra en ordre votre furibonde petite cervelle, et toutes les chimères que de mauvais plaisants ou d’infimes amis ont voulu faire naître dans votre esprit disparaîtront sans retour à la parole claire et sensée de notre cher Corbinelli !

— Ah! reprit en revenant l’excellent marquis, qui avait déjà fait quelques pas pour gagner la porte de la chambre, ne grondez pas vos femmes, mes belles cousines, je vous en prie; j’ai forcé la consigne, il serait injuste de s’en prendre à elles du dérangement et peut-être de la frayeur que je vous ai causée. Je suis le seul, l’unique coupable dans tout ceci, et je serais désolé d’attirer à qui que ce soit le moindre blâme. Pardonnez-moi donc l’incongruité de ma conduite, et ne faites retomber sur personne le mécontentement très-légitime que vous avez dû éprouver.

— Allez en paix , mon cher cousin , répondit Mme de Sévigné ; notre prétendu courroux n’a ni griffes ni dents, et nous nous estimons heureuses au contraire d’avoir pu, par le sacrifice de quelques instants, à la vérité bien précieux, ramener un peu

198 LES ADIEUX DE FONTAINEBLEAU, de calme dans votre cœur et un peu de raison dans votre tête. Allez donc retrouver nos amis et revenez avec eux dîner avec nous. Que le banquet des adieux soit aussi le banquet de la réconciliation.

— Je n’aurais garde d’y manquer, riposta le marquis presque complètement rasséréné, et je n’aurai jamais si bien compris que les heures les plus amères de la vie ne sont jamais dépourvues de douceur quand on a le bonheur de compter au nombre de ses consolatrices des Sévigné et des Grignan. »

Et, après avoir baisé gracieusement la main de ses belles cousines, M. de Grignan, guidé par un marmiton de l’hôtellerie, faune déclassé de la forêt de Fontainebleau , se mit sur les traces de sa femme et de sa nombreuse compagnie.

La subite arrivée de M. de Coulanges à l’auberge du Lion-d'Or avait eu pour effet immédiat de suspendre les dissentiments de langage qui s’étaient élevés entre la marquise de Sévigné et sa fille. La singulière interruption causée par l’aventure burlesco-conjugale du cousin Dolabella avait naturellement modifié les pensées de la mère et de la tille, et dès ce moment l’entretien redevint ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, un échange intarissable d’affectueuses confidences et de tendres plaintes sur l’inévitable choc d’une séparation douloureuse et prochaine.

Peut-être l’apparition de M. de Coulanges n’eutelle pas pour les explorateurs de la Caverne de Saint- Hubert et du Fourré-de-Valentinois 1 les mêmes avan-

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