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RENCONTRE

Par toute la vaste avenue, çà et là, sèchent les arabesques d'arrosage que les cantonniers âgés et tristes y répartirent indifférents à ce que, du tuyau de cuivre dont leur doigt rude modère Je débit, fusât en la solaire clarté un jet de pierreries d'eau ou une prismatique trajectoire d'arc-en-ciel.

Parallèlement à la voie carrossable où la la poussière est éteinte, aux trottoirs de sable, s'adjoignent des pelouses ombrées de bouquets d'arbres le long desquelles le soleil foudroie d'éclairs en éclats les vitres éblouies des façades d'hôtels opposites.

La longue allée fuit vers un bois composant ses masses de feuillages automnaux selon la trouée des routes qui le parcourent, un bois

d'où le vent, h travers les frondaisons périssantes el le subtil soleil, apporte une mémoire de senteur, une illusion tard en l'année qui meurt, de l'été éclatant et passionnel.

Presque seul promeneur à cette heure hâtive et démodée, je m'assis à mi-longueur de l'avenue pour songer au gré des survenances de rêveries.

Les pays, les êtres, les désirs de ma vie, la succession des moi-même, les amas de vaincs pensées, les amours dont la déchéance dénude le charme et l'amertume posthumes —

Parmi tout ce passé épars des illuminations rétrospectives s'allumaient comme ces éclats d'éclairs aux vitres de soleil, des indécisions de périodes stagnaient en massivités des feuillages de là-bas, des heures s'éclairaient d'une subtile clarté, et, avec une insistance à vaincre l'oubli dénégateur de ce qu'elle fût, à dessein amassé sur son souvenir, une figure s'approchait si près que je me levai pour en fuir la présence.

La vaste allée s'alanguissait alors d'oblique soleil, et, sur la terre oudoyée. très loin, apparut la première voiture de la promenade mondaine dans l'orgueil de ses laques et le piaffement trotteur de son cheval harnaché de cuivres et

de cuirs, et au fond, allongée aux coussins, Celle qui avait prévenu ma songerie et que fuyait ma (erreur du passé venait à moi par la fatalité des rencontres. La robe enfouissait ses plis sous une fourrure précautionneuse de quelque frisson vespéral et le visage souriait sous le dôme de L'ombrelle inclinée en arriére.

Elle passa sans me voir et que j'emportasse autre chose de cette cursive vision qu'un éclair d'or secoué à mes yeux par sa chevelure !

J'avais fait quelques pas pour la suivre sous ces feuillages d'automne où elle allait promener son indifférence, et déjà, avec la promptitude des rêves, je m'imaginais l'avoir rejoinle au détour d'une allée. Sansétonnement elle estait descendue: « Viens, lui disais-je,ce bois est triste et vaste, comme fut notre amour, et bien qu'on y marche sur des feuilles mortes, allons aussi à travers le passé exfolié qui est en nous. Traversons ces arbres que troue encore le dernier soleil ; par delà, aux lisières, ii doit finir sur des plaines ou des mers, marchons vers la nuit et nous verrons peutêtre l'étoile. »

Hélas, pour toujours, seul et distancé, je

regardais dans l'avenue, vers les feuillages de là-bas, fuir la vision perdue avec son sourire d'autres soirs, et l'ombrelle inclinée en arrière semblait la défendre par son orbe de bouclier de soie !

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