‹ Contes albanaisChapitre 18 sur 80 · LA BOUCLE D'OR · texte numérisé non relu

LA BOUCLE D'OR

T l était un roi jeune, et qui avait grande 1 envie de se marier, mais il ne voulait que d'une fille d'une beauté accomplie. Il possédait un oiseau, qu'il envoyait dans le jardin d'une femme, qui était riche et avait de plus trois filles. Chaque matin l'oiseau venait dans le jardin et disait à cette femme : Marie ta fille aînée, marie aussi la seconde; mais, pour la troisième, ne la marie pas'.

A la fin, voyant que l'oiseau revenait tous

i. J'omets à dessein ce passage du texte, « ces filles brodaient au métier, » qui appartient évidemment à quelque autre récit.

les jours et répétait les mêmes paroles, la mère s'en alla trouver une voisine, et lui conta ce qui se passait. Et toi, demanda la voisine, que réponds-tu à l'oiseau, quand il t'engage à ne pas marier ta fille cadette ? — Rien du tout. — Eh bien, demande-lui ce que tu dois faire d'elle.

Le lendemain, l'oiseau vint encore, selon sa coutume, et la mère le questionna. Envoie, répliqua-t-il, ta fille sur la montagne, avec une servante, car le roi doit y aller afin de la prendre pour sa femme. Et la mère la fit partir en compagnie d'une servante; elles devaient attendre la venue du roi, selon la promesse de l'oiseau.

Mais la servante, que fit-elle? Quand, de la montagne, on vit au loin le roi qui arrivait, elle poussa rudement la jeune fille qui, du choc qu'elle reçut, dévala en roulant vers le bas de la pente, et finit par tomber dans un puits.

Ce puits appartenait à une reine et cette reine était une négresse, car là se trouvait une ville habitée par des nègres et des négresses, qui étaient fort riches.

En tombant dans le puits, la jeune fille ne s'y noya point; il y avait sur un des

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côtés un enfoncement où elle se réfugia.

La négresse à qui appartenait le puits, envoya une esclave pour puiser de Peau, mais, quand celle-ci voulut remonter le seau, elle n'y put réussir ; la jeune fille s'y était accrochée et ne le lâchait pas. Elle laissa donc aller la corde et courut à la maison dire à sa maîtresse qu'il y avait dans le puits une fille blanche, qui l'empêchait de retirer son seau.

Arrive la maîtresse, qui demande à la jeune fille, qui elle était et ce qu'elle faisait là dans le puits. Je te conjure , réponditelle, de retirer le seau tout doucement, et, quand je serai dehors, je te raconterai comment il se fait que je me trouve ici. La négresse la fit sortir et l'emmena à sa maison, où la jeune fille lui fit le récit de ses aventures. Comme elle était blanche et, de plus, très belle, la négresse la prit en amitié, et elle lui remit les clés des coffres, des armoires et des placards.

Le roi cependant se maria avec cette servante qu'il avait trouvée dans la montagne, mais ce qui lui causait un étonnement dont il ne revenait pas, c'est qu'elle était loin d'être aussi belle que l'oiseau le lui avait

assuré. Au bout de deux ou trois ans, l'ancienne servante devint grosse, et elle eut envie d'une boucle d'or \ Le roi, ayant réuni toutes les pièces d'or qu'il possédait, fit venir les orfèvres et leur dit : Examinez ces sequins et dites-moi s'ils suffisent ou non, pour faire une boucle. Ils répondirent qu'il n'y en avait pas assez, et le roi se mit à aller de ville en ville, pour ramasser des pièces d'or, mais on refusait de lui en donner.

A la fin, il arriva dans cette ville, dont les habitants étaient si riches. Il pria la négresse, qu'il savait être dans l'opulence, de lui abandonner quelques sequins, et elle appela la blanche, à qui elle dit : — Va trouver ma Fortune *, mais d'abord fais pour elle un gâteau, et, quand tu le lui offriras, demande-lui quelques pièces d'or.

Le roi, voyant la jeune fille, questionna la négresse, pour savoir d'où lui venait cette

i . Il s'agit ici de ces grosses boucles de métal, composées de deux pièces semblables, et qui servent à attacher, en guise d'agrafes, la ceinture ou le tablier des paysannes ; elles sont le plus souvent en laiton.

a. Fortune, en turc bakht, espèce de génie protecteur

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temme blanche. Voilà y répondit-elle , elle était allée dans la montagne en compagnie d'une servante, parce qu'elle attendait là un roi qui devait Pépouser, mais la servante, d'un coup qu'elle lui donna, la fit tomber dans mon puits, si bien qu'au lieu d'elle, c'est la servante que le roi a prise.

Cependant la jeune fille revint avec un lingot d'or tout entier, et le roi lui dit :

D'après ce que j'ai appris, c'est toi qui devrais être ma femme, et je veux t'épouser. Il pria donc la négresse de la lui abandonner, et elle y consentit. Ils s'en retournèrent ensemble, et, par ordre du roi, la servante fut coupée en morceaux.

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