‹ Contes albanaisChapitre 20 sur 80 · LA BOITE MERVEILLEUSE · texte numérisé non relu

LA BOITE MERVEILLEUSE

Il était un pauvre homme, qui avait un fils, celui-ci, un jour, trouva un serpent que le froid avait transi, et le rapporta au logis.

En revenant à lui, le serpent dit au jeune homme : Je n'ai pas ici de quoi reconnaître ce que tu as fait pour moi, mais mon père, chez qui tu vas m'accompagner, te demandera ce que tu désires, en récompense du service rendu à son fils. Réponds-lui que

tu ne veux rien autre chose, qu'une certaine petite boîte i ; il y a dedans des cheveux, et, quand on la secoue, on obtient à Pinstant tout ce qu'on souhaite.

Les parents du serpent furent transportés de joie en revoyant leur fils, et le père dit au jeune homme : Que veux-tu que je te donne, pour avoir sauvé la vie à mon enfant? — Il demanda la petite boîte, dont le jeune serpent lui avait parlé. Le vieux en fut fort contrarié, car cette boîte lui était absolument indispensable. Pour cela, réponditil, je ne puis te le donner, mais demandemoi toute autre chose, et tu l'auras.

Sur quoi le jeune homme se leva et partit. Le jeune serpent fit de même. En le voyant s'éloigner, la mère se prit à pleurer et elle dit à son mari : Ne vaut-il pas mieux lui accorder ce qu'il demande que de perdre notre fils ? Elle se dépêcha donc de le rattraper et, l'arrêtant, elle l'engagea à revenir avec elle, afin d'essayer ensemble de fléchir le père. Celui-ci, les voyant l'un et l'autre tout en larmes, finit par céder. Le jeune serpent courut après son sauveur, le ramena,

1 Tabakiéra, tabatière, mot pris de l'italien.

LE SERPENT RECONNAISSANT jl

et celui-ci, nanti de la boîte, reprit le chemin de sa maison.

Or, ces jours passés, le roi avait fait inviter, par tout le pays, les jeunes gens à se rassembler et à défiler sous les fenêtres de son palais : celui d'entre eux qui plairait à sa fille, elle devait lui jeter une pomme et le prendre pour époux.

Notre jeune homme ne manqua pas de se rendre à la réunion, mais, avant que d'arriver au lieu indiqué, il secoua la boîte et se procura ainsi ' un superbe costume et un cheval blanc. Il laissa passer tous les autres, et ne s'avança que le dernier. De tous ceux qui le précédèrent il n'y en eut pas un seul qui agréât à la princesse, mais lui, elle lui jeta une pomme au passage, Le roi l'envoya inviter à monter auprès de lui, et on convint que les noces auraient lieu à quatre mois de là; en attendant, le jeune homme, au bout de quelques jours, retourna chez lui.

Quand il vit approcher l'époque fixée pour le mariage, il secoua la boîte, afin de se procurer un palais. Le lendemain, les gens du pays s'écarquillaient les yeux et se de-

i. Littéralement «. il lui vint ». Vo)ez la note 3 du n° a.

mandaient les uns aux autres comment un aussi vaste palais avait pu être construit en quelques heures.

Le samedi soir, on partit pour aller chercher la fiancée '. Les noces furent magnifiques et les époux, après être restés quelques semaines auprès du roi, s'en revinrent chez eux.

Quelque temps après, le roi eut une guerre avec un autre roi, et, pour venir à bout de lui, il donna l'ordre de rassembler toute son armée; puis il envoya quérir son gendre, auquel il en donna le commandement. La conquête du royaume voisin achevée, l'armée s'en revint. En approchant du palais, le gendre du roi quitta le beau cheval sur lequel il était monté, et en prit un boiteux. Le roi était allé au-devant des troupes, et, après qu'elles eurent défilé, son beau-fils fut

i. Le futur et ses invités y vont en grande cérémonie, voyez le n° 24 et les poésies serbes ; j'ai connu à Jannina l'exemple d'une Albanaise musulmane de grande famille qui, ramenée ainsi, d'une distance de plusieurs jours de marche et par un cortège de plus de cent cavaliers, fut renvoyée le lendemain par le mari. En levant le voile, il avait trouvé une bossue, cas rédbibitoire.

le dernier qui parut, monté sur un cheval estropié *.

Pendant que la guerre durait, le roi avait pris sa fille chez lui. Un beau jour il lui demanda comment elle vivait avec son mari.

Fort bien , répondit-elle , seulement nous n'avons ni serviteur, ni servante; de quoi que nous ayons besoin, mon mari se le procure, rien qu'en secouant une certaine boîte qu'il possède. Alors il engagea sa fille à trouver moyen de lui prendre cette boîte. Je ne sais pas où il la cache, fit-elle.

Dans ce temps-là les oiseaux et les bêtes parlaient. Le roi leur demanda comment il pourrait bien découvrir où son gendre tenait la boîte. Je me charge de la trouver, répondit la souris; seulement, quand vous 1 irez vous coucher, il faudra laisser une lampe allumée. Lorsque tout le monde fut couché et endormi, la souris, ayant plongé le bout de sa queue dans l'huile de la lampe, alla la fourrer dans le nez du gendre du roi, qui été mua si fort que la boîte tomba. La souris de s'en emparer et de courir. Mais,

i. Pourquoi ce cheval boiteux, dont il n'est plus question ensuite? Quelques incidents auront été omis.

comme elle grimpait après un vaisseau, la boîte tomba dans la mer. Un chien qui se trouvait là, fit un plongeon, la retira de l'eau, et ils la portèrent au roi'.

Le gendre, au moment où il éternua, avait senti tomber la boîte. Il se leva et, afin de la retrouver, persuadé comme il était que la souris l'avait emportée dans quelque trou, il mit tout sens dessus dessous dans le palais ; mais ce fut en vain. Sa boîte perdue, lui et sa femme tombèrent dans la misère, alors le roi les envoya quérir, les prit auprès de lui et leur donna de quoi vivre a .

1 . Cet incident n'a que faire ici, il appartient évidemment à une variante du même conte. Voyez aux Rapprochements.

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