‹ Contes albanaisChapitre 22 sur 80 · LS COFFRE MERVEILLEUX · texte numérisé non relu

LS COFFRE MERVEILLEUX

Le roi qui s'aperçut de l'état de sa fille lui demanda qui l'y avait mise. — J'ignore, répondit-elle, quel homme c'était; tout ce que je sais, c'est que chaque soir un nègre m'enlevait et que le lendemain il me rapportait dans ma chambre. — Eh bien, reprit le père, la première fois qu'il viendra te chercher, enduis ta main de la couleur que voici, et fais une marque à la porte de la maison où on t'introduira. La princesse fit bien ce que son père lui avait recommandé, mais le nègre devina de quoi il retournait, et il fit la même marque à toutes les portes.

Le roi, voyant qu'il ne pouvait le prendre, s'avisa d'un autre expédient. Remettant à sa fille un verre rempli d'eau-de-vie, il lui dit de le verser sur l'homme avec qui elle dormirait. Et elle ne manqua pas de le faire.

Le lendemain, le roi fit proclamer ce qui suit par le crieur : Il est permis à tous, grands et petits, d'aller se baigner demain au bain public, sans rien payer. Tout le monde s'empressa d'y aller, et notre jeune homme avec les autres.

Dès l'entrée, on le reconnut à l'odeur qu'exhalaient ses habits ; il fut appréhendé et

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on le mena hors de la ville pour le pendre.

Le nègre apprit ce qui se passait; vite il court sur le lieu et s'arrache un poil de la barbe. Ce poil se change aussitôt en un firman *, qui ordonnait à un certain colonel *, de ne pas pendre le jeune homme, mais bien les gens qui raccompagnaient. Et le colonel se conforma à Tordre.

Cela fait, il se rendit chez le roi, qui lui demanda s'il avait fait pendre le jeune homme. Non, répondit-il, mais ceux qui m'accompagnaient. — Qu'as- tu fait? jamais je n'ai donné un pareil ordre. Alors le colonel, tirant de sa poche le firman, le lui montra.

Le roi demeura stupéfait, puis il envoya quérir lé nègre et lui demanda : Comment as-tu osé faire une pareille chose? — C'est toi qui veux pendre mon fils, répondit le nègre, ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de t'anéantir, toi et ton royaume avec? — Ce n'est pas de cela que je voulais te parler, reprit le roi, mais on m'a rapporté que tu étais doué d'une force irrésistible ; j'ai dessein de t'envoyer dans un certain pays, dont je n'ai pu encore

i* Firman, ordre écrit émané du souverain 2. Colonel, en turc mir-alaï.

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faire la conquête. Veux-tu y aller, oui ou non? — J'irai, mais j'ai besoin de cinq vaisseaux, de trente hommes d'élite et d'une quantité de fer.

Il obtint ce qu'il demandait et partit pour le pays en question. (Or, si le roi l'y envoyait, c'était avec l'espérance qu'il périrait dans l'entreprise). Le nègre trouva là des sauvages, qui l'attaquèrent. Il se servit du fer pour les combattre et en tua vingt-cinq.

Alors, frappés de terreur, ils tombèrent à ses pieds et le supplièrent de les épargner, promettant de lui donner tout ce qu'il voudrait. Il leur prit de l'or en masse, et s'en revint.

Le roi, voyant qu'il ne lui pouvait rien faire, donna sa fille en mariage au jeune homme.

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LA LOUBIE

ET

LA BELLE DE LA TERRE

Il y avait une fois un Valaque «, qui était fort riche et possédait une station de bétail. Un roi étant venu à passer par là, il le reçut de son mieux. La femme du Valaque était grosse, et, cette nuit-là même, elle ac-

i. Valaque, nom donné aux pasteurs nomades, parlant un dialecte roumain, et qui, passant l'été sur les hauteurs du Pinde, en descendent à l'automne, avec leurs moutons et leurs chevaux, dans les plaines de l'Epire et de la Thessalie. En Bosnie, cette dénomination, Vlah, est appliquée par les mahométans et les catholiques à leurs compatriotes du rite oriental.

coucha d'un garçon. Le roi engagea le père à faire apprendre plusieurs langues à son fils, et, lui remettant une croix : Quand ton fils, dit-il, aura quinze ans, donne-lui cette croix, et invite-le à venir me trouver dans telle et telle ville. Cela dit, il partit. Et le Valaque suivit son conseil.

Le jeune garçon apprit plusieurs langues, et, le jour où il atteignait ses quinze ans, le père lui remit la croix. Il lut une inscription qu'elle portait et dont voici le sens : Je suis le roi ton parain, viens me trouver en telle ville. Après avoir achevé cette lecture, il dit à son père : Voilà ce qu'un roi a écrit pour moi, il faut que je parte. Et le père lui donna un valet ■ pour l'accompagner.

Chemin faisant, le garçon, pris de la faim, descendit, pour manger, dans un ravin, au fond duquel il y avait une source. Son repas fini, il aperçut le valet qui, une grosse pierre à la main, se tenait sur le haut d'un rocher, et qui lui dit : Ote les habits que tu portes, donne-les-moi et mets les miens ; puis, juremoi que tu ne révéleras à personne ce qui s'est passé entre nous. Et il prononça ce ser-

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