LA LOUBIE ET LA BELLE DE LA TERRE
jeune homme sur leurs ailes, le firent passer, et, sa bouteille remplie, il s'en revint chez la Belle de la terre.
Pour la troisième gageure, il brûla la plume que lui avaient donnée les abeilles, et quand elles parurent, il leur demanda :
Comment ferai-je pour reconnaître la Belle de la terre, qui sera cachée au milieu de onze 'autres jeunes filles, toutes couvertes d'un voile? — Qu'elles soient voilées, répondit la reine des abeilles ; je me poserai sur la tête de la Belle, ce sera à toi de la saisir, mais ne la laisse pas aller, car pour moi-même ensuite il serait impossible de la retrouver. Et en effet, quand les jeunes filles parurent toutes voilées et menant une ronde, le jeune homme saisit celle sur laquelle l'abeille s'était posée, et il ne lui permit pas de s'échapper.
A la fin, il fallut bien que la Belle de la terre l'acceptât pour mari. Arrivés qu'ils furent chez le roi, celui-ci la donna au malade, et notre jeune homme continua de demeurer avec les domestiques.
Le jour suivant le malade pria le roi de le faire mourir. Sur le refus du roi, il descendit, trouva le jeune homme qui faisait la
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sieste, et le tua de sa propre main. La Belle de la terre en eut connaissance, et descendant aussitôt à son tour, elle s'enquit où était le mort, d'un des serviteurs qui l'avait en grande affection. Alors elle le fit porter dans sa propre chambre, lui ouvrit la bouche, où elle versa de l'eau d'immortalité', et il revint à la vie. Ressuscité qu'il était, il révéla au roi sa naissance, et ce qu'en venant de chez son père il avait eu à souffrir du valet qui l'accompagnait. Alors, sur Tordre et en présence du roi, on conduisit le malade hors de la ville, dans un lieu où se trouvaient quatre arbres rapprochés les uns des autres; les branches en furent courbées, on l'y attacha par les pieds et par les mains, et en se retirant, elles le déchirèrent en quatre quartiers.
Quelque temps après notre jeune homme voulut aller voir son père et sa mère. Avant de partir, il remit à l'épouse du roi une robe qu'il avait achetée pour la Belle de la terre, et lui recommanda de ne pas la donner à celle-ci avant qu'il ne fut de retour.
Mais un jour qu'on dansait, la Belle refusa de prendre part à la danse, à moins d'avoir la robe laissée par son mari. Alors
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toutes les jeunes filles allèrent ensemble prier la reine de la lui donner ; elle refusa, mais la plus jeune de ses filles la lui déroba secrètement. Dès qu'elle l'eut passée, s'adressant aux danseuses : Adieu , fit-elle ; dites à mon mari, quand il reviendra, qu'avant d'avoir usé trois paires de souliers en fer, il n'espère pas me retrouver.
Au retour du jeune homme, on lui rapporta les paroles qu'avait prononcées sa femme. Aussitôt et sans perdre un moment, il acheta trois paires de souliers en fer, et partit à sa recherche. A l'endroit où il finit de les user, il fit bâtir une auberge, où les voyageurs pouvaient boire et manger sans rien payer. Il les interrogeait lui-même, sur ce qu'ils avaient vu en chemin. Il y en eut un qui lui dit : Pas loin d'ici j'avais laissé tomber ma bouteille à eau, elle a roulé au fond d'un ravin, et en descendant pour la ramasser, j'ai vu douze jeunes filles qui se baignaient dans le bassin d'une fontaine.
A ces mots il se précipita dehors, et s'étant fait enseigner le lieu par le voyageur, il s'approcha sans être vu des baigneuses, se saisit de la robe et la jeta dans le feu, qu'elles avaient allumé pour laver leurs vête-
ments. Sa robe consummée, il n'y avait plus moyen pour la Belle de la terre de s'échapper, attendu que toute sa puissance résidait dans cette robe, et elle revint avec son mari chez le roi.
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