‹ Contes albanaisChapitre 28 sur 80 · LA FILLE CHANGEE EN GARÇON I I · texte numérisé non relu

LA FILLE CHANGEE EN GARÇON I I

Le fils du roi, tout en cheminant avec son sauveur, lui dit : Mon père voudra te donner quelque royaume ; ne l'accepte pas, mais demande-lui qu'il te fasse pre'sent de son cheval, qui parle tout comme nous.

Et en effet, quand ils arrivèrent en présence du roi, celui-ci dit au libérateur : quel royaume veux-tu que je te donne en récompense du service que tu m'as rendu ? — Tout ce que je désire, répondit-il, c'est d'être dispensé d'aller à la guerre, et d'avoir mon congé. — Pour le congé, tu Tas dès à pré- | sent, mais je le répète, quel royaume veux-tu ? -— Si ton intention est de me donner quelque chose, je désire le cheval que tu montes.

C'était une chose que le roi ne pouvait accorder, et le jeune homme partit ; sur ses pas sortit le fils du roi. Comme on lui demanda où il allait : Je vais, fit-il, rejoindre mon père, car c'est celui-là que je reconnais pour tel; il m'a sauvé la vie, et puisque mon père préfère un cheval à son propre fils, ' | il vaut mieux que je m'en aille. Ce langage S donna à réfléchir au roi, il ordonna d'âmener le cheval avec sa selle dorée, et en fit présent au jeune homme. • Ce jeune homme (car c'est ainsi qu'il con-

vient de l'appeler, et non pas jeune fille), une fois monté sur le cheval, se rendit dans un autre royaume. Là il trouva un groupe d'hommes, qui cherchaient à sauter par dessus un fossé, mais sans pouvoir en venir à bout. Le cheval reconnut de loin ce que c'était et (car, ainsi que nous, l'avons déjà dit, il parlait tout comme nous) il dit au cavalier : O mon maître, vois-tû ces gens et ce qu'ils font ? — Je les vois bien, mais pour ce qu'ils font, je ne le comprends pas. — Ce fossé, reprit le cheval, est de ceux que le roi fait creuser, lorsqu'il a une fille à marier, à cette occasion il rassemble tous ces sujets et fait proclamer ceci, « Celui qui pourra franchir ce fossé à cheval et attraper avec la main une pomme qu'on jettera en l'air à ce moment, celui-là recevra ma fille en ma-* riage. » Je ferai ce saut ; toi, tu n'as qu'à te bien tenir sur. mon dos, sans rien craindre et en ne t'occupant que de la pomme ; au moment où je prendrai mon élan pour sauter sur le revers du fossé, frappe-moi du talon, empoigne ma crinière, et en avant !

Tandis que le cheval parlait ' ainsi à son maître, ils s'étaient rapprochés du fossé ; le cheval donc prit son élan, et comme il arri-

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