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vait au bord, le jeune homme le frappa du pied en lui empoignant la crinière ; l'un franchit le fossé d'un bond, et l'autre attrapa la pomme à la volée. Tous ceux qui se trouvaient là demeurèrent stupéfaits, car si plusieurs avaient sauté par dessus le fossé, nul n'avait pu attraper la pomme. Pour le' dire en peu de mots, le roi s'occupa aussitôt de préparer les noces et de marier sa fille.
La noce terminée, le marié alla dormir avec la mariée, mais, comme vous le savez, c'étaient tous les deux des filles. Elles se réveillèrent au point du jour, et se levèrent. . On demanda à l'épousée, comment elle avait passé la nuit ? Car la coutume était alors de faire une telle question. — On ne peut plus mal, fut la réponse qu'elle donna ; et la nuit suivante il en alla de même que la première ; la troisième aussi fut toute pareille.
Les parents songèrent à tuer le marié, mais ils n'en eurent pas le cœur. Mieux vaut, dirent-ils, l'envoyer porter à manger aux scieurs de bois dans telle et telle forêt, afin qu'il y soit dévoré par la lamie.
Pendant qu'on tenait ce discours, le marié qui était caché derrière un mur, l'entendit sans en perdre un mot. Il alla trouver son
cheval, et demeura tout pensif auprès de lui. Pourquoi es-tu si triste, ô mon maître?
demanda le cheval. — Comment ne le seraisje pas ? le roi veut m'envoyer dans une forêt, et son intention est que je sois dévoré par la lamie. — Sois sans crainte, reprit le cheval, demande seulement qu'on te donne un chariot attelé de buffles pour porter le pain; ensuite je t'enseignerai ce que nous aurons à faire là-bas.
Un moment après le beau-père fît appeler son gendre et lui dit : Il faut que tu ailles porter à manger aux scieurs dans telle forêt. — Volontiers, fit l'autre, donne-moi seulement un chariot pour transporter les vivres.
On lui donna ce qu'il demandait, et après avoir chargé le chariot, il partit.
En route le cheval lui dit : Quand nous serons au milieu de la forêt, il faudra détacher du joug un des buffles et crier pour appeler les scieurs ; en entendant ta voix, la lamie accourra pour te dévorer, mais n'aie pas peur, saisis-la hardiment par l'oreille et
attèle-la au joug.
Tout en parlant ainsi, ils avaient atteint le milieu du bois. La jeune fille détela un buffle et se mit à appeler les scieurs. Et la
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lamie d'accourir, croyant n'en faire qu'une bouchée ; mais elle vous l'empoigne par l'oreille et l'attelle à la place du buffle ; le monstre avait beau regimber, rien n'y fit; ensuite ils se dépêchèrent de retourner chez le roi.
Quand on les vit arriver ainsi avec la lamie sous le joug, tout le monde fut pris d'épouvante, on ferma les portes, et ce n'étaient que cris d'effroi. Alors le cheval dit à son maître de la détacher, et il la laissa aller.
Les deux époux dormirent encore ensemble ce soir-là, et, le matin, on demanda de nouveau à la mariée comment elle avait passé la nuit. — Tout comme devant, fit-elle. Cette fois les parents se dirent : envoyons-le abreuver la jument qui mange les hommes, afin qu'elle le mange, lui aussi. Ce discours ne lui échappa pas plus que le premier, et, tout pensif, il alla trouver son cheval qui lui demanda la raison de sa tristesse. J'ai échappé à la lamie, répondit-il, maintenant on m'envoie à la jument qui dévore les hommes. — Rassure-toi, car cette jument est ma mère ; demande seulement au roi deux pots remplis de miel.
Peu après le roi l'appela et lui commanda d'aller faire boire la jument. — A tes ordres,
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je ne demande pour cela que deux pots de miel.
On les lui remit et il partit.
Chemin faisant, le cheval lui dit : Quand nous arriverons au puits, il faudra tirer un seau d'eau et le verser dans l'auge; ensuite tu jetteras dans l'eau le miel, tu les mêleras bien ensemble, et, cela fait, tu accrocheras la selle à un arbre en face, de manière que la jument puisse l'apercevoir, et toi-même tu monteras sur l'arbre. Lorsque la jument viendra, elle boira, et, voyant la selle, elle dira, « Avec cette eau sucrée que je viens de boire et avec cette selle d'or que je vois, si j'avais un homme pour me monter, quels sauts et quelles gambades je ferais ! » Toi alors, dis-lui d'en haut : « Je suis prêt à te monter, mais je crains que tu ne me manges. » — « Non, je ne te mangerai pas, » répondrat-elle. Dis-lui, « Je ne te croirai pas, à moins que tu ne jures par la tête de Demirtchil. »
Et, en effet, elle jurera par ma tête ; alors tu peux descendre et sauter hardiment sur elle.
Il exécuta tout ce que le cheval venait de lui recommander ; la jument arriva, et, après avoir bu, voyant la selle, elle s'écria : Si j'avais un homme pour me monter, quels