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LA FILLE CHANGÉE EN GARÇON II

sauts et quelles gambades je ferais ! — Je suis prêt, dit Pautre, mais j'ai peur que tu ne me manges. — Je ne te mangerai pas. — Jure-le par la tête de Demirtchil. Elle le jura, il descendit de son arbre et s'élança sur la jument, qui prit ses ébats et s'en donna à cœur joie. Ensuite elle s'écria : Si Demirtchil était là, je serais encore plus heureuse ! — Il est ici, lui dit-il ; il l'appela, et la joie de la mère fut au comble.

Le temps de partir étant venu, le gendre du roi enfourcha son cheval, et reprit le chemin du palais, suivi par la jument. Quand dans la jument on reconnut celle qui dévorait les hommes, ce fut une panique générale. Où la mènes-tu? lui criait-on, que Dieu t'extermine! * Le cheval lui-même se mit à la supplier de s'en retourner, mais elle ne voulait rien écouter. Ce fut seulement à force de prières et après la promesse qu'on

1 . Il est curieux que certains peuples, les Albanais, les Serbes, fassent intervenir le nom de Dieu là où nous employons celui du diable. Dieu t'extermine ! est l'équivalent exact de « que le diable t'emporte ! » formule qui ellemême, aux yeux d'un Anglais, n'est guère moins sacrilège que la première, « le fond de la langue, anglaise (God

d...you) » à ce que dit Figaro.

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se reverrait le lendemain, qu'elle finit par s'en aller.

Ce soir-là encore le gendre du roi dormit avec sa femme, et, quand on demanda le lendemain à celle-ci comment elle avait passé la nuit : Plus mal que jamais, fit-elle. — Je veux, dit alors le roi, Penvoyer dans cette église qui est remplie de serpents, et Pobliger à faire payer le tribut à ces serpents, qui, depuis tant d'années, n'ont pas donné un denier.

Cela encore fut entendu du marié, qui s'en alla, tout contristé, trouver son cheval.

Qu'est-ce qui t'afflige, ô mon maître? lui demanda le cheval. — C'est que maintenant je suis perdu pour tout de bon ; le roi veut m'envoyer dans telle église pour exiger le tribut des serpents qui y demeurent. — Sois sans crainte, reprit le cheval, demande seulement un cheval chargé de clochettes et de grelots, et quelques mulets pour rapporter l'argent.

Peu après le roi fit appeler son gendre, et lui répéta ce qu'il avait déjà entendu. — J'y vais tout de suite, qu'on me donne seulement un cheval chargé de clochettes et de grelots, et des mulets pour rapporter l'argent. Sur

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