ET LES TROIS SŒURS
Il était, il n'était pas, il était trois frères, qui avaient trois sœurs ; ils les marièrent et les donnèrent à Soleil, à Lune et à Sud '. Il y avait déjà je ne sais combien de temps qu'elles étaient mariées, quand ils se dirent entre eux : Allons chez nos sœurs voir comment elles se portent. Et, sans perdre de temps, ils firent leurs préparatifs , prirent des provisions pour le voyage, et les voilà partis.
i. Sud, youg, en serbe et en bulgare. Dans ces langues aussi la lune est du masculin, et ces deux circonstances prouveraient assez l'origine slave du conte.
Comme ils cheminaient, la nuit les surprit dans une plaine, près d'une montagne. Ils s'arrêtèrent en un endroit, tirèrent leurs provisions et allumèrent une torche '. Le repas fini, l'aîné des frères dit aux deux autres : Couchez-vous et dormez; moi, pendant ce temps-là, je veillerai et ferai la garde, de crainte que quelqu'un ne vienne nous voler et nous tuer. Les deux plus jeunes s'endormirent donc, et lui fit la garde.
Voilà qu'une lamie, apercevant de la lumière, s'en vient droit de ce côté, et, tout affriandée en voyant des hommes, elle s'élança aussitôt sur celui qui était en sentinelle, pour le dévorer. Mais lui, d'un coup de carabine % retendit morte par terre ; puis, tirant son coutelas, il lui coupa la tête, qu'il fourra dans son sac, après quoi il jeta le corps dans un fossé, pour empêcher que ses frères ne le vissent.Cela fait, il reprit son poste. Au bout de quelque temps, il les réveilla et tous les trois continuèrent leur voyage.
La seconde nuit, ils se trouvaient dans un
i. Le mot du texte, drita, signifie lumière.
2 La carabine, comme au conte précédent le canon, traits les plus modernes accolés aux plus anciens.