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LES TROIS FRÈRES ET LES TROIS SŒURS

seul, il était plongé dans ses réflexions. Jusqu'au jour d'aujourd'hui, se disait-il, je n'ai pas à me reprocher le plus petit vol ; il n'y a qu'une chose à faire : c'est de tuer ces gens, et de décamper ensuite. Et il se mit à crier : Vite, sauvez-vous, nous sommes découverts.

— Les voleurs, aussitôt de sortir en toute hâte, mais, à mesure que chacun se présentait au trou, il leur coupait la tête. Après les avoir ainsi massacrés jusqu'au dernier, il entra dans la galerie inférieure, et y ficha en terre son couteau ; puis il ralluma sa torche, détacha la mère de la nuit, et, étant revenu trouver ses frères, ils partirent tous ensemble.

Mais laissons ceux-là, et occupons-nous du roi. A son lever, la vue de tous ces cadavres et du couteau fiché en terre au milieu de la galerie, le jeta dans un profond étonnement.

Aussitôt il donna l'ordre de construire une auberge, dans un carrefour où se croisaient plusieurs chemins ; tout voyageur qui s'y arrêterait devait avoir le boire et le gîte gratis, mais avec l'obligation de raconter tout ce qu'il avait fait de bien ou de mal, dans sa vie. Les ordres furent exécutés. Il passa beaucoup de gens par l'auberge, ils y man-

geaient et couchaient sans payer un denier.

Le hasard voulut que les trois frères s'y arrêtassent aussi, et le matin, au moment de partir, comme ils tiraient leur bourse pour payer la dépense, l'aubergiste leur dit : Ici on ne demande d'argent à personne, seulement chacun est tenu de raconter tout ce qu'il a fait, en bien et en mal dans sa vie.

L'aîné des frères alors raconta tout ce qu'il avait fait, et, entre autres, comment il avait tué une lamie ; il en fut de même du second.

Quand ce fut au tour du troisième et qu'il en vint à l'aventure de la lamie et des voleurs qu'il avait tués, alors qu'ils étaient en train de voler le roi; l'aubergiste l'emmena, en lui disant : C'est toi que le roi cherche. Les deux aînés tirèrent de leur côté et nous ne savons pas ce qu'ils devinrent. Quant au cadet, le roi, ayant ouï son histoire, lui donna sa fille en mariage, et fit de lui la première personne du royaume.

Dans ce pays-là, la coutume était, le jour d'un mariage royal, de mettre en liberté plusieurs forçats. Parmi les gens qui étaient alors en prison, se trouvait ui> individu moitié fer et moitié homme ; on ne l'avait pas relâché avec les autres, et il ne faisait que

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