LES TROIS FRERES ET LES TROIS SŒURS 12 J
crier et se plaindre. Emu de compassion, le marié supplia le roi de lui rendre aussi la liberté, mais il était condamné pour la vie, et il fallut de nouvelles instances de son gendre pour que le roi ordonnât de briser ses fers. Au moment où on les lui ôtait, la fille du roi se trouvait là ; se jeter sur elle, l'avaler et disparaître, ce fut pour lui Paffaire d'un moment.
Le roi, consterné de ce malheur, dégaina pour tuer son gendre ; mais celui-ci lui dit : Je me fais fort de la retrouver et de la ramener ici ; seulement il faut que tu me donnes une paire de souliers de fer et un bâton, aussi en fer (c'est qu'il avait à voyager terriblement, avant que de la retrouver), et je te promets, d'ici à un an, de revenir avec ta fille. Et, quand le roi lui eut fait faire les objets qu'il avait demandés, il partit.
Ce soir-là, il s'en alla droit chez celle de ses sœurs qui était mariée à Soleil. Qui est là ? demanda-t-elle, en entendant frapper à la porte. Il répondit : Je suis un tel ; la sœur ouvrit la porte, et, en voyant son frère, elle eut une grande joie. Mais un moment après arrive Soleil, et, dans la crainte qu'il ne dévorât le nouveau venu, elle le poussa
dans un coffre. A peine entré, Soleil demanda à sa femme : Qu'aurai-je à manger aujourd'hui ? — Ce qui se trouvera. — Je sens la chair fraîche. — Non, tu te trompes, il n'y a pas de chair ici. Lui, pourtant, se lève pour chercher où elle était, et alors sa femme lui dit : Mieux vaut me manger moimême que de manger mon frère, qui vient d'arriver un instant avant toi. — Qu'il se montre, je ne le toucherai pas. Il sortit de sa cachette, et, en voyant son beau-frère, Soleil partagea la joie de sa femme. Celui-là leur demanda ensuite si d'aventure, ils savaient où demeurait Demi-homme demi-fer.
— Non, lui répondirent-ils, nous n'en savons rien, mais va le demander à Lune.
Pour le dire en peu de mots, la nuit suivante il se rendit chez celle de ses sœurs qui était mariée avec Lune; mais, comme là aussi, on ne sut rien lui dire, il s'en alla chez la troisième, la femme de Sud.
A la question qu'il lui fit, elle répondit qu'elle l'ignorait. Mais, ajouta-t-elle, demain avant le jour, tu n'as qu'à prendre le chemin que tu vois là-haut, et en tel endroit tu trouveras un faucon, si énorme qu'il ne peut voler. Approche-toi de lui par derrière,