LE FILS INGRAT
Il était , il n'était pas , il était dans une certaine ville un marchand fort honorable, qui avait des liaisons de commerce avec plusieurs amis dans cette même ville.
Ayant conçu la crainte que ses associés ne dissipassent les capitaux qu'il avait apportés, il se sépara d'eux et prit le sage parti de quitter cette ville-là et d'aller s'établir dans une autre. Il emmenait avec lui sa femme et son fils. Après avoir choisi une situation convenable, il ouvrit un petit négoce, qui peu à peu prospéra et lui donna les moyens de vivre à l'aise.
Il y avait déjà vingt ans qu'il avait formé c.e nouvel établissement, et le temps appro-
chait où il avait l'intention de se retirer des affaires ". Tout d'un coup sa femme vint* à mourir. Depuis trente ans ils vivaient ensemble, et dans une telle union, que jamais aucun des deux n'avait donné à l'autre la moindre occasion de reproche. Il est aisé de comprendre quel crève-cœur ce fut pour ce négociant, que la mort de sa femme. Cependant, voyant que son fils aussi était dans l'affliction, il tâcha de surmonter son propre chagrin, afin de le consoler.
— Ta mère n'est plus, lui dit-il, c'est une perte irréparable ; tout ce que nous pouvons faire, c'est de prier Dieu pour son âme, car nos larmes ne sauraient lui rendre la vie.
Ici je n'ai personne que toi pour m'aimer, car mes amis sont restés dans la ville que nous habitions d'abord. Si tu veux être sage et te bien conduire, travaille, et je tâcherai de te marier avec quelque fille de notre condition. Et, de fait, le vieillard se mit en quête d'une femme pour son fils.
i. Les Albanais, quoiqu'une partie de la nation vive encore dans un état voisin de la sauvagerie primitive, ne sont pas moins portés au commerce et à la spéculation qu'au métier' des armes.