‹ Contes albanaisChapitre 65 sur 80 · L'ENFANT VENDU OU LA DESTINÉE · texte numérisé non relu

L'ENFANT VENDU OU LA DESTINÉE

, Le n° 20, H., a La prophétie accomplie, » est beaucoup moins développé et moins intéressant. J'en traduis le début.

« Il y avait une fois un marchand, qui était fort riche, mais n'avait point d'enfants. Il lui avait été jadis prophétisé que le plus jeune fils d'un pauvre homme lui dissiperait toute sa fortune. Pour parer ce coup, il alla trouver le pauvre homme et lui demanda combien il voulait pour lui céder son plus jeune fils ? Il répondit que ses enfants n'étaient pas à vendre. Alors le marchand lui dit que, n'ayant pas de fils lui-même, il voulait l'adopter pour lui en tenir lieu. Ce que le pauvre ayant entendu, il lui donna le jeune garçon, sans accepter aucun paiement en échange. « Le marchand prit avec lui l'enfant, et, au moment où il traversait un pont, le précipita au milieu de la rivière, se croyant dès lors débarrassé de toute crainte au sujet de sa fortune. Mais, le

RAPPROCHEMENTS ZL<j

jour suivant, il arriva qu'un berger trouva l'enfant gisant sur le sable, etc. »

Le nègre de la lettre est remplacé par un prêtre (Gœttlither Mann).

L'enfant grandi ne court qu'un seul danger, où le marchand périt à sa place, c'est-à-dire sous le fusil d'un garde des vignes, auquel il avait recommandé, par lettre, de tuer l'homme qui viendrait à une certaine heure manger du raisin.

Hahn, dans ses Rapprochements, ne cite qu'un conte de Grimm, le n* 29. Celui qui est menacé par la prophétie est un roi, et on doit penser qu'il en était de même dans l'albanais, où un pacha lui a été ensuite substitué.

Cette idée de la destinée inévitable rappelle encore, entre autres, l'histoire du fils de Crésus, dans Hérodote, celle du jeune homme tué dans une île par Sindbad le marin, etc.

Sur les trois « femmes », voyez la préface, et aussi l'index de H., au mot Mœre.

Quant à la découverte de l'enfant jeté à la rivière, elle rappelle étonnamment celle de Daphnis, dans la pastorale de Longin :

« 'EvTccudoc yi olC£ ôéovvx «tuvî^î's, kfxvYiçèyév&TO xai tôv

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acya TzzfvXxyfjLévoiç irspc^s^qxulav, » etc.

Il est bien probable d'ailleurs que cette sorte de trouvaille était déjà, à l'époque de Longin, un

lieu commun, comme la plupart des incidents des romans grecs '.

Le trait de la lettre échangée est varié d'une manière assez curieuse dans la première variante du n° 3, H. Elle est écrite par un ogre (drakos) à sa femme, et portée par Skandalos, le cadet de trois frères, qui a feint de ne pas savoir lire. Au message, en vertu duquel il devait être tué, il en substitue un autre, par lequel il est ordonné à la drakaincLy de faire coucher avec lui, Skandalos, une de ses trois filles, et la chose se répète trois jours de suite.

La formule de transition, a laissons (le pacha) et occupons-nous des (litt. prenorife les) femmes» est commune aux contes grecs et siciliens, par exemple, dans celui-ci, Lassamu a lu pappa g ad du r e pigghiamualu cavaleri. (Pitre, 1. 1, p. 9.}

1. « Dans un très grand nombre de légendes, maints parents, avertis que leur fils les détruira, exposent cet enfant, qui est sauvé par une bête sauvage et élevé par

un berger Persée, Œdipe, Kuros (Cyrus, Paris, Ro-

mulus, sont tous exposés, etc. . » S. Mallarmé, Les dieux antiques, p. 5.

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