LA FILLE CHANGÉE EN GARÇON
Le commencement de ce conte, jusqu'au départ de la fi le pour la guerre, sert aussi de début, mieux raconté il est vrai, aux n°" 10 et 101 (le second est albanais), H., qui s'engagent ensuite dans des récits absolument différents. Il suffira de dire que, dans le grec, le fils du roi soupçonne que le prétendu guerrier n'est autre qu'une fille, et, pour s'en assurer, il a recours à un stratagème.
Le vrai récit se trouve au n° 58, avec une différence importante cependant, c'est que la fille est un homme, qui a changé de sexe par l'effet de Timprécation d'une Néréide, et qui reprend ensuite sa forme première. Le voici en abrégé :
Le héros, un pauvre homme, excellent joueur de guitare, jette, après sa métamorphose, son instrument, et prend, ce qui semble peu motivé, un costume d'homme et des armes. C'est alors qu'il rencontre la aile du roi exposée au dragon et qui lui rend, en attendant la venue du mons-
tre, le service accoutumé de lui nettoyer la tête.
Par le conseil de la princesse, il choisit, pour récompense, un cheval galeux parmi les trois mille étalons du roi. Le roi fait d'abord, pour le donner, les mêmes cérémonies que le père du serpent (n° 9), etc. Le cheval s'appelle VEclair.
La mariée, après l'épreuve du fossé (la pomme y manque, mais se retrouve plus loin), laisse passer une semaine avant de dire à son père : « Je ne veux pas du mari que tu m'as donné, attendu que ce n'est pas un homme. »
Les trois travaux imposés au gendre pour le faire périr, sont autres. Le troisième consiste à attraper à la volée une pomme, qu'un géant noir jetait en l'air et recevait dans sa main. La fille réussit, aussi grâce à son cheval, et le nègre, à son tour, empoigne la queue de l'animal, qui lui reste dans la main. C'est lui qui, alors, prononce mot pour mot l'imprécation que l'albanais 'prête aux serpents; elle est suivie de la seconde métamorphose.
Au n° 6q, variante 1, il y a un cheval ailé anthropophage, et dont le prince s'empare à la source où il vient boire; il saute sur lui par surprise, et le force à jurer de le servir. De même l'aventure de la lamie a quelque analogie avec celle de la Karakisa m 64, troisième variante), espèce d'ogresse que le prince attache à son chariot, après l'avoir vaincue.
Voyez encore le n' b, H., Le prince et son pou
lain, qui, dit Hahn, offre une ressemblance étonnante avec un conte allemand. Ce poulain apprend seulement à son maître les dangers qui le menacent , mais c'est le maître qui imagine lui-même les moyens d'y échapper.
Les légendes indiennes offrent de nombreux exemples de changement de sexe. Voir le Pantchatantra, I, p. 43 et suiv.
On peut, ni l'on veut, rapprocher les deux récits réunis delà légende de Tirésias. Mais Montaigne nous en indique une autre, qui appartient aussi à la littérature classique, et plus voisine de notre sujet. L'auteur des Essais dit quelque part a avoir vu * à Vitry-le-Français un certain Marie Germain, qui avait été « fille iusques à l'aage de vingt deux ans, » et, à cette occasion, il cite un vers d'Ovide :
Vota puer solvit, qucc femina voverat, Iphis 2.
« Ce n'est pas tant de merveille, ajoute-t-il, 'lue cette sorte d'accident se rencontre fréquent. » Il est vrai que Montaigne, se départant assez mal à propos, il faut en convenir, de son scepticisme
1. Il parait que dans son Voyage cette assertion est remplacée par ces mots, « nous ne le pûmes voir, parce qu'il estoit au village. » Essais, édition V. Leclerc, t. I, p. 87.