ET LES TROIS SŒURS
Sur l'origine probable de ce conte, voyez la note i de la traduction.
Les ressemblances avec les contes grecs sont fort nombreuses.
H., 64 et première variante, est surtout l'histoire d'un garçon doué d'une force tout à fait prodigieuse. Dans la deuiième variante, elle se manifeste, en même temps qu'un appétit de Gargantua, dès l'âge de deux mois, chez l'enfant, un fils de prêtre (encore des prédestinés, que ces fils de prêtre!). Hahn y voit une réminiscence de la légende d'Hercule, et il n'a pas manqué d'en tirer une formule, la trente-septième. Le seul endroit, par où le personnage albanais s'en rapproche, est l'aventure de la chaudière.
Les autres points de contact du récit sont les suivants : Demi-fer demi- homme est remplacé, soit par un vieux boiteux, ou par un individu qui
n'a qu'un œil, une main et un pied, ou demihomme. La force du premier réside dans un serpent à dix têtes, qui paraît, à midi, dans une aire, avec beaucoup d'autres; il faut sauter pardessus, sans en toucher aucun, et couper les dix têtes au principal. Le siège de la force du second est dans deux pigeons, que renferme le ventre d'un sanglier.
Jean le fort (der starke Hans), pour arriver à tuer ce sanglier, s'engage au service d'un berger. Le combat recommence quatre jours de suite, et chaque fois les adversaires prononcent le même souhait : l'animal, d'avoir une mare pour s'y souiller, l'homme, d'avoir un pain chaud et du vin. Le quatrième jour, la fille du berger, qui a entendu l'expression de ce souhait, apporte à Jean les objets de son désir, et il est vainqueur.
Ce combat entre un homme et un sanglier d'un caractère surnaturel est répété dans plusieurs contes, à la deuxième variante du n° g en particulier, mais avec cette différence singulière, que c'est sa propre force, que l'homme trouve dans les pigeons.
Au n° io, se trouvent les mères du soleil, de la lune et du vent, qui protègent la princesse contre la voracité de leurs fils.
Pour plusieurs des détails qui précédent, Hahn renvoie à l'Edda et à la Vilcinasaga.
N* 25. Les trois sœurs de notre conte ont leur pendant dans celles qui, mariées au lion, au tigre
et à l'aigle, transforment leur jeune frère en balai, pour empêcher qu'il ne soit dévoré par leur mari. Là, le but du voyage du frère est de retrouver la Néraïde (Elfin), que son père lui avait destinée en mariage, et il fait usage également d'un bâton et de souliers en fer; trait qu'on rencontre encore ailleurs.
Une analogie plus lointaine se trouve au n° 26. Un prince, le cadet de trois frères, délivre sa sœur, emportée par un dragon sur une montagne inaccessible (il est traîné jusqu'en haut par un serpent reconnaissant). La sœur tue le dragon, aussi après avoir appris de lui où est sa force : trois cheveux d'or qui, coupés, servent à ouvrir la porte d'une chambre où sont trois pigeons, etc.
On voit à combien de sauces sont mis ces fameux pigeons.
Enfin, le n" 52 est presque la reproduction littérale de la première partie, jusqu'au mariage du frère, sauf les différences qui suivent : Il n'y a qu'une seule sœur et qui n'est pas mariée. Voici le début : « Il y avait une fois trois frères, qui avaient une sœur. Elle fut enlevée par des brigands, et ils partirent pour la retrouver, etc .
Le plus jeune frère tue trois lamies. Au lieu de la mère de la nuit, il n'y a plus qu'une vieille.
Les brigands sont au nombre de quarante (au n° 64, 40 drakos), et la chaudière est grande à proportion. Cest dans le trésor du roi que le jeune homme les tue, et avec l'épée qu'il y a trouvée.
L'auberge figure dans trois contes allemands, indiqués par Hahn, qui compare le début du conte avec la légende de Cad m us. Cette auberge a pour pendant le bain public du n° 102 (albanais), dont l'usage est aussi gratuit, à la condition de raconter une histoire à la princesse.
Un trait d'un conte sicilien (Pitre, t. I, p. 17), rappelle la torche éteinte : la princesse qui veut guérir une autre princesse muette, et qui a oublié l'amadou pour la nuit, aperçoit par la fenêtre une lumière dans le lointain; elle descend, y court, et trouve aussi un chaudron sur le feu, mais qui appartenait à un Turc occupé à des opérations magiques.