‹ Contes albanaisChapitre 76 sur 80 · LE MORT VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE MORT VOYAGEUR

Il y avait une vieille qui avait neuf fils et une fille. Cette fille, les fils la marièrent au loin et dans un pays étranger. C'était contre la volonté de leur mère, et Constantin, plus que tous les autres, insista pour que ce mariage se fît. ,

i. Abeille chkipe, p. 189. Voyez la préface. J'ai donné en traduction dans mes Chansons bulgares, p. 3*7, la version albanaise-italienne, versifiée, de cette légende, rapprochée des versions bulgare, serbe et grecque.

Au bout de quelque temps, il y eut de grandes guerres ; les fils de la vieille allèrent se battre, comme tous les autres jeunes gens, et ils périrent tous les neuf dans la même année. La pauvre mère, d'autant plus désolée qu'elle n'avait même plus là sa fille pour pleurer avec elle, allait au tombeau de ses fils, et surtout à celui de Constantin, qu'elle appelait en pleurant : O Constantin, mon fils ! qu'as-tu fait de la foi que tu m'as donnée ? Ramène-moi la fille que tu as mariée si loin, car mon cœur se consume, et je veux la voir, afin d'éteindre le feu qui me brûle, et de trouver au moins quelque consolation avec elle. Mais tu es mort, et c'en est fait de toi,^ ô mon fils I

Et Constantin, comme sa mère ne cessait de se lamenter et de gémir, à cause du malheur qui l'avait frappée, se leva de la tombe, se rendit chez sa sœur et la prit pour la conduire chez leur mère.

Sur la route, comme ils cheminaient tous les deux, Constantin avec sa- sœur, les corbeaux criaient : Gâ, gâ, gâ, — voilà le vivant qui passe avec le mort. Alors la sœur dit à son frère : Constantin, mon frère, que disent ces corbeaux? Et il lui répondit : Ce n'est

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