‹ Contes, anecdotes, chansons et poésies diversesChapitre 198 sur 221 · PREMIER LIVRE · texte numérisé non relu

PREMIER LIVRE

Lettre écrite du Faubourg Sainte Antoine à un membre de l'Assemblée Nationale,

i5 août 1789.

''ai été dimanche gratis. Monsieur, an Waaxhall d'été , où est-ce qu'on représentait la prise de la Bastille (i). En voyant ça, j'me disais, pardine le peuple a fait là une belle chose : on n'y mettait qu'des aristocrates , et c'est bien le cas de dire qu'ils se sont sériais de la patte du chat pour tirer les ■ .

(i) Qui fut prise en deux heures, le 14 iuillec 1789.

maronsdufeu. On y fourrait bien qnenqaes-uns da tiers-état , mais c'était des écrivayeuxqai n'serontpas si bieu à Bicêtre , et ce n'sera pas si cher . . . , Ah ! mon dieu , quand j'y pense , à c'te Bastille , il semblait que c'était le fort Malion , à entendre parler les Parisiens; et ils sont entrés là comme dans du beurre : la mitraille allait chercher les ceux qui n'pensions k rien, et crac. . . Enfin, on nous dit qu'c'estpour notrebien, etjlecroyons; mais ça nous fait perdre fièrement de lems du d'puis toujours, et j'crais que l'on ferait une bastille aussi grande que Paris aveuc ce que j'avons manqué à gagner. Au surplus , Monsieur le député , faites de votre mieux pour que les affaires allions bien, et crayez nous tous les habitans du faubourg disposés à nous battre pour la liberté, avec laquelle j'ai l'honneur.

Ant. DUBUIS.

Lettre d'un cocher de fiacre à un meubhre de V Assemblée Nationale,

IVot' Bourgeois,

Pierre Leroux qui est notre compère, et uioi , avons été boire ce matia un demi - setier de celle petite goutte ; voilà que tout en jasant, nous parlDns de l'égalité, et par rapport à ce qui est de ça, je prenons la liberté de vous dire que je suis indigné contre le grand abu5 des gens à hôtels , ou celui de leurs suisses, qui empêchent jiies chevaux d'entrer dans la cour lorsque je mène des personnes qui ont affaire à eux. Tenez , quai d je vois qu'un évêque dans son carrcs.-e doré moulu, et une belle dame entretenue dans son remise , vont mettre pled-à-terre tout fin drait sur le perron, et qu'un bon curé, un député du tiers-état, ou une bonne honuéle

femme, qui se sont historiés pour faire leur visite , sont obligés d'essuyer la pluie, le vent et la crotte en traversant des cours d'un quart de lieue , pendant que mes chevaux restent les bras croisés dans la ruel.... J'enrage contre l'aristocratie des voitures ; et je dis que ça n'est pas honorable pour nous qui sommes les voitures de la nation. On parle d'abolir la distingtion des Ordres ; est-ce que celle des voitures serait plus enracinée ? Si les

pauvres chevaux pouvaient parler , ils ne manqueraient pas de dire qu'ils naissent égaux Mais si les aristocrates à grandes cours ont tant d'amitié pour les leurs , et qu'ils ne veulent pas les laisser se compromettre dans la compagnie des nôtres , je consens bien à ne pas les laisser causer ensemble , pourvu que je puisse mener mon monde aussi proprement que j'ai l'honneur d'être ,

Brijndavoine.

( '7 ) Lorsque Louis XVI quitta Versailles (i) et se rendit à l'hotel-deville de Paris , entouré de la garde parisienne, Bailly , alors maire , lui adressa ces paroles : Henri IK conquit sa bonne ville de Paris , aujourd'hui le peuple de Paris vient de reconquérir son roi.

Un perruquier , voisin du lieu où rassemblée constituante tenait ses séances , avait mis sur son enseigne :

Je rase le clergé , je peigne la noblesse ei y accommode \e tiers-état.

Les citoyens actifs ( car c'est ainsi qu'alors on appelait la bourgeoisie de Paris) se réunissaient au champ de mars pour apprendre l'exercice. Un jour que Vaide-major leur criait ', pas

(i) Le 17 juillet 1789.

ds manœuvre ! Monsieur, parlez?

plus poliment, dit l'un d'eux un peu fâché Je suis maître maçon / . . . .

On rencontrait à cette époque quan« tité de patrouilles dans Paris , et chacune d'elles se reconnaissait par le nom de son district ; ainsi nne patrouille du quartier du Théatre-Fran* çais , quand on lui criait gui vive ? répondait. Théâtre - Françaif^ , une autre, Thuileries , une autre, Pont~ Neuf , etc.

Une nuit , îé sentinelle qui était eu faction devant le corps-de-garde de la rue Bourbon-Yilleneuve , vovant venir une patrouille à lui , crie de toutes ses forces : qui vive ? on lui répond , Bomw»Nouvelle ( nom d'une section ). Caporal! Caporal ! cria-t-il aussitôt, accourez, accourez, et le caporal accourut. Qui vive, demande-

( '0 ) t-il à son tour 5 ou répéta : Bonnenouvelle ! Ah ! parbleu mes amis , «lit le caporal, contez-nous ca

L'INSCRIPTIOIS du drapeau du district des Capucins ( maintenant compris dans l'arrondissement des Thuileries ) portait ces mots : Nul ne nous fera la barbe,

IjE prince de Poix voulait entrer aux ïhuileries malgré la consigne , la sentinelle s'y oppose ; le prince se nomme 5 eh ! fussiez-vous le roi des haricots, lui dit le soldat, vous n entrerez pas.

DA^'S la commune de Pantin , a deux lieues de Paris , on lisait ces -mots au-dessus du corps-de-garde :

Corps-de-garde de Pantins»

Quantités d'hommes à denx. visages firent, en 1790, ce serment civique ;

A la nouvelle loi je veux être fidèle ,

3e renoQce dans l'ame au régime ancien ; Comme article de foi , je crois la loi nouvelle , Jecroiscelle qu'on blâme opposée à tout bien. Dieu vous donne la paix , messieurs les démocrates. Noblesse désolée , au diable allez-vous-en l

Qu'il confonde à jamais tous les aristocrates , Messieurs de l'assemblée ont seuls du jugement.

Lorsque les circonstances changeaient , ils coupaient en deux leur serment , et le sens n'était plus le même.

Un paysan fut sommé de jurer fidélité à la constitution ; ma fine ., ditil , je n'savons pas jurer ; mais jVons quérir mon fils le grenadier , il connaît ça li , il s'en acquittera à marveille.

Un curé des environs de Saiat-

Brieux , après avoir refusé de prêter son serinent civique , monte en chaire et déclame avec violence contre la nouvelle constitution da clergé. A peine est-il descendu , que son vicaire prend sa place et soutient le contraire , au grand plaisir des auditeurs. La satisfaction se peint sur tous les visages , excepté sur celui du pasteur :

transporté d'une sainte colère , il interrompt vivement son adversaire , et avec l'éloquente énergie du Père

JDucliesne^ il s'écrie: «Ah! f je

yt vois bien où tu en veux venir : tu -m t'imagines avoir ma cure. Eh bien î

>t tu ne l'auras pas, f je vais ju-

n rer ! « Il se compose, remonte

paisiblement à l'autel , entonne la préface , et , après avoir fini l'office , il prête son serment civique entre les mains d'un officier municipal , et au milieu des acc^mations des patriotes , qui regardaient la multiplicité

des prêtres citoyens comme le gage assuré de la prospérité nationale.

XasTE des officiers municipaux de la commune de Saint- Quentin,

MM. Néret , Soyés, Gaillard , Sautés, de Joye , le Grand j Couillard , Ferai j Cocu y le Maire j de Laville,

Nota. Nous prendrions ceci pour nue plaisanterie qui ne serait pas même du meilleur ton , si nous n'avions tiré cette liste , nom à nom , de la Chronique de Paris, du i4 mars i-^go, journal alors très-intéressant, mais sérieux , et qui , comme ou le sait fort bien , ne se permettait ni î^:>^ prit, ni la gaîté.

UPî maire de village s'étant renda

en écharpe (i) pour rétablir le calme entre ses habitans et quelques personnes d'an endroit voisin qui étaient venues leur cbercber querelle , reçut dans la mêlée quelques coups par les aggresseurs, et finit même par éprouver des désagrémens de la part de ses concitoyens, qu'il était parvenu à éloigner du combat. — Comment , leur dit-il, malheureux, vous m'en voulez à moi qui me suis fait écharper pour vous?

On lisait dans la Chronique de Paris, du 24 mars 1790, ces deux vers faits à l'occasion d'un citoyen dont la femme accoucha le jour qu'il fut promu au grade de maire de sa ville :

Notre choix t'a fait maire, et l'amour t'a fait père; Quel triomphe ! en un jour te voilà père et maire.

(r) Les maires avaient, à cette époque^ une écharpe tricolore.

ir

Ce badinage innocent est né clans la ville de Beaune ; aussi sent-il le terroir.

Le premier jour de Longcliamp , en 1^90 , donna lieu à l'anecdote suivante : Un jeune homme fort élégapt promenait fastueusement son inutilité dans un whiski d'une hauteur prodigieuse. Il crut faire une plaisanterie d'un genre neuf, en faisant monter derrière sa voiture un laquais revêtu de l'uniforme national. Un grenadiei* du district des Cordeliers , témoin de cette incongruité , sentit à ce spectacle sesentraillespatriotiques s'émouvoir : il arrête majestueusement le whiski , fait descendre d'autorité le maître et le valet, et offre ensuite au jeune homme ( quoique l'on ne fut encore qu'à l'aurore de la révolution ) l'alternative d'être assommé , ou de

monter derrière le wbiskl ; après quoi il fait asseoir le laquais à la place de son maître , -et ordonne au cocher de

fouetter Si le même grenadier ,

doué d'un semblable zèle , s'avisait encore aujourd'hui de vouloir replacer les maîtres à la place des valets, et les valets à la place des maîtres, nous pensons qu'il ne manquerait pas d'occasions pour déployer son zèle pairioîiqne.

Lorsque l'on si7V)prima les titres de noblesse, M. de \iiVette, connu par ses goûts bizarres , fut susnommé le ci'denière marquis de \^illeî,te.

Parmi les membres que Tasit^mblée nationale avait nommés dans sok"* sein pour composer une commission, on remarquait ces quatre noms pro-

près : Villette , Bouche , Trou j de L,annus.

A la mort de M. de Lannus , on publia le quatrain suivant :

Le grand Lannus est mort rendant un lavement.

Bouche et Trou sont en pleurs , ayant perdu

leur frère :

Et sur un tel malheur gémit la France entière ,

Qui voit que ses décrets n'ont plus de fondement.

Après la fête da i4 juillet 1790, il parut un écrit tendant à prouver à la France entière que la pluie qui tomba avec force ce jour -là , était préméditée par les aristocrates.

Un orateur proposait à la tribune tVun club de prendre une précaution C[ui serait infaillible pour détruire ]a

(^7 ) noblesse héréditaire : c'était de défendre aux nobles de faire des enfans mâles.

Quelques -TEMS après que l'on eut aboli la noblesse , on effaça répilhèté de noble des enseignes de billards ; le jeu de l'oie subit le même sort , quoiqu'il fut renouvelé des Grecs (i).

Afin de rendre ses titres de noblesse plus ridicules , M. *** s'avisa de les distribuer à ses domestiques , selon la nature de leurs services. Son. palefrenier fut fait chevalier , parce que l'origine de ce mot vient de cAe-

(i) Avant la révolution les enseignes de billards étaient ainsi : Noble jeu de billards On disait également : le noble jeu de l'oie.

val. Son cocher fut nommé duc , parce que ce mot signifie conducteur. Ses laquais eurent le titre de comte, parce que les premiers comtes étaient des ^ hommes qui suivaient et accompagnaient les grands. Enfin , le nom de m^arquis ayant été inventé par ceux qui gardaient les frontières et les m,ar^ ches , il donna ce nom à son portier , qui défendait l'entrée et l'escalier de sa maison.

Voulant aussi se donner un air de popularité, un autre seigneur plaça des paysans à sa table. A la fin du repas , il dit à son maître - d'hôtel : Servez-leur dtt tiers-état ( c'était de leau-de-vie qu'il appelait ainsi). Vous avez bien raison , dit un paysan , car c'est la liqueur qui a le plus i\e force et à' esprit.

Un autre disait un jour à nn de ses vassaux : Allons , mon cher Thomas, nous sommes égaux , nous pouvons manger à la même écuelle. Oui, monsieur, répondit le rusé paysan, mais nous ne fumons pas à la vaèiwG pipe»

M. *** , en sortant du spectacle , dît à quelqu'un : appeliez mes gens. — • Jl n'y a plus de gens, dit un citoyen , nous sommes tous frères. — Eh bien, répartit Turcaret, appelez vos frères.

Un curé des environs de Reims monta en chaire , et dit à ses paroissiens : « Mes frères , le créateur a » dit à la créature , croissez et multi^ n pliez. Pour vous enseigner la pran tique de ce précepte , et prévenir n tout scandale , je vous déclare que n je me suis marié il y a huit jours ^

(ôo)

>» et que , parla grâce du Seigneur, n ma femme accouchera dans un mois; » prions , mes frères , pour son hcun reuse délivrance «.

L'aBBE C... disait au lycée, le lendemain de sa motion sur le mariage des prêtres : « Il faudrait avoir un n pied-de-roi pour mesurer et conr> naitre ainsi ceux d'entre les prêtres J7 qui sont en état de se marier n

ÎJn curé du diocèse de Limoges mandait, le 20 mai 1 790, à son évêque, que Tesprit d'insurrection ajant troublé le sacrifice de la messe , il avait cru devoir décorer le saint-sacrement de la cocarde nationale ; ce qui avait rétabli ie calme ! ! ! !

Madame *** se plaignait à madame

B*** de ce qu'elle oubliait ses amts depuis que son époux était ea dignité.

Madame B***, sensible à ce reproche, écrivit à cette dame qu'elle serait toujours flattée de voir ses anciennes co.' naissances ; quelle était réellement affligée du reproche qu'on lui faisait de ne plus recevoir ceux qui la fréquentaient avant que son bien fut aggvaiidi ; que jamais Tenlrée chez elle n'avait été interceptée, et que d'ailleurs ses Suisses ouvraient à tout le monde. Madame ***, qui u avait point reçu une éducation soignée , ne savait point l'orthographe , et écrivit Suisse par un C

Le Père gardien des Capucins , ayant appris que l'assemblée avait proscrit l'habilement monastique , passa toute la nuit du iG au 17 septembre 1790, il se faire raser et à

cliaiiger sa robe contre nu uniforme national. Puis , ayant fait un paquet de ses hardes , il le laissa au milieu de sa cellule , avec ce billet :

« Puisqu'on m'ôte mes habits , je n dois, suivant les maximes de Tévanff gile, partager mes vêtemens avec ?» ceux qui m'en dépouillent.

r> Je laisse donc à M. Robespierre, fy ma calotte , en regrettant qu'elle ry ne soit de plomb.

71 Ma barbe , avec ses agrémens , « à M. Camus , pour s'en faire une }■) perruque.

7» Ma mutande, à M. de Lusignan.

n Je donne et lègue mon manteau r> à M. le duc d'Orléans ; celui dont n il se couvre est tellement percé 57 qu'on peut à travers voir la nudité 7» de son ame.

« Je laisse ma robe au côté droit, 7f mon cordon au côté gauche , et ma » besace â tout le monde , etc.... Le

reste ne vaut pas Thonneur d'être nommé.

L'N aristocrate se permit de dire

que Tëtat était ruiné 5 que la France n'avait plus d'argent, et pour prouver qu'il savait le latin , il finit par dire : Soluin remedium rnalis nostri mori , (mourir). Quelques patriotes exagérés, furieux d'entendre prononcer le nom de Fabbé Maury , manquèrent d'estropier le pauvre motionnaire.

Lettre d*un chasseur de la section des Co r délier s j à set maîtresse.

Paris, 16 janvier 1791.

Mademoiselle (i) , Me sera-t-il permis de renouveler

(i) On ne disait pas encore citoyenne*

la motion que j'osai articuler hier à Tos pieds ? Me sera-t-il permis de vous rappeler que votre respectable mère claigiia l'appuyer dLVL^res, de vous ? Votre âge , je le sais , vous défend des liaisons prématurées ; mais il est avec l'amour des amendeinens et des sousarnendeinens y dont un homme délicat et sensible doit savoir se contenter.

Soyez donc sans inquiétude , charmante Jeannette ; quelque soit Xaris" tocratie que vos yeux exercent sur moi, je ne serai point assez inconstitutionnel pour porter une main téméraire sur des fruits que l'âge n'a pas encore mûris. Lier mon ame à la vôtre i^zlt un pacte fédératif, former avec vous une coalition d'estime et d'amitié, c*est tout ce que je désire. Tel est le préalable sur lequel je vous supplie , charmante' Jeannette , dje fixer votre attention.

Yous pouvez communiquer cette

( 55 ) lettre à votre respectable maman : ce qu'elle connaît de mes intentions m'a obtenu sa sanction provisoire • aussi n'ai- je plus à redouter que le veto de votre innocence : S'il n'est que suspens sify je saurai attendre que vous ayez atteint une Tn,ajorité relative ; s'il esc absolu , tout impératifs que soient les mandats de la passion que vous m'avez inspirée , j'obéirai ; car vos volontés doivent être des décrets pour moi ; et la moindre résistance de ma part m'exposerait au blâme du comité des recherches de ma conscience , et à des soulévemens de mon cœur contre jnon repos.

Adieu , belle Jeannette ; songez quelquefois à celui qui ne s'occupe ' que de vous, soit que le réveil vienne convoquer V assemblée primaire de ses pensées , soit que le jour acliève sa révolution ; mais de grâce , plus de iionspirailoii contre mou bonheur, plus

de soupçons qui pourraient me donner à vos yeux le caractère d'uu amaut actif. En attendant que vous ayez fixé mon sort, Famitié la plus franche et la plus désintéressée vous prie d'accepter, pour les menus frais de votre toilette , une liste ciuile de cent vingt livres par mois , avec lesquelles je suis votre Lon ami , etc.

Dans les momens les plus orageux, de la révolution , M. le prince de

Mon parut extrêmement gai après

la lecture d'une lettre qu'il venait de recevoir : on lui en demanda la raison. — Ah ! dit-il , on me mande que mon fils est tombé dangereusement malade dans une ville du pays de Yaud ; c'est un coup du ciel que je n'osais pas espérer- Cette réponse parut étonner beaucoup • on savait qu'il chérissait «on fils, — Oui, reprit-il, c'est uu

( ">7 ) conp du ciel ; mon fils était sur îe point de revenir à Paris. Vous le connaissez , c'est un crâne , il se serait fait tuer : aristocrate loyal , mais fougueux , tout son sang aurait coulé pour la défense de ce qu'il croit être la bonne cause : le voilà à Textrémité , et je pense que c'est pour son bien.

Lorsqu'il fut question de fondre les cloches, un personnage très-connu dit qu'il ne fallait en excepter aucune, et qu'il fallait prendre jusqu'à la sonnette du président de l'Assemblée nationale. On fit , à cette occasion , les vers suivans , qui doivent , je le pense , être exclus du nombre des aneries.

Rendons grâce au puissant génie Qui , voyant notre pénurie , Veut que l'on réduise au billoa Toute espèce de çarilloa ;

Dés long-tems en effet tout cloche y Les paîmens vont cahin , caha j Sitôt qu'on en est réduit là , C'est le cas de fondre la cloche.

^^DRJsssE de félicitation et de réméré ciment des Cloches , à M, ***. , rapporteur de la loi ci-dessus.

Din , don ; din , don 5 din , don ; din , don ; din , don j din , don ; din , Jon.

Yos très-lmmhles et très-obéissantes serrantes ^

Les Cloches de France*

Le 14 octobre 1791 -> une société patriotique du département de la hante Marne ht prendre par la municipalité une ordonnance de police, où se trouvait cette disposition : Défend-ons d»

laisser entrer les chiens dans le cluhfSmts peine du fouet pour les chiens du canton, et de trois livres d'amende pour les étrangers ; et afin que les contreuenans ne puissent prétexter cause d'ignorance , ordonnons que la présente sera imprimée^ et ajjichée aux lieux accoutumés^

Dans le village de qnelqnes

liabitans formèrent le dessein d abattre un vieax orme , qui se trouvait ea face de l'église , afin d'y substituer un arbre de liberté ; et comme la grosseur de l'arbre y apportait une grande difficulté , le plus aAMsé dit qu'il allait les tirer d'embarras ; que , comme le plus robuste , il allait se pendre par les mains à la cîrae , qu'un second n'avait qu'à se pendre à ses pieds , un troisième à ceux du second, un quatrième à ceux du troisième , ainsi de suite , jusqu'à ce que leur

poids entraînât l'arbre par terre. Mais lorsqu'il y en eut un certain nombre attaché de cette manière, le premier, qui se sentait fatigué , dit au second que les bras lui manquaient. Eh bien , dit l'autre , crache dans tes mains. Le mal-adroit , ayant suivi ce conseil , tomba à terre avec tous ses camarades.

Dans la société-mère on avait agité la question sur un nouvel impôt qui, en produisant beaucoup d'argent à la Nation , n'aurait point fait crier les consommateurs de l'objet sur lequel il aurait été levé : il s'agissait cVune taxe sur les cercueils.

Les premiers membres de l'Assemblée législative n'annonçaient pas l'opulence. Quelques-uns de leurs pré-

clécesseurs se permirent de dire : A peine si les nouveaux législateurs ont une culotte au c... Le propos fut entenda , et plusieurs de ces nouveaux députés répliquèrent : Nous nous faisons honneur d'être sanS'Culottes ; l'habit que nous portons est à nous , et ce n'est pas aux dépens de la sueur du peuple que nous sommes vêtus. ( C'est de là que vient le nom de sans-culotte ).

Bientôt après cette époque , la misère propagea tellement ces principes de sans-culotisme, que lès malheureux ouvriers de Paris , se trouvant dans le plus affreux dénûment ^ adressèrent à l'Assemblée législative la pétition suivante :

Ah ! que nous serions satisfaits ,

Si , toujours patriotes , An lieu de faire des décrets ,

Vous faisiez des culottes.

Suivent les signatures.

Extrait d'une séance de la société'^ mère (i).

Du 7 janvier 1792.

Danton paraît à la tribune , un rouleau de papier clans sa main , les yeux étiuceîans de rage 5 et après avoir soupiré trois fois , frotté son menton , toussé , craché et éternué , il commence ainsi :

Air : Quoi ! ma voisine , es-tu fâchée 2

Je vous dénonce le Saint-Père ,

Pour avoir fait Certain bref qui me désespère

Et me déplaît.

Je dénonce les gens d*égli5e

Et les robins ^ Et l'auteur qui ridiculise

Les jacobins (2).

(i) Société dite des Jacobins.

(2) L'auteur des Sabats jacobices j o\x^

Bail ! Lah ! c'est peu de chose , dit Robespierre ; vous n y êtes pas , vous n'y êtes pas Président, je demande la parole.... Il remplace Danton , et dit avec une mâle éloquence ^

Air : Des Trembleuts.

Je dénonce l'Allemagne , Le Portugal et l'Espagne, Le Mexifjue et la Champagne y Lc^ Limagne et le Pérou ;.

Je dénonce l'Italie , L'Afrique et la Barbarie , L'Angleterre et la Russie , Sans même excepter Moscou.

On objecte au sage dénonciateur qu'il faut au moins qu'il dise pour quelles raisons il dénonce ces différentes contrées ; il répond ù cela :

vrage périodique qui paraissait tous le-s quinze jours.

Air : des FleureLtes-^

De ce Sénat auguste \

Je connais bien l'esprit \

<2u'importe qu'on soit jiMte ,

Dénoncer nous suffit : > Moi , je n'ai cj^u'une réponse A faire à vos questions , A-t-on besoin de raisons

Quand on dénonce ?

MaRaT, voulant encore rencliérir sur son ami , observa d'un air grave à Tanguste aréopage , que la liberté <les opinions était à Tordre du jour ; qne chacun était bien le maître de présenter les mojens qu'il croyait convenables au bien public ; puis il ajouta :

Air : de la Croisée.

I^orsqu'on jette les fondemens D'une nouvelle république , Je crois que ces inénagemens IVa 8ont pas d'nne ame civique ;

Et puisque je vois qu'en tous lieux D'aristocrates on abonde , Je pense qu'il vaudrait bien mieux Dénoncer tout le monde.

Cette saillie patriotique termina la séance , et tous les frères se retirèrent, en se promettant le jour suivant de dénoncer tout le monde.... Dieu sait s'ils y ont manqué !

Relation exacte et véritable du grand événement arrivé à messieurs B AZ 1 RE et Chabot , le 10 janvier 1792.

En certain lieu monsieur Bazire S'en fut avec l'ami Chabot ; Chabot promit d'aider Bazire , Et Bazire d'aider Chabot.

L'on y reçut très-bien Bazire , L'on fit même accueil à Chabot ; Mais la donzelle au sieur Bazire Préféra le brillant Chabot ; Ce qui fit que monsieur Bazire

Menaça le barbu Chabot.

Ensuite , pour monsieur Bazire- Elle quitta monsieur Chabot ; Ce qui fit qu'à son tour Bazire Se crut insulté par Chabot.

Sans vergogne monsieur Bazire Arracha la barbe à Chabot , Et la crinière de Bazire Resta dans les mains de Chabot.

Les coups de poings du sieur Bazire N'empêchaient pas ceux de Chabot.

Pour séparer le doux Bazire D'avec le vertueux Chabot , La virtuose prit Bazire Et ses agens monsieur Chabot j Par la rampe on jeta Bazire , Et par la fenêtre Chabot.

Depuis ce tems monsieur Bazire Dit du mal de monsieur Chabot ; A son tour de monsieur Bazire Médit Tex-capucin Chabot.

Mais en voyant monsieur Bazire Ainsi que son ami Chabot, On disait : Chabot vaut Bazire , Et Bazire vaut bien Chabot,

Page 1