ABOU-SABER, LE D1HQAN
cavalier l'accompagna. Lorsque le roi la vit, il la reconnut et la reprit à son ravisseur qu'il fit tuer. Là-dessus, il apprit que ses soldats criaient à la tyrannie. Il manda sa cour et ses vizirs et leur dit :
« Par Dieu tout puissant, je ne suis pas le frère du prince défunt : celui-ci m'avait emprisonné pour une parole qu'il m'avait entendu prononcer. Tous les jours, il venait me la répéter : vous m'avez cru son frère, tandis que je suis Abou-Sâber; Dieu très haut m'a donné ce royaume en récompense de ma patience. Le roi qui est venu me demander du secours et que j'ai dépouillé, avait commencé autrefois par me piller et me chasser de mon pays; il m'avait banni injustement et s'était emparé tyranniquement de mes biens. J'ai usé de représailles envers lui. Quant aux voleurs qui voulaient changer de vie, je ne pouvais accepter leur repentir, car ils m'avaient maltraité contre toute justice ; ils m'avaient rencontré sur la route, m'avaient volé, dépouillé, s'étaient emparés de mon argent et de mes enfants :
ce sont ces deux jeunes gens qu'ils voulaient me donner pour esclaves et que je leur ai repris; j'ai agi envers ces brigands comme
ils avaient agi envers moi. Le cavalier que j'ai fait mourir avait ravi cette femme qui est la mienne et l'avait gardée captive ; Dieu très haut me Ta rendue. Voilà mon droit, et j'ai agi selon la justice, tandis que vous pensiez, d'après l'apparence des choses, que je me conduisais en tyran. »
Quand le peuple entendit ces paroles, il fut saisi d'étonnement et se prosterna jusqu'à terre. Son affection et son amour pour son prince augmentèrent ; il s'excusa près de lui et admira comment Dieu avait traité Abou- Sâber, le gratifiant d'un royaume en récompense de sa patience et de sa constance, l'élevant du fond d'un caveau sur le trône royal, précipitant un prince de son trône dans un caveau, enfin réunissant la femme et le mari. Celui-ci ajouta : « Voilà l'agréable fruit de la patience et aussi le fruit amer de la précipitation. Tout ce que l'homme fait de bien ou de mal lui retourne. »
« Ainsi, ô prince, termina le prisonnier, tu dois user de patience le plus possible, car c'est ainsi qu'agissent les hommes généreux ; c'est le meilleur appui qu'ils puissent trouver; les rois ne se distinguent que par là. »
Quand Azâd-bakht entendit ces paroles,