HISTOIRE DU ROI DADBIN ET DE SON VIZIR
d'eux, tua Zoukhân d'un coup de masse d'armes sur la tête, prit de force la jeune fille, la ramena dans son palais et l'épousa. Elle supporta ses malheurs avec patience, se confiant au Dieu très haut à qui elle rendait, nuit et jour, dans le palais de son mari, le tribut d'adoration qui lui est dû.
Un jour, le roi, partant pour une expédition, manda son autre ministre Kardân et lui dit : « J'ai confiance en toi; je veux te confier la garde de la fille de Zoukhân qui est devenue mon épouse; je veux que tu veilles sur elle en personne, car nul au monde ne m'est plus cher que toi. » Kardân se dit en lui-même : « Le roi me fait là un grand honneur, » puis il ajouta tout haut :
« Avec amour et obéissance. » Lorsque Dâdbin fut parti, le vizir pensa : « Il faut absolument que je voie cette femme que le roi aime à ce point, • puis il se cacha dans un endroit d'où il pouvait l'apercevoir. Il la trouva au-dessus de toute description ; il en fut troublé et son esprit s'égara. La passion triompha de lui au point qu'il écrivit à la reine : « Aie pitié de moi, je meurs d'amour pour toi. » — « Vizir, lui répondit-elle, tu
occupes près du roi un poste de confiance ;
ne détruis pas la foi qu'il a en toi, mais que ton intérieur réponde à ton extérieur. Ne songe qu'à ta femme et à ce qui t'est permis; ce que tu ressens n'est qu'un désir charnel. • En entendant ces paroles, le ministre reconnut qu'elle était chaste de corps et d'âme ; il conçut un vif chagrin et craignit pour lui-même la colère du roi. « Je vais, pensa-t-il, inventer une ruse pour la faire périr ou bien pour la déshonorer aux yeux du prince. »
Lorsque celui-ci revint de son expédition, il interrogea son ministre sur les affaires de l'Etat. « Tout est en bonne situation, répondit Kardân, sauf une chose honteuse dont j'ai été informé et que je rougis d'apprendre au roi ; cependant, si je me tais, je crains qu'il n'en soit averti par un autre, et alors, j'aurai trahi la confiance et la foi qu'il a en moi. »
« Parle, lui dit Dâdbin, je te regarde uniquement comme un homme sincère, sûr, prudent en toutes tes paroles et à l'abri du soupçon. »
« Prince, reprit alors le vizir, il s'agit de cette femme à laquelle ton cœur s'est attaché et dont tu vantes la religion, les jeûnes