‹ Contes biographiquesChapitre 7 sur 19 · JOSEPH HAYDN · texte numérisé non relu

JOSEPH HAYDN

LA dâÀisfi Dfi postfi dfiis£x.

Le 31 mai 1 738, à la tombée de la nuit, quelques eniloxts J^ttietit daâs tmd des mes de Bôbrau, petit village fidtué dtir les ih>ûtièi^ de PÀtitriche et de la Hoûgrle ; apercevant une chaise de poste arrêtée sur la route et dimt la Caisse touchée indiquait qu'une deô toues venait dd se casser^ ils quittèrent leurs jeu3t pour aller voir ce dont il s'agissait. Tout est spectacle poui^ des èn&nts, surtout pour ceux des campagnes, où chaque jour ressemble si souvent i celui de la veille, à celui du lendemain.

96 SEFPEBL LE TIlfBALIER ;

^'Sepperl, Sepperll crièrent-iïs à l'un d'entre eux, enfant de six ans, qui s'amusait à chanter un air allemand en s'accompagnant sur un violon formé d'une petite planchette, sur laquelle il raclait avec une baguette de coudrier en guise d'archer. — Sepperl, va chercher tes timbales, voici monseigneur qui arrive.

— ^Monseigneur I " répondit Sepperl en jetant un regard sur la route ; et, haussant les épaules : ^'Monseigneur, dans une voiture à deux rcres, et menée par des chevaux de poste I Tu sais bien, Nicolas, que monseigneur ne vient jamais ici que dans une voiture à quatre roues et avec des chevaiLc à lui.

— C'est toujours quelqu'un qui arrive, et il faut aller voir qui.

— Je ne te dis pas le contraire, répondit Sepperl sans bouger ; va seul ; moi j'irai quand j'aurai fini de me ra[)peler l'air du maître d'école de Hambourg.

— Oh I il est fameux l'air du maître d'école de Hambourg ! s'écria un autre enfant ; il est fait pour poiter les morts en terre.

— C'est toujours un air," répondit tranquillement Sepperl ; et il continua à racler sa planchette avec sa baguette.

^'Viens donc avec nous, Sepperl; viens donc, se prirent à dire tous les camarades de Sepperl en le tu*ant, qui par les bras, qui par l'épaule, qui par les cheveux, qui par les jambes ; allons, viens.

— ^Heins, Fritz, Cai*l, Henri, Nicolas, laissez-moi,** disait Sepperl ; et il essayait, mais en vain, de se dégager

ou, JOSEPH HAYBN. 97

des mains de ses petiis camarades ; à force de le tirer, ils réussirent à Tentr^ner avec eux.

Au moment où la bande joyeuse arrivait près de la chaise de poste, le postillon était parvenu à tirer hors de la caisse un pauvre petit homme, court, gi*os, replet et doué d'un volumineux abdomen. Ajoutez à cela une tête nue comme un genou, des bras qui jamais né s'étaient croisés sur cette vaste poitrine ; tout au plus s'ils avalent la longueur nécessaire pour qu'une main pût ganter l'autre. Les jambes étaient dans les mêmes proportions ; les pieds avaient été faits pour dormir debout, si j'ose emprunter à M. Henri de La Touche son ingénieuse expression.

"Ma perruque I ma perruque ! " Ce furent les premières paroles de remercîment que le petit homme adressa au postillon.

Mais, avant que celm-ei eût eu le temps de demander ce qu'elle était devenue, il l'aperçut se posant successive-. ment sur la tête de chacun des enfants qui entouraient la voiture. <

"Ma perruque ! ma perruque ! " Et, tout en criant, le petit homme essayait, mais en vain, de rattraper sa perruque, que faisaient voltiger les gamins du village, plus alertés que le voyageur.

Enfin, l'un de ces enfans, le seul qui n'eût pas encore pris part â cette niche, et qui, pendant ce brouhaha, 3'était posé, conune ayant l'arrivée de la chaise de poste, son violon simulé d'une main et son archet de Tautre, se tourna vêts ses camarades, et d'un ton sérieux, qui contrastait plaisamment avec l'exiguïté de son individu :

98 SEPFEBL LE TDfBAUEB ;

'^Enfknts, rendez donc la perruque ft ce monsteur 1"

A la grande surprise du monsieur, qui pensait que l'intervention du petit joueur de planchette ne pouvait être d'un grand poids sur des enfknts tous plus âgés et plus forts, un de ceux qui avaient le plus fait voltiger sa perruque alla la prendre sur la tête de son voisin, et vint respectueusement l'offrir à son propriétaire.

^'De la part de Sei^|;>erl le timbalier, lui dit-il.

— ^La voiture de Son Excellence est brisée et ne peut aller plus loin, dit presque en même temps le postillon au voyageur.

— ^Brisée I brisée I il ne me manquait plus que ça! murmura le voyageur en posant au hasard sa perruque sur sa tête ; ce qui fit qu'au lieu de tomber comme il le fallait, elle se trouva sens devant derrière ; et où suis-Je?

-^A Rohrau, répondit un des enfants.

— ^Bpro, Eoro, qu'est<5e que c'est que ça, Boro? répliqua le petit homme en colère ; est-ce loin de Ham» bourg?

— Une petite heure de marche, répondit le même enfant.

— ^Tais toi donc, Nicolas, dit un autre ; un quart d'heure tout au plus. . .

— ^Même dix minirtes, en courant Men fort» répliqua un troisième.

— ^£t vous pensez» petits drôles, que Je peux me

mettre à courir comme vous? Savez*vous q|cit je suis,

petits paysans» pour me parler ainsi î Je suis. . .

' — Que nous importe? dit Sepperl prenant à son tour 1»

parole ; quand vous s^ez le maître d'école de Ham-

ou. JOSEPH HATDN. 99

bourg, on monseigneur, ça n'empêchera pas qu'il tous faut, pour aller à Hambourg, une heure en marchant au pas, une demi-heure en tous pressant un peu, et dix minutes, comme Ta dit Heins, en courant bien fort.

— ^£t n'y a-t-il, dans ce village, aucun moyen de me procurer une voiture, une chaise de poste, n'importe quoi ? demanda le voyageur. . .

— ^Ah ! si, dit Sepperl, il y a la charrette â papa.

— Ces enfants sont bêtes à manger de l'herbe I murmura le voyi^ur en se retournant vers le postillon; et vous, au lieu de continuer à fîimer votre pipe comme si nous étions arrivés...

— Puisque la voiture est brisée, nous sommes arrivés, interrompit fix>idement le postillon.

— Comme c'est raisonné I..." ajouta le petit homme en levant les épaules et prêt à éclater. Mais, comprenant sans doute que toute .colère devait être impuissante et se briserait contre l'impassibilité d'un postillon et les malicieuses railleries d'une troupe d'enfants, il se contint et dit seulement : ^'Y art-il un charron dans le pays?

— ^Réponds, Sepperl; ça te regarde, crièrent les enfimts.

— Oui,'dl y en a un, dit Sepperl.

— ^Mais un bon?

— ^Dame, il n'y en a qu'un.

— ^Eh bien I qu'on aille le chercher, et qif il vienne tout de suite réparer la roue de ma chaise de poste.

— Quelle heure est-il? demanda SepperL

—Qu'importe?

— C'est que, s'il est sept heures, papa fiiit de la mu*

100 8EFPEBL LE TIHBALIÉ& ;

sique avec mamaii, et on ne peut pas le déranger; il vous envole promener sans seulement vous écouter.

-^Ton père fait sans doute de la musique avec sa ferraille, son marteau et son enclume, dit le voyageur d'nn air de mépris.

'■ — ^Non, monsieur, mais avec, une harpe, répondit sérieusement Sepperl.

— ^Parbleu, je serais curieux de voir un charron pincer de la harpe ; ça doit être amusant.

— ^Vous le pouvez, ce n'est pas loin,** dît Sepperl.

Désireux d'entendre un charron pincer de la haipe, le voyageur, laissant là sa voiture, ses bagages et le x>ostillon, se mit à suivre le petit Sepperl.

Après avoir fait un petit détour pour gagner le village, le voyageur commença à distinguer les sons d'une espèce de musique criarde, aux accords de laquelle se joignait un glapissement de voix assez monotone.

"Diable ! c'est bien mauvais I dit le voyageur.

— Je ne vous ai pas dit que ce fût bon," répondît tranquillement l'enfant.

L'homme et l'enfant se trouvèrent bientôt en face d'une misérable boutique enfumée ; de chaque coté de la porte on voyait plusieurs grosses roues de charrette qui attendaient sans doute leur garniture de fer.

L'étranger entra ; un homme jeune encore promenait de gros doigts noirs et crasseux sur une harpe veuve d'une grande partie de ses cordes; près de lui, une jeune femme au teint blanc et rose filait en chantant. A la vue de l'étranger, le mari et la femme se levèrent, et lui demandèrent ce qu'il souhaitait.

ou, JOSEPH HATBK* 101

^^Monsieur désire que vous lui fassiez entendra de la musique, dit Sepperl.

— ^Pas du tout ! s'écria le voyageur en portant involontairement les mains à ses oreilles ; ce que je demande, c'est que vous veniez au plus tôt raccommoder ma voi* ture, dont la roue est démontée.

— ^Tout de suite," répondit le charron ; et prenant ses outils, il se disposa à suivre le voyageur.

^^n paraît que monsieur n'aime pas la musique?" demanda le charron tout en marchant à côté de .l'étranger*

Celui-ci sourit, et se contenta de repondre :

^^Je n'aime pas la vôtre, mon ami.

— Ce monsieur est difficile, n'est-il pas vrai, papa?** dit Sepperl en se penchant vers son père pour ne pas être entendu du voyageur.

Ce fut au tour du charron à sourire*

l'ASSIBTTB DB 0BBISB8*

Le lendemain était un dimanche, et le soleil se levait à peine, que madame Haydn entendit son fils sauter hors du lit.

^^Oiï vas-tu aussi matin? lui demanda-t-elle.

102 8EPPEBL LE TIUBALIEB ;

— Je reste ici, répondit Tenfant en commençant & s'habiller.

— ^Alors, pourquoi te lever avant le jour?

— ^Parce que c'est dimanche,

— ^Mais le dimanche on n'a rien à faire.

— C'est pour ça que je me dépêche.

— Tu te dépêches pour ne rien faire ? répliqua madame Haydn en riant.

— Sans nul doute. . . Ahl'c'est que je ne fais pas comme tout le monde, moi ; il y en a qui font beaucoup d'embarras, qui crient sur les toits: Je n'ai pas trop de temps pour tout ce que j'ai à faire ! et pa ta ti, et pa ta ta... Moi je dis, au contraire: J'ai toujours assez de temps pour travailler. C'est quand je n'ai rien à faire que j'aime à me voir du temps devant moi... beaucoup de temps, pour ne rien faire... Le dimanche, pas de maître d'école, pas de clous à redresser, pas de bois mort à aller ramasser dans la forêt, pas de courses à faire pour papa, pas d'ccheveau de fil à tenir pour maman... rien, rien à faire! voilà pourquoi je me lève si matin.

— ^Mais nous chanterons, lui fit observer sa mère.

— Oh! chanter, ce n'est pas travail!er.

— ^Nous irons à' la messe prier Dieu.

— ^Prier Dieu, ce n'est pas travailler."

Sepperl avait alors fini de s'habiller ; il descendit dans la rue ; en passant dans la boutique de son père, il eut soin d'y prendre sa planchette et sa baguette, et allant s'asseoir sur le pas de la porte, il se mit à jouer de son violon.

ou, JOSEPH HATDN. 103

B y était depuis assez longtemps, lorsqu'il vit venir à lui le fils du maître d'école.

"Sepperl ! lui cria ce dernier du plus loin qu'il l'aperçut, viens vite à la maison ; papa te demande.

— ^Merci, André, répondit Sepperl sans bouger ; c'est dimanche aujourd'hui, et ton père n'est pas assez aimable pour que j'aille à l'école les jours ou maman ne paye pas pour ça.

— Ce n'est pas pour prendre ta leçon ; c'est qu'il est arrivé hier au soir à la maison un monsieur qui cherche des voix...

— Des voix ? répéta Sepperl ; et qu'est-ce qu'il veut en faille?

— Dame I je ne sais pas... il voulait prendre la mienne, mais heureusement qu'il l'a trouvée fausse.

— Et il a peut-être envie de la mienne qui est juste ? nenni-da... que je n'irai pas la lui donner.

—Viens toujours ; U ne te la prendra pas de force, j'espère.

— ^Au fait, dit Sepperl en se levant, il faudrait pour ça, conune dit papa, qu'il se fiit éveillé plus matin que moi, et je l'en défie : j'étais sur pied avant le jour.

— Je vais avec toi."

Et Sepperl, ayant averti ses parents de la demande du maître d'école, se mit en route en compagnie d'André.

Les deux enfants se rendirent chez le maître d'école ; celui-ci était à déjeuner avec un petit gros monsieur que Sepperl reconnut tout de suite pour le voyageur à la chaise de poste brisée.

104 S^FPERL LE TIUBALIER;

'^Voici Tenfant dont je vous ai parlé, monsîear Beïter, dit le maître d'école en présentant le petit Haydn.

— J'ai vu cet enfant quelque part, répondit M. Reïter.

— ^Moi aussi, je vous ai tu quelque part, répliqua Sepperl sans s'intimider*

— ^£t où donc?

— ^Hier, sur la grand'route,

— ^Monsieur le maître de chapelle, dit le maître d'école, il y a environ quatre ans, je me promenais, ainsi que je le fais tous les jours, après mon dîner ; par le plus grand des hasards, car je ne vais jamais de ce côté, j'avais dirigé mes pas vers Bohrau ; c'était à la tombée de la nuit ; je marchais pensif. . . lorsque soudain mes oreilles furent agréablement frappées par les sons d'une harpe mêlés à une voix de femme ; de temps en temps une voix d'enfant dominait, et cette voix d'enfant était si pure, si fraîche, que je voulus entendre de près ce concert ; je marchai jusqu'à la boutique du charron Haydn. J'eus peine à revenir de ma surprise en voyant l'honnête ouvrier accompagner, sur une mauvaise haipe, une femme qui chantait assez bien ; et, à ses côtés, un enfant de quatre ans enviiou, qui faisait aussi sa partie, marquant la mesuré avec son petit pied, mais si juste, si juste, que j'en fus émerveillé. Je m'approchai de cette famille d'artistes improvisés, et je priai le père de me confier son fils, l'assurant que je lui enseignerais à lire, à écrire la musique, enfin tout ce qu'il est utile à un homme de savoir. Le père ne demanda pas mieux. Je me chargeai donc de cet enfant, et j'en ai fait un musicien, un vrai musicien, monsieur le maître de chapelle.

ou, JOSEPH BATPK. 105

Dans les occruions solennelles, pour fêter le retour de monseigneur, on aux jours de grandes fêtes à Téglise, c'est lui qui est chargé de jouer des timbales.

— ^Ah ! tu joués des timbales, dit M. Reïter, qui n'avait cessé, pendant le récit du maître d'école, de regarder Tenfant.

— Je le bats, monsieur, répliqua Sepperl.

— C'est juste, dit le maître de chapelle en souriant ; tu les bats, et tu les bats bien, n'est-ce pas ? les bats-tu souvent?

— ^Pas aussi souvent que je suis battu," riposta l'en- &nt ; et levant les yeux, il aperçut sur une table une assiette de cerises. Pour dire la vérité, les cerises étaient la passion dominante du petit Haydn, et cellesci étaient si belles, si rouges, si séduisantes, que l'enfant oublia complètement devant qui il se trouvait, absorbé qu'il était dans la contemplation de l'assiette.

Après avoir ri de la naïveté de Sepperl, le doyen le pria à plusieurs reprises de lui chanter un air ; mais, n'obtenant pas de réponse, il leva les yeux,et s'aperçut que toute l'attention de l'enfant était concentrée sur l'assiette de cerises.

^^Tu en auras une poignée si tu chantes," lui dit-il.

Et, cette promesse ayant produit son effet, le petit Haydn se mit à chanter lentement un air d'église doux et simple.

**:Parfait, parfait ! s'écria le doyen ; à présent fais-moi une cadence.

— ^Une cadence ! je ne sais pas en fake, ni mon maître non plus "

106 SEPPEBL LB timbalier;

En disant ces mots, Fenfant tendit ses deux petites mains ; le doyen y mit autant de cerises qu'elles en pouvaient contenir.

— ^£h bien, veox-ta, mon petit ami, qoitter le maître d'école de Hambourg, et venir avec moi à Vienne ?

— ^Quitter le maître d'école ? je ne demande pas mieux ; mais m'en aller avec vous... je ne vous connais pas, moi. . .

— Je suis le maître de chapelle Brïter, répondit le voyageur avec beaucoup de bonté ; c'est moi qui dirige à la fois la musique de la cour et celle de la métropole de Saint-Étienne de Vienne, et comme j'ai besoin de voix...

*— Vous voulez prendre ma voix!... merci, monsieur le maître de chapelle, interrompit le petit Haydn; chacun la sienne: gardez la vôtre, je garderai la mienne...

— ^Tu ne me comprends pas, mon enfant, reprit doucement le doyen ; tu es le fils d'un charron, qui fera de toi un charron, c'est-à-dire toute ta vie un pauvre homme ; moi, au contraire, je f emmènerai à Vienne ; je t'enseignerai le chant, la musique, la composition ; je ferai de toi un inonsieur, un artiste, un homme considéré, que tout le monde aimera, invitera, recevra... Vois, si tu consens à m'accompagner... Eh bien I pourquoi hésitestu?... réponds donc...

*-Aurai-je encore des cerises? dit Sepperl, qui avait recommencé à lorgner, du coin de l'œil, ce qu'il en restait sur l'assiette.

— ^D'abord toute celles-ci, lui répondit le voyageur en

ou, JOfiSPH HATDK* 107

mettant l'assiette derant le petit bonhomme; pois, à Vienne, ta trouveras des cerisiers dans mon jardin, et ta coeilleras des cerises tant que ta voudras...

•—C'est dit, monsieur, interrompit le petit Haydn la bouche pleine et mangeant à belles dents ; c'est dit, je vous suis partout.

— ^Ah ! un moment, reprit M* Belter : il faut la per^ mission de ton pore.

— ^Papa la donnera.

-^£t s'il ne voulait pas la donner?

*-Il le voudra si je le veux, et si maman le veut*

— ^N'est-il donc pas le maître au logis?

— ^Le maître, c'est moi."

£t comme à cette réponse chacun partit d'un grand éclat de rire, l'enfant devint rouge et répliqua :

^'Le maître, c'est moi, puisque je fkis faire à maman ce que je veux, et que maman fait faire à papa ce qu'elle veut... donc... vous comprenez...

—Alors va chercher la pennission, et reviens.*'

LS PETIT HAITBH AU LOOIS.

Le village de Hambourg était si près de celui de Rohrau, que Sepperl ne mit pas plus d'un quart d'heure à se rendre chez son père.

108 SEPPERL LE timbalier;

^' Adieu, papa, adieu maman," dit-il en enlarant dans la boutique, où le charron et sa femme causaient, au retour de la messe. *'Embrassez-moi, je pars pour Vienne, avec le gros petit voyageur que vous avez vu hier et qui trouve que vous chantez si mal.

— ^Ah I ah ! et que vas-tu faire à Vienne? demanda le charron sans beaucoup s'émouvoir.

-—Je vais chanter, faire de la musique, devenir grand, riche, très-riche avec de beaux habits...

— ^Tu es fou, interrompit le père ; va jouer avec tes camarades, va ; ta mère et moi nous avons à causer.

— Je vous dis que je pars, vous ne me comprenez donc pas? répéta Tenfant.

— ^Tu pai*tiras si nous le voulons, et nous ne le voulons pas, lui répliqua sa mère.

— ^Écoute, ma petite maman, dit Sepperl en jetant avec câlinçrie ses bras autour du cou de sa mère, je me suis donné pour un plat de cerises... j'ai mangé les cerises, je ne peux plus dire non.

— Comment, pour un plat de cerises?" demanda le père.

L'enfant raconta le marché qu'il venait de faire. Comme il achevait son récit, les deux doyens, qui avaient suivi de près le petit Haydn, parurent. Le maître de chapelle confirma les paroles du petit Sepperl, et fit tant d'instances, tant de promesses, que le charron finit par dire avec un gros soupir :

'^Va donc, et prie Dieu que ce plat de cerises ne te coûte pas trop cher.

— Je m'en fais garant," répondit le maître de chapelle.

. 0U> J08SFH HATDOff. 100

Voilà donc le petit Haydn parti pour Vienne, avec M. Beïter. Ses progrès fuirent si rapides, qu'à dix ans il composait des morceaux à six et à huit voix, qu'il allait porter triomphant à son maître.

^'Qu'est-ce que ça? lui d^n^anda un jour le doyen en retournant en tout sens une feuille de papier que venait de lui remettre Haydn.

— ^Un sextuor, fofif^ Pl^tr^i |»4ppn4it-ii tout glorieux.

— Je vois bien, la phrase est jolie... mais pourquoi tout ce fatras de notes.

— Farce que 1^ phrase., , tout^ siom^le.,. rm^ comprepez?..,

-rjp comprends que yous i^vea mis tant de croehMf et de doubles croches, qi^e c'est ^ peine si je démôle Tair au milieu de tout ce poiif ,4^e^, ^eowm^ence^ ça, d6«. blayez, déblayez... A ^uoi penmz-voiïs doneenbar? bouillant ainsi vpt|:e imisique?

— ^Hélas ! monsieuTi répo9dit Haydn l^vec une tristesse naïve, je croyais que plus le pftpi^r ^tait soir, plus 1a muisique était belle.''

3epti ans se passèrent t^nsi ; miûs m xoomenX où km études d'Haydn fd^ent ftnir» le dogr^n Beïter mourut, et le jeune artis^, forcé de quitter la n^itrise de la cathédrale de Vienne, se trouva bientôtysans protectioii, sans argenty sur le pavé d^ la pi^itale de TAistriche, Il loua, sans seulement savoir' ecHnment il pa^refait, un mauvais galejbas j^al éclairé, et y fit porter )è ^eol meuble qu'il possédait, un vieu;x piano qui se twaài à p^ine s^r scspieds^

110 aSFPBBL LB TnCBALOS;

LSS TB0I8 AtAOSS.

Le jeune Haydn sTaît été obligé, ponr Tivre, de se défaire d'une partie de ses vêtements ; de sorte qae le paavre jeune hcnnme se voyait hors d'état de se produire. Son père et sa mère venaient de mourir, il restait seul au monde. La ndsère, la faim avaient creusé ses joues ; mais il y avait dans cet artiste tant de vie, une si grande chaleur, que le désespoir ne s^était pas encore emparé de son &me. Souvent assis sur un siège de planches construit par ses mains, ou à genoux devant son piano, il savait encore trouver, dans ses inspirations de poésie musicale, des consolations à sa douleur, des joies même, si j'ose m'exprimer ainsi, au milieu des souffirances atroces que la privation des premières nécesdtés de la vie lui faisait éprouver.

Et cependant il ne faut pas croire que notre jeune héros se bornait à chanter et à souffirir, il s'ingéniait de toutes les manières pour avoir des leçons à donner ; parfois, quelques amis du doyen Eeïter, connaissant le talent d'Haydn, lui indiquaient telle- ou telle personne qui demandait un maitre de clavecin où de chant ; il

ou, JOBEaPB HA.TDir. . 111

d'empressait d'y courir ; mais sa misère était si gifande, ses yêtements si usés, son air si honteusement timide, que la plupart du temps il n'était pas même admis en présence de Técolière fhture ; les domestiques prenaient sur eox de congédier le pauvre jeune homme, qui avait plutôt l'air de demander l'aumône que de donner des leçons.

Un jour, en rentrant chez lui, il rencontre, dans l'escalier qui conduisait à son galetas, une jeune femme qui descendait en compagnie d'une vieille dame* 11 s'arrête pour les laisser passer* La jeune femme en ce moment cédait à un élan de gaieté bien naturelle à son i^e ; mais, apercevant le pâle visage d'Haydn, le rire s'effaça aussitôt de ses lèvres.

Haydn, & cette époque, avait dix-sept ans; il était grand, maigre, si maigre que son corps en était voûté ; une pâleur maladive couvrait ses traits ; ses grands yeux bleus avaient une expression sauvage. Le désordre de ses vêtements annonçait à quel degré de misère il était réduit.

*^Quel est ce jeune homme? que fait-il? Le malheur aurait-il dégradé ainsi ce beau visage?" Telles furent les questions que s'adressa cette jeune femme. Deux fois en descendant elle se retourna, deux fois elle vit Haydn immobile ^t les yeux fixes. Elle ne put s'em* pêcher de rougir en rencontrant son regard, et, se hâtant de descendre, elle gagna son ciurrosse où elle monta.

Quand elle revint, par une étrange fatalité sans doute, elle retfouva, à la même place, le même jeune homme le . il front appuyé dans ses mains. Il ne releva pas la tête

113 sEpnxL xc timbaubb;

quiLùd elle pafi»a près de lui et qae sa f obé Teffieiura ; Bêuleiiieiit il tîeesaillit, et la jeune fîUe èsteodit mi 8<m^ pii*. Tout heureuse et gaie qu'elle était, elle comprit qu'une grande douleur de\'ait être cachée sous cet air fésigné. Avec cette spontanéité d'une âme impression' fiable et vite, elle retint sa vieille compagne, et s'adresH sant au jeune homme:

'^Monsieur../' lui dit-elle.

Il leva la tètCj et ne put dérober à la jeuàe indiserètd tme larme mal essuyée.

^^Monsieur, reprît^fle presque hoiitéusë de son indiâh crrétion, vous paraissez malheureux. P<>uiTai»je eon« naître la cause de vos souShoicies? S'il est en mon pouvoir de les calmer, parles ; ou plutôt vetiillez donner la main à ma tante et ùous accompagner jusqu'à notre demeure."

Le jeune homme se leva ; msds, au lieu d'avancer la main, il jeta un r^ard d'humiliation sur ses habits..

^'Pas de fierté, moiisièur, lui dit-elle av^ bonté ; ne soyez pas intimidé."

Un sourire de gratitude brilla str les lèvres décolorées du jeune artiste. Il otbit son brai^ à la vieille dame.

^'Demeurez^vous loin d'ici? demanda l'heureuse fille.

•^Lâ-'haut.

-^Et nous, ici. . . dit^lle en s'arrôtdnt au premier étage.

-'— Vous êtes mademoiselle Martinez?

— ^Votts l'avez dit, monsieur... Puis-je, à mon tour, savoir quel est votre nom?

— Joseph Haydn, fils d'un pauvre char^n de Rohrau ; Je suis venu à Vienne sous les auspices du doyen BeSter*

OUi J06EFH HATBV. 118

-^'était mon maître, interrompit mademoiselle Martinez.

— ^Le mien aussi, dit Haydn en rougissant*

— ^Et vous êtes...?

"—Artiste, mademoiselle.

— rPourquoi ne donnez-vous pas de leçons ?**

Pour toute réponse le jeune homme regarda ses vêtements d'un air de tristesse.

^^Monsieur, je veux être votre écolière ; vous m'enseignerez le chant: y consentez-vous?'' dit mademoiselle Martinez avec une étourderie calculée.

Un éclair de joie illumina soudainement le visage eicpressif de notre jeune homme*

^^Vraiment... je ne sais si je le puis..." dit Haydn en refusant le siège qu'on lui offirait et s'obstinant à rester debout.

^^Monsieur, je suis majeure, ajouta mademoiselle Martinez, maîtresse de mes actions, de ma fortune ; et ma chère tante, que vous voyez, est bien plutôt mon amie que mon chaperon ; ainsi vous pouvez, sans consulter mes grands parents, m'accepter pour écolière. Le doyen Beïter me parlait souvent d'un de ses écoliers, un jeune homme d'un grand avenir, qu'il nommait Sepperl...

— Sepperl est le diminutif de Joseph, dit Haydn en rougissant.

— ^Vous seriez Sepperl ! s'écria mademoiselle Martinez ; ^ors nous nous connaissons sans nous être jamais vus... Vous êtes seul, étranger, et. . . (La jeune fille n'osa achever le mot pauvre qui lui était venu sur les lèvres) et...

sans amis dans cette grande ville de Vienne? Étrangère

114 SEFPERL LE TIMBALIËB ;

laoi-méme, Je ooâiprendd votre position. Soye^ on ftère pour moi ; acceptez, je vous prie, un logement dans ma maison ; votts partagiez ma table. Vêliez, monsieur, me donner une première leçon."

Le soir de ce même jour, mademoiselle Martinez présenta son protégé à Métastase, qui demeurait au-dessus d'elle. Ainsi, dans la même maison, habitaient le premier poète lyrique et le premier symphoniste du siècle ; Cependant il y arait entre eux cette dififêrence, que Métastase vivait au sein des jouissances, comblé des faveurs de la cour, tandis qile le pauvre musicien avait BOtlvetit passé au lit une partie de ses journées, n'ayant pas de bois pour se chauffer, ni d'argent pour en acheter.

Maintenant il avait un toit pour s'abriter, un repas assuré tous les jours, et des habits propres pour se vêtir. Cependant, ceux qui le rencontraient chez mademoiselle Martinez étaient loin de se douter qtie ces habits qui couvraient le pauvre artiste fussent les seuls qu'il possédât ; que le repas auquel il ne touchait qu'en tremblant était le premier, le seul de la journée.

Un beau jour, mademoiselle Martinez, pour des af* faires que nous ignorons, quitta Vienne subitement ; Métastase retourna en Italie ; et voilà Haydn encore une ibis pauvre, isolé dans cette grande ville de Vienne.

Le propriétaire de la maison où il logeait se hâta de lui signiâer que Tappartement de mademoiselle Martinez était loué à de nouveaux, locataires, et qu'il eût à quitter, le lendemain, la chambre qxi'il y occupait.

Haydn ne se le ât pas dire deùX fois ; il mit dans un

ou, ^SEPfi HATDK. 115

moQchoit toat ce qu'il possédait, et partit sans savoir où il irait ooadMar.

LE FERBUQUIEB DU FAUBOUBG DE LBOPOLDSTADT.

Depuis le matin Haydn errait, son paquet à la main, dans les mes de Vienne, lorsqu'en passant dans le faubourg de Léopoldstadt, la fatigue, la chaleur, Tépuisement de la faim, le forcèrent à entrer dans la boutique d'un perruquier. L'honnête industriel, le prenant pour une pratique, lui ofirit une chaise, et s'empressa de lui passer une serviette sous lé menton. Notre jeune homme le laissa faire ; il n'avait pas d'ailleurs la force de l'en empêcher. Le perruquier prit sa savonnette, son plat à barbe, et se disposait à exercer ses fonctions, lorsque, s'arrêtant tout d'un coup, le plat d'une main et la savonnette de l'autre, il s'écria :

"Mais que voulez-vous donc de moi, monsieur? vous n'avez pas de barbe I "

N'obtenant pas de réponse, il regarde sa pratique, et s'aperçoit qu'elle s'est évanouie.

Les pauvres gens, mieux que les riches, savent com*

116 ' SEFFXBL LE TOCBALIES ;

prendre ceux qui sooffireat. En voyant la pâleur de oe jeune homme, le perruquier devina que la faim seule était la cause de sa défaillance ; il appela sa femme, sa fille, et avec leiu: aide il transporta cet infortuné sur un lit; les plus tendres soins lui furent aussitôt prodigués.

Tombé ainsi par hasard chez un homme charitable, Haydn, cédant à ses sollicitations, consentit à loger chez lui jusqu'à ce qu'il eût trouvé à utiliser son talent. Ne voulant pas cependant rester à la charge de cette famille respectable, peu à Taise eUe-même, il se multipliait pour gagher quelque argent ; dès huit heures du matin, il se rendait au lutrin chez les frères de la Merci; à dix heures il allait toucher de l'orgue à la chapelle du comte de Haugwitz ; et à onze il chantait à la grand'messe de la cathédrale. Et pourtant une matinée si bien et si durement employée ne lui rapportait que dix-sept kreutzer (environ quinze sous) I Mais Dieu, qui veut bien nous éprouver quelquefois, qui récompense toujours ceux qui ne se découragent pas et mettent sa confiance en lui, lui fit rencontrer, vers cette époque, Porpora, compositeur italien, dans les entretiens duquel il puisa des notions très-utiles pour son art. Plusieurs compositions qu'il fit alors lui attirèrent l'attention du prince Antoine Esterhazy ; mais le successeur de ce prince, le prince Nicolas, fit davantage pour notre jeune compositeur : il l'attacha définitivement à sa personne sous le titre de maître de chapelle. La douceur de cette vie nouvelle, au lieu de porter atteinte à son talent, ne fit au contraire que le développer dans toute sa puissance. • Debout de très-

. OVi MSEFH HÂTOy. Il7

boime heure^ ion pretaiier soin était de s'habiller avec une {Hx^reté presse redierchée ; de même que Boffôn, qui ne pouvait travailler qu'avec des manchettes de dentelles, Haydn n'aurait. pB rien entreprendre en négligé. Du reste, sa modestie égalait son immense talent ; exempt de jalousie, il mettait une bonhomie charmante à vanter, même à défendre les. artistes de son temps ; aussi ne prononçait-il jamais le nom de Gluck qu'avec une trèsgrande admiration.

A la première représentation de Don Juan de Mozart, les a^âs làe trouvaient partagés, et l'on demandait à Haydn son opinion. . . "Je ne suis point en état de juger, répondit-il avec une admirable modestie : tout ce que je sais, c'est que Mozart est incontestablement le premier compositeur du monde."

Au couronnement de Léopold II, Mozaiij fit représenter à Prague la Clemema di Tito. On invita Haydn à s'y rendre : "Non, non, dit-il ; où Mozart parait, Haydn ne doit pas se montrer."

Lorsque la vieillesse commença à l'accabler, le dépérissement qui s'ensuivit l'eflOraya â un tel point qu'il ne voulut plus voir personne ; et â tous ceux qui venaient s'informer de sa santé, on remettait une carte sur laquelle il avait tracé ces mots : ^'Meùie kraft iat dahivi" (Ma force est éteinte) .

Depuis, il ne sortit qu'une seule fois de sa retraite de Gumpendorf, et ce fut pour assister à un triomphe que lui décernait la classe la plus distinguée de ses admirateurs, n faillit expirer de plaisir et d'attendrissement ;

^18 SSCFSBL IiE TUCBAUEB.

on fht obligé dé l'emporter avant la fin du concert, an milieu de son oratorio de la Création^ exécuté par trois cents musiciens. H mourut deux mois après, le 81 mai 1809, à rage de soixante et dix-sept ans.

ou

LE PETIT COUVEEUK*

LA FEMME DU COnYBEUB.

^Eh bien, où est Antoine? demandait, une après-midi du mois de mars 1698, une grosse fenune mise en femme du peuple, de Valenciennes, â un homme dont le costume, enduit de plâtre, indiquait un couvreur.

— ^Est-ce qu'il n'est pas ici? demanda à son tour le couvreur en s'asseyant à une table sur laquelle sa fenune posa une soupière de soupe fumante.

— S'il était ici, je ne te demanderais pas où il est,

V\ratteau, riposta vivement la grosse femme.

— ^La... la... Bobinette... ne te f&che pas, répondit le

120 AUTOINB WATTEAU;

couvreur en se servant de la soupe... si le petit n'est pas ici... c'est qu'il est ailleurs...

— Comme il dit ça... quelle tranquillité... répliqua Bobinette^ sa croisant les bras deyant «om man, comme il mange sa soupe... la... en la soufflant... encore... comme...

— Comme si elle était brûlante, et elle Test, dit le couvreur en souriant.

— Comme si Antoine n'était pas aussi bien son fils que le mien I dit la femme du couvreur^ en éclatant.

— Qui te dit le contraire, femme ? répondit le couvreur, dont la tranquillité formait un contraste firappant avec la pétulance de la grosse femme.

— ^Alors, d'où vient que tu n'es pas plus inquiet que ça, dis?...

— ^Parce que Valenciennes n'est pas si grand et Antoine si petit, que l'un puisse se perdre dans l'autre... ma bonne Bobinette.

— S'il n'est pas perdu, tu sais donc où il est... Watteau?

— ^A peu près... Bonnette.

— ^Mais que signifie donc cette manière de me r^ pondre, Wattean, et ces airs de mystère que depuis quelque temps, le petit et toi, vous prenez avec moi... ce sont des signés... et puis des demi-mots... et puis des sourires... et p$iis un tas de simagrées auxquelles je ne comprends rien... Le petit ne te quitte pas, et il n'est jamais avec toi... Ah ! tu as beau me regarda avec tes grands yeux...

— Avec quoi veux-tu donc que je te regarde, léonne?

ou, LE PETIT COUVREUR. 121

interrompit son mari, sans ralentir ni accélérer sa manière de manger.

— Je m'entends, je me comprends... ça me suffit... et je sais bien ce que je veux dire, quand je dis que le petit ne te quitte pas et qu'il n'est jamais avec toi...

— ^Alors, explique-foi, car je te jure. . .

— Que tu te moques de moi, Watteau, et que je ne souffiirai pas qu'on se moque de moi.

— 'Ni moi non plus, femme, et quiconque s'en aviserait aurait affaire à moi, maître Watteau, couvreur.

— ^Alors ne commence pas... toi-même.

— ^Dieu, m'en préserve, femme !

— ^Voyons, Watteau, dit Bobinette s'asseyant en face de son mari, dis-moi où est Antoine, je f en prie ; non, tais-toi, tu vas me faire un mensonge... tu ris... vilain homme.

— ^Et qui ne rirait, ma pauvre femme? dis-moi où est le petit ; non, ne me le dis pas ; que veux-tu que je réponde â cela, dis, Bobinette...

— C'est vrai, je suis une folle, répliqua Bobinette ne pouvant s'empêcher de sourire aux observations de son mari ;-^ mais c'est qu'aussi j'aime tant Antoine, que l'idée que lui ou toi vous me cachez quelque chose...

— ^£t que veux-tu que nous cachions, chère femme? dit le couvreur avec amitié.

— Je vais te le dire... Depuis quelques jours Antoine sort très-proprement vêtu, et il rentre tout aussi propre.

— ^11 n'y a pas de mal â ça, répliqua Watteau ;— cela prouve qu'Antoine ne se salit pas en route.

— Cela prouve qu'Antoine ne travaiUe pas sur les

122 AKrOIME WATTEAU;

toits I ajooftft Bobinette» (nuos aToir l'air de remarqua la sourire raîllear de son mari.

— C'est qod iMTobaU^nest îL trayaille dessonS) dit le coavreiir*

— ^Mais son état a'est pas d'être dessous les toits, msàa bien dessus, dit Bol»nette ayeo viTaiieité,-— et puis encore, ear il Ikut que je dise tout ee que j'ai aur le eœur,.. depuis ce temps doni je parle, je suia sûre, moraleoDoenlk sûre,, qa'Ant(»ne ne te suit pas & la eonstmetion du bourgeois Millot... Bien {Aua,» Veux-ta que ^ te dis» tout, Watteau? je sais où essk Ai^^oinAv.

— Si tu le sais, pourquoi le dereandes^tg? dit le couyreoT ayaat achevé d&mangeraa sonpe, ae levant etse disposant & sortir...

— ^Parce que... parce ç^.*. (Xi vaa-ta? répliqua Bobir* nette se mettant en travers devant la porte pour «nr« pêcber son mari de sortir... Mais je sais bien où ta vas ; tu es inq^et,. comme moi, bien que tu ne veuilles pas em avoir l'air. . . et tu vas le cherèber. * « Mais le void, ajcmta» t-elle en vojant entrer un (prand oifiait maigretpâle et blond... Safifi^i

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