LE PETIT SORCIER
ou
AMÉDÉE WOLFGANG MOZAET.
XiA PBlilBB A SAINT JEAN-NÉFOMUCâNB.
Par une belle matinée du mois d'avril 1762, deux enfants, une petite fille de huit ans et un garçon plus jeune de deux ans, descendaient le coteau vineux de Kosobéez, au pied duquel coulent à grand bruit les belles et rapides eaux de la Moldau, qui vont se perdre dans les antiques forêts de la Bohême.
Au lieu de courir avec cette insouciance si naturelle
à leur âge, ces deux enfants, se tenant par la main, mar*
chaient lentement, le front soucieux, les yeux baissés,
avec toute la gravité de l'âge mûr unie à tout ce que
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l'enfance a de grâces piquantes, de candeur et de naïveté.
Leur mise annonçait la misère plutôt que l'aisance ; et, bien que la couleur de la robe de la petite fille fût n)assée, que les habits du petit garçon fussent usés aux extrémités, et que des pièces d'une étoffe différente fussent apposées aux coudes et aux genoux, on devinait cependant, à la coquetterie avec laquelle leurs beaux cheveux blonds étaient peignés, à la délicatessse de leurs mains et de leur visage, qu'une mère soigneuse >et attentive en avait pris soin.
Ils avaient à la main un assez gros morceau de pain ; de temps en temps ils y portaient les yeux, sans y toucher.
Comme ils atteignaient le bas du coteau, se disposant & entrer sous la verdure naissante des arbres de la forêtj' le petit garçon rompit le silence :
''As-tu remarqué, ma scaur, de quelle manière maman nous a donné'' notre déjeuner ce matin? et son soupir lorsque j'ai dit : Riâi que du pain?
— Oui, mon frère. . . elle pleurait, dit la petite fille ; j'ai vu ses larmes, et son regard qui semblait dire : Il n'y a que du pain au logis, il faut s'en contenter. Mais pourquoi pleures^tu, Wolfgang? ajouta Frederika en fondant en larmes.
— Je pleure parce que tu pleures, répondit Wolfgang en éclatant aussi, et puis un peu parce que je n'ai que du pain sec pour mon déjeuner.
— ^Pauvre petit! dit Frederika en essuyant avec un baiser les yeux de son frère ; pauvre petit I puisses-ta
on, Àu6a)&B wouraAKO hozabt. 71
n'avoir jamais de plus granâs ehagrinfl I Mais mange donc ton pain.
--^e n'ai pins fainu
— Oonrmand 1 s'il y avût da raisiné dessns, ta ne te ferais pas prier.
—-Non, vrai, ma sœur, je n'û pas faim."
La petite fille attira son frère à elle, et écartant les cheveux de son front : ^' Je veux te donner un baiser et te dire â quoi j'ai pensé ce matin... Mais j'ai peur que ta ne sois trop petit pour me donner un conseil.
—Trop petit I tu es si grande, toi ! dit Wolfgang avec un petit ton de pitié comique.
—Avoue que je suis plus grande que toi.
—Pour quelques pouces de plus, peut-être, te yoil& bicm fière l
— ^Et puis, je suis plus âgée que toi I
— ^Bast... de quelques mois !
— ^De quelques années, monsieur I Mais ne nous fâchons pas, et calculons, dit Frederika avec douceur... Je suis née le 30 janvier 1754...
— Et moi, le 27 janvier 1756, interrompit Wolfgang.
— Cela fait deux ans.
—Moins trois jours*
— ^Deux ans moins trois jours, soit. Mais revenons an fait. H s'agit de chercher à soulager la misère de nos parents.
— Oh I alors parle, ma sœur... que faut-il faire?
— ^Et c'est â cela que je songe... Que faire, mon Dieu I que faire?